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Samedi 31 mars 2012 6 31 /03 /Mars /2012 15:21

 

Un islam hédoniste est-il possible ?

(partie 5)

 

 

Serge Provost

Professeur de philosophie 

 

Moderniser l’islam ?

 

Heureusement, il existe d’autres musulmans plus éclairés, en nombre croissant, plus modérés, plus réflexifs et plus conciliants envers la modernité, qu’on dénomme tantôt « libéraux », tantôt « réformistes » de l’islam. Ils voient la suite des choses autrement. On ne citera pas de noms, ils sont relativement connus. Ils sont invités dans nos médias pour y commenter un événement d’actualité, y parler de leurs travaux, d’une autre vision de l’islam. Questions : Sont-ils entendus chez eux ? Y exerce-t-il quelque influence ? Compte tenu de la vague fondamentaliste qui frappe les pays musulmans, une déferlante, y compris ceux du printemps arabe 2012, nous sommes en droit d’avoir des doutes. Ne rappellent-ils pas, à tort ou à raison, par-delà les clivages idéologiques et religieux, par-delà l’espace et le temps, un passé, un schème de pensée, une sensibilité, une militance et, aussi, des acteurs pourtant si près ?

  

Aux gens d’un certain âge, leurs combats pour la réforme ou la libéralisation de l’islam, qui incluent la question des femmes, rappellent étrangement ceux de théoriciens marxistes marginaux des années 1960-80 qui eurent leur heure gloire. Eux aussi bataillaient ferme contre la langue de bois, pour la modernisation du marxisme, la déstalinisation des esprits et des partis communistes. Ils en appelaient, eux aussi, à plus de démocratie, à plus d’ouverture aux nouvelles réalités contemporaines. Jusqu’à ce qu’ils s’aperçoivent, vaincus et contrits, que la doctrine elle-même, pour laquelle ils avaient consacré le meilleur d’eux-mêmes, durant tant d’années, engendrait le totalitarisme. Non sans raison, ces « camarades », ces anciens convertis, par milliers, décidèrent de sauter de ce train en marche. Ils furent « des compagnons de route » et devinrent des apostats. Un vain combat ? Tous les Raymond Aron de ce monde disaient que ce train déraillait et, à toute vapeur, fonçait droit dans le mur (voir L’opium des intellectuels, 1955). L’histoire des orthodoxies et de leurs contestations se répète-t-elle?

 

 

Pour un islam hédoniste

 

« Le plaisir est le commencement et la fin de la vie heureuse. »

Épicure.

 

Besoin d’un mémento ? L'hédonisme est le terme générique dénommant l'ensemble des théories morales fondées sur le plaisir à la fois comme valeur, principe et but de l'agir. Pour ce courant éthique diversifié, le plaisir est le bien, la seule chose digne d'être recherchée, car il constitue la principale source du bonheur humain. En conséquence, il devrait occuper une place de choix dans nos vies, puisque c'est en état de plaisir que nous éprouvons vraiment le sentiment d'exister. Devant toute action à poser, nous devrions toujours nous demander en quoi celle-ci permet, ou non d'augmenter notre plaisir.

 

D’où la nécessité d’un islam hédoniste, et rien d’autre. Et le plus vite sera le mieux. Pour les hommes, pour les femmes, pour les animaux (l’hallal = égorgement in vivo d’un être sensible) et pour tout ce qui vit. Un islam hédoniste qui, antique et durable axiome, « laisse à chacun le choix de prendre et de donner plaisir sans nuire à soi-même, aux autres et à la société. » Car l’autre, l’islam intégriste, procède de la pulsion de mort. Or, si, d’aventure, une certaine lecture de l’islam, voire l’islam lui-même, son corps de doctrine, s’avérait un problème et non une des solutions possibles au vivre ensemble, que devons-nous faire ? Que doivent faire les croyants ? Devraient-ils, comme les « petits camarades », prendre un train pour quelque part ? « Le droit de s’en aller », l’article manquant, le grand absent de toutes nos Chartes des Droits de l’Homme. S’en aller, peut-être, ou combattre. Combattre encore. Avec énergie. Une solution d’avenir. Celle que devraient emprunter les femmes d’Islam ?

 

Libres, légères, respectables et respectées

 

Nombre d’entre elles, des femmes occidentales, travaillant dans l'industrie de la séduction ( la soft et la hard ) osent affirmer, défendre et revendiquer, haut et fort, ce qui, dans des pays libres, devrait tenir du truisme éthique : liberté, légèreté, sensualité, sexualité et respectabilité ne sont nullement incompatibles.

 

En imposant la censure des images érotiques dans l’espace public, ô éternel retour du mal dans l’Histoire !, les fondamentalistes, toutes confessions religieuses confondues, réactualisent les antiques tabous pudibonds et redonnent un inquiétant coup de jeune aux vieux démons inquisitoriaux.

 

Plutôt tôt que tard, cela conduira-t-il à dévaloriser, rendre suspectes, voire impies (sacrilège !) la moindre représentation voluptueuse du corps humain, en l’occurrence le féminin, au profit, exclusif et maniaque, d'un paradigme moralisateur, interdicteur, faussement asexué, et hypocritement asexuel ? Que l’on soit croyant ou non, homme ou femme, est-ce de ce religieux-là dont les sociétés du 21e siècle débutant ont besoin ? Et si, en terminant, pour s’amuser un peu, on réécrivait la célèbre formule qui ouvrait ce texte : « Le 21e siècle sera laïque ou ne sera que religioseries ! » Amen. Inch Allah. Ni dieu ni maître, etc.

 

 

 

Par laurence hansen-love - Communauté : Culture générale, philosophie
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Samedi 31 mars 2012 6 31 /03 /Mars /2012 15:19

 

Un islam hédoniste est-il possible ?

(partie 4)

 

 

Serge Provost

Professeur de philosophie 

 

Les sorcières de l’islam...

 

Quand les sources revendiquées de la morale publique et privée reposent sur une religion, quelle qu’elle soit, faut-il s’étonner des dérives rigoristes en matière de répression sexuelle et l’imposition d’oukases par des hiérarques religieux carburant au double standard ? Dans le cas qui nous occupe - le Coran, les hadiths, la charia - et, en particulier, ceux qui en usent et en abusent, il n’y a guère d’ambiguïté possible. Surtout pour celles qui vont au front, souvent au risque de leur vie. Quand elles ne sont pas l’objet de persécution pure et simple, d’intimidation ou l’objet de raillerie, les féministes musulmanes, « expression oymorique ! », ironise Caroline Fourest, en sont encore à réclamer des droits, pourtant basiques, dont la liste, à elle seule, donne le tournis aux femmes « libérées » d’Occident.

 

et leur « liste noire » — plutôt pour que contre

 

La nature, les motifs et la variété de leurs revendications en fonction des pays laissent pantois.

Elles sont :

contre l’infibulation et l’excision (pratique courante en Somalie et au Soudan – voir le film autobiographique Fleur du désert de Sherry Hormann [2009] racontant l’histoire du top model Waris Dirie);

contre  les tribunaux et les « codes de la famille » connivents, préférentiels pour les hommes;

contre le voilement obligatoire et le mariage forcé, contre les « tests de virginité ».

 

Ouf ! Inspiration et expiration abdominale... et on reprend.

 

Elles sont :

pour la criminalisation des violences conjugales ( [...] (« il [le mari] lui est permis de la [son épouse] battre légèrement, avec ses mains, en prenant soin d'éviter le visage ou d'autres parties sensibles » [...] ) du médiatique d Al-Jazira, Cheikh Al-Qaradaoui, (voir ses émissions traduites On line et son best-seller Le licite et l'illicite en Islam, al-Qalam, 2004);

pour la criminalisation des crimes d’honneur (au Canada, où l’égalité hommes/ femmes est tenue pour un absolu moral et juridique, en 2012, le procès de Mohammed Shafia, l’affaire médiatique la plus suivie pendant des mois, se termine par la condamnation pour les meurtres prémédités de ses trois filles « trop occidentalisées », et de sa première femme. « Que le diable aille chier sur leurs tombes ! » a-t-il élégamment déclaré (une expression commune en Afghanistan) après les avoir claquemurées dans une automobile, puis envoyée par le fond dans une écluse du canal Rideau, à Ottawa);

pour la fin de la lapidation des femmes (Nigéria);

pour une plus grande tolérance envers la tenue vestimentaire (la journaliste Loubna Ahmed al-Hussein, récemment condamnée au Soudan pour avoir porté un pantalon jugé indécent);

pour le droit d’avoir leurs mots à dire sur l’interprétation des textes sacrés (accéder à des fonctions comme celles d'ouléma ou de docteur de la Loi), de pouvoir participer aux prières dans les mosquées, voire d’officier dans des prières mixtes;

pour la cessation immédiate d’émission de certificat de virginité encore émis par certains médecins en France; etc.

 

Ouf ! Inspiration profonde, par le nez, en pinçant quand même un peu les narines, puis, expiration.

 

Sans être devin, mais assurément simplet, on imagine que la route de la « libération » des femmes musulmanes sera longue et semée d’embûches politico-juridico-religieuses. Comme celles (subliminales ?) contenues dans l’aggiornamento de l’Église catholique (concile de Vatican II - 1962-1965), qui, au grand dam des ultraconservateurs, consentait à la modernité, à l’adaptation « progressive » aux mœurs de la société contemporaine.Vraiment ?

 

Une islamisation des corps et des esprits, en 2012 ?

 

Dans la plupart des  pays musulmans, le phénomène ne fait que s’amplifier, dès qu’il ose sortir de l’espace clos de la domesticité à laquelle il est assigné, le corps des femmes devient l’objet d’un contrôle social de tous les instants. Les récurrentes affaires de voile et de niqab imposés, et autres faits divers horribles (acide lancé aux visages des femmes dévoilées)  dont se nourrissent toutes les extrêmes droites, ne sont, somme toute, qu’un épiphénomène. Celui d’une vision datée, archaïque persistant à « faire de la femme l’auxiliaire du démon » (formule attribuée au Prophète selon la tradition), et ce, en pleine modernité/postmodernité/hypermodernité, qu’on les aime ou non.

 

Si cette conception « moyenâgeuse » du corps féminin, pour le dire poliment, patriarcale par principe (en vertu de la tradition, de la religion ou de la culture, ce qui revient souvent au même) ne parvient pas à lâcher du leste, ne faut-il pas craindre, d’une part, que les femmes musulmanes poursuivront, chez elles, plus péniblement encore, leur longue traversée du désert et, d’autre part, dans les pays qui accueillent en grand nombre, maris et enfants inclusivement, en très grand nombre, que les gouvernements, devant autant d’excès, fassent la sourde oreille à la moindre demande d’accommodements raisonnables ?

 

Est-elle une vue de l’esprit, cette islamisation ? Ces pathétiques histoires de famille, allant du frère aux cousins, si prompts à intimider la p’tite beur afin qu’elle porte le voile, en tout temps et en tous lieux, en passant par le caïd du hall d’immeuble qui ne rêve que d’en découdre avec les « souchiens », jusqu’à ces imans, les officiels comme les officieux, ces plaideurs quérulents, très remontés contre la culture du pays d’accueil, qu’ils rejettent par ailleurs, comme ils vitupèrent « l’Occident en général » parce qu’ils s’opposent à sa realpolitik droit-de-l'hommiste, sensible à la question palestinienne dans le discours, mais anti-palestinienne dans la geste. Une chatte n’y retrouve plus ses petits.  Ces faits, personnages, ces discours sont-ils inventés ?

 

                                                                                                                                                                                                                                                                                     À suivre. 

Par laurence hansen-love - Communauté : philosopher
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Samedi 31 mars 2012 6 31 /03 /Mars /2012 15:16

Un islam hédoniste est-il possible ?

(partie 3)

 

 

Serge Provost

Professeur de philosophie

 

 

Les nouveaux maîtres censeur de la République vertueuse

 

Les nouveaux maîtres censeurs de l’islam, flanqués de leurs sbires (sic), de leurs ligues de vertu (la « police des mœurs » en Iran), tous détenteurs autoproclamés du juste, du vrai, du bon et du beau, cette minorité qui, de tout temps, aspirent à penser à notre place. L’exact opposé du « projet des Lumières », dirait Kant, et qui reste d’une étonnante actualité. Ne résistons au plaisir de citer ces extraits célèbres qui, dans les circonstances, semblent tirés du brûlot Indignez-vous ! de Stéphane Hessel : « Le Siècle des Lumières se définit comme la sortie de l'homme hors de l'état de minorité où il se maintient par sa propre faute. La minorité est l'incapacité de se servir de son entendement sans être dirigé par un autre [...] Sapere aude ! (Ose savoir !) Aie le courage de te servir de ton propre entendement !  Voilà la devise des Lumières. » Qu'est-ce que les Lumières ? (Hatier, 2007). [...] « Il est si commode d'être sous tutelle. Si j'ai un livre qui a de l'entendement à ma place, un directeur de conscience qui a de la conscience à ma place, un médecin qui juge à ma place de mon régime alimentaire, etc., je n'ai pas alors moi-même à fournir d'efforts. Il ne m'est pas nécessaire de penser dès lors que je peux payer; d'autres assumeront bien à ma place cette fastidieuse besogne » [...]. Fondements de la métaphysique des mœurs (Vrin, 1992.)

 

Ce programme existentiel se situe à l’antipode de ce que concocte la nébuleuse islamiste. Il invite à l’autonomie individuelle, de celle qui oppose une fin de non-recevoir aux arguments d’autorité, qui refuse de faire sienne une loi qui vient d’un autre (hétéronomie), mais aspire à la construire pour et par soi-même. Il s’oppose frontalement au projet fondamentaliste qui fait passer « la vérité révélée » avant la liberté de chacun, instrumentalise le droit au service du pouvoir politico-religieux, manie l’appareil répressif afin d’imposer ses normes, ses tabous et ses mœurs au plus grand nombre. D’aucuns ajouteraient : pour inoculer sa morgue. En a-t-il toujours été ainsi?

 

Une autre éthique musulmane ? 

 

Islam et islamisme sont antinomiques. Comme la pudeur et la pudibonderie (voir Histoire de la pudeur, de Jean-Claude Bologne, Pluriel, 1997). On ne saurait confondre la bégueulerie agressive et névrosée des intégristes du dernier demi-siècle avec l’histoire des mœurs, longue et contrastée, ayant prévalu dans les pays islamiques.

 

L’Islam a 14 siècles d’histoire, mais ces bourgeons sectaires contemporains (salafistes, wahhabites) naissent en Arabie Saoudite autour des années 1930. Sans parler d’un « âge d’or » de la libre sexualité en Islam, Malek Chebel, notamment, démontre que « jouir et faire jouir » fait aussi partie de la tradition islamique oubliée. Une sourate et des hadiths (les paroles rapportées du prophète) feraient même du plaisir, partagé et librement consenti, un devoir du croyant. « L'islam aime la chair, l'amour, les femmes », écrit-il (Le Kama-Sutra arabe, Pauvert, 2006).

 

N’en déplaise aux actuels durs à jouir et autres empêcheurs de réjouissances, l’islam savait s’ébaudir. Aux actuels contempteurs désenturbannés de la chair, les écrits et les récits rappellent que les mœurs y furent longtemps désinhibées. La détestation du corps, la chasse à la nudité, à la coquetterie, à la danse lascive, à la séduction, à l’érotisme torride, aux substances aphrodisiaques ne constitue pas l’essentiel de sa tradition plurielle.

 

Amis tunisiens, libyens et égyptiens, n’est-ce pas — un peu, beaucoup, trop religieusement ! — de tout ce pan de votre histoire que les islamistes veulent vous détourner ? S’il n’est pas trop tard, comme il est permis et agréable de l’espérer, ne vous faudra-t-il pas choisir entre la voix/voie de Shéhérazade et celle des « barbus barbants », cela dit en tout respect, car la liberté d'expression, y compris celle des images, c'est, pour le dire abruptement, tout ou rien. Elle ne saurait servir, il va sans dire, de caution morale à l’insulte et à la haine. Or, si des dérapages arrivaient, et ils surviennent toujours : so what ?, comme on dit en chinois. Il existe, le cas échéant, en démocratie, des recours légaux contre de tels excès. D’ailleurs, « chez Nous », les procès intentés pour diffamation font florès et enrichissent les avocats. Ne vaut-il pas mieux « un bon débat qu’un mauvais procès », et, à tout prendre, un procès équitable qu’une violation éhontée de droits humains fondamentaux ?

 

Comme nous, vous devez sans doute vous la poser l’incontournable question : qui doit définir la moralité publique ? L’État islamique dirigé par des « fous de Dieu » ou leurs clones laïques, qui veulent notre bien coûte que coûte, ou nous, le peuple ? « Que l’autorité se borne à être juste, nous nous chargeons d’être heureux » dirait Benjamin Constant, « L’état chez lui et la religion chez elle » renchérirait le père Hugo.

 

Voilà pourquoi la censure des images, imposée au journal Ettounsia, pour se limiter à ce cas, reconduit et annonce le pire de l’intolérance dans sa variante religieuse. Pourquoi les images, y compris celle d’un corps de femme nue, qui ne sont, après tout, qu’une réflexion distanciée et circonstanciée du réel, nous menaceraient-elles ? « Ce n'est pas une image juste, c'est juste une image », disait Jean-Luc Godard. Pourquoi, et au nom de quel arbitre des élégances, des goûts et des désirs, devraient-elles ne renvoyer qu’une version unidimensionnelle de la femme : aseptisée, douce, sage, gentille, soumise et maternelle ? Pourquoi faudrait-il que le « deuxième sexe », lui, et lui seul, soit toujours l’éternel gardien et la victime ciblée de « leur » morale irréprochable ? Dans les pays où l’on interdit et judiciarise à tour de bras les images coquines, le sort des femmes est-il plus rose ? Demandez-le aux féministes des pays arabo-musulmanes, celles qui, fières musulmanes, rament à « contre-Coran », dixit Djemila Benhabib ( Ma vie à contre-Coran, VLB éditeurs, 2009). Demandez-leur, elles disposent d’un bout, un long bout de la réponse.

 

                                                                                             À suivre.

 

 

Par laurence hansen-love - Communauté : philosopher
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Vendredi 30 mars 2012 5 30 /03 /Mars /2012 21:21

Un islam hédoniste est-il possible ?

(partie 2)

 

 

Serge Provost

Professeur de philosophie

 

 

In the name of God et celui d’Allah

 

Tous les croisés de notre temps se ressemblent-ils ? Éduqués par l’Histoire, nous devrions pourtant connaître par cœur les astuces éculées, celles d’hier et d’aujourd’hui, de ces grands dépréciateurs du corps. Celles, par exemple, de ces islamistes aux portes du pouvoir ou déjà en exercice dans les pays arabes postrévolutionnaires. Nous devrions également reconnaître, à l’œil (tenue vestimentaire, raideur corporelle), à l’oreille (le ton prêchi-prêcha) et au credo (« Le passé est notre futur ! »), ces Wanna Be President bigots, actuellement en campagne pour le poste suprême à la Maison Blanche fièrement occupé par un Noir, un précédent.

 

Un cours abrégé de profilage éthique 101 ? Politiquement correct oblige, l’aspirant président, plus qu’hier et moins que demain, se doit d’être un parangon de vertu, et pas n’importe lesquelles, car la liste se veut désormais sélective : sobre, fidèle, marié, religieux pratiquant, au-dessus de tout soupçon, père de famille, préférablement nombreuse et, bien sûr, hétérosexuel.

 

Mitt Romny, Rick Santorum, vous connaissez ? Ce dernier, le candidat en solide deuxième place dans les primaires républicaines, déclarait récemment : « Plus tôt dans ma carrière politique, j’ai eu l’opportunité de lire ce discours (JFK sur la séparation de l’Église et de l’État) et j’ai presque vomi. » Voilà un exemple, chimiquement pur, de ce les Américains appellent la « self righteousness », c'est-à-dire la bonne conscience, la sûreté de son bon droit.

 

Et peut-être connaissez-vous ses « inconditionnelles, mais compassionnelles positions anti-avortement, y compris en cas de viol et d’inceste », dixit monsieur le sénateur de Pennsylvanie. Au pouvoir, il l’annonce déjà sur son site Internet, outre l’obligatoire mise à mort du Plan Santé d’Obama, qu’il abolira les lois autorisant le mariage gay, dixit le chrétien fondamentaliste. Je vous en passe, et des meilleurs, sur ses positions radicales sur d’autres sujets moraux aussi réjouissants : peine de mort, la pornographie (« Je lui déclare la guerre, car des études scientifiques démontrent que le visionnement de ces films laisse des traces psychocérébrales mesurables qui sont autant de pousse au viol, à l’irrespect de soi, à la perte de sa dignité », dixit le futur vice-président, le prochain ministre de la Justice ?

 

Poussées par la pléthore évangéliste du Tea Party, les vedettes du GOP (Grand Old Party, l'acronyme du parti républicain) se radicalisent à vue d’œil. Le néoconservatisme religieux de George W. Bush peut aller se rhabiller. Le coup de barre « à droite toute ! » étonne même les vieux routiers des médias qui en ont pourtant vus d’autres. Et vous connaissez les « fervents » créanciers de Mitt et Rick, ces multimilliardaires des super-packs – cette forme légale de financement privé « illimité » accordée aux grands favoris de la course à la présidence des États-Unis ? Et leurs programmes économico-religolo, dirait l’humoriste américain Bill Maher — voir son documentaire Religulous (2008) portant sur les aspects loufoques des croyances et des pratiques fondamentalistes aux É.-U. ? Trêve de plaisanteries.

 

Un scénario connu

 

Au-delà des frontières géographiques, un subtil liant érotophobe conjoint ces alliés situés aux extrêmes de leurs confessions religieuses respectives. Par chance, le premier amendement de la constitution américaine protège l’ensemble des citoyens de cette vision obsessionnellement normative des affaires morales et humaines. Mais peut-on en dire autant des pays arabes, à peine sortis des griffes de régimes autoritaires, où l’on brandit déjà le Coran en guise de référence constitutionnel ? Le Coran, un texte certes admirable, « la Parole d’Allah révélée à Mahomet par l’entremise de l’archange Gabriel », aiment à répéter les fidèles, mais un texte intrinsèquement religieux datant, faut-il le rappeler, du VIe siècle.

 

Ne faisons pas dans la dentelle, car nos islamistes de service n’y vont pas avec le dos de la cuillère. Quand les nouveaux gouvernements, fussent-ils de transition, annoncent, d’ores et déjà, l’instauration, par petits bouts, de la grande charia à venir (en Égypte et en Libye), censurent des images estimées « offensantes » (Tunisie), ils abattent leurs cartes, cherchent à tuer dans l’œuf, à bâillonner, hic et nunc, toute pratique morale fondée sur l’autonomie. Scénario connu. À l’instar du processus métastasique, il débute par des amendes, des sanctions, s’ensuit des arrestations pour « atteinte aux bonnes mœurs », et le tout culmine en censure bétonnée. Elle, la censure, en 2012, qui l’eût cru ? Cette [...] « violation insolente de nos droits, assujettissement de la partie éclairée de la nation à sa partie vile et stupide, gouvernement des muets au profit des vizirs » [...], disait Benjamin Constant, en 1828 !

 

                                                                                                                                                                                                                                                   À suivre.

 

 

Par laurence hansen-love - Communauté : philosopher
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Mardi 27 mars 2012 2 27 /03 /Mars /2012 19:24

Cet article ne vous a pas échappé: " les athées américains font leur coming out..." sur le Monde hier..

 

 il y a plusieurs articles ces jours -ci à propos du fait que, contrairement aux apparences , les athées gagne du terrain même aux Etats-Unis....

 Voici  certains slogans de la manif:

"Tant de chrétiens, si peu de lions" et

"Seuls les moutons ont besoin de bergers"

 

http://www.rue89.com/2009/02/15/aux-etats-unis-les-athees-sortent-du-placard

Par laurence hansen-love - Communauté : philosopher
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