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4 septembre 2017 1 04 /09 /septembre /2017 09:43
Sur la rhétorique populiste et le ressort de la haine


« La haine surgit quand est refusé ce que la représentation institutionnalise. La représentation institutionnalise la division en politique, c'est-à-dire l'altérité. Quand l'autre est reconnu, les divisions, les séparations et les écarts sont aussi admis. Et dans ce cas, la haine et l'amour sont intriqués, et le refoulement peut opérer. Je peux taire la haine des uns si je peux dire l'amour des autres. Le populisme met fin à ces possibilités.
  La rhétorique populiste unifie les sens du mot « peuple », qui, sinon, existent  à l'état séparé. Quand le sens des mots ne glissent plus, et n'échappent plus dans une pluralité de sens, alors le pouvoir d'un mot peu devenir terrible. Quand le peuple commença croire qu'il est un peuple il aura aussi bien en sang social (le« petit peuple ») qu’au sens juridico-politique  (les « citoyens », terme que Donald Trump emploie de manière synonyme à  celui de « people ») et nationale  le thème de « la France », chez Marine Le Pen).
Hélène L’Heuillet , Tu haïras ton prochain comme toi-même, Albin Michel 2017

 

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Published by laurence hansen-love - dans actualité politique
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commentaires

j f Cordroch 06/09/2017 11:33

Certes ,avec le développement accéléré au sein de nos sociétés ,les cadres traditionnels disparaissent ,laissant les individus désemparés et à la merci des populistes . Mais ces cadres traditionnels ne sont-ils pas déjà eux-mêmes le produit d'un déracinement plus profond et plus général de l'Homme ,devenu totalement dépendant de la nécessité pour lui, de se construire des cadres existentiels artificiels . J'en reviens toujours au même constat ,la cause de la haine ,de l'incapacité de l'Homme à accepter la différence , l'inconnu ,l'imprévu ,bref le vivant ,la nature etc ....et donc soi-même ,est l'absence ,ou l'insuffisance de liens fondamentaux avec le vivant . La personne éprouvant le vivant en elle ,aime la vie sous toutes ses formes et dans toutes ses manifestations .

La peur et la haine sont les produits de la frustration ,du manque ,auxquels il faut trouver des responsables permettant de se soulager de ses souffrances .Toute civilisation est fondée sur ce manque et cette frustration ,qu'elle doit donc entretenir ,ce qui est la fonction première de toute idéologie, qui ne propose que des substituts à efficacité réduite et superficielle .

Ce qui est communément appelé amour ne règnera pas tant que l'on empêchera une mère de donner toute son affection , sa tendresse ,son attention à ses enfants , tant que l'homme ( le sexe masculin ) refusera de reconnaître tout ce qu'il doit à la femme . Cela va paraître un peu simpliste à certains ,mais là est toute la problématique humaine .Il y a de la haine et le besoin d'ennemis lorsqu'il y a eu , plus ou moins, manque d'affection maternelle ,induisant le manque de liens fondamentaux avec le vivant . Autrement dit ,j'aime la vie, j'aime les autres car ma mère m'a aimé et qu'elle a su, et pu le montrer .

Angelilie 05/09/2017 17:47

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au plaisir

Bernard Joly 05/09/2017 14:45

Le populiste n'unifie pas les sens du mot "peuple", car il défend, par définition, les intérêts d'un "peuple" contre un ou plusieurs autres "peuples". C'est plutôt une rhétorique sophistiquée et tout aussi partisane qui établit cette globalisation; le populiste, lui, est beaucoup plus "carré".
"Les humains s’abandonnent, hélas, à deux passions contiguës qui s’entremêlent avec bien d’autres motivations politiques : je veux parler de la peur et de la haine."
Bertrand Russel

Plutôt que d'alimenter la haine avec ce genre de production,
« Là où le jargon transforme les problèmes vivants en abstractions, et où les jargons finissent par s’affronter, les gens n’ont pas de causes. Ils n’ont que des ennemis. »
Vidiadhar Surajprasad Naipaul (Prix Nobel de littérature en 2001)
il faudrait mieux s'intéresser aux causes objectives des antagonismes qui s'élèvent dans la société:
"Le développement accéléré tend à bouleverser les cadres traditionnels ; beaucoup de gens sont ainsi déracinés, désemparés. Ils se sentent en quelque sorte étrangers à leur propre société, aliénés au sens propre du terme." (Maurice Duverger)

Mais cette démarche est beaucoup plus humble et exigeante:
"L’amour n’est pas l’absence de haine. Il n’est pas non plus réductible au coup de foudre romantique. C’est une construction permanente au fil de la journée : la répétition constante d’une « résonance positive » avec l’autre, une attention portée à ses besoins réels, un renouvellement du désir de l’aider à les satisfaire."
Mathieu Ricard

Allez, encore un petit effort, et je vais bien finir par vous haïr !

laurence hansen-love 05/09/2017 20:49

merci Bernard Joly.. mais les populistes n'admettent pas que le "peuple" a plusieurs sens, et pas non plus qu'il y a plusieurs peuples (plusieurs réalités derrière ce mot). Ce matin encore JLM disait: "la rue , c'est le peuple, il ne faut pas dire "la rue" (qui est méprisant) mais le peuple". Pardon mais pour moi, la rue ce n'est pas le peuple, mais une fraction du peuple, et qui varie selon les occasions...

Angelilie 04/09/2017 18:21

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au plaisir

Bernard Joly 06/09/2017 18:20

Notre "camarade/philosophe" valide par son existence même la pluralité des composantes du peuple, et la pratique en mobilisant d'énormes ressources pour lutter contre la droite, la gauche, le gouvernement… Lorsqu'à l'occasion des attentats, nos gouvernants déclarent "que le peuple français ne se laissera pas impressionner par les terroristes" alors même qu'une partie de ce peuple vient de s'en prendre à l'autre partie, faut-il les qualifier eux aussi de populistes ? Il ne faut pas confondre la rhétorique politique et la réalité des comportements.
Les populistes de droite rejettent les immigrés alors que les populistes de gauche les accueillent et les soutiennent. Deux réalités opposées sous le même vocable montrant que même chez les populistes estampillés le "peuple" a plusieurs sens !
Faut-il donc que nous soyons condamnés à devoir choisir un populisme pour rester nous-mêmes ?
Je ne vois pas beaucoup de philosophie dans cette démarche que certains ont érigé en fonds de commerce, et les Français n'y ont jamais vraiment adhéré ayant bien compris qu'il s'agit uniquement d'une opération visant à façonner nos représentations, et qu'il ne fallait rien en attendre ni espérer.
Comme Naipaul, je crois que cette entreprise, ce faux problème, ne produit que des ennemis et ruine le débat d'idées nécessaire au vivre ensemble en alourdissant une contingence déjà bien écrasante dans l'ici-bas.