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Samedi 17 mars 2007
Entendu ce matin à Répliques:
 A.F. : "Tous le sindividus sont-ils "dignes " de faire des blogs?"

Barbara Cassin:
"Je ne peux pas lire les blogs. Cela m'ennuie passionnément. Du nul plus du nul, ça fait toujours du nul"
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Samedi 17 mars 2007
Je verrais très bien un sujet sur  l'identité nationale.
 Identité nationale et Europe, ou mondialisation.
 Ou encore citoyenneté et nationalité.
Voyez mon corrigé sur "Qu'est-ce qu'un citoyen?" (mis en ligne le 12-03). Et je mets en ligne les textes clés sur la nation , nationalité et Europe etc...
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Samedi 17 mars 2007


La mondialisation  entraîne-t-elle le déclin  des  nations? Ou bien la nation est-elle seulement relativisée?
 La seule chose dont je sois persuadé, c'est que le couple " nous et les autres " - et non pas nécessairement le couple ami-ennemi - de C. Schmitt - est constitutif de l'expérience humaine. Mais ce qui fait le contenu de ce u nous », est-ce la nation, est-ce le territoire ou encore d'autres catégories, d'autres regroupements ? Je l'ignore. Nous avons tous des solidarités sélectives, car, comme disait Rousseau, l'ami du genre humain n'est l'ami de personne. Je suis, quant à moi, plus particulièrement sensible au problème des réfugiés, parce que je l'ai été moi-même, je suis aussi plus ému par les conflits de l'Est qui sont proches, que par ceux de la Somalie plus lointains, et je ne peux pas dire que pour moi, qui suis cosmopolite par biographie, ce soit la solidarité nationale qui soit la plus importante, mais il n'en est évidemment pas ainsi pour la plupart des gens. La question de savoir si c'est la nationalité civique ou ethnique qui est première se pose donc à nouveau. Il y a un enchevêtrement de loyautés et il y a en même temps l'aspiration à une identité qui dépasse les autres. Mais à l'Ouest, et dans les pays issus des Empires, la nature des identités ne va plus de soi : il y a par exemple hésitation entre l'identité irakienne, arabe, et islamique.

Si réellement la forme millénaire de la nation est en train de s'épuiser, c'est un événement qui touche à l'histoire universelle. Dans quelle mesure cet événement nous amène-t-il alors à réinterpréter le passé ? Est-ce la fin de la nation ou la fin d'une certaine modalité de la nation ?


La dernière question est tout à fait pertinente. Est-ce que c'est l'État-nation, c'est-à-dire l'union d'un pouvoir et d'une bureaucratie sur un territoire avec une certaine coïncidence entre l'unité culturelle et l'unité politique, selon la définition de Gellner, qui disparaît ? De ce point de vue, il semble évident qu'il y a un certain éclatement. C'est la part de vérité du fédéralisme européen - même s'il n'y a pas véritablement de « fédération » européenne - que de montrer que ni le niveau optimum ni le niveau vécu ne sont les mémos suivant les domaines. Selon qu'il s'agit d'agriculture ou de défense, on est par exemple plutôt catalan ou plutôt espagnol, plutôt européen ou plutôt atlantique. Est-ce que ce nouvel état de fait signifie la fin de la nation ? Est-ce la crise de la nation civique ou de la nation ethnique ? Est-ce qu'une nation « relativisée "  formant un niveau parmi d'autres, est encore une nation ? Telle est la question.
Pierre Hassner, La violence et la paix, Paris, 1995, Éditions Esprit, pp. 377-380.
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Samedi 17 mars 2007

Voici un extrait de la fameuse conférence du 11 Mars 1882 dans laquelle E. Renan s'oppose à la conception biologiste , ou naturaliste de la nation, défendue par Fichte dans Discours de la nation allemande de 1807 ( "nous avons démontré par l'histoire que cette nation constitue une race primitive , un peuple qui a le droit de se proclamer purement et simplement le peuple" Fichte



 QU'EST-CE QU'UNE NATION ?

"Une nation est une âme, un principe spirituel. Deux choses qui, à vrai dire, n'en font qu'une, constituent cette âme, ce principe spirituel. L'une est dans le passé, l'autre dans le présent. L'une est la possession en commun d'un riche legs de souvenirs ; l'autre est le consentement actuel, le désir de vivre ensemble, la volonté de continuer à faire valoir l'héritage qu'on a reçu indivis. L'homme, Messieurs, ne s'improvise pas. La nation, comme l'individu, est l'aboutissant d'un long passé d'efforts, de sacrifices et de dévouements. Le culte des ancêtres est de tous le plus légitime ; les ancêtres nous ont faits ce que nous sommes. Un passé héroïque, des grands hommes, de la gloire (j'entends de la véritable), voilà le capital social sur lequel on assied une idée nationale. Avoir des gloires communes dans le passé, une volonté commune dans le présent ; avoir fait de grandes choses ensemble, vouloir en faire encore, voilà les conditions essentielles pour être un peuple. On aime en proportion des sacrifices qu'on a consentis, des maux qu'on a soufferts. On aime la maison qu'on a bâtie et qu'on transmet. Le chant spartiate :      « Nous sommes ce que vous fûtes ; nous serons ce que vous êtes » est dans sa simplicité l'hymne abrégé de toute patrie.
Dans le passé, un héritage de gloire et de regrets à partager, dans l'avenir un même programme à réaliser ; avoir souffert, joui, espéré ensemble, !voilà ce qui vaut mieux que des douanes communes et des frontières conformes aux idées stratégiques ; voilà ce que l'on comprend malgré les diversités de race et de langue. Je disais tout à l'heure « avoir souffert ensemble » ; oui, la souffrance en commun unit plus que la joie. En fait de souvenirs nationaux, les deuils valent mieux que les triomphes, car ils imposent des devoirs, ils commandent l'effort en commun.
Une nation est donc une grande solidarité, constituée par le sentiment des sacrifices qu'on a faits et de ceux qu'on est disposé à faire encore. Elle suppose un passé ;elle se résume pourtant dans le présent par un fait tangible : le consentement, le désir clairement exprimé de continuer la vie commune. L'existence d'une nation est (pardonnez-moi cette métaphore) un plébiscite de tous les jours, comme l'existence de l'individu est une affirmation perpétuelle de vie. Oh ! je le sais, cela est moins métaphysique que le droit divin, moins brutal que le droit prétendu historique. Dans l'ordre d'idées que je vous soumets, une nation n'a pas plus qu'un roi le droit de dire .1 une province : « Tu m'appartiens, je te prends. » Une province, pour nous, ce sont ses habitants ; si quelqu'un cri cette affaire a droit d'être consulté, c'est l'habitant. Une nation n'a jamais un véritable intérêt à s'annexer ou à retenir un pays malgré lui. Le voeu des nations est, en définitive, le seul critérium légitime, celui auquel il faut toujours en revenir.
Nous avons chassé de la politique les abstractions métaphysiques et théologiques. Que reste-t-il, après cela ? Il reste l'homme, ses désirs, ses besoins. La sécession, me Mirez-vous, et, à la longue, l'émiettement des nations sont la conséquence d'un système qui met ces vieux organismes :1 la merci de volontés souvent peu éclairées. Il est clair qu'en pareille matière aucun principe ne doit être poussé ;1 l'excès. Les vérités de cet ordre ne sont applicables que dans leur ensemble et d'une façon très générale. Les volontés humaines changent ; mais qu'est-ce qui ne change pas ici-bas ? Les nations ne sont pas quelque chose d'éternel. !  EIles ont commencé, elles finiront. La confédération européenne, probablement, les remplacera. Mais telle n'est pas la loi du siècle où nous vivons. A l'heure présente, l'existence des nations est bonne, nécessaire même. Leur existence est la garantie de la liberté, qui serait perdue si le monde n'avait qu'une loi et qu'un maître.
Par leurs facultés diverses, souvent opposées, les nations servent à l'oeuvre commune de la civilisation ; toutes apportent une note à ce grand concert de l'humanité, Qui, en somme, est la plus haute réalité idéale que nous atteignions. Isolées, elles ont leurs parties faibles. Je me dis souvent qu'un individu qui aurait les défauts tenuschez les nations pour des qualités, qui se nourrirait de vaine gloire ; qui serait à ce point jaloux, égoïste, querelleur ; qui ne pourrait rien supporter sans dégainer, serait le plus insupportable des hommes. Mais toutes ces dissonances de détail disparaissent dans l'ensemble. Pauvre humanité, que tu as souffert ! que d'épreuves t'attendent encore ! Puisse l'esprit de sagesse te guider pour te préserver des innombrables dangers dont ta route est semée !
Je me résume, Messieurs. L'homme n'est esclave ni de sa race, ni de sa langue, ni de sa religion, ni du cours des fleuves, ni de la direction des chaînes de montagnes. Une grande agrégation d'hommes, saine d'esprit et chaude de coeur, crée une conscience morale qui s'appelle une nation. Tant que cette conscience morale prouve sa force par les sacrifices qu'exige l'abdication de l'individu au profit d'une communauté, elle est légitime, elle a le droit d'exister. Si des doutes s'élèvent sur ses frontières, consultez les populations disputées. Elles ont bien le droit d'avoir un avis dans la question. Voilà qui fera sourire les transcendants de la politique, ces infaillibles qui passent leur vie à se tromper et qui, du haut de leurs principes supérieurs, prennent en pitié notre terre à terre. « Consulter les populations, fi donc ! quelle naïveté ! Voilà bien ces chétives idées françaises qui prétendent remplacer la diplomatie et la guerre par des moyens d'une simplicité enfantine. » - Attendons, Messieurs ; laissons passer le règne des transcendants ; sachons subir le dédain des forts. Peul-être, après bien des tâtonnements infructueux, reviendrat-on à nos modestes solutions empiriques. Le moyen d'avoir raison dans l'avenir est, à certaines heures, de savoir se résigner à être démodé".
Ernest Renan ,  Qu'est-ce qu'une nation?,  Presses Pocket, pp 54-56
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Samedi 17 mars 2007
Indispensable pour les prépas IEP: le Figaro
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Vendredi 16 mars 2007
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Vendredi 16 mars 2007
A lire Bayrou vu par  The economist
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Vendredi 16 mars 2007
Ce n'est pas une bonne idée, dans une démocratie libérale, comme l'explique ce soir Todorov dans le Monde
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Vendredi 16 mars 2007
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Vendredi 16 mars 2007
C'est le point de vue de Alain Bentolila dans le Monde hier
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