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Lundi 7 janvier 2008
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Lundi 7 janvier 2008

Un de mes collègues de sciences-po a donné  il y a quelques années le sujet suivant à ses étudiants: "Le gouvernement du peuple instaure--t-il le règne de la vulgarité?" 

 Voici la  (bonne) copie d'une de ses élèves, Louise Drouilly:Lise Drouilly


Le gouvernement du peuple instaure t-il le règne de la vulgarité ?
En 1991 lors du lancement de son parti, Forza Italia et en vue des élections législatives,Berlusconi distribuait à ses militants le kit du « parfait candidat» contenant cassettesvidéos, cravates et disques avec l'hymne du nouveau part! En affirmant « vendre du rêve » ildiffuse également « una storia italiana », roman photos dans lequel il s'affiche sous 200poses différentes, dans les allures clinquantes du parfait manageur, riche, bronzé etsouriant. Supérieur à la force, le conditionnement psychologique, du comportement comme dudiscours, rabaisse la communication politique au rang du lancement d'un vulgaire produit. D'autre exemples de communication politique au sein de nos démocraties, démontrentl'importance du pouvoir de l'influence psychologique, du capital symbolique de crédit et dela séduction.
On est d'emblée dans le défi que rencontre le gouvernement du peuple face au risque detomber dans la vulgarité, notion qui consiste à aller toujours vers le plus facile, le plusbas, le plus racoleur.
Toute démocratie repose sur un accord, ce que Rousseau appelait un « contrat social ». Seloncette convention, le peuple entend se gouverner par luimême. B. Manin rappelle dans," Principes du gouvernement représentatif", que l'essence du gouvernement du peuple estathénienne dans ce qu'elle mettait en place le tirage au sort. Selon lui, ce principe quiinstaurait au pouvoir des gens du peuple, s'est perdu dans nos démocraties modernes,qualifiées de bourgeoises.
Dès lors, assiste-t-on dans nos démocraties parlementaires à une perte de substance del'essence même d'un gouvernement du peuple ? Où, si l'on reprend les thèses élitistes,peut-on dire que le glissement des idées réservées aux élites vers le peuple, a fait perdreau politique de sa substance ? Et si oui, dans quelle  mesure ce glissement est-ilproducteur de vulgarité ? Pendant plus de trois siècles, l'art de gouverner est réservé aux élites et le gouvernement d'un peuple qui, dans son manque d'élévation, instaurerait lerègne de la vulgarité est structurellement refoulé. Si « vulgus » en latin est la foule, leshommes du commun, vulgaire aurait été longtemps synonyme de populaire. Mais le peuple estsouverain, la foule non ; de là l'évolution de plus en plus divergente des deux mots dans ununivers démocratique.
Si la notion de gouvernement du peuple peut être définie, elle peut être floue et inégaledans ses applications. Quand à la notion de vulgarité, elle relève d'avantage del'esthétique que de la morale et reste en cela assez confuse. Pour  s'interroger sur le lienentre ces deux notions, il faut partir d'un des présupposés du sujet, à savoir l'existencede la vulgarité produite dans un système démocratique afin de comprendre les  orrélationspossibles. Il s'agira de savoir si le défi posé par les thèses élitistes où encore par lesdiscours contemporains les plus fatalistes sur l'évolution de nos sociétés, doit être relevé.


Lindenberg, dans "Pamphlet contre les nouveaux réacs, le rappel à l'ordre", cite une phrase d'Ernest Renan (« Histoires et paroles ») où ce dernier s'indigne du manque de gratitude àl'égard des « aristocrates civilisateurs » : « Oui toute civilisation est l'oeuvre desaristocrates. C'est l'aristocratie qui créé le langage grammatical, les lois, la morale, laraison. C'est elle qui a discipliné les races inférieures (...) Les races inférieures commele nègre émancipé, montrent d'abord une monstrueuse ingratitude envers leurs civilisateurs».
Pendant très longtemps les thèses élitistes développés par Gaetano Mosca, wilfredo Pareto ouencore Robert Michels se sont appliqué à démontrer les inégalités de disposition présentes dans la société et ne pouvant être éliminées, séparant clairement l'élite du peuple. Ces «lois naturelles »  s'imposant au suffrage universel où à tout autre instrument de ladémocratie, les systèmes politiques ne pouvaient être qu'au mieux des oligarchies.
La méfiance des philosophes pour la foule ou la multitude est traditionnelle. Le vulgaire,de Platon à Spinoza, de Hobbes aux lumières, a toujours été présenté comme un risque pour leon gouvernement. Mais Platon, s'il critique la doxa, ne fustige pas la masse mais vise lerisque d'un débat non maîtrisé dirigé par les sophistes. C'est la volatilité de l'opinionque critique Platon, son incapacité à parvenir à la vérité.
Le principe du  "gouvernement du peuple"- ensemble des membres d'une société jouissant dedroits civils et politique - définit la démocratie en tendant à la rapprocher du règne de lamultitude. Pourtant la foule, sans direction et sans volonté propre, sans conscience de sesambitions - faute de conscience singulière des individus qui la composent - n'est que lacaricature de la démocratie.
Ainsi, à l'ère de la « démocratie de masse », où l'ensemble des hommes forment une société,dans quelle mesures leurs capacités de juger, de penser, d'imaginer relève-t-elle de lavulgarité ? Qu'en est il dans nos démocraties modernes ?

Il faut d'abord établir la distinction entre ceux qui constituent le politique, domained'application de l'action politique, c'est-à-dire le peuple,  et ceux qui sont censés avoirune prise sur le domaine politique, à savoir les gouvernants qui font la politique. Cettedistinction connaît une variante sous la division invoquée depuis le XIXè entre sociétépolitique et société civile qui étaient encore confondues au XVIIè et au XVIIIè siècle. Laperspective est plus de soustraire les gouvernés au pouvoir des gouvernants que de faireprocéder les seconds des premiers ou de réaliser l'utopie, dans les sociétés nombreuses,d'une démocratie autogouvernée.Partant du fait que le peuple ne peut pas être représenté par le peuple, on serait tentéd'affirmer que le gouvernement du peuple étant dévoyé, la démocratie représentative devientfatalement une oligarchie qui nous protège de la vulgarité. Pourtant, les oligarques aupouvoir évoluant dans un système démocratique, doivent tenir compte des mécanismesinstitutionnels, tel que le suffrage universel ou le référendum. Et ce sont justement cesmêmes exigences, répondant au principe de gouvernement du peuple, qui deviennentproductrices de vulgarité comme on peut le constater à travers la communication politique.
Aujourd'hui Baudrillard montre que le pouvoir politique au sein de gouvernements du peuple,passe moins par la contrainte que par la pédagogie de séduction. Celle-ci devient vulgaireen ce qu'elle répond au conformisme des modes et des médias, à l'empire de l'image, au looket à la marchandise. Dans a société de consommation, il dénonce un « conditionnement passif » implicite dans le système démocratique, appuyé sur des droits et libertés purementformels. La liberté serait en fait mystificatrice, illusoire et égale à un faux choix, ausein d'un même système de consommation prônant une pensée unique de la presse dans unesociété apparemment « à la carte ». Ce manque d'élévation de la société l'incline ainsi àadhérer à tout ce qu'il y a de plus vulgaire, de plus facile. Comment dépasser cette crisede la dégénérescence de l'idéal démocratique producteur dans nos sociétés de vulgarité ?

Peut être faut -il chercher dans la légitimité que le peuple tire de la démocratie, lesconditions de dépassement d'une production établie de vulgarité.

II.
« Le pouvoir est partout ; ce n'est pas qu'il englobe tout, c'est qu'il vient de partout »note Foucault dans La volonté de savoir. Ce pouvoir vient de multiples lieux et n'est pas unprivilège possédé par un dominant et subi par des sujets. Ainsi l'existence ou non d'unecorrélation entre le pouvoir exercé par le peuple et la vulgarité va dépendre de ce quechacun laisse exercer sur lui-même en déléguant ses responsabilités dans un rapport deforce. Et cette corrélation ne s'impose pas de soi.
En effet, étymologiquement, être vulgaire ce n'est pas être du peuple, ni être apprécié parlui, mais c'est manquer d'élévation, de distinction. Ainsi, si la popularité est une chanceou un risque, la vulgarité est un confort ou une tare et consiste à ne plaire qu'à la partiela plus déplaisante de soi et de tous. De plus, la vulgarité naît presque toujours de sonignorance, ainsi un gouvernement du peuple entraînant la vulgarité, devient prisonnier de sapropre bassesse au point où il ne la perçoit même plus. Il devient ainsi une foule.
Partant de cette définition, la vulgarité présente des caractéristiques qui s'opposentclairement à la société voulue dans une démoicratie . Pour commencer, il faut rappeler quele peuple qui n'est pas une foule, est souverain.
C'est le principe d'égalité entre les hommes qui permet cette: souveraineté. Et c'est aussisur ce même principe que repose les bonnes conditions d'exercice de son pouvoir.
En premier lieu, l'éducation garantie par les principes républicains comme gratuite etobligatoire, pose  les conditions du même degré d'élévation pour tous. L'égalité quant àl'accès du savoir est une condition primordiale du bon fonctionnement du gouvernement despeuples et est donc instaurée par et pour lui. En anticipant la vulgarité et l'ignorance,cet acquis de nos démocraties s'y oppose pour en empêcher l'émergence. Les thèses desélitistes ou de Renan réservant à l'aristocratie le monopole du savoir et de la culture, nesont plus d'actualité dans nos démocraties en occident. On peut y opposer certains régimesse voulant démocratiques des pays en voie de développement, où le peuple n'a pas un accèsgaranti,; à l'éducation. Et cette situation qui maintient la plus grande partie de lapopulation sans accès au savoir, est ce qui leur permet de rester au pouvoir. La vulgaritépeut se manifester pleinement à travers les discours de politiciens démagogues, nes'adressant pas à un peuple mais à une foule ignorante. On peut dès lors penser que si legouvernement du peuple fonctionnait correctement ce déferlement de vulgarité assimilant lepeuple à une foule ne serait pas permis. A partir de là, n'est ce pas plus dans lesdysfonctionnements de la démocratie qu'il faudrait rechercher les sources de la vulgarité ?
Dès le XIXè siècle, Tocqueville avait prophétisé dans "De la démocratie en Amérique", l'avènementau sein des sociétés libérales, du conformisme égalitaire, de la réduction à l'homogénéité,du matérialisme, de l'individualisme sans individualité ni sociabilité, définissant ainsiune pathologie du totalitarisme démocratique ».
C'est justement dans ce conformisme ou ce matérialisme d'un individu sans individualité quese développe la vulgarité au sein de nos sociétés. La post-modernité a marqué l'épuisementde l'avant-garde et de la modernité. La volonté historique et politique a été supplante parl'éphémère des modes, le vide des surfaces, la virtualité des images où Baudrillard etDebray voient l'antithèse de l'épaisseur de la mémoire historique, rempart nécessaire pourne pas tomber dans la vulgarité.
Cette post-modernité s'est manifestée à la faveur de crises et de nouvelles tendances :relativisme, néo-individualisme hédoniste, déclin de l'espace public, réduction de lapolitique à la morale humanitaire, et recherche de nouvelles appartenances en deçà ou au-delà de l'Etat nation. Les analyses portant sur l'évolution des comportements sociaux ontmontré une tendance au néoindividualisme autiste : indifférence à autrui, vie publiquedévitalisée, dissolution de la mémoire collective, relativisme des valeurs, narcissisme, cocooning de jeunes qui adoptent le langage des cités ... Ces comportements qui ne sont pasdu ressort de la science politiques mais de la sociologie, sont tout de même à prendre encompte dans ce qu'il instaure .un règne de la vulgarité dont la sphère politique ne peut se soustraire. Les exemples de a communication montrent d'ailleursmême qu'elle l'adopte, tout comme le marketing et les médias qui développent un prêt àpenser ayant des implications sociales et politiques. On assiste au déclin de la sociabilitétraditionnelle, de l'espace public, à la perte des repères historiques et à une illusionparticipative. Face aux technocrates experts et objectifs, aux stratégies de communication,aux multi médias du contexte post moderne, quelles seront pour demain les chances del'intellect et de la culture de s'éloigner de la vulgarité.
III
Le problème est aussi présent dans la culture de masse où tout se vaut, tout d'emblées'égalise : Mozart et les Daft Punk, Proust et la BD, le vidéoclip et la tragédie grecque...et ce au nom de la défense de l'égalitarisme où l'on donne à chaque individu son opinion.Il n'y a plus de valeurs mais des phénomènes culturels, plus d'universel mais des styles,des « feelings ». Finkielkraut, dans "La défaite de la pensée", regrette le déclin dudiscours et le matérialisme de la culture jeune.
Pourtant, c'est justement cette démocratisation de la culture qui a permis à des productionsartistiques avant garde jugées vulgaires par les élites, de rentrer dans le domaine de laculture en l'enrichissant considérablement. On peut penser au jazz qu'affectionnait Sartretout en s'affirmant anti académique « je ne veux pas que l'on m'intègre ». Ainsi, peut êtredevons nous relativiser tout jugement critique portant sur la vulgarité et ne pas laconsidérer simplement comme une conséquence fatale de l'évolution de nos sociétés permisepar la démocratie.
Car si aujourd'hui c'est peut être l'indifférence et non plus le risque de vulgarité craintpar les élites qui menace la culture, il en est de même pour la sphère politique. En effet, jugé à l'aune de la rentabilité, de la médiatisation, l'univers intellectuel lié à l'âge laïc de la raison et de l'Etat n'est plus attractif. Cette situation est pourtantl'antithèse de l'idéal d'autonomie antique et résulte plus d'une perte de débat, decitoyenneté, d'éducation critique qui sont remplacés par un consensus mou, conditionnementpassif issu des modes et des médias et d'une opinion normalisée productrice de vulgarité. Ainsi, si de cette situation émerge la vulgarité, ce à quoi l'on assiste est surtout à uneperte des ambitions originelles de la démocratie et de l'exercice du pouvoir par le peuple.Tocqueville, dans "De la démocratie en Amérique", estime déjà en 1835 que l'aspiration deshommes à l'égalité les pousse à se replier chacun sur soi, en perdant le sens de la patrie.

Doit on pour autant donner raison aux thèses élitistes et envisager le peuple commeincapable de gouverner avec élégance, même lorsqu'on lui en donne les moyens et s'enremettant à l'Etat en démissionnant de ses fonctions ?
La réponse est non. Ce désintéressement perçu pour l'exercice de la politique par certainsde nos concitoyens ne permet pas de contester ce droit mais demande plutôt d'en trouver lescauses. De plus, partant du constat que le règne de la vulgarité coexiste avec cette crisedes pouvoirs publics, qui équivaut au non fonctionnement du gouvernement du peuple, le liende causalité que certains voulaient voir entre l'étalement de la vulgarité et l'avènement dela démocratie n'est pas recevable. En effet, ce que l'on appelle          « démocratisation des sociétés » n'est aucunement producteur de vulgarité mais de phénomènes sociaux et politiquesde tous ordres, de toutes formes d'esthétique. C'est plutôt dans la récupération de cesphénomènes par les pouvoirs publics que réside le risque de création de vulgarité. En effet,en voulant exploiter une tendance que l'on croit se dégager de la société, les pouvoirspublics font tomber très souvent le politique et ainsi toute la société dans le vulgaire. Ets'il n'est pas évident que le peuple en soit directement responsable, il en est par contrevictime.
Ainsi, nos politiciens, pour reprendre l'exemple de Silvio Berlusconi développé enintroduction, se trompent-ils et confondent leur peuple avec une foule. La communicationpolitique axée vers la vulgarité ne plairait pas au peuple mais seulement à la partie laplus déplaisante de chacun. Cette communication présentée comme efficace en tant queséductrice du peuple car axée sur la tendance, ne doit-elle pas être plutôt repensée commele moyen le plus simple de masquer les insuffisances du discours ?


Pour conclure, il faut en revenir à la définition de la vulgarité qui tend à se développerlorsque l'on adopte une conduite axée vers la facilité pour séduire, pour réussir. Ainsi, lepolitique n'en est pas exempte, mais directement concerné. C'est dans une réappropriationsimpliste visant un gain de temps ou d'argent, que se développe la vulgarité à l'heure où une crise de légitimité des pouvoirs publics prend forme dans une société où l'illusion de l'immédiateté est prônée. Le malaise ambiant et les mécontentements exprimés par l'ensemblede la société montrent pourtant les limites de l'acceptation d'une telle démarche. Sila-vulgarité se présente aux hommes lorsqu'ils n'en sont pas conscients, alors le gouvernement du peuple, dans sa mobilisation politique inhérente est déjà un rempart contretoute tentative de vulgarité. La réussite ou l'échec dépendra aussi du dépassement des défis se présentant à nos sociétés touchées par l'individualisme, le désengagement et la perte deconfiance dans la politique d'une grande partie des citoyens.
Castoriadis montre comment la réconciliation de l'individu, de la société et de l'État estessentielle dans la cité « L'objet de l'institution de la polis est la création d'un êtrehumain, le citoyen athénien qui existe et qui vit dans et par l'unité de ces trois éléments: l'amour et la « pratique » de la beauté, l'amour et la « pratique » de la sagesse, le souci et la responsabilité du bien public, de la collectivité, de la polis(...) le citoyenathénien n'est pas un philosophe privé ni un artiste privé : il est un citoyen pour quil'art et la philosophie sont devenus des modes de vie ».
On retrouve dans cette citation  un lien entre la vulgarité et la politique : la beautérelevant de l'esthétique, la sagesse et le souci du bien public sont intimement liés pourformer un rempart contre la vulgarité.

 

 

 

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Lundi 7 janvier 2008

Elise Gusset  (Fr 2)nous a raconté une "merveilleuse histoire".. celle de cette jeune caissière qui a crée un blog , qui a un succès fou ( c'est très édifiant en effet.!.).

( Une de ses anecdotes :souvent des pères ou mères de famille disent à leurs enfants tout haut, bien fort: "si tu continues de mal travailler à l'école, tu finiras comme cette dame")
Cependant, j'ai été attérée d'apprendre que cette jeune femme est titulaire d'un DESS de Lettres!

Elle est caissière dans un super-marché depuis 7 ans (ce n'est pas un job d'été!
Voilà qui est enourageant pour ceux d'entre vous qui faites des études de lettres;
Conclusion: le salut passe désormais par Over-blog (cette personne, contactée par un éditeur, a cessé de travailler comme caissière)

Caissierenofuture.over-blog.com
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Lundi 7 janvier 2008

« La science s'est trahie en devenant une fin en soi. Elle s'est érigée en religion, religion de l'assassinat, et ose prétendre que le passage des religions traditionnelles de la mort à la religion de l'assassinat constitue un progrès. Il va devenir nécessaire de la soumettre au régime d'une impulsion plus haute qui la ramène à la condition de servante, mais sans l'anéantir pour autant. Il ne reste plus guère de temps pour assurer cette soumission. Elle se complaît sous son masque de religion et se hâte d'exterminer les hommes avant qu'ils aient le courage de la faire descendre de son trône? Ainsi le savoir est-il un pouvoir, mais un pouvoir devenu fou et qu'on encense sans pudeur. Ses idolâtres se satisfont d'une touffe de ses cheveux ou d'un poignée de ses écailles et, à défaut d'en pouvoir saisir davantage, de l'empreinte de ses lourds pieds artificiels »

« En vérité, chaque forme de foi me touche. Je suis tranquille, à condition de pouvoir la quitter » (1943)
Elias Canetti, Le territoire de l'homme

 

PS: Religion de l'assassinat ? La formule est surprenante. Elias Canetti pense ici  sans doute à la bombe atomique, entre autres, de façon générale aux technologies meurtrières qu'offre la science au XX ième siècle ( LHL) IL écrit ce texte à la veille de la seconde guerre mondiale.. Peut-on entrevoit-il l'usage que les nazis vont faire de la science.

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Lundi 7 janvier 2008
"Penser, c'est dire non. Remarquez que le signe du oui est d'un homme qui s'endort; au contraire le réveil secoue la tête et dit non. Non à quoi'! Au monde, au tyran, au prêcheur? Ce n'est que l'apparence. En tous ces cas-là, c'est à elle-même que la pensée dit non. Elle rompt l'heureux acquiescement. Elle se sépare d'elle-même. Elle combat contre elle-même. Il n'y a pas au monde d'autre combat. Ce qui fait que le monde me trompe par ses perspectives, ses brouillards, ses chocs détournés, c'est que je consens, c'est que je ne cherche pas autre chose. Et ce qui fait que le tyran est maître de moi, c'est que je respecte au lieu d'examiner. Même une doctrine vraie, elle tombe au faux par cette somnolence. C'est par croire que les hommes sont esclaves. Réfléchir, c'est nier ce que l'on croit. Qui croit ne sait même plus ce qu'il croit. Qui se contente de sa pensée ne pense plus rien". ALAIN Propos sur les pouvoirs, § 139
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Lundi 7 janvier 2008
"Penser n'est pas croire. Peu de gens comprennent cela. Presque tous, et ceux-là même qui semblent débarrassés de toute religion, cherchent dans les sciences quelque chose qu'ils puissent croire. ils s'accrochent aux idées avec une espèce de fureur ; et, si quelqu'un veut les leur enlever, ils sont prêts à mordre. (...j Lorsque l'on croit, l'estomac s'en mêle et tout le corps est raidi ; le croyant est comme le lierre sur l'arbre. Penser, c'est tout à fait autre chose. On pourrait dire : penser, c'est inventer sans croire".  Alain,  Propos ( 1908)
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Lundi 7 janvier 2008
"Cette phrase la science ne pense pas, qui a fait tant de bruit lorsque je l'ai prononcée, signifie la science ne se meut pas dans la dimension de la philosophie. Mais, sans le savoir, elle se rattache à cette dimension.
Par exemple la physique se meut dans l'espace et le temps et le mouvement. La science en tant que science ne peut pas décider de ce qu'est le mouvement, l'espace, le temps. La science ne pense donc pas, elle ne peut même pas penser dans ce sens avec ses méthodes. Je ne peux pas dire, par exemple, avec les méthodes de la physique, ce qu'est la physique. Ce qu'est la physique, je ne peux que le penser à la manière d'une interrogation philosophique. La phrase la science ne pense pas, n'est pas un reproche, mais c'est une simple constatation de la structure interne de la science c'est le propre de son essence que, d'une part, elle dépend de ce que la philosophie pense, mais que, d'autre part, elle oublie elle-même et néglige ce qui exige d'être pensé".
HEIDEGGER
Der Spiegel (1976? J'ai un doute sur la date. Quelqu'un connaît-il la référence?)
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