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Vendredi 17 novembre 2006
                                          "Nous souhaitons que Marie-Georges soit désignée comme candidate (de la  gauche) par  "consensus"..." ( dixit Clémentine Autain, entendue sur LC I ...)
COMMNENT CELA?
 Comment faire pour obtenir un "consensus" en partant de points de vues très diversifiés , et d'un électorat potentiel  fort divisé, comme nul ne peut l'ignorer. Les communistes,,  ou apparentés, ou collectifs à majorité communiste, veulent Marie-Georges Buffet, mais quid des autres?
 Quelqu'un pourrait-il m'éclairer? Il y  a quelque chose qui m'échappe...
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Jeudi 16 novembre 2006
                                    

Ca ne va pas très fort en ce moment à ULM...voir le Monde  ce soir
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Jeudi 16 novembre 2006

 Spinoza a le premier formulé cette idée capitale: nous ne désirons pas une chose parce quelle est bonne, mais nous la jugeons bonne parce que nous la désirons. 
Ce qui signifie qu'il n'y a rien de bon ni de mauvais dans l'absolu. Idée que 'lon retrouvera chez Nietzsche:
    
    " Proposition IX
     L'Esprit, en tant qu'il a tant des idées claires que des idées confuses, s'efforce de persévérer dans son être pour une certaine durée indéfinie, et  est conscient de cet effort qu'il fait.
   [...]   

Scolie

     Cet effort, quand on le rapporte à l'Esprit seul s'appelle Volonté ; mais quand on le rapporte à la fois à l'Esprit et au Corps, on le nomme Appétit, et il n'est, partant, rien d'autre que l'essence de l'homme, de la nature de qui suivent nécessairement les actes qui servent à sa conservation ; et par suite l'homme est déterminé à les faire.
     Ensuite, entre l'appétit et le désir il n'y a pas de différence, sinon que le désir se rapporte généralement aux hommes en tant qu'ils sont conscients de leurs appétits, et c'est pourquoi on peut le définir ainsi : le Désir est l'appétit avec la conscience de l'appétit. Il ressort donc de tout cela que, quand nous nous efforçons à une chose, quand nous la voulons ou aspirons à elle, ou la désirons, ce n'est pas parce que nous jugeons qu'elle est bonne ; mais au contraire, si nous jugeons qu'une chose est bonne, c'est précisément parce que nous nous y efforçons, nous la voulons, ou aspirons à elle,ou la désirons".
     Spinoza, Éthique, Partie III,trad. B. Pautrat, éd. Le Seuil, 1988, p. 219
    
    
    

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Jeudi 16 novembre 2006
  
La morale provisoire de Descartes est largement inspirée par  celle des stoïciens.  Descartes nous recommande ici de changer nos désirs plutôt que l'ordre du monde:

 
     
     "Ma troisième maxime était de tâcher toujours plutôt à me vaincre que la fortune, et à changer mes désirs plutôt que l'ordre du monde ; et généralement de m'accoutumer qu'il n'y a rien qui soit entièrement en notre pouvoir que nos pensées, en sorte qu'après que nous avons fait notre mieux touchant les choses qui nous sont extérieures, tout ce qui manque de nous réussir est au regard de nous absolument impossible.Et ceci seul me semblait être suffisant pour m'empêcher de rien désirer à l'avenir que je m'acquisse, et ainsi pour me rendre content : car notre volonté ne se portant à rien désirer que les choses que notre entendement lui représente en quelque façon comme possible, il est certain que si nous considérons tous les biens qui sont hors de nous comme également éloignés de notre pouvoir, nous n'aurons pas plus de regret de manquer de ceux qui semblent être dus à notre naissance, lorsque nous en serons privés sans notre faute , que nous avons de ne posséder pas les royaume de la Chine ou de Mexique ; et que faisant, comme on dit, de nécessité vertu, nous ne désirerons pas davantage d'être sains étant malades, ou d'être libres étant en prison, que nous faisons maintenant d'avoir des corps d'une matière aussi peu corruptible que les diamants, ou des ailes pour voler comme les oiseaux".
     Descartes Discours de la méthode (1637), in Œuvres et lettres, éd.Gallimard, NRF, Bibliothèque de la Pléiade, 1953, pp.142-143.
    
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Jeudi 16 novembre 2006


 Il y a toutes sortes de désirs . Si nous voulons parvenir au bonheur, commençons par distinguer   les désir vains et les désirs naturels, puis ceux qui sont nécessaires et ceux qui ne le sont pas. La classification des désirs et des plaisirs constitue le début  de la sagesse, et   nous devons admettre que certaines formes de plaisirs sont vaines et doivent être proscrites.
    
     "Il faut (...) comprendre que parmi les désirs, les uns sont  naturels et les autres vains, et que parmi les désirs naturels, les uns sont nécessaires, et les autres seulement naturels. Enfin, parmi les désirs nécessaires, les uns sont nécessaires au bonheur, les autres à la tranquillité du corps, et les autres à la vie elle-même. Une théorie véridique des désirs sait rapporter les désirs et l'aversion à la santé du corps et à l'ataraxie de l'âme, puisque c'est là la fin d'une vie bienheureuse, et que toutes nos actions ont pour but d'éviter à la fois la souffrance et le trouble.
     Quand une fois nous y sommes parvenus, tous les orages de l'âme se dispersent, l'être vivant n'ayant plus alors à marcher vers quelque chose qu'il n'a pas, ni à rechercher autre chose qui puisse parfaire le bonheur de l'âme et du corps. Car nous recherchons le plaisir, seulement quand son absence nous cause une souffrance. Quand nous ne souffrons pas, nous n'avons plus que faire du plaisir. Et c'est pourquoi nous disons que le plaisir est le commencement et la fin d'une vie bienheureuse. Le plaisir est, en effet, considéré par nous comme le premier des biens naturels, c'est lui qui nous fait accepter ou fuir les choses, c'est à lui que nous aboutissons, en prenant la sensibilité comme critère du bien. Or, puisque le plaisir est le premier des biens naturels, il s'en suit que nous n'acceptons pas le premier plaisir venu, mais qu'en certains cas, nous méprisons de nombreux plaisirs, quand ils ont pour conséquence une peine plus grande. D'un autre côté, il y a de nombreuses souffrances que nous estimons préférables aux plaisirs, quand elles entraînent pour nous un plus grand plaisir. Tout plaisir, dans la mesure où il s'accorde avec notre nature, est donc un bien, mais tout plaisir n'est pas cependant nécessairement souhaitable. De même, toute douleur est un mal, mais pourtant toute douleur n'est pas nécessairement à fuir. Il reste que c'est par une sage considération de l'avantage et du désagrément qu'il procure, que chaque plaisir doit être apprécié. En effet, en certains cas, nous traitons le bien comme un mal, et en d'autres, le mal comme un bien.
     Épicure, Lettre à Ménécée, inDiogène Laërce, Vie, doctrine et sentences des philosophes illustres,t.2, trad. R. Grenaille, éd. Flammarion, coll. "GF ", 1965, pp. 260-261.

(image du film Eyes wide shut de Stanley Kubrick)
    
    
    
   
    

    


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Mercredi 15 novembre 2006
  
  

 Fils de l'Indigence et de La Ressource, Eros (ou Amour) se situe  à mi chemin entre les mortels et les immortels. Il est pauvre, mais son dénuement est fécond et stimule la recherche. Il n'est pas sage, comme les dieux, mais amoureux de la sagesse, c'est-à-dire philosophe. Dans le texte suivant Socrate rapporte les propos de la prêtresse Diotime:

     
     
     "Quand Aphrodite naquit, les dieux célébrèrent un festin, tous les dieux, y compris Poros, fils de Mètis. Le dîner fini Pénia, voulant profiter de la bonne chère, se présenta pour mendier et se tint près de la porte. Or Poros, enivré de nectar, car il n'y avait pas encore de vin, sortit dans le jardin de Zeus, et, alourdi par l'ivresse, il s'endormit.Alors Pénia, poussée par l'indigence, eut l'idée de metre à profit l'occasion, pour avoir un enfant de Poros : elle se coucha près de lui, et conçut l'Amour. Aussi l'Amour devint-il le compagnon et le serviteur d'Aphrodite, parce qu'il fut engendré au jour de naissance de la déesse, et parce qu'il est naturellement amoureux du beau, et qu'Aphrodite est belle.
     Étant fils de Poros et de Pénia, l'Amour en a conçu certains caractères en partage. D'abord il est toujours pauvre,et loin d'être délicat et beau comme on se l'imagine généralement, il est dur, sec, sans souliers, sans domicile ; sans jamais d'autre lit que la terre, sans couverture, il dort en plein air, près des portes et dans les rues ; il tient de sa mère et l'indigence est son éternelle compagne. D'un autre côté, suivant le naturel de son père, il est toujours à la piste de ce qui est beau et bon ; il est brave, résolu, ardent, excellent chasseur, artisan de ruses toujours nouvelles, amateur de sciences, plein de ressources , passant sa vie à philosopher, habile sorcier, magicien et sophiste. Il n'est par nature ni immortel ni mortel ; mais dans la même journée tantôt il est florissant et plein de vie, tant qu'il est dans l'abondance, tantôt il meurt puis renaît, grâce au naturel qu'il tient de son père. Ce qu'il acquiert lui échappe sans cesse, de sorte qu'il n'est jamais ni dans l'indigence, ni dans l'opulence et qu'il tient le milieu entre la science et l'ignorance, et voici pourquoi. Aucun des dieux ne philosophe et ne désire devenir savant, car il l'est ; et, en général si l'on est savant,on ne philosophe pas ; les ignorants non plus ne désirent pas devenir savants ;car l'ignorance a précisément ceci de fâcheux que, n'ayant ni beauté, ni bonté, ni science, on s'en croit suffismment pourvu. Or quand on ne croit pas manquer d'une chose, on ne la désire pas".
     Platon, Le banquet, trad. E.Chambry, éd.Flammarion, coll " GF ", 1964, pp. 64-65
    
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Mercredi 15 novembre 2006
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Mardi 14 novembre 2006
Colloque sur Levinas , voir le programme sur www.bpi.fr


"La question de l'étranger occupe une place centrale dans la philosophie d'Emmanuel Levinas. hétranger privé de tout statut et défini comme « l'indésirable par excellence » témoigne en effet d'une vérité sur « l'incondition » de tout homme, c'est-à-dire sur sa vulnérabilité essentielle.
La nudité du visage et sa mort à chaque instant possible caractérisent cette « incondition ». Bien des hommes cherchent à la fuir. Ils s'efforcent d'être « chez soi » dans le monde et de jouir du droit d'être sans avoir à en répondre. Telle est, pour Levinas, la tentation récurrente du paganisme. Pourtant, lorsque le visage de l'étranger saisit celui qui le regarde, il prend à rebours son inclination à croire en sa propre primauté. Ce visage semble se tenir dans la trace d'un Dieu absent qui oblige à une responsabilité irrécusable pour lui.
L'étranger incite à rompre avec les horizons familiers de la philosophie: le propre, l'essentiel, le même, l'identité. Il récuse par avance toute idée qu'on croit pouvoir se faire de lui ou d'elle : le fils et la femme restent étrangers au moi qui les aime; les compatriotes échappent au schéma d'une identité close. hidentité est d'ailleurs toujours hostile à ce qu'elle perçoit comme menace d'altération. Levinas ne défend pas le droit des identités, il pense l'unicité humaine - le fait d'être unique à pouvoir répondre à l'appel du visage - et il la considère comme le témoignage par excellence de notre difficile liberté".
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Mardi 14 novembre 2006
VOCABULAIRE PASCAL
 Chair : Pascal désigne par ce terme non pas la "chair "au sens physique du terme, mais  l'opposé de l'esprit ;  il établit un lien entre chair et concupiscence. La chair est un " ordre " chez Pascal, c'est-à-dire une catégorie, un certain rapport au réel.
Charité : Amour désintéressé d'autrui inspiré par l'amour de Dieu.  L'ordre de la charité est au dessus de l'ordre de la chair, mais aussi de l'intelligence
Coeur : (du latin cor, viscère, puis, par extension, siège  des sentiments) . Chez Pascal le coeur désigne une connaissance immédiate, intuitive qui nous donne accès à Dieu directement, mais aussi aux axiomes, aux premiers principes de la connaissance. Le coeur est  égalementla faculté qui nous permet de saisir ce qui est singulier (comme l'intuition chez Bergson) (Pensée 282)
Divertissement :  tout ce qui permet à l'homme d'oublier sa condition d'être fini, autrement dit le fait qu'il va mourir. Le jeu, mais aussi le travail, le plaisir,  et toutes les activités très absorbantes sont des divertissements.   La passion est aussi un divertissement très prisé. La  guerre, et la politique en général , également. (Pensée B.139)
Foi : "c'est le coeur qui sent Dieu et non la raison. Voilà ce que c'est que la foi, Dieu sensible au c?ur, non à la raison "  (Pensée  B.278)
 Grâce : secours surnaturel librement accordé par Dieu, ou pardon accordé à l'homme pécheur. La grâce est un don gratuit, aléatoire et imprévisible du point de vue de l'homme
Imagination : " superbe puissance, ennemie de la raison ",  maîtresse d'erreurs et d'illusions, l'imagination nous permet d'échapper illusoirement  à notre condition misérable et de vivre une vie irréelle, fausse mais plus exaltante. C'est l'imagination qui explique,  plus banalement, le vertige, auquel même le plus grands penseurs n'échappent pas  (Pensée B 82)
Ordre : 1) niveau de réalité  ou plan d'existence (il y a trois " ordres " : l'ordre des corps,  l'ordre des esprits,  l'ordre de la charité 2) Méthode géométrique par principe et démonstration.
Mort : " Qu'on s'imagine donc un nombre d'hommes dans les chaînes, et tous condamnés à mort, dont les uns étant chaque jour égorgés à la vue des autres, ceux qui restent voient leur propre condition dans celle de leurs semblables, et , se regardant les uns les autres, avec douleur et sans espérance, attendent à leur tour .. . Le dernier acte est sanglant, quelque belle que soit la comédie et tout le reste : on jette enfin de la terre sur la tête, et en voilà pour jamais "  ( B 199 et 210)
Passion (et raison) : " Guerre intestine de l'homme entre la raison et les passions. S'il n'avait que la raison sans passions... S'il n'avait que les passions sans raison... Mais ayant l'un et l'autre, il ne peut être sans guerre, ne pouvant avoir la paix avec l'un qu'ayant guerre avec l'autre : ainsi il est toujours divisé, et contraire à lui-même.
   - Cette guerre intérieure de la raison contre les passions a fait que ceux qui ont voulu la paix se sont partagés en deux sectes. Les uns ont voulu renoncer aux passions, et devenir dieux; les autres ont voulu renoncer à la raison, et devenir bêtes brutes (Des Barreaux'). Mais ils ne l'ont pu, ni les uns ni les autres; et la raison demeure toujours, qui accuse la bassesse et l'injustice des passions, et qui trouble le repos de ceux qui s'y abandonnent; et les passions sont toujours vivantes dans ceux qui y veulent renoncer " (B.412-413)
Pensée :  "  Pensée fait la grandeur de l'homme. [...]
   L'homme n'est qu'un roseau, le plus faible de la nature; mais c'est un roseau pensant. Il ne faut pas que l'univers entier s'arme pour l'écraser: une vapeur, une goutte d'eau, suffit pour le tuer. Mais, quand l'univers l'écraserait, l'homme serait encore plus noble que ce qui le tue, parce qu'il sait qu'il meurt, et l'avantage que l'univers a sur lui, l'univers n'en sait rien.
   Toute notre dignité consiste donc en la pensée. C'est de là qu'il nous faut relever et non de l'espace et de la durée, que nous ne saurions remplir. Travaillons donc à bien penser: voilà le principe de la morale ".       (Pensées  B. 347-348, Éd. Gallimard, coll. Bibliothèque de la Pléiade, 1976, pp. 1156-1157).                      
Raison : faculté de l'Universel Son pouvoir doit être relativisé.  La raison, en effet, est discursive : elle ne permet donc pas de saisir  ce qui est au delà du discours, l'indicible. La foi dépasse la raison mais sans la contredire " Et c'est sur ces connaissances du c?ur et de l'instinct qu'il faut que la raison se fonde, et qu'elle y fonde tout son discours "  (B.282 )
Condition humaine : " Comme je ne sais d'où je viens, aussi je ne sais où je vais ; et je sais seulement qu'en sortant de ce monde je tombe pour jamais ou dans le néant, ou dans les mains d'un Dieu irrité, sans savoir à laquelle de ces deux conditions je dois être éternellement en partage " '( Pensée  B 194  )                  
Temporalité :  " Nous ne nous tenons jamais au temps présent. Nous anticipons l'avenir comme trop lent à venir, comme pour hâter son cours; ou nous rappelons le passé, pour l'arrêter comme trop prompt: si imprudents, que nous errons dans les temps qui ne sont pas nôtres, et ne pensons point au seul qui nous appartient; et si vains, que nous songeons à ceux qui ne sont plus rien, et échappons' sans réflexion le seul qui subsiste. C'est que le présent, d'ordinaire, nous blesse. Nous le cachons à notre vue, parce qu'il nous afflige ; et s'il nous est agréable, nous regrettons de le voir échapper. Nous tâchons de le soutenir par l'avenir, et pensons à disposer les choses qui ne sont pas en notre puissance, pour un temps où nous n'avons aucune assurance d'arriver ".              ( Pensée  B.172) .

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Mardi 14 novembre 2006
 Annonce du colloque qui se tiendra le 24 et le 25 novembre au centre Pompidou, Petite salle niveau 1 Voir: www.bpi.fr

"De l'inquiétude politique. À considérer le spectacle que nous donne souvent la politique aujourd'hui, on est en droit
de se demander comme le fit Hannah Arendt dans les années cinquante : « La politique a-t-elle encore un sens ? »
L'inquiétude qui pointe dans cette question renvoyait d'abord pour elle au désastre totalitaire qui chercha à éradiquer la source même de la liberté et de l'action humaines. Mais elle fait aussi écho à la configuration uniformisante des sociétés modernes qui fige la pluralité humaine sur laquelle, selon Arendt, la politique repose. De cette uniformisation, nous ressentons plus encore qu'il y a un demi-siècle les effets destructeurs. L'inquiétude qui étreint toujours Arendt, le sens qu'elle avait de la fragilité du monde et de la politique elle-même, la conduisent inlassablement à rechercher en quoi consiste la dignité de la politique et des affaires humaines, par delà l'obscurcissement provoqué par les événements du siècle aussi bien que par les diverses théorisations contemporaines de la politique. Cette inquiétude politique pour le monde est ce qui tient la pensée en éveil, c'est elle qui peut prévenir le pire en nous appelant à une vigilance active, à une action concertée.
Ce colloque tentera de faire apparaître le tranchant de la pensée arendtienne sur la politique selon trois des mouvements qui la composent : politique et violence, politique, tradition et modernité, politique et expérience de pensée".
Par là ces journées visent à reprendre à propos de la chose politique l'interrogation inauguratrice de la philosophie la question « qu'est-ce que ? ».
Martine Leibovici    Étienne Tassin
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