Selon le philosophe contemporain Luc Ferry, il existe deux écologies. L'une privilégie la nature ("deep ecology") et estime que celle-ci a une valeur intrinsèque , l'autre ne
considère la nature que dans sa relation avec l'homme ( écologie environnementaliste). Le seconde , qui est humaniste, est plus modérée et préférable.
L'une et l'autre demandent évidemment que l'on prenne ses distances à l'égard des idées cartésiennes:
"Si l'animal n'était qu'une machine, comme le pensent les cartésiens, la question de ses droits ne se serait jamais posée. Ce qui peut éveiller à son propos le sentiment d'une obligation, au-delà
même de la compassion et de la pitié qui relèvent de la simple sympathie, c'est le caractère non mécanique du vivant qu'il incarne. [...] Bref, tout se passe comme si la nature, dans l'animal,
tendait en certaines circonstances à se faire humaine, comme si elle s'accordait d'elle-même avec des idées auxquelles nous attachons un prix lorsqu' elles se manifestent dans l'humanité.
[...] Car c'est bien la nature elle-même qui fait signe vers des idées qui nous sont chères, et non pas nous qui les projetons en elle: à l'encontre de ce que pensent les cartésiens, il semble
raisonnable d'admettre que les cris des animaux qui souffrent n'ont pas la même signification que les sons égrenés par le timbre de l'horloge, que la fidélité du chien n'est pas celle de la
montre. De là le sentiment que la nature possède bien cette fameuse valeur intrinsèque sur laquelle s'appuient les "deep ecologists" pour légitimer leur antihumanisme (1. Mais d'un autre côté, et
c'est là ce qu'ils manquent, ce sont les idées évoquées par la nature qui lui donnent tout son prix. Sans elles, nous n'accorderions pas la moindre valeur au monde objectif. Bien plus: c'est
parce que la nature, souvent, va à l'encontre de telles idées, parce qu'elle est aussi génératrice de violence et de mort, que nous lui ôtons aussitôt la valeur que nous lui
attribuions l'instant d'avant, lorsqu'elle nous semblait belle, harmonieuse, ou même, dans l'animal, intelligente et affectueuse."
Luc Ferry, Le Nouvel Ordre écologique, Grasset, 1992, p. 258-260.
1) La deep ecology est anti-humaniste en ce sens qu'elle pense que l'homme est en train de devenir le destructeur de la nature. Et l'humanisme a sa part de
responsabilité dans cette situation.
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Hannah Arendt montre ici qu' en déclenchant par sa propre action, des processus absolument nouveaux dans l'univers où il vit, l'homme va rendre cet univers imprévisible: selon la
philosophe, c'est là que se situe le suprême danger.
"Nous savons aujourd'hui que bien que nous ne puissions faire» la nature au sens de la création, nous sommes tout à fait capables de déclencher de nouveaux processus naturels, et qu'en un sens
par conséquent nous faisons la nature», dans la même mesure que nous « faisons l'histoire' ». Il est vrai que nous n'avons atteint ce stade qu'avec les découvertes nucléaires, où des forces
naturelles sont libérées, délivrées, pour ainsi dire, et où ont lieu des processus naturels qui n'auraient jamais existé sans l'intervention directe de l'action humaine. Ce stade va bien au-delà
non seulement de l'époque prédomine, où le vent et l'eau étaient utilisés pour suppléer et multiplier les forces humaines, mais aussi de l'ère industrielle avec sa machine à vapeur et son moteur
à combustion interne, où des forces naturelles étaient imitées et utilisées comme des moyens de production créés par l'homme".
Hancha Arendt, «Le concept d'histoire», La Crise de la culture (1968), trad. P. Lévy, Gallimard, coll. «Folio essais», 1989, p. 79.
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Pour Descartes , l'environnement est l'univers matériel qu'il nous appartient d'explorer puis de maîtriser:
"Sitôt que j'ai eu acquis quelques notions générales touchant la physique, et que commençant à les éprouver en diverses difficultés particulières, j'ai remarqué jusques où elles peuvent conduire,
et combien elles diffèrent des principes dont on s'est servi jusqu'à présent, j'ai cru que je ne pouvais les tenir cachées sans pécher grandement contre la loi qui nous oblige à procurer,
autant qu'il est en nous, le bien général de tous les hommes. Car elles m'ont fait voir qu'il est possible de parvenir à des connaissances qui soient fort utiles à la vie, et qu'au lieu de cette
philosophie spéculative, qu'on enseigne dans les écoles, on peut en trouver une pratique, par laquelle connaissant la force et les actions du feu, de l'eau, de l'air, des astres, des cieux et
de tous les autres corps qui nous environnent, aussi distinctement que nous connaissons les divers métiers de nos artisans, nous les pourrions employer en même façon à tous les usages auxquels ils
sont propres et ainsi nous rendre comme maîtres et possesseurs de la nature. Ce qui n'est pas seulement à désirer pour l'invention d'une infinité d'artifices, qui feraient qu'on jouirait,
sans aucune peine, des fruits de la terre et de toutes les commodités qui s'y trouvent, mais principalement aussi pour la conservation de la santé, laquelle est sans doute le premier bien et le
fondement de tous les autres biens de cette vie"
Descartes, Discours de la méthode (1637), 6e partie, Bibliothèque de la Pléiade, Éd. Gallimard, 1966, p. 168.
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