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Mercredi 31 janvier 2007
Le travail est humain. Il l'est par définition, et l'activité de l'animal ne peut être appelée un "travail":

"Le travail est de prime abord un acte qui se passe entre l'homme et la nature. I'homme y joue lui-même vis-à-vis de la nature le rôle d'une puissance naturelle. Les forces dont son corps est doué, bras et jambes, tête et mains, il les met en mouvement, afin de s'assimiler des matières en leur donnant une forme utile à sa vie. En même temps qu'il agit par ce mouvement sur la nature extérieure et la modifie, il modifie sa propre nature, et développe les facultés qui y sommeillent. Nous ne nous arrêterons pas à cet état primordial du travail où il n'a pas encore dépouillé son mode purement instinctif. Notre point de départ c'est le travail sous une forme qui appartient exclusivement à l'homme. Une araignée fait des opérations qui ressemblent à celles du tisserand, et l'abeille confond par la structure de ses cellules de cire l'habileté de plus d'un architecte. Mais ce qui distingue dès l'abord le plus mauvais architecte de l'abeille la plus experte, c'est qu'il a construit la cellule dans sa tête avant de la construire dans la ruche. Le résultat auquel le travail aboutit, préexiste idéalement dans l'imagination du travailleur. Ce n'est pas qu'il opère seulement un changement de forme dans les matières naturelles ; il y réalise du même coup son propre but dont il a conscience, qui détermine comme loi son mode d'action, et auquel il doit subordonner sa volonté".
Karl Marx,  Le capital(1867), trad. J. Roy, Éd. Sociales, 1950.
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Mercredi 31 janvier 2007
Par Suzanne Berger  (une américaine?) dans le Monde ce soir
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Mercredi 31 janvier 2007
Ceci  (le "point de vue de O Pourrioul) est pour mes élèves de prépas à qui cela rappelera sûrement quelque chose:


( Fight club est un film de David Fincher )
"Percevoir, c'est avoir un point de vue.Maurice Merleau-Ponty disait du cinéma qu'il était 'l'art philosophique, car il permettait de saisir imédiatement ce que signifiait « être au monde ». Non pas simplement être dans le monde comme un objet inanimé, ni hors du monde comme un dieu,mais au monde comme un homme. Être au monde, est toujours être pris dans une situation qui définit un certain point de vue. Pourtant, la caméra ne correspond pas toujours un oeil, ni à une conscience. C'est le point de vue d'un sujet, mais virtuel, le point de vue le quelqu'un, mais sans corps, d'un oeil qui serait "déjà dans les choses ». On peut parler, avec Gilles Deleuze , de liquéfaction, ou mieux, de gazéification de la perception. Une perception plus fluide, c'est une perception plus libre, libérée des contraintes du corps et de plus  humain, plus souple et plus rapide, ou plus lente. Libérée du sujet. Mais libérée également de tout objet. En un mot, le point de vue de personne. Au début de Fight Club, on a le point de vue d'un gaz, le gaz qui s'échappe du brûleur de la cuisinière, et dont on suit la fuite, l'expansion, le trajet derrière le frigo jusqu'à l'étincelle provoquant l'explosion. Le point de vue d'un gaz, voilà la fluidité maximale, rendue possible par les seuls effets spéciaux. Au cinéma, ce qui explose, c'est avant tout l'ancrage perceptif habituel du sujet.Le cinéma se détache donc de la « perception naturelle » où voulait l'enfermer Maurice Merleau-Ponty et explore ce que Henri Bergson appelait la « perception pure ». La perception détachée de tout sujet, le monde libéré de l'homme, telle est l'étrange expérience que permet le cinéma, tel est le cadeau qu'il nous fait ." Olivier Pourriol
Fight-Cub (1999).

Disponible en DVD (Fox Pathé Europa).
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Mercredi 31 janvier 2007
Nicolas Baverez est un normalie-énarque quin conseille Nicolas Sarkozy. Daniel Cohn-Bendit est député européen et soutient Ségolène Royal



Libéral/libertaire
N. B.: La liberté, c'est une devise républicaine, une valeur transcendante qu'on ne peut pas classer spontanément à gauche ou à droite. Souvent minoritaire, elle n'est pas pour autant absente du socialisme, qui mêle depuis l'origine une dimension dirigiste, potentiellement liberticide et une
authentique dimension libérale...
D. C.-B.: Je corrige : une dimension libertaire.
N. B.: Pour ma part, je me reconnais dans la tradition du libéralisme politique, qui court de Montesquieu, Condorcet, Constant, Tocqueville jusqu'à Aron. Pour cette famille de pensée, la liberté est d'abord une institution politique, garantie par l'État de droit et par l'engagement des citoyens. Elle la décline ensuite en organisation économique et sociale.
D.C.B.: Je me situe davantage du côté de Hannah Arendt. En ce qui concerne les institutions politiques, elle est très libérale. Elle a tiré les leçons du totalitarisme. Pour elle, la démocratie représentative protège les citoyens contre la folie de l'être humain. En même temps, elle a prononcé cette phrase
LAmérique est politiquement une démocratie, socialement totalitaire. » Elle s'est intéressée de près à l'expérience des conseils ouvriers et se demande comment réintégrer, au sein du marché, des modes d'organisation collective. En cela, je ne suis pas simplement libéral - même si je défends les institutions démocratiques contre les folies révolutionnaires. Il m'arrive de me définir comme un libéral-libertaire.

Les enjeux de l'élection présidentielle
DC-B.: Je crois que Nicolas Sarkozy n'est pas bon
pour la France d'aujourd'hui, parce que c'est un homme qui divise. La seule capable de le battre, car elle incarne la nouveauté, c'est Ségolène Royal. Je ne fais pas partie de son équipe de campagne, je ne cherche pas à être ministre, mais je la soutiens. Le fait qu'elle ose dire qu'elle n'a pas réponse à tout, je trouve cela très sain. Sarkozy veut avoir raison sur tout, c'est énervant. La société française a besoin de réformes, mais elle a aussi besoin d'être accompagnée dans ces réformes.
N. B.: Lexcellente nouvelle vient de ce que Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy se sont tous deux placés sous le signe du changement et de la rupture. La première a opéré sa percée avec les thèmes de l'autorité, du travail, de la famille. Le second parle de l'individu, de l'immigration, de la production, de la relation avec les autres démocraties. Leur différence se situe dans leur posture et leur style. Ségolène Royal joue sur le mode de l'incarnation et se situe sur le double plan des valeurs et de la proximité. Le terrain de Nicolas Sarkozy est celui de l'action et de la programmation. Au-delà de leur personnalité, pointent deux questions : la campagne favorisera-t-elle l'émergence d'un débat entre une droite libérale et une gauche sociale-démocrate qui constituerait le meilleur antidote contre les extrémismes ? Ce débat permettrat-il de construire le socle politique de la modernisation de la France, c'est-à-dire débouchera-t-il sur un mandat clair, un projet politique national de redressement, un leadership fort pour conduire les réformes nécessaires ?
Ségolène Royal m'inquiète par sa stratégie d'évitement systématique lorsqu'on l'interroge sur son programme. Ne pas vouloir avoir réponse à tout est une chose, mais quand un Président est élu dans le flou, sur la base d'un projet inexistant et ambigu, on connaît le résultat : c'est Jacques Chirac en 1995 ou 2002, avec à la clé le décrochage du pays. La France ne peut s'offrir le luxe d'une nouvelle désillusion, à la mesure de l'espoir de changement qui monte chez les Français.
D. C.-B.: La faute au système présidentiel français, qui fait naître de fausses attentes. Quel que soit l'élu, la déception est toujours au rendez-vous.
Entretien avec Alexandre Lacroix
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Mercredi 31 janvier 2007

Michael Walzer est un philosophe américain, auteur notamment de "Les sphères de la justice" et  "Guerres justes et injustes"

Y a-t-il une opposition entre la gauche et la droite en politique étrangère ?

L'opposition est moins claire en politique étrangère qu'en politique intérieure. Lorsque, en 1919, l'Armée rouge marche sur Varsovie pour établir une société communiste, c'est supposé être une politique de gauche. Lorsque l'armée américaine marche sur Bagdad pour établir une société démocratique en Irak, c'est supposé être une politique de droite. Je ne vois pas beaucoup de différences. Est-ce la gauche ou la droite qui est en faveur de l'intervention au Darfour ? Dans chaque camp, on trouve des interventionnistes et des non-interventionnistes. Il devrait y avoir une opposition claire dans les domaines touchant à l'égalité économique, à la démocratie, aux droits des femmes. Même sur ces sujets, je doute qu'on trouve des oppositions claires.

Quelle devrait être la différence ?
Ce serait pour moi une politique internationale de gauche : nous serions favorables à l'utilisation de la force pour mettre fin à un génocide et non pour obtenir un « changement de régime politique ». Nous défendrions une réglementation du « libre-échange » mondial visant à renforcer
les droits des travailleurs et à protéger l'environnement. Nous serions favorables à des transferts de richesses pour réduire la pauvreté, la malnutrition et la maladie. Nous soutiendrions les partis démocratiques et les mouvements sociaux ou féministes partout où ils existeraient. Nous nous opposerions au fanatisme religieux et à la terreur. Nous défendrions le droit à l'autodétermination de toutes les nations. Je pourrais donner d'autres exemples, mais cela suffit à indiquer à quoi ressemblerait une gauche internationale décente. La droite s'opposerait, je pense, sur la plupart des points mais pas sur tous.

Comment la gauche et la droite font-elles face au terrorisme et au nouvel état du monde après les attentats du 11 septembre ?
La réponse de la droite, dans sa plus grande partie, est autoritaire et militariste - et cela n'est pas efficace. La réponse d'une grande partie de la gauche prend la forme de l'excuse et de l'apaisement - et cela n'est pas plus efficace. À gauche, nous devons reconnaître qu'il est justifié et nécessaire de répondre par la force aux organisations terroristes, même si cela exige, le plus souvent, une mission de police et non une guerre. Partant de là, nous devons défendre l'idée que cette mission de police peut être réalisée en respectant les contraintes d'une démocratie constitutionnelle. Nous devons persuader nos concitoyens que nous sommes capables d'accomplir cette mission, que nous sommes pleinement engagés dans la défense de leur sécurité physique mais aussi de leur liberté.

Entretiens réalisés par Suzi Vieira et Martin Legros
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Mercredi 31 janvier 2007
Vous trouverez un bon dossier sur Gauche /droite. Mais aussi un entretien avec Peter Sloterdjik
Et un cahier central comprenant un extrait de la Généalogie de la morale,  de Nietzsche, traduction Eric Blondel, Ole Hansen-Love, Pierre Penisson et Théo Leidenbach
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Mercredi 31 janvier 2007


 Entretien avec Marcel Gauchet par Martin Legros
"Il y  a vingt ans, alors qu'on annonçait déjà sa disparition, le clivage gauche-droite vous semblait devoir durer. Est-ce toujours le cas aujourd'hui ?
Il faut d'abord souligner sa relativisation. Depuis 1981, l'alternance politique s'est systématisée, ce qui ne contribue pas à entretenir l'idée qu'il y a une différence substantielle entre les deux camps. Le pluralisme est entré dans les moeurs. Par ailleurs, le développement de l'individualisme transforme le rapport à la politique : l'individu contemporain n'est pas un militant, il n'aime pas être rangé dans un camp. Il est un observateur du champ politique plutôt qu'un acteur véhément. Mais en réalité, le clivage gauche-droite se maintient dans une autre dimension, beaucoup plus profonde...

Laquelle ?
La dimension anthropologique et affective. L'ancrage passionnel du clivage est toujours là. Pour quelqu'un qui se sent de droite aujourd'hui, la gauche est toujours constituée de « zoos » qui ne savent pas ce qu'est la réalité, qui vivent dans les nuages. Pour quelqu'un d'inspiration de gauche, la droite est toujours peuplée de « salauds », de gens immoraux qui s'accommodent de tout ce qui est mal dans le monde en disant « c'est comme cela », alors que la seule attitude légitime serait la révolte. Cela ne définit pas des programmes politiques, c'est plutôt de l'ordre de l'affect. Les inconscients de droite et de gauche restent chevillé au corps de beaucoup d'acteurs. If suffit d'une circonstance pour l'éveiller.

Comment expliquer l'importance des extrêmes en France ?
Principalement par la puissance symbolique et politique conservée par l'État et la souveraineté. Ce qui, pour l'extrême droite, est insupportable, c'est l'espèce de défi à l'État que représentent l'immigration et l'insécurité : « Qu'est-ce qu'un État qui n'est pas capable de contrôler ses frontières ou de mettre en prison tous les délinquants qui dépassent ? »

Et, symétriquement, à l'extrême gauche, il y a un scandale de l'impuissance économique de l'État : « Qu'est-ce qu'un État qui ne peut rien contre la mondialisation ? » Cette symétrie explique d'ailleurs le passage de certains électeurs d'un extrême à l'autre.

Le duel entre Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy est-il le signe d'une recomposition du clivage ?
Ce sont des candidats de décomposition plus que des candidats de recomposition. Ils réalisent une certaine ouverture de leur camp au libéralisme. Mais incapables de le faire sur le plan doctrinal, ils le font sur le plan de l'image. C'est plus facile, et cela permet de ménager la chèvre et le chou, car l'enracinement de chacun de ces candidats dans son camp est en même tempss très fort. Sarkozy se revendique de droite - ce qui est nouveau - tout en voulant la renouveler. Royal essaie de compenser son ouverture au libéralisme par une véhémente identité de gauche. L'affirmation identitaire étant ce qui permet à chacun de s'ouvrir en direction de l'autre camp.

À plus long terme, la gauche et la droite parviendront-elles à se redéfinir ?
Cette redéfinition finira bien par se faire à mesure que l'on percevra les limites de l'énorme vague libérale que nous connaissons depuis trente ans. La plus évidente est la limite écologique. Mais ce n'est pas la seule. La principale question sera alors de savoir comment réarticuler les États et les marchés, parce que le marché n'a pas réponse à tout, y compris sur le plan du pilotage de l'économie. La fonction de l'État n'est pas seulement d'être le brancardier qui ramasse les « SDF » dans les rues après le passage du marché. L'axe de cette redéfinition tournera à mon avis autour de l'État-nation. Mais je ne crois pas que Sarkozy et Royal soient les protagonistes de cette redéfinition à venir, à moins que l'histoire ne s'accélère vraiment...
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Mercredi 31 janvier 2007
C'est dans Philosophie magazine de ce mois-ci. Voici un premier  extrait:



DEUX VISIONS DE L'HOMME
"Si on peut schématiser les deux visions fondamentales de l'homme et de la société, on dira que la gauche, inspirée par Jean-Jacques Rousseau, est optimiste et volontariste. Elle voit dans l'inégalité et le mal des produits de la vie sociale et dans la politique le moyen de rétablir par l'artifice la bonté et l'égalité naturelle. Elle est menacée par l'activisme, la volonté révolutionnaire de faire advenir un homme nouveau au mépris de la condition humaine existante. Quant à la droite, puisant davantage chez Thomas Hobbes et John Locke, elle fonde sa prudence politique sur une conception plus réaliste et pessimiste de l'homme comme un être avide et dominateur, dont la liberté doit être à la fois stimulée et limitée par celle d'autrui. Ce pessimisme anthropologique qui la préserve des excès de la gauche l'expose au risque de laisser se développer les inégalités.
La gauche appréhende la société comme un tout englobant au sein duquel émergent des individus et des classes, tandis que la droite part des atomes individuels qui constituent en un temps second l'ordre social. L'une voit la politique comme un espace de réalisation de la condition humaine quand l'autre est soucieuse de préserver les limites et les garanties de la liberté individuelle. Cette anthropologie fonde-t-elle vraiment une conception différente de la société politique ? «  Il y a dans toute cité, écrit Machiavel dans Le Prince, deux humeurs, celle du peuple et celle des grands. Le peuple ne veut pas être commandé, opprimé par les grands; les grands veulent opprimer le peuple. » Si la gauche ne professe plus la conception marxienne d'une lutte des classes promise à son annulation dans le communisme, elle maintient l'idée d'une lutte contre la domination à l'oeuvre dans la société. En regard, la droite tend à justifier la domination du petit nombre au nom des capacités ou de la richesse, des honneurs ou de la puissance,, ou à aplatir l'injustice sociale sous l'image trompeuse de la concurrence « égalitaire » des individus".
 Martin Legros

PS : Qu'en pensez-vous?
  C'est évidemment très réducteur...  Votre avis?
Quant à la citation de Machiavel, elle me surprend. Quelqu'un peut-il m'en donner la référence? Il a dit "les grands veulent opprimer le peuple" . Vraiment je ne le crois pas!
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Mercredi 31 janvier 2007
C'est dans L'Humanité de ce matin.
Le titre est trompeur, car Regis Debray ne dit pas qu'il y a le moindre point commun entre ces deux hommes.. .
Je voudrais mettre le lien, mais je ne l'ai pas trouvé sur le site de l'Huma; peut-être demain...
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Mercredi 31 janvier 2007
Toujours dans  Libé: très intéressant papier politique de Florina Henckel von Donnersmarck, réalisateut de La vie des autres,à propos de l'idéologie communiste Lire  aussi le dossier sur "Zéro de conduite"
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