RESUME de l'INTRODUCTION de
La condition politique de Marcel GauchetRécapitulation de l'histoire de l'humanité.
Il y a une permanence du " politique " depuis l'origine de l'humanité jusqu'à aujourd'hui. Mais permanence ne veut pas dire " invariance ". " Le " politique est d'une grande plasticité.. Mais ce n'est pas pour autant qu'il peut être liquidé ! L'idée de " dépérissement ", puis d'abolition du politique est une méprise fondamentale qui tient au refus de saisir son essence.
Dans l'histoire réelle des hommes, tout commence par le refoulement " du " politique.
Au départ , " le " politique est caché, il est remplacé et refoulé par " le " religieux (e religieux : ici les religions sans Dieu) . Le sociétés primitives ne sont pas des sociétés sans politique. Au contraire, elles révèlent l'essence du politique qui est la " séparation " : pour se comprendre elle-même, une société doit se séparer d'elle-même (elle doit opérer un " scission " entre l'instance qui dirige et celle qui obéit).Dans les sociétés primitives, le politique comme structure fondamentale de toute société (" articulation instituante ") existe déjà, mais pas encore sous une forme visible, apparente, explicite (ce qu'on appellera " la " politique).
La seconde étape est la naissance de l'Etat (il y a environ 4000 ans).
L'invisible, désormais, s'incarne sous la forme d'une confiscation humaine de l'autorité. Tout d'abord, ce sont les " grandes machines impériales " puis ( " tournant axial ") l'apparition du monothéisme qui procède à l' " unification du divin ". Premiers balbutiements de " la " politique, c'est-à-dire de l'organisation volontaire et délibérée du politique sous la forme de la démocratie ( 5 ièe siècle av JC en Grèce).
Troisième étape : l'Etat moderne (16 ième siècle). Remodelage du politique hors de la religion dont Machiavel a fourni la première théorisation.
Quatrième étape : Le renversement libéral. C'est la sécularisation, c'est-à-dire l'autonomisation des composantes de l'existence collective. Le politique se sépare du religieux, l'économie du politique etc... Le pouvoir cesse d'être le médiateur avec l'au-delà. Mais un problème aigu de légitimité et de projet est alors posé : si le passé n'a plus d'autorité, toute projection dans le futur devient impossible. La société est livrée à elle-même, elle ne parvient plus à se représenter elle-même donc à se donner à elle-même des perspectives d'avenir, des orientations collectives. Le politique es t "détrôné " , mais il n'est pas aboli ni en voie d'abolition. La dissociation de " la " politique et " du " politique caractérise les démocraties modernes, ce qui a pour effet immédiat et manifeste l'impuissance du gouvernement représentatif.
D'où deux options : 1) L'illusion de la toute-puissance du politique (c'est le totalitarisme)
2) Le mirage de son extinction ( " la politique se réduit à l'expressin des intérêts des individus et à la protection de leurs droits ")
Cette seconde option, la négation du politique au nom de l'autonomie (autonomie : la société se donne à elle-même ses propres normes) est pourtant un leurre. C'est ce dont témoigne les " tentations de l'Europe ". Il s'agit de la croyance en l'Europe comme une association d'intérêts sans structure politique contraignante ( " le politique "). Pourtant l'idée de " société civile " internationale repose sur une conviction fausse, celle de l'inutilité du politique (conçu à base d'appareils de puissance et de rapports de force). Les européens pensent que " la guerre, c'est fini " et que l'Etat-Nation, ou l'agrégation politique des Etats-Nations (l'Europe politique) est devenu caduque et superflue.
Cette illusion -au départ libérale (la société se suffit à elle-même) es tà rapprocher du mirage de la sortie de l'histoire, mirage propre aux européens. C'est la raison pour laquelle le droit se substitue au politique mais la " démocratie des droits flotte dans le vide " faute de toute base politique et de tout projet structurant.
Conclusion :
L'éclipse du social-historique (représentation par la société de son identité c'est-à-dire de son passé et de son avenir) et l'éclipse du politique (l'illusion de pouvoir se passer du politique) s'alimentent l'une l'autre.
C'est ce qui explique la " crise de conscience " des démocraties libérales : l'illusion de pouvoir faire l'économie du politique enlève aux hommes la possibilité de se concevoir comme participant à l'histoire née avant eux et destinée à se poursuivre au-delà d'eux.
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