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Mercredi 10 janvier 2007
Venez en discuter avec nous! cinechronique.com
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Vendredi 5 janvier 2007


 Les Etats entretiennent entre eaux des relatiosn semblables à celles des individus à l'état de nature:

"Il en est des peuples, en tant qu'États, comme des individus: dans l'état de nature (c'est-à-dire dans l'indépendance de toute loi extérieure), leur seul voisinage est déjà un préjudice réciproque; et, pour garantir sa sûreté, chacun d'eux peut et doit exiger des autres qu'ils entrent avec lui dans une constitution analogue à la constitution civile, où les droits de chacun puissent être assurés. Ce serait là une fédération de peuples, qui ne formeraient pas cependant un seul et même État. Il y aurait en effet contradiction dans cette idée; car, comme chaque État suppose le rapport d'un supérieur (le législateur) à un inférieur (celui qui obéit, c'est-à-dire le peuple), plusieurs peuples réunis en un État ne formeraient plus qu'un peuple, ce qui est contraire à la supposition (puisque nous avons à considérer ici le droit des peuples entre eux, en tant qu'ils constituent autant d'États différents et ne devant pas se confondre en un seul et même État).
Si l'on ne peut voir sans un profond mépris les sauvages, dans leur amour d'une indépendance sans règle, aimer mieux se battre continuellement que se soumettre à une contrainte légale, constituée par euxmêmes, et préférer ainsi une folle liberté à une liberté raisonnable, et si l'on regarde cela comme de la barbarie, comme un manque de civilisation, comme une dégradation brutale de l'humanité; à combien plus forte raison des peuples civilisés (dont chacun forme un État constitué) ne devraient-ils pas se hâter de sortir d'une situation si dégradante? Loin de là, chaque État fait justement consister sa majesté (car il est absurde de parler de la majesté populaire) à ne se soumettre à aucune contrainte légale extérieure, et le souverain met sa gloire à pouvoir disposer, sans avoir lui-même aucun péril à courir, de plusieurs milliers d'hommes qui se laissent sacrifier à une cause qui ne les concerne pas " [...].
Emmanuel Kant, Projet de paix perpétuelle (1795), trad. J. Barni revue par A. Lagarde, Éd. Hatier, 1988, p. 36.
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Samedi 30 décembre 2006
Très intéressant le dossier  de trois pages ce matin dans Libé  : "les juges redessinent les contours de l'art", à propos de trois procès en cours.
Qu'est-ce qu'un auteur?
Qu'est-ce qu'une oeuvre?

 J'ai une idée originale, je suis une personne originale, je vends mon idée.
Je suis un artiste.
Nous sommes tous des artistes.
 Qu'en pensez-vous? (je recommande de lire Arendt, Condition de l'homme moderne,éventuellement, pour une définition de l'oeuvre...)


Image: Duchamp et son urinoir ("Fontaine")
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Samedi 30 décembre 2006
Qui doit gouverner? Tous les systèmes présentent des inconvénients manifestes, hormis celui qui confie l'autorité aux lois:

"Mais il y a une difficulté : qu'est-ce que doit être en effet le pouvoir souverain de la cité ? En effet, c'est sans doute soit la masse, soit les riches, soit les honnêtes gens, soit un seul, le meilleur de tous, soit un tyran. Mais toutes ces hypothèses semblent comporter un inconvénient.
Lequel donc ? Si les pauvres, du fait qu'ils sont majoritaires, se partagent les biens des riches, n'est-ce pas injuste ? Non, par Zeus, puisque cela a semblé juste à l'autorité souveraine. Mais alors que faudra-t-il appeler le comble de l'injustice, sinon cela ? D'autre part, si on prend tous les citoyens et que la majorité se partage les biens de la minorité. Il est manifeste qu'ils détruisent la ciré. Mais enfin ce n'est pas l'excellence qui va détruire ce qui la possède, et le juste n'est tout de même pas facteur de destruction d'une cité ! Il est par conséquent évident qu'une telle loi n'est pas susceptible d'être juste. Autrement les actions accomplies par le tyran seraient justes elles aussi, car il emploie la violence parce qu'il est le plus fort, tout comme la masse à l'égard des riches.
Mais alors est-il juste que ce soit la minorité des riches qui gouverne ? Mais si ceux-ci font la même chose que les autres, c'est-à-dire spolient la masse en la dépouillant de ses biens, est-ce que cela est juste .' Si oui, alors l'autre cas le sera aussi. Que donc toutes ces situations soient mauvaises et injustes, c'est manifeste.
Mais alors faut-il que ce soient les honnêtes gens qui aient en tout le pouvoir souverain ? Dans ce cas tous les autres seront nécessairement privés d'honneurs publics...
Mais vaut-il mieux que ce soit un seul individu, le plus vertueux, qui gouverne ? Mais c'est encore plus oligarchique : les gens exclus dés honneurs publics seront encore plus nombreux. Il pourrait sembler que, d'une manière générale, donner la souveraineté à un homme et non à la loi est mauvais, puisque l'âme de cet homme peut être sujette aux passions. Mais si on la donne à la loi, que celle-ci soit oligarchique ou démocratique, quelle différence cela fera-t-il eu égard aux difficultés qui nous occupent ? Il arrivera la même chose que nous avons dit plus haut".
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Vendredi 29 décembre 2006


Le cinéma, art populaire et, par ailleurs, " impur " car il est tributaire des machines, allie d'innombrables ingrédients et croise de multiples domaines, a suscité dès son origine des commentaires enflammés : aux réactions de fascination des spectateurs et à l'enthousiasme des premiers théoriciens ont répondu en écho le mépris ou le rejet de certains observateurs. Avec le recul, on peut penser que ces réactions contrastées témoignent du sentiment  de l'immense portée sociale et politique de l'invention, bien au-delà du seul enjeu esthétique. L'acte de naissance officiel du cinéma est la projection, en 1895, des films des Frères Lumière, sur trois sujets disparates : la sortie des usines Lumière, l'arrivée du train en gare de Ciotat, et une fiction, L'Arroseur arrosé. En 1997, Méliès crée un studio, invente les trucages, et tourne pour la première fois en lumière artificielle. D'emblée les différentes perspectives ouvertes par le cinéma sont esquissées : d'un côté il offre un moyen inédit et prodigieux d'enregistrement du réel, de l'autre, il paraît quasiment illimité. De ce double point de vue, les potentialités du cinéma sont encore très mal appréciées aujourd'hui, puisque l'on continue d'aller de surprises en surprises en découvrant les retombées d'innovations technologiques incessantes. Pour ses détracteurs, le cinéma fait  office d'anti-culture dès le départ. Pour le plus notable d'entre eux, l'écrivain et polémiste Georges Duhamel, le cinéma, comme il l'écrit dans un texte resté célèbre datant de 1930, n'est qu'un " divertissement d'ilotes ", ou encore : " un passe-temps d'illettrés, de créatures misérables, ahuries par leur besogne et leurs soucis[...] un spectacle qui ne demande aucun effort, qui ne suppose aucune suite dans les idées, n'éveille au fond des cœurs aucune lumière, n'excite aucune espérance, sinon celle, ridicule, d'être un jour " star " à Los Angeles " (Scènes de la vie future, p. 58). Pour l'écrivain Paul Valéry, qui ne cache pas sa perplexité, c'est un " rêve artificiel ". Louis Delluc écrit pour sa part en 1922, avec plus de mesure :           " Le cinéma est un art, mais c'est une industrie, [...], un commerce, c'est un monstre aussi difficile à étiqueter dans le rayon des arts que dans le rayon des machines "....
 (la suite dans Cours particulier de philosophie)
Image : Senso de Visconti
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Mardi 19 décembre 2006
 Motif  pour les musiciens,  les poètes et  en général les artistes  : "détourner les hommes de vains babillages"

Hélas... l'évocation de l'ineffable peut être mortelle  :  "Celui qui a contemplé la beauté  est déjà prédestiné à mourir" (Thomas Mann)

 









 Le Chef doeuvre inconnu de Balzac, illustré ici par un tableau de Picasso



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Mardi 19 décembre 2006
Pour expliquer que l'on n'a rien à dire , il faut beaucoup de mots, dit Jankélévitch. Pour parler de la mort par exemple:

"La difficulté est, à partir du langage, de penser tout ce qui est pensable dans l'impensable de la mort. Or cette difficulté est presque une impossibilité; presque mais pas tout à fait cependant. Il s'agit d'un jeu acrobatique avec quelque chose qui n'est rien et sur quoi il n'y a rien à dire. On pourrait répéter de la mort ce que nous disions du temps elle n'est jamais l'accusatif du verbe penser ni le complément direct d'une intention transitive; on ne peut penser qu'à propos d'elle ou autour d'elle; obliquement, en glissant à côté. Mais le jeu avec la mort est plus aigu encore que le jeu avec le temps, parce que le temps au moins se prolonge dans la continuation de la durée; une capture manquée en ce moment même peut réussir l'instant d'après... La mort, au contraire, n'arrive qu'une fois, une seule fois pour chacun dans toute l'éternité, et puis plus jamais! C'est le refrain obsédant de Poe et de Baudelaire. Par conséquent l'occasion d'une coïncidence avec l'instant de la mort, si on la laisse perdre, ne nous sera jamais renouvelée. Vouloir penser la mort est donc une folle entreprise condamnée d'emblée à l'échec. Il faudrait un miracle pour tomber à point nommé sur cet instant si vertigineusement unique qu'il diffère du néant tout juste par le fait d'être une fois advenu. Différence infinitésimale pour une occurrence non pas seulement rarissime mais unique. En somme l'ironie du sort fut d'écrire tout un livre pour dire qu'il n'y a rien à dire sur la mort. C'est ce qui m'est arrivé. Mais pour dire, pour expliquer qu'il n'y a rien à dire, il faut beaucoup de mots. La philosophie apophatique a besoin de beaucoup de paroles pour dire que la mort, que le temps, que la musique sont indicibles, et pour détourner les hommes des vains babillages. Permettez-moi de l'avouer :j'ai écrit ce livre, La Mort, dans l'espoir qu'il n'y aurait pas d'autre livre sur la mort, dans l'espoir que ce livre serait le dernier!" Quelque part dans l'inachevé
Note : apophatique: qui procède par négations pour approcher la connasissance de son objet (inconnaissable par les modes cognitifs ordinaires)




 
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Mardi 19 décembre 2006
Sujet donné hier par LHL en Hypokhâgne à Jules Ferry.
Que dire de l'inconnu?
Comment parler de ce que l'on ne connaît pas ?














(Carré noir sur fond blanc de Kasimir Malévitch)
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Mardi 19 décembre 2006
Sur le site de l''Académie de Grenoble , vous trouverez un grand nombre d' ouvrages de  philosophie.
En ce qui concerne mes collections disparues de Hatier:



 NOUVEAUX:
 Platon, Alcibiade,
Aristote, La nature (Physique II)
Saint Augustin , Les confessions (I,II,III)



LISTE DES OUVRAGES HATIER DU  SITE  GRENOBLE


COLLECTION NOTIONS PHILOSOPHIQUES
La justice E. Clément
 La liberté E. Clément
Le temps C . Malabou

COLLECTION PHILOSOPHES:
Nietzsche par D. Pimbé
Spinoza par p. Pimbé

COLLECTION ESSAIS PHILOSOPHIQUES:
La perversité P. Vignoles
La philosophie au XX ième siècle Jean Lacoste

TEXTES PHILOSOPHIQUES COMMENTES:

JC Fraisse La nature (Physique d' Aristote Livre II)
JC Fraisse          Alcibiade     Platon
Fl. Khodoss. Les confessions   Saint Augustin  (Livre I,II, III)
F. Khodoss Cours de philosophie politique (Comte)
E. Zernik    Essai sur l'origine des langues (Rousseau)
JM Muglioni Théorie et pratique  (Kant)
N. Depraz La crise de la conscience europréenne et la philosophie (Husserl)
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Lundi 18 décembre 2006

On parle beaucoup de "concepts" aujourd'hui. Les professionnels de la communication produisent et vendent des"concepts". En réalité des projets-marketing.
Ce sont les philosophes qui inventent  les concepts:


"Plus près de nous (1, la philosophie a croisé beaucoup de nouveaux rivaux. Ce furent d'abord les sciences de l'homme, et notamment la sociologie, qui voulaient la remplacer. Mais comme la philosophie avait de plus en plus méconnu sa vocation de créer des concepts, pour se réfugier dans les Universaux, on ne savait plus très bien de quoi il était question. S'agissait-il de renoncer à toute création de concept au profit d'une stricte science de l'homme, ou bien au contraire de transformer la nature des concepts en en faisant tantôt des représentations collectives, tantôt des conceptions du monde créées par les peuples, leurs forces vitales, historiques et spirituelles? Puis ce fut le tour de l'épistémologie, de la linguistique, ou même de la psychanalyse - et de l'analyse logique. D'épreuve en épreuve, la philosophie affronterait des rivaux de plus en plus insolents, de plus en plus calamiteux, que Platon lui-même n'aurait pas imaginés dans ses moments les plus comiques. Enfin le fond de la honte fut atteint quand l'informatique, le marketing, le design, la publicité, toutes les disciplines de la communication, s'emparèrent du mot concept lui-même, et dirent: c'est notre affaire, c'est nous les créatifs, nous sommes les concepteurs! C'est nous les amis du concept, nous le mettons dans nos ordinateurs. Information et créativité, concept et entreprise: une abondante bibliographie déjà... Le marketing a retenu l'idée d'un certain rapport entre le concept et l'événement; mais voilà que le concept est devenu l'ensemble des présentations d'un produit (historique, scientifique, artistique, sexuel, pragmatique...) et l'événement, l'exposition qui met en scène des présentations diverses et l'« échange d'idées » auquel elle est censée donner lieu. Les seuls événements sont des expositions, et les seuls concepts, des produits qu'on peut vendre. Le mouvement général qui a remplacé la Critique par la promotion commerciale n'a pas manqué d'affecter la philosophie. Le simulacre, la simulation d'un paquet de nouilles est devenu le vrai concept, et le présentateur-exposant du produit, marchandise ou oeuvre d'art, est devenu le philosophe, le personnage conceptuel ou l'artiste. Comment la philosophie, une vieille personne, s'alignerait-elle avec des jeunes cadres dans une course aux universaux de la communication pour déterminer une forme marchande du concept [...] ? Certes, il est douloureux d'apprendre que « Concept» désigne une société de service et d'ingénierie informatique. Mais plus la philosophie se heurte à des rivaux impudents et niais, plus elle les rencontre en son propre sein, plus elle se sent d'entrain pour remplir la tâche, créer des concepts, qui sont des aérolithes plutôt que des marchandises. Elle a des fous rires qui emportent ses larmes".
Gilles Deleuze et Félix Guattari, Qu'est-ce que la philosophie ? Éd. de Minuit, 1991, pp. 15-16.

1. Le passage qui précède porte sur la philosophie de Platon.
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