Philosophie terminales

Samedi 16 septembre 2006 6 16 /09 /Sep /2006 14:02
Parce qu'elle nous libère de nos préjugés et qu'elle nous émancipe, la philosophie nous prépare à la citoyenneté universelle:


"L'esprit qui s'est accoutumé à la liberté et à l'impartialité de la contemplation
philosophique, conservera quelque chose de cette liberté et de cette impartia-
lité dans le monde de l'action et de l'émotion; il verra dans ses désirs et dans
ses buts les parties d'un tout, et il les regardera avec détachement comme les
fragments infinitésimaux d'un monde qui ne peut être affecté par les préoccu-
pations d'un seul être humain. L'impartialité qui, dans la contemplation, naît
d'un désir désintéressé de la vérité, procède de cette même qualité de l'esprit
qui, à l'action, joint la justice, et qui, dans la vie affective, apporte un amour
universel destiné à tous et non pas seulement à ceux qui sont jugés utiles ou
dignes d'admiration. Ainsi, la contemplation philosophique exalte les objets de
notre pensée, et elle ennoblit les objets de nos actes et de notre affection ; elle
fait de nous des citoyens de l'univers et non pas seulement des citoyens d'une
ville forteresse en guerre avec le reste du monde. C'est dans cette citoyenneté
de l'univers que résident la véritable et constante liberté humaine et la libé-
ration d'une servitude faite d'espérances mesquines et de pauvres craintes.
 Résumons brièvement notre discussion sur la valeur de la philosophie : la
philosophie mérite d'être étudiée, non pour y trouver des réponses précises
aux questions qu'elle pose, puisque des réponses précises ne peuvent, en géné-
ral, être connues comme conformes à la vérité, mais plutôt pour la valeur des
questions elles-mêmes ; en effet, ces questions élargissent notre conception du
possible, enrichissent notre imagination intellectuelle et diminuent l'assurance
dogmatique qui ferme l'esprit à toute spéculation; mais avant tout, grâce à la
grandeur du monde que contemple la philosophie, notre esprit est lui aussi
revêtu de grandeur et devient capable de réaliser cette union avec l'univers qui
constitue le bien suprême".
                 B, Russell, (1912),                  Éd. Pavot, 1975, pp. 185-186.





Russell et Einstein
Par laurence hansen-love - Publié dans : Philosophie terminales
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Jeudi 14 septembre 2006 4 14 /09 /Sep /2006 16:37
On ne peut pas apprendre la philosophie. Mais on peut essayer d'apprendre .. à philosopher!


"La philosophie n'est véritablement qu'une occupation pour l'adulte, il n'est pas étonnant que des difficultés se présentent lorsqu'on veut la conformer à l'aptitude moins exercée de la jeunesse. L'étudiant qui sort de l'enseignement scolaire était habitué à apprendre. Il pense maintenant qu'il va apprendre la Philosophie, ce qui est pourtant impossible car il doit désormais apprendre à philosopher. Je vais m'expliquer plus clairement : toutes les sciences qu'on peut apprendre au sens propre peuvent être ramenées à deux genres : les sciences historiques et mathématiques. Aux premières appartiennent, en dehors de l'histoire proprement dite, la description de la nature, la philologie, le droit positif, etc. Or dans tout ce qui est historique l'expérience personnelle ou le témoignage étranger, - et dans ce qui est mathématique, l'évidence des concepts et la nécessité de la démonstration, constituent quelque chose de donné en fait et qui par conséquent est une possession et n'a pour ainsi dire qu'à être assimilé: il est donc possible dans l'un et l'autre cas d'apprendre, c'est-à-dire d'imprimer soit dans la mémoire, soit dans l'entendement, ce qui peut nous être exposé comme une discipline déjà achevée. Ainsi pour pouvoir apprendre aussi la Philosophie, il faudrait d'abord qu'il en existât réellement une. On devrait pouvoir présenter un livre, et dire : « Voyez, voici de la science et des connaissances assurées ; apprenez à le comprendre et à le retenir, bâtissez ensuite là-dessus, et vous serez philosophes » : jusqu'à ce qu'on me montre un tel livre de Philosophie, sur lequel je puisse m'appuyer à peu près comme sur Polybe2 pour exposer un événement de l'histoire, ou sur Euclide pour expliquer une proposition de Géométrie, qu'il me soit permis de dire qu'on abuse de la confiance du public lorsque, au lieu d'étendre l'aptitude intellectuelle de la jeunesse qui nous est confiée, et de la former en vue d'une connaissance personnelle future, dans sa maturité, on la dupe avec une Philosophie prétendument déjà achevée, qui a été imaginée pour elle par d'autres, et dont découle une illusion de science, qui ne vaut comme bon argent qu'en un certain lieu et  parmi certaines gens, mais est partout ailleurs démonétisée. La méthode spécifique de l'enseignement en Philosophie est zététique, comme la nommaient quelques Anciens (de dzétein, rechercher), c'est-à-dire qu'elle est une méthode de recherche, et ce ne peut être que dans une raison déjà exercée qu'elle devient en certains domaines dogmatique, c'est-à-dire dérisoire.
Kant, Annonce du programme des levons de M. Kant durant le semestre d'hiver (1765-1766), traduction de M. Fichant, Éd. Vrin, 1973, pp. 68-69.


1. Mot créé par Kant pour désigner le dilettantisme intellectuel qui se plaît à agiter les problèmes
philosophiques sans désir d'atteindre des solutions scientifiques et universellement acceptées. 2. Historien grec (202-120 av. J.-C.).
Par laurence hansen-love - Publié dans : Philosophie terminales
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Lundi 11 septembre 2006 1 11 /09 /Sep /2006 21:12


Voici comment Descartes présente le projet du philosophe :

 "Puis, lorsqu'il (l'homme)  s'est acquis quelque habitude à trouver la vérité en ces
  questions', il doit commencer tout de bon à s'appliquer à la vraie philo-
 sophie, dont la première partie est la métaphysique, qui contient les princi-
 pes de la connaissance, entre lesquels est l'explication des principaux
 attributs de Dieu, de l'immatérialité de nos âmes, et de toutes les notions
 claires et simples qui sont en nous. La seconde est la physique, en laquelle,
 après avoir trouvé les vrais principes des choses matérielles, on examine
 en général comment tout l'univers est composé ; puis en particulier quelle
 est la nature de cette terre et de tous les corps qui se trouvent le plus
 communément autour d'elle, comme de l'air, de l'eau, du feu, de l'aimant
 et des autres minéraux. En suite de quoi il est besoin aussi d'examiner en
 particulier la nature des plantes, celle des animaux, et surtout celle de
 l'homme, afin qu'on soit capable par après de trouver les autres sciences
 qui lui sont utiles. Ainsi toute la philosophie est comme un arbre, dont les
 racines sont la métaphysique, le tronc est la physique, et les branches qui
 sortent de ce tronc sont toutes les autres sciences, qui se réduisent à trois
 principales, à savoir la médecine, la mécanique et la morale; j'entends la
 plus haute et la plus parfaite morale, qui présupposant une entière connais-
 sance des autres sciences, est le dernier degré de la sagesse".
Principes de la philosophie, Lettre-Préface, Pléiade p 565-566

Note : Ces questions: Il s'agit de la morale et de la religion




          































                              /1 ri
Par laurence hansen-love - Publié dans : Philosophie terminales
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Vendredi 8 septembre 2006 5 08 /09 /Sep /2006 13:41

Le point de départ de la philosophie est la critique du relativisme. Il n'est ni cohérent  ni raisonnable en effet d'affirmer que "toutes les opinions se valent":

"Voici le point de départ de la philosophie : la conscience du conflit qui met aux
prises les hommes entre eux, la recherche de l'origine de ce conflit, la condam-
nation de la simple opinion et la défiance à son égard, une sorte de critique de
l'opinion pour déterminer si on a raison de la tenir, l'invention d'une norme,
de même que nous avons inventé la balance pour la détermination du poids,
ou le cordeau pour distinguer ce qui est droit et ce qui est tordu.
Est-ce là le point de départ de la philosophie? Est juste tout ce qui paraît tel
à chacun? Et comment est-il possible que les opinions qui se contredisent
soient justes? Par conséquent, non pas toutes. Mais celles qui nous paraissent
à nous justes ? Pourquoi à nous plutôt qu'aux Syriens, plutôt qu'aux Égyp-
tiens ? Plutôt que celles qui paraissent telles à moi ou à un tel ? Pas plus les
unes que les autres. Donc l'opinion de chacun n'est pas suffisante pour déter-
miner la vérité.
Nous ne nous contentons pas non plus quand il s'agit de poids ou de
mesures de la simple apparence, mais nous avons inventé une norme pour ces
différents cas. Et dans le cas présent, n'y a-t-il donc aucune norme supérieure à
l'opinion? Et comment est-il possible qu'il n'y ait aucun moyen de déterminer
et de découvrir ce qu'il y a pour les hommes de plus nécessaire?
- Il y a donc une norme.
Alors, pourquoi ne pas la chercher et ne pas la trouver, et après l'avoir
trouvée, pourquoi ne pas nous en servir par la suite rigoureusement, sans nous
en écarter d'un pouce? Car voilà, à mon avis, ce qui, une fois trouvé, délivrera
de leur folie les gens qui se servent en tout d'une seule mesure, l'opinion, et
nous permettra désormais, partant de principes connus et clairement définis,
de nous servir, pour juger des cas particuliers, d'un système de prénotions"
Épictète (vers 100 ap. J.-C.), Entretiens, II,
traduction de Souilhé, collection Budé, Éd. les Belles Lettres, 1969, pp. 43-44.
Par laurence hansen-love - Publié dans : Philosophie terminales
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Lundi 4 septembre 2006 1 04 /09 /Sep /2006 19:29
La philosophie n'est pas faite pour briller dans les salons:


"Ne te dis jamais philosophe, ne parle pas abondamment, devant les profanes, des principes de la philosophie ; mais agis selon ces principes. Par exemple, dans un banquet, ne dis pas comment il faut manger, mais mange comme il faut. Souviens-toi en effet que Socrate était à ce point dépouillé de pédantisme que, si des gens venaient à lui pour qu'il les présente à des philosophes, il les conduisait lui-même  tant il acceptait d'être dédaigné.
Et si, dans une réunion de profanes, la conversation tombe sur quelque principe philosophique, garde le silence tant que tu le peux; car le risque est grand que tu ne recraches trop vite ce que tu n'as pas digéré. Alors si quelqu'un te dit que tu es un ignorant et que tu n'en es pas meurtri, sache que tu commences à être philosophe. Car ce n'est pas en donnant de l'herbe aux bergers que les brebis montrent qu'elles ont bien mangé, mais en digérant leur nourriture au-dedans et en fournissant au-dehors de la laine et du lait. Toi non plus donc, ne montre pas aux gens les principes de la philosophie, mais digère-les et montre les oeuvres qu'ils produisent".
Epictète, Manuel (vers 100 ap. J.-C.), traduction de R. Létoquard, Éd. Hatier, 1988.



Par laurence hansen-love - Publié dans : Philosophie terminales
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