Vocabulaire de la morale de KantAUTONOMIE/HÉTÉRONOMIE
L'autonomie est le pouvoir qu'a la volonté de se déterminer en se donnant à elle-même sa loi, et en se soustrayant à l'influence des mobiles sensibles, c'est-à-dire son
pouvoir d'être libre. C'est elle qui fonde la moralité. L'hétéronomie désigne, au contraire, le fait pour la volonté de recevoir sa loi du dehors, d'être de ce fait dépendante; elle ne saurait fonder une véritable obligation (l'hétéronomie implique l'impossibilité pour la volonté de s'obliger) ; elle est par conséquent « opposée... à l'intention morale » (Critique de la raison pratique).
CHOSE EN SOI/PHÉNOMÈNE
La chose en soi désigne le réel tel qu'il est en soi, le phénomène désigne le réel tel qu'il est connu, tel qu'il est pour nous, c'est-à-dire tel qu'il se manifeste au sujet connaissant: à la sensibilité qui appréhende le réel dans les formes a priori de l'espace et du temps et à l'entendement qui place les intuitions ainsi formées sous ses catégories (Critique de la raison pure). La chose en soi nous est inconnaissable, nous pouvons seulement dire qu'elle est le fondement du ph

énomène.
DEVOIR
Le devoir est un commandement qui s'adresse à la volonté, soit de Tacon conditionnelle (« si tu veux telle chose, alors tu dois... »), soit de façon inconditionnée : « tu dois ». C'est dans ce dernier cas qu'il s'agit du devoir au sens moral, du devoir proprement dit. Le devoir est donc bien une obligation, mais toute espèce d'obligation n'est pas pour autant un devoir (moral), puisqu'elle n'est pas nécessairement inconditionnelle ou absolue. Le pur devoir est donc la plus éminente des obligations, distincte de toutes les autres, puisque, indifférent à toute condition particulière, il s'impose sans réserve. Il doit valoir pour l'homme en tant qu'homme, indépendamment de toute particularité qui peut distinguer certains êtres humains des autres, dors que les autres obligations ont un champ d'application particulier, déterminé par la condition à laquelle elles sont rattachées. Le devoir implique donc une idée de l'homme qui le reconnaisse capable d'envisager une loi qui s'adresse également à tous les hommes: c'est l'idée de l'homme en tant qu'être raisonnable. La moralité révèle en l'homme son appartenance au genre des êtres raisonnables; la loi morale vaut pour tous les êtres raisonnables. Mais si le devoir est un commandement, c'est que la volonté de l'homme, comme chacun le sait, est susceptible de ne pas être spontanément conforme à ce qu'il prescrit. L'homme est donc un être raisonnable dont la volonté est soumise aux inclinations de sa nature sensible et ne se rallie pas nécessairement à la prescription du devoir: l'homme est un être raisonnable fini.
DIALECTIQUE
Ce terme désigne chez Kant, d'une part, la « logique de l'apparence », c'est-à-dire le mouvement naturel par lequel la raison est amenée, par des argumentations logiques, à corrompre en apparence la validité du devoir (dans le domaine moral, c'est-à-dire pratique), ou à se mettre en contradiction avec elle-même dans le domaine de la connaissance. Le terme désigne, d'autre part, la critique (qui ne peut venir que de la raison elle-même) de ces apparences, consistant à mettre à jour les limites de la raison que la dialectique naturelle ignore.
DIGNITÉ
La valeur peut consister dans le prix ou dans la dignité. Ce qui a un prix peut être échangé, et donc remplacé; la valeur est alors relative. Ce qui a une dignité possède une valeur intrinsèque et n'a pas d'équivalent; la dignité est une valeur audessus de tout prix. La moralité repose sur le pouvoir que possède l'être raisonnable de n'obéir qu'à la loi qu'il a luimême instituée, et fait de lui une fin en soi. Elle, confère à l'homme, comme à l'humanité tout entière, une dignité en vertu de laquelle il ne doit jamais être traité seulement comme un moyen, mais toujours en même temps comme une fin.
DIALECTIQUE
Ce terme désigne chez Kant, d'une part, la « logique de
l'apparence », c'est-à-dire le mouvement naturel par lequel la raison est amenée, par des argumentations logiques, à corrompre en apparence la validité du devoir (dans le domaine moral, c'est-à-dire pratique), ou à se mettre en contradiction avec elle-même dans le domaine de la connaissance. Le terme désigne, d'autre part, la critique (qui ne peut venir que de la raison elle-même) de ces apparences, consistant à mettre à jour les limites de la raison que la dialectique naturelle ignore.
DIGNITÉ
La valeur peut consister dans le prix ou dans la dignité. Ce qui a un prix peut être échangé, et donc remplacé; la valeur est alors relative. Ce qui a une dignité possède une valeur intrinsèque et n'a pas d'équivalent; la dignité est une valeur audessus de tout prix. La moralité repose sur le pouvoir que possède l'être raisonnable de n'obéir qu'à la loi qu'il a luimême instituée, et fait de lui une fin en soi. Elle confère à l'homme, comme à l'humanité tout entière, une dignité en vertu de laquelle il ne doit jamais être traité seulement comme un moyen, mais toujours en même temps comme une fin.
MAXIME
« La maxime est le principe subjectif du vouloir; le principe objectif (c'est-à-dire celui que tous les êtres raisonnables auraient aussi comme principe pratique subjectif si la raison avait un entier pouvoir sur la faculté de désirer) est la loi pratique » (cf. la note de Kant, p. 58).
MOBILE/MOTIF
Le mobile est le fondement subjectif du désir, et le motif le fondement objectif du vouloir (cf. p. 68).
MORALITÉ/MOEURS/MORALE
Kant n'étant pas l'auteur d'une morale, au sens d'une doctrine qui dispenserait des règles de conduite et poserait les fins que l'homme devrait poursuivre, il convient de ne pas parler d'une « morale de Kant » qui serait un « système de valeurs » inventé par ce philosophe. Son propos est au contraire de dégager, de distinguer et de clarifier, puis d'étudier en leur fondement, les principes qui sont déjà à l'oeuvre dans l'expérience morale, c'està-dire l'expérience de ce qui se présente à nous comme un commandement inconditionnel de faire une chose ou de ne pas la faire. Les moeurs sont ce domaine des conduites inspirées par lesinclinations auxquelles l'homme est susceptible d'opposer une volonté qui est libre lorsqu'elle est déterminée par la loi morale. Le rapport de nos actions à la loi morale constitue le domaine de la moralité.
OBLIGATION
Pour Kant, l'obligation est la forme spécifiquement morale du devoir (dans la langue française, le terme d'obligation a un sens plus large, notamment juridique). L'obligation est le caractère de ce qui est moralement nécessaire.
PRATIQUE
La pratique est le domaine de ce qui est possible par liberté. Ce terme désigne donc le champ des actions humaines en tant qu'elles relèvent d'une volonté qui peut être déterminée par la raison pratique sous la forme de la loi morale.
PRINCIPE
Ce terme désigne ce qui est au commencement, à la source des choses, et contient les idées de fondement, de condition de possibilité, ainsi que de commandement (comme on le voit généralement dans son usage courant). En un sens pratique, les principes sont « des propositions renfermant une détermination générale de la volonté, à laquelle sont subordonnées plusieurs règles pratiques. Ils sont subjectifs ou forment des maximes, quand la condition est considérée par le sujet comme valable seulement pour sa volonté; mais ils sont objectifs et fournissent des lois pratiques, quand la condition est reconnue comme objective, c'està-dire comme valable pour la volonté de tout être raisonnable » (Critique de la raison pratique).
RAISON
Dans le sens le plus large du terme, la raison est la faculté des principes a priori (indépendants de l'expérience) ; en ce sens elle est pure. Lorsque ces principes valent pour la connaissance, la raison est théorique ou spéculative (c'est alors que son objet est hors de toute expérience possible); lorsque les principes valent pour l'action, la raison est pratique.
RÈGNE DES FINS (RÈGNE DE LA NATURE)
Le règne désigne en général la « liaison systématique de divers êtres [...] réunis par des lois communes »; d'où l'idée d'un règne de la nature. Lorsqu'il s'agit d'êtres raisonnables, et que l'on fait abstraction de ce qui peut les distinguer (empiriquement) les uns des autres en tant qu'hommes, il se forme l'idée d'un « tout composé de l'ensemble des fins (tant des êtres raisonnables comme fins en soi que des fins propres que chacun est susceptible de se donner) » (cf. p. 76).
Glossaire rédigé par Ole Hansen-Love pour
Fondement pour la métaphysique des moeurs , Classiques de la philosophie
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