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Lundi 15 janvier 2007
Voici un bon compte rendu de "condition historique"  que j'ai trouvé sur un  blog consacré à  Marcel Gauchet:
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Lundi 15 janvier 2007
Désenchantement du monde :  (etym :  préfixe dès et  latin incantare : " prononcer des formules magiques ")   Terme utilisé tout d'abord par Max Weber  pour désigner  le processus de reflux de la magie comme moyen  d'action et technique de salut,  au profit d'une relation rationnelle et pragmatique  des hommes à leur  environnement  naturel et social. Marcel Gauchet a donné ce titre à un ouvrage (1985) dans lequel il montre que la religion, dont la fonction fut  originellement et essentiellement politique, n'a pas cessé, depuis l'apparition du monothéisme et de la mentalité individualiste (le " tournant axial de l'humanité ", 7-5 siècle avant Jésus-Christ) de perdre du terrain  de ce point de vue. Les progrès de la science et de la rationalité s'accompagnent  d'un processus irréversible de " sécularisation ", c'est-à-dire d'une dissociation des différentes fonctions sociales (économiques, morales, politiques) et d'une émancipation de la politique par rapport à la religion. Parallèlement,  la  foi devient progressivement pour les croyants une affaire d'ordre  privé. Ce processus concerne évidemment les sociétés occidentales sécularisées mais il ne pourra pas épargner indéfiniment les autres civilisations et les autres cultures qui restent (en apparence) très profondément religieuses.




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Lundi 15 janvier 2007
Individualisme et désenchantement du monde selon Durkheim. On peut supposer que le texte  suivant a inspiré -en partie - l'ouvrage de Marcel Gauchet,  "Le désenchantement du monde".

"S'il y est une vérité que l'histoire a mise hors de doute, c'est que la religion embrasse une portion de plus en plus petite de la vie sociale. A l'origine, elle s'étend à tout ; tout ce qui est social est religieux : ces deux mots sont synonymes. Puis, peu à peu, les fonctions politique, économique, scientifique s'affranchissent de la fonction religieuse, se constituent à part et prennent un caractère temporel de plus en plus accusé. Dieu, si l'on peut s'exprimer ainsi, qui était d'abord présent à toutes les relations humaines, s'en retire progressivement : il abandonne le monde aux hommes et à leurs disputes. Du moins , s'il continue à les dominer, c'est de haut et de loin... sans doute, si cette décadence était , comme on est souvent porté à le croire, un produit original de notre civilisation la plus récente, et un événement unique dans l'histoire des sociétés, on pourrait se demander si elle sera durable ; mais en réalité elle se poursuit d'une manière ininterrompue depuis les temps les plus lointains... L'individualisme, la libre pensée, ne datent ni de nos jours , ni de 1789, ni de la Réforme, ni de la scolastique, ni de la chute du polythéisme gréco-latin, ou des théocraties orientales. C'est un phénomène qui ne commence nulle part, mais  qui se développe sans  s'arrêter tout au long de l'histoire".

 Emile Durkheim
 De la division du travail social
1893
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Lundi 15 janvier 2007
Mes élèves me demandent très gentiment de leur .. faire un résumé de ce livre.
Je vais m'y atteler, mais laissez moi un peu de temps.
 Je vous résumerez les chapitres les uns après les autres. Je commencerai par l'introduction. Mais d'abord, que savez-vous de Marcel Gauchet?
 Le désenchantement du monde, cela vous dit quelque chose?
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Lundi 15 janvier 2007
Théorie : (etym : grec theôria, observation, contemplation) 1) Sens ordinaire : ensemble de représentations et de propositions  organisées méthodiquement ; construction intellectuelle portant sur un domaine particulier 2) Philosophie a) Epistémologie : ensemble de connaissances formant système sur un sujet ou dans un domaine donné. Dans les sciences de la nature : synthèse englobant et coiffant un ensemble de lois particulières de la nature (exemple : la théorie de  la relativité).  Dans le domaine scientifique, les théories, qui ne concernent jamais qu'un secteur limité de l'être, restent provisoires et toujours susceptibles d'être falsifiées (voir chapitre N'y a-t-il de vrai que le vérifiable ?) b) Philosophie générale : Ensemble de propositions et de thèses formant un système dans un domaine donné (exemple : la théorie des Idées de Platon). Une théorie, dans le sens strict de ce terme,  s'oppose à une doctrine ou à un catalogue d'opinions, car elle se forme et se transforme au contact du réel. Cependant certains systèmes d'idées qui sont " théoriques "  dans un sens large semblent peu concernés par les démentis de l'expérience. Ce sont les idéologies.
Expérience : (etym : latin experiantia, essai, épreuve de experiri, faire l'essai de, éprouver   1) Sens ordinaire : exercice de nos facultés au contact du réel ; pratique que l'on a eu de quelque chose en tant qu'elle constitue un enseignement 2) Philosophie : approche immédiate du réel soit par l'intuition sensible (expérience externe) soit par l'intuition psychologique. La question de l'expérience oppose les empiristes (Hume, Locke, Russell) qui estiment qui estiment que toutes nos connaissances proviennent de l'expérience et les rationalistes ( Descartes, Berkeley, Malebranche, Kant) qui estiment que toutes  nos connaissances ne dérivent pas de l'expérience. Pour Kant,  l'expérience fournit la matière de la connaissance, mais les formes en sont a priori (espace et temps, et catégories de l'entendement). 3) Epistémologie : l'expérience doit être préparée et élaborée conformément à une hypothèse ou une théorie préalable.   L'expérience scientifique  implique  un ensemble de  procédures et de dispositifs qui permettent soir de valider soit d'infirmer de manière  décisive et non équivoque une hypothèse (voir expérience cruciale p 00)
Jugement : Etym : latin judicare, " dire le droit ", " porter un jugement ". 1) Sens ordinaire : a) Sens juridique : action de juger à l'occasion d'un action de justice, résultat de cet acte : sentence, verdict, arrêt etc.. b) Affirmation, prise de position, acte de décision intellectuel 2) Philosophie : faculté de percevoir des rapports entre les choses et les idées qui est au  fondement de la pensée. 3) Chez Kant : capacité d'identifier et de cataloguer les choses qui permet de " subsumer " (soumettre) le particulier sous le général. Il faut distinguer le jugement déterminant qui se détermine à partir d'une règle déjà connue (un concept, une loi) et le jugement réfléchissant qui ignore la loi au moment où il se prononce mais la découvre à l'occasion du cas particulier. Le jugement scientifique est déterminant, le jugement esthétique est réfléchissant.

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Lundi 15 janvier 2007

Axiomes : (etym : grec axioma, « prix », « valeur », « principe », « axiome ») 1) Chez les grecs : proposition et principe évident et démontrable 2) Actuellement : notions de bases ou hypothèses abstraites  posées librement comme telles, et qui servent de point de départ pour fonder une science cohérente

Axiomatisation : opération par laquelle on formalise un système logique ou mathématique, en explicitant les termes  non définis  et les propositions non démontrées, ces dernières étant présentées comme de simples hypothèses (axiomes).

 Démonstration : (etym : latin demonstratio, action de montrer, de faire voir, déduction)  1) Sens ordinaire : opération permettant d’établir  la vérité d’une thèse soit par des expériences soit par un raisonnement solide c’est-à-dire  et logiquement incontestable. 2) Logique : raisonnement qui consiste à passer de propositions préalablement admises à une autre qui en résulte nécessairement. Le modèle est fourni, dans la logique d’Aristote, par le syllogisme   3) Mathématiques : raisonnement constructif qui procède par substitution de grandeurs égales ou équivalentes 3) Epistémologie et philosophie : (par extension) établissement d’un fait, d’une loi, ou d’une théorie aux moyens de procédés suffisamment rigoureux pour la rendre indubitables. Lé démonstration apparaît en principe et par définition comme  le fondement de la certitude, aussi bien en sciences qu’en philosophie. Pourtant toute démonstration, en logique, en maths ou en philosophie, est toujours suspendue à des vérités  premières  indémontrables.

 Syllogisme :(etym : latin sullogismos «  calcul », « compte », « raisonnement »)  Type de déduction formelle telle que deux propositions appelées prémisses étant posées, on en tire une troisième appelée conclusion  qui en découle nécessairement. Exemple : « Tous les hommes sont mortels, Socrate est un homme.  Donc (conclusion) Socrate est mortel ».

 

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Lundi 15 janvier 2007

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Les présupposés du sujet
1. La possibilité, pour l'histoire, de justifier le mal, peut être envisagée dans un sens religieux: l'histoire est alors conçue comme une Providence.  En quel sens une histoire providentielle justifie-t-elle le mal?
2. De façon générale, le mal doit-il être «justifié»? Doit-on lui trouver une signification, un intérêt, un but? Quelles objections un tel souci de justification du mal peut-il appeler?
3. Dans la vie courante, peut-il nous arriver de justifier le mal? Distinguez bien «expliquer» et «justifier»
4. Supposer que l'histoire puisse justifier le mal, n'est-ce pas supposer que l'histoire est un sujet qui pense et qui juge? Est-ce le cas?

Éléments pour une problématique
 -Le mal, dans l'histoire (la souffrance inutile, la violence gratuite des hommes...) est un fait difficilement contestable. Le sujet pourrait être en parti reformulé ainsi: «Le mal est-il absolu ou bien relatif?» S'il est relatif, cela signifie-t-il que ce qui est mal d'un certain point de vue est bien (juste ou profitable) d'un autre point de vue?
 -L'histoire est-elle comparable à une personne ou à une instance (telle qu'un tribunal) susceptible de rendre un verdict, voire d'acquitter les responsables du mal? Si ce n'est pas le cas, à quoi ou à qui le terme «histoire» renvoie-t-il ici: aux historiens qui construisent le récit de l'histoire en tentant d'en dégager le sens? aux philosophes qui se demandent, notamment, si l'histoire est un progrès (justifiant le mal)? à d'autres personnes ou instances?
 - Supposons que l'histoire puisse justifier le mal: doit-elle le faire? Y a-t-il quelqu'un qui soit habilité pour décider que la violence et la mort ont été (ou seront) utiles et profitables du point de vue du progrès? Le souci de justifier le mat (et donc d'en nier le caractère intolérable) ne peut-il être contesté, aussi bien en général que dans le cas particulier examiné ici?
LECTURES
Le Prince Machiavel
L'idée d'une histoire universelle du point de vue cosmopolitique Kant
La raison dans l'histoire   Hegel
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Lundi 15 janvier 2007
Gouverner c'est  prévoir . Les hommes politiques doivent avant tout savoir anticiper et agir en conséquence :

"Je juge que s'il peut être vrai que la fortune est l'arbitre de la moitié de nos actions, elle nous en laisse cependant gouverner l'autre moitié, ou à peu près. Et je la compare à un de ces fleuves impétueux qui, lorsqu'ils s'irritent, inondent les plaines, détruisent les arbres et les édifices, enlèvent de la terre ici, la déposent ailleurs. Tous s'enfuient devant eux, chacun  cède à leur assaut, sans pouvoir en rien leur faire obstacle. Bien qu'ils soient ainsi faits, il n'empêche que les hommes, lorsque les temps sont calmes, peuvent prendre certaines dispositions, grâce à des digues et à des remparts, de telle sorte que si les eaux montaient, ou bien elles seraient canalisées, ou bien elles seraient moins furieuses et dangereuses. Il en va ainsi de la fortune : elle démontre sa puissance là où la valeur n'est pas préparée pour lui résister, et tourne
 ses assauts là où elle sait que n'ont pas été montés des digues et des remparts pour la contenir. Et si vous considérez l'Italie, qui est le siège de ces bouleversements' et la source de leur impulsion, vous remarquerez qu'elle est une contrée sans digue et sans aucun rempart."
Nicolas Machinale, Le Prince, IV' partie, chop. xxv, trad. Th. Ménissier, Hatier, coll. «Les classiques de la philosophie», 1999, p. 112-113.
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Lundi 15 janvier 2007
 Les romains ont  considéré  que les grands hommes sont ceux qui réforment  les royaumes et les républiques par des lois et des  institutions nouvelles. Il leur faut pour cela une autorité comparable à celle des fondateurs légendaires des cités:


 "La coïncidence même de l'autorité, de la tradition et de la religion, toutes trois nées simultanément de l'acte de fondation, forma l'épine dorsale de l'histoire romaine de son début à sa fin. Parce que l'autorité signifiait l'augmentation des fondations, Caton pouvait dire que la constitution rei publicae  (de la chose publique) n'était pas l'« oeuvre d'un homme seul ou d'une seule époque ». Par la vertu de l'auctoritas (l'autorité) , permanence et changements étaient liés, ce qui signifiait qu'à tort ou à raison, tout au long de l'histoire romaine, le changement ne pouvait vouloir dire que l'augmentation ou l'extension de l'ancien. Pour les Romains, au moins, la conquête de l'Italie et l'édification de l'Empire étaient légitimes dans la mesure où les territoires conquis augmentaient la fondation de la Cité et restaient liés à celle-ci.
Ce dernier point, à savoir que fondation, extension, conservation sont intimement liées entre elles, est peut-être la notion isolée la plus importante adoptée par les révolutionnaires. Ils l'adoptèrent non à la suite d'une réflexion consciente mais parce qu'ils étaient nourris de classiques et qu'ils avaient fait leurs classes dans l'Antiquité romaine. C'est de la même école que provenait l'idée de Harrington d'un « Commonwealth for increase » (de « république pour l'accroissement »), étant donné que c'est exactement ce qu'avait été la romaine, de même que plusieurs siècles auparavant Machiavel répétait déjà presque mot pour mot ce qu'avait déclaré Cicéron, que nous avons cité dessus, même s'il ne se donnait pas la peine de donner le nom de l'orateur romain         « Nul homme ne s'élève par ses actes autant que ceux qui ont réformé républiques et royaumes par des lois et des institutions nouvelles... Après ceux qui sont des dieux, à de tels hommes vont les premiers éloges . » [...]
    La conception même de l'autorité romaine donne à penser que l'acte de fonder sécrète pour ainsi dire nécessairement sa propre stabilité, sa propre permanence, que l'autorité dans ces conditions n'est plus ou moins qu'une sorte d' « augmentation » nécessaire, par la vertu de quoi toutes les innovations et modifications restent liées à la fondation que, d'autre part, elles étendent et augmentent. Ainsi, les amendements à la Constitution augmentent, étendent les fondements originaux de la République Américaine ; inutile d'ajouter que l'autorité même de la Constitution américaine réside dans une capacité inhérente aux amendements et augmentations. Cette idée d'une coïncidence entre la fondation et la préservation par la vertu de l'augmentation - que l'acte « révolutionnaire » du commencement de quelque chose d'entièrement nouveau et le soin conservateur, qui abrite et protège ce commencement à travers les siècles, sont liés - était profondément enracinée dans l'esprit romain et se lit à toutes les pages de l'histoire de ce peuple. Cette coïncidence elle-même n'est nulle part mieux illustrée sans doute que dans le mot latin signifiant fonder, qui est condere et qui dérive d'un vieux dieu latin, dieu des greniers qui préside à la mise en réserve des récoltes, à la croissance et à la récolte, visiblement un fondateur et un préservateur en même temps.[...]
 Cette solution romaine était la vraie source d'inspiration du « despotisme de la liberté » d'un Robespierre, et si Robespierre avait voulu justifier sa dictature par la constitution de la liberté il aurait pu évoquer Machiavel; « Fonder une république nouvelle, ou réformer entièrement les vieilles institutions d'une république déjà existante, doit être l'oeuvre d'un seul » il aurait pu également confier son affaire à James Harrington (1 qui, se référant aux « Anciens et à leur docte disciple Machiavel (le seul politique des âges récents) », affirmait lui aussi que. « le législateur » (que Harrington confondait avec le fondateur) « doit être un seul et même homme et... que le gouvernement doit être fait complètement, ou en une seule fois... Pour cette raison, le législateur avisé... s'efforcera donc de s'assurer ce pouvoir souverain entre ses mains. Et nul homme maître de raison ne blâmera des moyens aussi extraordinaires dans ce cas nécessaires, la fin se révélant tout simplement celle de constituer une république bien ordonnée    » [...]
Le dictateur romain, quoi qu'il en soit, n'était d'aucune sorte un créateur, et les citoyens sur qui il exerçait des pouvoirs extraordinaires pendant la durée de l'urgence étaient tout, si ce n'est du matériel humain à partir de quoi « construire » quelque chose. A coup sûr, Harrington n'était pas encore en situation de savoir l'énorme danger inhérent à l'entreprise océanique, et il ne doutait même pas de l'usage auquel Robespierre devait mettre les moyens violents, alors qu'il se crut placé dans la position d'un « architecte » construisant avec le matériel humain le nouveau monument, la nouvelle république, pour l'être humain. Ce qui devait se passer c'est qu'en même temps que l'« avènement », le crime originel, le crime légendaire de l'humanité occidentale, faisait sa réapparition sur la scène politique européenne, comme si, une fois de plus, le fratricide allait servir d'origine à la fraternité et la bestialité de  source   à l'humanité, avec seulement cette différence que, contrairement aux rêves vieux comme l'humanité et ses conceptions moins anciennes, la violence ne donnait nullement naissance à quelque chose de nouveau et de stable mais, au contraire, noyait dans le torrent révolutionnaire l'avènement avec les initiateurs. [...]

C'est peut-être en raison d'une affinité interne entre l'arbitraire inséparable de tous les commencements et les virtualités criminelles de l'Homme que les Romains décidèrent de faire dériver leur origine non de Romulus qui avait tué Remus, -mais d'Enée . A vrai dire, cette entreprise, également, s'accompagnait de violence, celle de la guerre entre Enée et les Italiens de naissance, mais cette guerre, dans l'interprétation de Virgile, était nécessaire pour annuler l'effet de celle contre Troie ; puisque la résurrection de Troie en terre italienne - illis fas regna resurgere Troiae - était destinée à sauver « les restes laissés par le courroux des Grecs et d'Achille, à ressusciter par conséquent la gens Hectorea qui, selon Homère, avait disparu de la surface de la terre, la guerre troyenne devait se répéter, cela pour renverser l'ordre des événements comme on le voit dans les poèmes d'Homère. [..].
- Comme Rome fut fondée sur cette entente-loi entre deux peuples différents et hostiles l'un à l'autre, il pouvait devenir la mission de Rome « de soumettre le monde aux lois » -  (...). Le génie de la politique romaine  non seulement selon Virgile mais en général, conformément à l'interprétation donnée par les Romains eux -mêmes - réside dans les principes mêmes ayant présidé à la fondation légendaire de la Cité". 
Essai sur la révolution, Gallimard pp 296-311

James Harrington (1611-1677), auteur d'Oceana (1656), où il tente de définir l'idéal d'un gouvernement. (N. du Tr.)
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Lundi 15 janvier 2007
 Les peuples se reconnaissent dans leurs "grands hommes"   qui  leur apparaissent  comme des guides, des "conducteurs d'âmes". Ce  sont  les grands hommes  qui nous indiquent ce que nous voulons; il est  en effet difficile pour chacun d'entre nous de savoir ce qui est véritablement désirable et souhaitable.  Mais, au bout du compte, les grands hommes seront jugés du point de vue de l'Universel, comme l'avait si bien vu Périclès

"Il est difficile de savoir ce qu'on veut. On peut certes vouloir ceci ou cela, mais on reste dans le négatif  (1 et le mécontentement. Mais les grands hommes savent aussi que ce qu'ils veulent est l'affirmatif. C'est leur propre satisfaction qu'ils cherchent : ils n'agissent pas pour satisfaire les autres. S'ils voulaient satisfaire les autres, ils eussent eu beaucoup à faire parce que les autres ne savent pas ce que veut l'époque et ce qu'ils veulent eux-mêmes. Il serait vain de résister à ces personnalités historiques parce qu'elles sont irrésistiblement poussées à accomplir leur œuvre. Il appert  (2 par la suite qu'ils on eu raison, et les autres, même s'ils ne croyaient pas que c'était bien ce qu'ils voulaient, s'y attachent et laissent faire. Car l'œuvre du grand homme exerce en eux et sur eux un pouvoir auquel ils ne peuvent pas résister, même s'ils le considèrent comme un pouvoir extérieur et étranger, même s'il va à l'encontre de ce qu'ils croient être leur volonté. Car l'Esprit en marche vers une nouvelle forme est l'âme interne de tous les individus ; il est leur intériorité inconsciente, que les grands hommes porteront à la conscience. Leur œuvre est donc ce que visait la véritable volonté des autres ; c'est pourquoi elle exerce sur eux un pouvoir qu'ils acceptent malgré les réticences de leur volonté consciente : s'ils suivent ces conducteurs d'âmes, c'est parce qu'ils y sentent la puissance irrésistible de leur propre esprit intérieur venant à leur rencontre.
 Si, allant plus loin, nous jetons un regard sur la destinée de ces individus historiques, nous voyons qu'ils ont eu le bonheur d'être les agents d'un but qui constitue une étape dans la marche progressive de l'Esprit universel"
 Friedrich Hegel, La Raison dans l'histoire (1830), traduction K. Papaioannou, Plon 1965, 10/18, pp 123

NOTE 1 : En général, on sait ce que l'on ne veut pas, mais ce que l'on veut reste vague.
NOTE 2 : Il  appert : il apparaît.
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