Bienvenue!

(MODE D'EMPLOI du BLOG : ce blog comporte des CATEGORIES : "programme de terminales", " actualité commentée pour IEP", "classes préparatoires", "actualité" "cinéma" etc...).
(Pour trouver un article , tapez google , hansen-love et le thème ..)
Lundi 12 mai 2008



 Pour Aristote, comme pour tous les anciens, "le tout vaut plus que la partie" (conception holiste de la société et de l'Univers), et le méchant ne peut pas être heureux, car, ne s'aimant pas lui-même, il n'a pas d'amis.
Notez toutefois que cette thèse n'est pas exactement celle de Socrate.
Ce texte fournit une clef  (parmi d'autres) pour comprendre celui de Descartes ci-dessous ("l'homme et la ville") :

"Les caractères de l'amitié pour un autre et de l'amitié pour soi-même sont donc identiques. I'ami est un autre soi-même. Quant à la question de savoir ce qui permet d'atteindre effectivement l'amitié pour soi-même, nous la laisserons de côté pour l'instant. Nous n'avons fait, ici, que préciser les propriétés qui permettent de la définir et de la reconnaître. Certains croient, notons-le, qu'elle a quelque chose d'excessif.
En tout cas, les quelques traits que nous venons de relever, semblent se rencontrer même chez des individus par ailleurs peu dignes d'estime. Les possèdent-ils en partie parce qu'ils ont des qualités qui les rendent aimables à leurs propres yeux, et leur font s'imaginer qu'ils sont dignes de respect ? Quoi qu'il en soit, les êtres d'une nature vraiment vicieuse en sont tout à fait dépourvus, n'en présentent pas même l'apparence. On ne les rencontre même pas chez les individus d'une perversité courante : ils sont, en effet, en désaccord avec eux-mêmes ; leurs appétits irrationnels les poussent d'un côté, leur volonté réfléchie les tire de l'autre. Ainsi sont, par exemple, les intempérants (1 ils préfèrent les plaisirs qui leur sont nuisibles à ceux qu'ils jugent pourtant bons pour eux. Les indolents sont d'une autre sorte : par paresse, ils négligent de faire ce qu'ils savent bien être le plus avantageux. Les vicieux, enfin, après avoir commis un grand nombre de crimes effrayants, finissent par prendre leur propre cruauté en horreur, et, parfois, se donnent la mort.
avec qui passer leur temps : c'est qu'ils se fuient eux-mêmes, et que leur mémoire leur rappelle des conduites horribles, leur fait prévoir qu'ils recommenceront dans l'avenir. La compagnie des autres leur procure, alors, un peu d'oubli. En un mot, ils n'ont rien d'aimable, rien qui les porte à s'aimer euxmêmes, se sentent comme étrangers à leurs propres jouissances et afflictions. Leur âme est un théâtre de dissensions une partie souffre quand ils se voient forcés de s'abstenir de certaines choses, l'autre en éprouve de la joie. Elle est déchirée, écartelée, tirée tantôt dans un sens, tantôt dans un autre. Il n'est pas possible, certes, qu'elle éprouve en même temps du plaisir et de la peine. Mais, très vite, elle souffre de ce qui l'avait divertie, et elle voudrait que ses plaisirs n'aient jamais eu pour elle d'agrément. Les méchants sont sans trêve la proie du regret.
Aussi ne sont-ils pas du tout disposés à s'aimer eux-mêmes rien en eux qui soit aimable. Et, puisque leur état est le plus misérable qui soit, nous devons fuir de toutes nos forces la perversité et nous appliquer à être des hommes de bien. Car c'est ainsi qu'on pourra s'aimer soi-même et devenir ami d'un autre".
Aristote Ethique à Nicomaque 9, Classiques et Cie, pp 45-46

1. L'intempérant (akrates) sert de contre-exemple : ne pouvant se plaire à lui-même, il ne peut aimer les autres. Aristote reprend ici l'analyse de l'intempérance (akrario) entamée au Livre VII. L'intempérant sait où est le bien, mais « il n'arrive pas à contrôler ses passions », ce qui s'oppose  partiellement à la thèse socratique : nul n'est méchant volontairement, c'est-à-dire en connaissance de cause. Aristote impute à une faiblesse de la volonté ce qui résultait, pour Socrate, d'un manque de savoir.

ajouter un commentaire
commentaires (0)   
Dimanche 11 mai 2008

La morale n'est pas une doctrine du bonheur selon Kant:


"La morale n'est donc pas à proprement parler la doctrine qui nous enseigne comment nous devons nous rendre heureux, mais comment nous devons nous rendre dignes du bonheur. C'est seulement lorsque la religion s'y ajoute, qu'entre en nous l'espérance de participer un jour au bonheur dans la mesure où nous avons essayé de n'en être pas indignes.
Quelqu'un est digne de posséder une chose ou un état, quand le fait qu'il la possède est en harmonie avec le souverain bien. On peut maintenant voir facilement que tout ce qui nous donne la dignité dépend de la conduite morale, parce que celle-ci constitue dans le concept du souverain bien la condition du reste  ce qui appartient à l'état de la personne), à savoir la condition de la participation au bonheur. Il suit donc de là qu'on ne doit jamais traiter la morale en soi comme une doctrine du bonheur, c'est-à-dire comme une doctrine qui nous apprendrait comment devenir heureux, car elle n'a exclusivement affaire qu'à la condition rationnelle (conditio sine qua non) du bonheur et non à un moyen de l'obtenir. Mais quand elle a été exposée complètement (elle qui impose simplement des devoirs et ne donne pas de règles à des désirs intéressés), quand s'est éveillé le désir moral, qui se fonde sur une loi, de travailler au souverain bien (de nous procurer le royaume de Dieu), désir qui n'a pu auparavant naître dans une âme intéressée, quand, pour venir en aide à ce désir, le premier pas vers la religion a été fait, alors seulement cette doctrine morale peut être appelée aussi doctrine du bonheur, parce que l'espoir d'obtenir ce bonheur ne commence qu'avec la religion".
Emmanuel Kant, Critique de ia raison pratique (1788),
trad. F. Picavet, Éd. PUF, coll. Quadrige, 5'éd, 1997, p. 139.
ajouter un commentaire
commentaires (1)   
Dimanche 11 mai 2008

Selon Kant, les peuples sont toujours "mûrs pour la liberté". Autant dire que l' argument des despotes  ("il est trop tôt!") n'est jamais recevable.
Son argumentation rejoint ici ce qu'il dit à propos des enfants qui doivent apprendre à penser par eux-mêmes dès qu'ils ont l'âge de raison:


« J’avoue ne pas pouvoir me faire très bien à cette expression dont usent aussi des hommes sensés : un certain peuple (en train d’élaborer sa liberté légale) n’est pas mûr pour la liberté ; les serfs d’un propriétaire terrien ne sont pas encore mûrs pour la liberté ; et de même aussi, les hommes ne sont pas encore mûrs pour la liberté de conscience. Dans une hypothèse de ce genre, la liberté ne se produira jamais ; car on ne peut mûrir pour la liberté si l’on n’a pas été mis au préalable en liberté (il faut être libre pour pouvoir se servir utilement de ses forces dans la liberté). Les premiers essais en seront sans doute  grossiers, et liés d’ordinaire à une condition plus pénible et plus dangereuse que lorsqu’on se trouvait encore sous les ordres, mais aussi confié aux soins d’autrui ; cependant jamais on ne mûrit pour la raison autrement que grâce à ses tentatives personnelles (qu’il faut être libre de pouvoir effectuer). Je ne fais pas d’objection à ce que ceux qui détiennent le pouvoir renvoient  encore loin, bien loin, obligés par les circonstances, le moment  d’affranchir les hommes de ces trois chaînes. Mais, ériger en principe que la liberté ne vaut rien d’une manière générale pour ceux qui leur sont assujettis et qu’on ait le droit de les en écarter toujours, c’est là une atteinte aux droits régaliens de la divinité elle-même qui a créé l’homme pour la liberté. Il est plus commode évidemment de régner dans l’Etat, la famille et l’Eglise quand on peut faire aboutir un pareil principe. Mais est-ce aussi plus juste ? »

Kant

La religion dans les limites de la simple raison (1793) Traduction J. Gibelin

VRIN 1972 Quatrième partie  Deuxième section  Note p 243

 

 

ajouter un commentaire
commentaires (0)   
Vendredi 9 mai 2008

Voici ce que vous devez relire, par ordre d'importance:

La fiche récapitulative sur Histoire et violence
 La fiche sur Hegel (La raison dans l'histoire)
Sur la nécessité d'oublier : le texte de Nietzsche
Sur le progrès: textes de Aron et de Cournot
Sur Histoire et vérité  :  texte de Simon Leys
Sur la guerre , texte de  P. Hazan  :  "Juger la guerre , juger l'histoire"
Et enfin :

Comprendre le temps présent :fiche sur Claude Lefort

ajouter un commentaire
commentaires (0)   
Mercredi 7 mai 2008

Il faut  (presque) toujours préférer le tout à celui de la partie.
Cependant, parfois, un homme peut avoir plus de valeur qu'une ville...

 


..," bien que chacun de nous soit une personne séparée des autres, et dont, par conséquent, les intérêts sont en quelque façon distincts de ceux du reste du monde, on doit toutefois penser qu'on ne saurait subsister seul, et qu'on est, en effet, l'une des parties de l'univers, et plus particulièrement encore l'une des parties de cette terre, 1 une des parties de cet État, de cette société, de cette famille, à laquelle on est joint par sa demeure, par son serment, par sa naissance. Et il faut toujours préférer les intérêts du tout, dont on est partie, à ceux de sa personne en particulier; toutefois avec mesure et discrétion, car on aurait tort de s'exposer à un grand mal, pour procurer seulement un petit bien à ses parents ou à son pays; et si un homme vaut plus, lui seul, que tout le reste de sa ville, il n'aurait pas raison de se vouloir perdre pour la sauver. Mais si on rapportait tout à soi-méme, on ne craindrait pas de nuire beaucoup aux autres hommes, lorsqu'on croirait en retirer quelque petite commodité, et on n'aurait aucune vraie amitié, ni aucune fidélité, ni généralement aucune vertu; au lieu qu'en se considérant comme une partie du public, on prend plaisir à faire du bien à tout le monde, et même on ne craint pas d'exposer sa vie pour le service d'autrui, lorsque l'occasion s'en présente; voire on voudrait perdre son âme, s'il se pouvait, pour sauver les autres."

DESCARTE

ajouter un commentaire
commentaires (1)   
Mercredi 7 mai 2008


Le but de l'Etat n'est pas de nous apporter le bonheur. Les hommes ne sont plus des enfants et ne doivent pas être traités comme tels:

"La liberté en tant qu'homme, j'en exprime le principe pour la constitution d'une communauté dans la formule : personne ne peut me contraindre à être heureux d'une certaine manière (celle dont il conçoit le bien-être des autres hommes), mais il est permis à chacun de chercher le bonheur dans la voie qui lui semble, à lui, être la bonne, pourvu qu'il ne nuise pas à la liberté qui peut coexister avec la liberté de- chacun selon une loi universelle possible (autrement dit, à ce droit d'autrui). - Un gouvernement qui serait fondé sur le principe de la bienveillance envers le peuple, tel celui du père envers ses enfants, c'est-à-dire un gouvernement paternel, où par conséquent les sujets, tels des enfants mineurs incapables de décider de ce qui leur est vraiment utile ou nuisible, sont obligés de . se comporter de manière uniquement passive, afin d'attendre uniquement du jugement du chef de l'État la façon dont ils doivent être heureux, et uniquement de sa bonté qu'il le veuille également, - un tel gouvernement, dis-je, est le plus grand despotisme que l'on puisse concevoir (constitution qui supprime toute liberté des sujets qui, dès lors, ne possèdent plus aucun droit)".


KANT

ajouter un commentaire
commentaires (1)   
Mardi 6 mai 2008


Les hommes sont sociables (ils aiment vivre ensemble) et insociables (hostiles les uns aux autres). Faut-il s'en désoler? Non.  Sans concurrence sociale, les hommes ne vaudraient pas davantage que des moutons.

 

                "Le moyen dont se sert la nature pour mener à son terme le développement de toutes ses dispositions est leur antagonisme dans la société, dans la mesure où cet antagonisme finira pourtant par être la cause d’un ordre réglé par des lois. J’entends ici par antagonisme l’insociable sociabilité des hommes, c’est-à-dire leur penchant à entrer en société, lié toutefois à une opposition générale qui menace sans cesse de dissoudre cette société. Une telle disposition est très manifeste dans la nature humaine. L’homme a une inclination à s’associer, parce que dans un tel état il se sent plus qu’homme, c’est-à-dire qu’il sent le développement de ses dispositions naturelles. Mais il a aussi un grand penchant à se séparer ( s’isoler ); en effet, il trouve en même temps en lui l’insociabilité qui fait qu’il ne veut tout régler qu’à sa guise et il s’attend à provoquer surtout une opposition des autres, sachant bien qu’il incline lui-même à s’opposer à eux. Or, c’est cette opposition qui éveille toutes les forces de l’homme, qui le porte à vaincre son penchant à la paresse, et fait que, poussé par l’appétit des honneurs, de la domination et de la possession, il se taille une place parmi ses compagnons qu’il ne peut souffrir mais dont il ne peut se passer. Ainsi vont les premiers véritables progrès de la rudesse à la culture, laquelle repose à proprement parler sur la valeur sociale de l’homme; ainsi tous les talents sont peu à peu développés, le goût formé, et même, par le progrès des Lumières, commence à s’établir un mode de pensée qui peut, avec le temps, transformer notre grossière disposition naturelle au discernement moral en principes pratiques déterminés, et ainsi transformer cet accord pathologiquement extorqué pour l’établissement d’une société en un tout moral. Sans ces propriétés, certes en elles-mêmes fort peu engageantes, de l’insociabilité, d’où naît l’opposition que chacun doit nécessairement rencontrer à ses prétentions égoïstes, tous les talents resteraient cachés en germe pour l’éternité, dans une vie de bergers d’Arcadie (1), dans une concorde, un contentement et un amour mutuel parfaits; les hommes, doux comme les agneaux qu’ils paissent, ne donneraient à leur existence une valeur guère plus grande que celle de leur bétail, ils ne rempliraient pas le vide de la création quant à sa finalité, comme nature raisonnable. Il faut donc remercier la nature pour leur incompatibilité d’humeur, pour leur vanité qui en fait des rivaux jaloux, pour leur désir insatiable de possession et même de domination ! Sans cela, toutes les excellentes dispositions naturelles qui sont en l’humanité sommeilleraient éternellement sans se développer".

 

(1) désigne symboliquement une existence innocente et passivement satisfaite.

                    Idée d’une histoire universelle d’un point de vue cosmopolitique (1784), IV° proposition, trad. J.-M. Muglioni, Bordas, 1999, pp.15-16.

 

ajouter un commentaire
commentaires (2)   
Mardi 6 mai 2008

Max Weber

 

 

1864-1920
 Né à Erfurt, Allemagne. Tout d’abord historien du droit, puis sociologue et philosophe. Il a posé tout particulièrement le problème du rapport entre les faits (dont l’étude relève de la science) et le droit (les valeurs, qui ne relèvent pas de la science mais de la liberté).

Les thèses  principales :

 

Le fait et les valeurs

 

 Dans  Le savant et le politique (1919), Max Weber oppose le point de vue du savant, (ou du professeur), qui étudient des faits, et   transmettent des  contenus,   en faisant abstraction de leurs propres convictions,  et celui du politique qui essaye de proposer au citoyen  des orientations dictées par des choix subjectifs. Le rôle du savant doit être exclusivement d’éclairer les différentes perspectives et non pas de les infléchir, surtout pas de les orienter en fonction de leurs  propres a priori. Toutefois il est très difficile de maintenir véritablement cette séparation des tâches. Le politique s'appuie sur les sciences politiques, et le savant ne peut faire totalement abstraction de ses propres options. Ainsi la recherche de la vérité elle-même renvoie à  un choix d'ordre moral.

 

 

Religion et économie

 

 Dans L’éthique protestante et l’esprit du capitalisme (1920), Max Weber démontre que si le régime économique capitaliste s’est développé en Occident  (16 ième siècle en Angleterre) c’est grâce à un contexte philosophique et moral lié à la généralisation de l’Ethique protestante en particulier sous sa forme calviniste  et ascétique. Le bon protestant en effet doit travailler sans relâche, mais il doit économiser, et non pas consommer, afin de lutter contre l’angoisse liée à l’ignorance de son élection. Cette idéologie a eu pour effet (non voulu..) de pousser les croyants à épargner indéfiniment (capitalisme). Cette thèse de Max Weber  peut être dite idéaliste car elle montre l’impact de la croyance sur l’économie (inverse de l’explication marxiste).

 

La guerre des Dieux

 

 Max Weber a  fourni certaines clés pour comprendre  la mentalité moderne.
 D’une part, il distingue trois légitimités (traditionnelle, charismatique et rationnelle) qui coexistent dans les différents régimes politiques. La « légitimité rationnelle », théoriquement, devrait concerner plus spécialement les chefs d’Etat de nos républiques actuelles. Mais on sait que le charismatique joue encore un rôle considérable.

 D’autre part, il considère que la « guerre des Dieux » (coexistence de systèmes de valeurs opposés mais cohérents) est insurmontable dans un système moderne définitivement pluraliste. C’est précisément ce pluralisme que l’Etat républicain doit veiller à préserver tout en évitant les conflits ouverts.

 

Ethique de conviction, éthique de responsabilité

 

Il est impossible, selon Max Weber, de réconcilier ces eux éthiques, ou plutôt ces deux pôles antagonistes de toute éthique.

 

 

TEXTES CLES

 

 La valeur morale du travail

« Le travail [...] constitue surtout le but même de la vie, tel que Dieu l'a fixé. Le verset de saint Paul : « Si quelqu'un ne veut pas travailler, qu'il ne mange pas non plus » vaut pour chacun, et sans restriction. La répugnance au travail est le symptôme d'une absence de la grâce. [...]

La richesse elle-même ne libère pas de ces prescriptions. Le possédant, lui non plus, ne doit pas manger sans travailler, car même s'il ne lui est pas nécessaire de travailler pour couvrir ses besoins, le commandement divin n'en subsiste pas moins, et il doit lui obéir au même titre que le pauvre. Car la divine Providence a prévu pour chacun sans exception un métier qu'il doit reconnaître et auquel il doit se consacrer. Et ce métier ne constitue pas [...] un destin auquel on doit se soumettre et se résigner, mais un commandement que Dieu fait à l'individu de travailler à la gloire divine.

Partant, le bon chrétien doit répondre à cet appel : « Si Dieu vous désigne tel chemin dans lequel vous puissiez légalement gagner plus que dans tel autre (cela sans dommage pour votre âme ni pour celle d'autrui) et que vous refusiez le plus profitable pour choisir le chemin qui l'est moins, vous contrecarrez l'une des fins de votre vocation, vous refusez de vous faire l'intendant de Dieu et d'accepter ses dons, et de les employer à son service s'il vient à l'exiger.

Pour résumer ce que nous avons dit jusqu'à présent, l'ascétisme protestant, agissant à l'intérieur du monde, s'opposa avec une grande efficacité à la jouissance spontanée des richesses et freina la consommation, notamment celle des objets de luxe. En revanche, il eut pour effet psychologique de débarrasser des inhibitions de l'éthique traditionaliste le désir d'acquérir. Il a rompu les chaînes qui entravaient pareille tendance à acquérir, non seulement en la légalisant, mais aussi [...] en la considérant comme directement voulue par Dieu. [... ]

Plus important encore, l'évaluation religieuse du travail sans relâche, continu, systématique, dans une profession séculière, comme moyen ascétique le plus élevé et à la fois preuve la plus sûre, la plus évidente de régénération et de foi authentique, a pu constituer le plus puissant levier qui se puisse imaginer de l'expansion de cette conception de la vie que nous avons appelée, ici, l'esprit du capitalisme ».

Max Weber, LÉthique protestante et l'esprit du capitalisme (1904), trad. J. Cha , Éd. P1on, 1964, pp. 208-236.

 

Le monopole de la violence légitime

« S’il n’existait que des structures sociales d’où toute violence serait absente, le concept d’État aurait alors disparu et il ne subsisterait que ce qu’on appelle, au sens propre du terme, l’ « anarchie »1. La violence n’est évidemment pas l’unique moyen normal de l’État - cela ne fait aucun doute -, mais elle est son moyen spécifique. De nos jours la relation entre État et violence est tout particulièrement intime. Depuis toujours les groupements politiques les plus divers - à commencer par la parentèle2 - ont tous tenu la violence physique pour le moyen normal du pouvoir. Par contre il faut concevoir l’État contemporain comme une communauté humaine qui, dans les limites d’un territoire déterminé - la notion de territoire étant une de ses caractéristiques -, revendique avec succès pour son propre compte le monopole de la violence physique légitime ». Max Weber, Le Savant et le politique ( 1919), trad. J. Freund, E. Fleischmann et É. de Dampierre, Éd. Plon, coll. 10/18, p. 124.

 

Notes

1 au sens “propre” ou étymologique : où il n’y a pas de pouvoir.

2 Famille au sens élargie, ensemble des parents.

 

Éthique de conviction et éthique de responsabilité

 

« Il est indispensable que nous nous rendions clairement compte du fait suivant: toute activité orientée selon l'éthique peut être subordonnée à deux maximes totalement différentes et irréductiblement opposées. Elle peut s'orienter selon l'éthique de la responsabilité ou selon l'éthique de la 5 conviction. Cela ne veut pas dire que l'éthique de conviction est identique à l'absence de responsabilité et l'éthique de responsabilité à l'absence de conviction. Il n'en est évidemment pas question. Toutefois il y a une opposition abyssale' entre l'attitude de celui qui agit selon les maximes de l'éthique de conviction - dans un langage religieux nous dirions : « Le chrétien fait son devoir et en ce qui concerne le résultat de l'action il s'en remet à Dieu» - et l'attitude de celui qui agit selon l'éthique de responsabilité qui dit: « Nous devons répondre des conséquences prévisibles de nos actes. » Vous perdrez votre temps à exposer, de la façon la plus persuasive possible, à un syndicaliste convaincu de la vérité de l'éthique de conviction que son action n'aura d'autre effet que celui d'accroître les chances de la réaction, de retarder l'ascension de sa classe et de l'asservir davantage, il ne vous croira pas. Lorsque les conséquences d'un acte fait par pure conviction sont fâcheuses, le partisan de cette éthique n'attribuera pas la responsabilité à l'agent, mais au monde, à la sottise des hommes ou encore à la volonté de Dieu qui a créé les hommes ainsi. Au contraire le partisan de l'éthique de responsabilité comptera justement avec les défaillances communes de l'homme (car, comme le disait fort justement Fichte--, on n'a pas le droit de présupposer la bonté et la perfection de l'homme) et il estimera ne pas pouvoir se décharger sur les autres des conséquences de sa propre action pour autant qu'il aura pu les prévoir ».

Max Weber, Le Savant et le Politique (1919),

trad. J. Freund revue par E. Fleischmann et É. de Dampierre,

 colt. «Bibliothèques», 1963, p. 206-207.

 

 

Le désenchantement du monde

Pour  Max Weber, la science galiléenne a désenchanté le monde dans lequel nous vivons:

 

"L'intellectualisation et la rationalisation croissantes ne signifient donc nullement une connaissance générale croissante des conditions dans lesquelles nous vivons. Elles signifient bien plutôt que nous savons ou que nous croyons qu'à chaque instant nous pourrions, pourvu seulement que nous le voulions, nous prouver qu'il n'existe en principe aucune puissance mystérieuse et imprévisible qui interfère dans le cours de la vie; bref que nous pouvons maîtriser toute chose par la prévision. Mais cela revient à désenchanter le monde. Il ne s'agit plus pour nous, comme pour le sauvage qui croit à l'existence de ces puissances, de faire appel à des moyens magiques en vue de maîtriser les esprits ou de les implorer mais de recourir à la technique et à la prévision".           

Max Weber,«Le métier et la vocation de savant» (1919) Le savant et le politique 10/18, 1959

 

 

 

 

ajouter un commentaire
commentaires (0)   
Lundi 28 avril 2008

Vie: 

Né à Genève en 1712 dans une famille calviniste. Il quitte Genève, qui est une république, à 16 ans. Quelques années plus tard, il est secrétaire  de l’Ambassade de France à Venise. Il conçoit déjà un projet auquel il travaillera à partir de 1751 intitulé : « Institutions politiques ». Projet inspiré par ce qui, à l’époque, est encore une curiosité, à savoir la République (Genève, Venise). Système très éloigné de ce que nous appelons une « démocratie » ; mais tout de même encore davantage de la monarchie française de l’époque.

 

Oeuvre philosophico-politique
En 1762, il écrit Du contrat social, aboutissement de 10 ans de travail et de réflexion sur «  les Institutions politiques » (différentes de la monarchie, plus justes), mais aussi complément de ses ouvrages sur l’origine du mal dans les sociétés humaines. Le mal, selon Rousseau, ne procède pas de la nature, mais de la société qui corrompt le cœur humain en introduisant la propriété privée et l’inégalité.


Le  Contrat social n’est pas un projet de révolution ni même de réforme. Il constitue une réflexion purement théorique sur les principes du droit politique. Partant du principe que les hommes à l’origine étaient libres et égaux, Rousseau se demande ce qui a pu les pousser à renoncer à cette bienheureuse et paisible condition originelle. La réponse est la suivante : seul le consentement de chacun et la réciprocité des liens peut rendre le pouvoir politique légitime. Il faut donc supposer que les hommes ont librement renoncé, par un contrat, à leur liberté et à leur égalité naturelle. Mais à la condition que tous les autres fassent de même et acceptent de se soumettre à une loi commune.

 

La république, la loi  la volonté générale

Trois notions au coeur de l’ouvrage de Rousseau

La république est le régime légitime. Il est légitime parce qu’il procède d’un contrat social, c’est-à-dire parce qu’il a été approuvé par tous ceux qui ont décidé librement de le signer. Souverain à l’origine, le peuple demeure souverain, ce qui signifie qu’il est le seul habilité à décider de son propre sort. La République de Rousseau est à la fois un « Etat de droit » et une démocratie (pouvoir du peuple, pour le peuple et par le peuple).

 La loi : c’est-à-dire la règle qui est l’expression de la volonté générale. C’est la loi qui est la même pour tous, qui peut seule garantir les droits fondamentaux c’est-à-dire la liberté de tous les citoyens.

 La volonté générale : « La loi est l’acte de la volonté générale » selon Rousseau. Ce qui signifie que  seules les lois qui expriment la volonté unanime du peuple tout entier méritent le nom de « loi ». Cette définition énonce un principe et non une réalité. La volonté générale est une sorte de fiction, une limite idéale, qui ne doit pas être confondue avec la volonté de tous.  La volonté générale est la volonté raisonnable qui vise l’intérêt commun, et dont on suppose qu’elle existe en tout homme, mais à condition qu’il fasse taire ses passions et ses intérêts égoïstes : lorsque nous votons, ou lorsque nos représentants le font en notre nom. Ils le font, théoriquement, au nom de cette volonté générale qui est, par définition juste  (mais, dans les faits, pas toujours éclairée).
Ce qui n’est pas le cas de la volonté majoritaire ni même de la volonté de tous qui peut être parfois corrompue ou même criminelle.


Conclusion

En république, le peuple est souverain et la loi, "toujours juste", est l’acte de la volonté générale.
Ce sont là des principes.
 Théoriques ? Eloignés du réel ?
Plus la réalité s’en éloigne, plus elle doit être critiquée et combattue.

 

 

ajouter un commentaire
commentaires (3)   
Lundi 28 avril 2008


En droit français, l'animal est désormais une personne juridique sans être un sujet de droit.
[La loi Grammont du 2 juillet 1850  a été abrogée et son remplacée par le décret du 7 septembre 1959].


"L'unique article de la loi Grammont ne punissait que ceux qui infligeaient publiquement de mauvais traitements aux animaux domestiques on réprimait non pas les atteintes à la sensibilité mais les seuls faits de scandale.
C'est pourquoi un nouveau décret a remplacé cette loi. Il comporte une disposition qui maintient la répression des mauvais traitements, mais supprime la condition restrictive de « publicité ». Ce qui signifie, encore une fois, que l'animal est protégé pour lui-même, et qu'on lui reconnaît un droit. En outre, on constate que la protection de l'animal dans son propre intérêt a fait depuis lors des progrès. On a établi successivement des sanctions contre le délit d'acte de cruauté envers les animaux domestiques, avec ou sans publicité, l'abandon volontaire et les sévices graves, on a institué la remise de la bête maltraitée à une oeuvre de protection animale. L'animal est désormais protégé pour lui-même, y compris contre son propriétaire. Aussi Jean-Pierre Marguénaud peut-il conclure que l'animal « n'est plus une chose appropriée. [...] Comme il y a une incompatibilité logique entre droit de propriété et limitation dans l'intérêt de la chose appropriée [...] il est difficile de continuer à dire que l'animal est soumis au droit de propriété. Le nouveau Code pénal punit d'une amende l'animalicide volontaire. L'abusus, prérogative du propriétaire, se trouve donc limité dans l'intérêt de la bête elle-même. L'animal n'est plus une chose ou un bien, dans la mesure où le nouveau Code pénal classe les actes de cruauté envers les animaux dans une catégorie distincte de crimes et délits : ni contre les personnes, ni contre les biens, ni contre l'État, la nation, la paix publique, l'humanité ». On doit penser au demeurant, écrit-il encore, que cette catégorie inédite de crimes et délits, « naviguant entre
biens et les personnes », ne pourra pas subsister longtemps et que l'hypothèse « technique » de la personnifica-tion des animaux achèvera de s'imposer, la personne morale, la personnalité juridique appartenant déjà à « tout groupement  pourvu d'une possibilité d'expression collective pour la  défense d'intérêts licites » (1. Les deux conditions requises sont -:*replies : l'intérêt distinct et l'existence d'organismes susceptibles de les mettre en oeuvre. Comme la personne morale, l' animal est donc une personne juridique sans pourtant être un sujet de droit, et c'est cette réalité juridique qu'il fallait mettre en lumière pour que les débats cessent d'être aberrants (2.
Il y a une leçon implicite à tirer de cette analyse, et elle peut aider les amis des animaux à comprendre que nous ne mourrons jamais purger entièrement un anthropocentrisme minimal, sauf à nous prendre pour le Dieu de Leibniz capa. nie de toutes les perspectives possibles. Ce point de vue :égoïque, « spéciste », si l'on tient au terme, qu'il faut amender, certes, est l'effet de notre finitude avant d'être la marque de notre puissance. Il est aussi la condition de notre responsabilité envers les vivants".

E. de Fontenay , Sans offenser le genre humain,pp 118-119

 

1. Jean-Pierre Marguénaud, «La personnalité juridique des animaux », art. cit.
2. Un article de Yann Thomas, « Le sujet de droit, la personne et la nature », paru dans Le Débat, n° 100, mai-août 1998, aborde ce pro
blème.
3. Diderot, Le Rêve de dAlembert (1769).

ajouter un commentaire
commentaires (2)   

Présentation

Texte libre

 

Sur Amazon



                                           
Le choix des libraires
Decitre : fiche détaillée

Calendrier

Mai 2008
L M M J V S D
      1 2 3 4
5 6 7 8 9 10 11
12 13 14 15 16 17 18
19 20 21 22 23 24 25
26 27 28 29 30 31  
<< < > >>

Commentaires

Recommander

Cliquez ici pour recommander ce blog
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Signaler un abus