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Dimanche 11 février 2007
RESUME
Le texte présente une articulation précise : 22 paragraphes répartis en quatre moments dont chacun aboutit à une définition du beau, non pas « en lui-même » mais dans l'acte de la conscience qui le saisit, auxquels s'ajoute une Remarque générale. Ce plan a « pour guide les fonctions logiques du jugement », comme l'indique la première note du texte. Les fonctions logiques sont les manières dont l'entendement unifie les représentations dans les jugements. Dans la Critique de la raison pure, Kant a distingué quatre « titres », quatre manières essentielles d'unifier les représentations. Les trois premières sont relatives au contenu du jugement. Il y a la quantité (le jugement vaut pour tous, pour quelques-uns, pour un seul), la qualité (le jugement affirme, nié, marque une limitation), la relation (le jugement est catégorique, il énonce une hypothèse, il disjoint deux représentations). Le quatrième titre concerne la valeur de la copule, c'est-à-dire du terme qui relie le prédicat (ce qui est affermé ou nié) au sujet (ce dont on affirme ou nie quelque chose). C'est la modalité du jugement (ce qui est dit est considéré comme possible, réel ou nécessaire).
Kant inverse l'ordre des deux premiers titres en commençant par la qualité. Il s'en explique plus précisément au § 23 de la Critique de la faculté de juger : par opposition au sublime qui réside dans le caractère illimité de l'objet, le beau concerne sa forme, qui consiste dans la limitation. Le jugement esthétique a « d'abord égard » (cf. la note de Kant) à la forme de l'objet, à une limitation caractéristique, c'est-à-dire à une catégorie fondamentale de la qualité.
PREMIER MOMENT
Lorsque nous disons d'une chose qu'elle est belle, nous nous référons à la satisfaction que la représentation de cet objet nous procure; mais non pas à n'importe quelle satisfaction. La satisfaction est généralement l'indice d'un intérêt que nous avons à l'existence de l'objet. Cet intérêt est soit lié à nos sens, et l'existence de l'objet sera alors agréable; soit il est lié à notre raison, et l'existence de l'objet sera alors bonne (relativement s'il est simplement utile, ou bonne en elle-même).
Or, le plaisir que nous procure la représentation des choses belles n'est pas attaché à l'existence de l'objet, il est donc distinct du bon et de l'agréable, et comme ceux-ci sont les deux seules formes de satisfaction intéressées, la satisfaction que nous procure le beau est désintéressée.
DEUXIÈME MOMENT
Le beau nous plaît sans mise en jeu d'une inclination ou d'un intérêt rationnel. Nous ne trouvons en nous rien de personnel qui soit la cause de cette satisfaction, qui est donc libre, et par conséquent nous supposons que l'objet, qui nous paît, et qui n'a pourtant pas de raison de nous plaire particulièrement à nous, contient un principe de satisfaction pour tous. Nous allons donc attribuer aux autres la satisfaction que nous éprouvons, bien qu'elle ne soit appuyée sur aucun concept.
TROISIÈME MOMENT
Le plaisir dont témoigne le jugement esthétique est un effet du libre jeu qui s'établit entre l'imagination et l'entendement dans la contemplation. Ce jeu est provoqué par l'objet que nous nous représentons; celui-ci nous
apparaît comme fait pour susciter ce jeu. Mais cette finalité que nous prêtons à l'objet ne renvoie à aucune fin effective, ni objective (la beauté n'est pas la perfection), ni subjective (la beauté est distincte de l'attrait).
Cette finalité n'est appréhendée que comme pure forme de l'objet dans notre représentation.
QUATRIÈME MOMENT
La satisfaction que nous éprouvons dans l'exercice du goût est ressentie comme nécessaire, sans qu'on puisse déduire cette nécessité d'un concept. Si cette nécessité est éprouvée comme une obligation faite à autrui d'adhérer à notre jugement, c'est que nous présupposons un
sens commun », une manière identique de sentir chez tous les hommes, qui n'est pas et ne peut pas être effectivement produite dans l'expérience, mais qui sert de référence à tout jugement de goût.

VOCABULAIRE
AGRÉABLE
Est agréable ce qui plaît aux sens (à tel sens en particulier, ou à plusieurs sens), c'est-à-dire leur procure un plaisir ou une satisfaction. Nous avons un intérêt à ce qui est agréable, puisqu'il suscite en nous une inclination. Nous savons que ce qui nous est agréable ne l'est pas nécessairement à tous, même s'il peut l'être à quelques-uns ; nous pouvons donc parler en cette matière de généralité, mais non d'universalité.
ANALYTIQUE
L'analytique est la division d'une activité de l'esprit en ses éléments, principes ou moments constitutifs. Elle est donc la mise en oeuvre d'une démarche d'analyse, appliquée à un ensemble qui est supposé lié et cohérent, et qui doit donc avoir une unité, et par conséquent un caractère rationnel. Il y a donc une analytique de la raison théorique, une analytique de la raison pratique, ainsi qu'une analytique de la faculté de juger. Les subdivisions, et notamment la distinction de l'analytique du beau et de l'analytique du sublime, s'expliquent par les caractéristiques formelles spécifiques de la raison dans chacun de ces domaines.
A chaque analytique correspond, pour la même raison, une dialectique, c'est-à-dire une logique seulement apparente, qui repose sur un mauvais usage de ces
formes rationnelles, et qui aboutit à des antinomies, c'est-à-dire des thèses contradictoires, dont la dialectique devient alors la critique.
ART
Le beau peut se trouver dans la nature, qui produit des effets, et dans l'art, dont les résultats sont des oeuvres. L'art mécanique est la réalisation d'un objet, conformément à la connaissance qu'on en a; l'art esthétique « vise immédiatement au sentiment de plaisir » (Critique de la faculté de juger). S'il s'agit du simple plaisir des sens, l'art est d'agrément; s'il s'agit du plaisir que l'esprit tire de lui-même, à travers le libre jeu de ses facultés, on est alors dans le domaine des beaux-arts.
BON (BIEN)
Le bon peut être relatif à quelque chose, il se ramène alors à l'utile : ce qui est bon pour la santé est utile à la santé ; mais cela n'est pas le bon pris absolument, qui se confond avec la moralité : ce qui est bon purement et simplement, et non relativement à autre chose, c'est de faire ce que l'on doit faire, uniquement parce qu'on le doit. La représentation d'une telle action est alors un objet de satisfaction. Évidemment distincte du plaisir des sens, cette satisfaction est toutefois commandée par le principe en vertu duquel la raison pratique, celle qui prescrit une règle à nos actions, veut que le bien advienne.
CONCEPT
Le concept est une représentation abstraite et générale, qui réunit des caractéristiques propres à une classe d'objets. Il est une forme, ou règle d'unification du divers, issue de l'entendement, qui a besoin d'une matière pour constituer une connaissance effective; cette matière lui est fournie par la sensibilité au moyen des intuitions.
CRITIQUE
La critique est l'examen des conditions de possibilité d'un usage légitime de notre pouvoir de connaître ; elle est la connaissance de soi de la raison.
DOGMATISME
Le dogmatisme est la croyance en la toute-puissance de la raison. Les dogmes sont les thèses et les doctrines qui se recommandent de cette croyance sans s'assurer d'un usage véritablement légitime de la raison, c'est-à-dire attentif aux limites de son pouvoir.
ENTENDEMENT
L'entendement est la faculté qui produit les règles grâce auxquelles nous pouvons unifier le divers de nos sensations et ordonner nos représentations. Une telle règle est un concept. L'action qui consiste à placer une intuition sous un concept (et donc à penser l'objet représenté dans cette intuition) s'appelle une subsomption. Cette action est le propre du jugement.
ESTHÉTIQUE
L'esthétique (du grec aisthanesthai « sentir ») désigne initialement l'étude de la sensibilité (faculté de recevoir des représentations en étant affecté par des objets). Plus précisément, elle renvoie aux conditions dans lesquelles nous jugeons ce que nous ressentons à l'occasion du sensible (jugements de goût).
FINALITÉ
La fin est ce vers quoi une chose tend, ce en vue de quoi elle se fait ou existe. La finalité désigne plus précisément la relation d'une chose ou d'une action à une fin.
FORME
D'une manière générale, la forme s'oppose à la matière ou contenu, comme ce qui détermine à ce qui est déterminé, ce qui veut dire que forme et matière sont liées et complémentaires et ne peuvent avoir d'existence effective séparément. La matière est donnée par les sensations; c'est l'esprit qui fournit de lui-même les formes.
GOÛT
Le goût des sens est la faculté de discerner et de discriminer le contenu des sensations en fonction du plaisir ou du déplaisir qu'il nous procure. Le goût pur est la faculté d'apprécier le beau, dans un jugement qui prétend à une validité universelle, à partir d'un plaisir lié à la représentation de la forme d'un objet.
INTUITION
L'intuition est la représentation immédiate d'un objet, qui nous le donne à connaître, et constitue la matière de nos connaissances, à laquelle le concept apporte la forme. « Des pensées sans contenu sont vides, des intuitions sans concept, aveugles » (Critique de la raison pure).
JUGEMENT
Le jugement consiste à dire quelque chose de quelque chose, à attribuer un prédicat à un sujet, et donc à lier et unifier deux représentations, l'une particulière, l'autre générale. Ainsi, dans le jugement : « le ciel est bleu », « le ciel » est la représentation particulière, « bleu », la représentation générale, sous laquelle je place, je « subsume" », je pense la première. L'activité de juger se confond avec l'exercice de la pensée. Le jugement déterminant va du général au particulier, le jugement réfléchissant, du particulier au général.
RÉFLEXION
« La réflexion ne s'occupe pas des objets mêmes pour en acquérir directement des concepts, mais elle est l'état d'esprit où nous nous préparons d'abord à découvrir les conditions subjectives qui nous permettent d'arriver à des concepts. Elle est la conscience du rapport de représentations données à nos différentes sources de connaissance, rapport qui seul peut déterminer leur relation les unes aux autres.» (Critique de la raison pure.)
SCEPTICISME
Le scepticisme est le doute quant à la possibilité, pour l'esprit et la raison, d'établir une proposition dont la vérité soit assurée et inébranlable. Il peut aboutir à une relativisation, voire une indifférenciation de toutes les opinions.
TRANSCENDANTAL
Ce par quoi une connaissance est possible; synonyme d'a priori.
UNIVERSALITÉ
L'universalité est le caractère de ce qui s'applique à tous les êtres
d'une catégorie. « Tous les hommes sont mortels » veut dire qu'il n' a pas et ne peut pas y avoir d'homme qui ne soit pas mortel. L'universel se distingue du particulier (quelques hommes, ou beaucoup d'hommes sont barbus) et du singulier (tel homme est médecin). Si le jugement esthétique consiste à dire de telle ou telle chose (oeuvre de la nature ou de l'art) qu'elle est belle, l'universalité du jugement esthétique signifie que tous les hommes doivent en être d'accord, c'est-à-dire doivent éprouver la même satisfaction lorsqu'ils ont la représentation de cette chose. Mais l'universalité subjective, contrairement à l'universalité objective, ne s'établit pas démonstrativement (comme dans le cas des théorèmes mathématiques par exemple), elle est exigée dans le jugement.

 Réalisé par Ole Hansen-Love, extrait de l'ouvrage L'analytique du beau, Classiques Hatier de la philosophie
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Dimanche 11 février 2007
Texte de Nietzsche commenté:
La vraie tâche de l'art
" L'art doit avant tout embellir la vie, donc nous rendre nous-mêmes tolérables aux autres et agréables si  possible : ayant cette tâche en vue, il modère et nous tient en brides, crée des formes de civilité, lie ceux dont l'éducation n'est pas faite à des lois de convenance, de propreté, de politesse, leur apprend à parler et à se taire au bon moment.
De plus, l'art doit dissimuler ou réinterpréter tout ce qui est laid, ces choses pénibles, épouvantables et dégoûtantes qui, malgré tout les efforts, à cause des origines de la nature humaine, viendront toujours de nouveau à la surface : il doit agir ainsi surtout pour ce qui en est des passions, des douleurs de l'âme et des craintes, et faire transparaître, dans la laideur inévitable ou insurmontable, son côté significatif.
Après cette tâche de l'art, dont la grandeur va jusqu'à l'énormité, l'art que l'on appelle véritable, l'art des œuvres d'art, n'est qu'accessoire. L'homme qui sent en lui un excédent de ces forces qui embellissent, cachent, transforment, finira par chercher, à s'alléger de cet excédent par l'œuvre d'art ; dans certaines circonstances, c'est tout un peuple qui agira ainsi.
 Mais on a l'habitude, aujourd'hui, de commencer l'art par la fin ; on se suspend à sa queue, avec l'idée que l'art des oeuvres d'art est le principal et que c'est en partant de cet art que la vie doit être améliorée et transformée. Fous que nous sommes !  Si nous commençons le repas par le dessert, goûtant à un plat sucré après l'autre, quoi d'étonnant su nous nous gâtons l'estomac et même l'appétit pour le bon festin, fortifiant et nourrissant , à quoi l'art nous convie. "

Nietzsche , Humain, trop humain,Mercure de France, p109

Remarques immédiates
-Nietzsche parle de l'art, mais en un sens inhabituel, puisqu'il prend bien soin de distinguer l'" art " ( au sens où il l'entend) et la création d'œuvres d'art (sens usuel, et restreint, du mot " art "). Il faudra donc essayer de comprendre en quel sens Nietzsche entend exactement le mot " art ".
- L'art doit " embellir la vie " : le texte dit quels effets doit produire l'art (dissimuler ce qui est laid etc..) . Mais il ne donc pas comment il parvient à ce résultat. Il faut se poser la question, et suggérer au moins quelques pistes (l'art élabore un monde parallèle, il nous aide à sublimer nos désirs, il permet de regarder le monde sous un angle inattendu, de voir la beauté inaperçue de choses anodines, il transfigure le réel,  etc..).
Style du texte :
 Il s'agit de présenter une définition originale de l'art que Nietzsche caractérise par sa finalité (deux premiers paragraphes). Cette conception particulière de l'art constitue la thèse du texte, que vient compléter une remarque d'ordre polémique : l'art n'est pas ce que l'on tient habituellement pour tel (3ième §) . Cette précision est illustrée par une analogie (4ième §) : l'art, au sens étroit est, par rapport à l'art, au sens véritable, comme un dessert par rapport à l'ensemble du repas .
THESE
Ce qui est essentiel, dans  l'art , c'est la capacité d'embellir la vie. Ainsi compris,      l' " art " se réduit pas à la création d'œuvres d'art .
 PLAN DETAILLE
-1 ier § : La tâche principale de l'art est d'embellir la vie, de l'adoucir, de la pacifier.
-2ième § : Seconde tâche de l'art : il rend supportable, en dégageant des significations implicites mais inaperçues, tout ce qui est pénible, trivial, repoussant. Il s'approprie la laideur et la transfigure.
-3ième§ : Ce pouvoir d'esthétisation est à la portée de chacun d'entre nous. Il  ne concerne pas les seuls artistes, au sens usuel du terme (créateurs reconnus et admirés).
-4ième § : Si l'art est comme un repas, l'œuvre d'art est un complément délicieux , mais non pas substantiel (ce n'est pas le plat de résistance, ni la totalité du repas).

 ENJEUX PHILOSOSPHIQUES DU TEXTE :
-Une définition élargie de l'art. Pour Nietzsche, comme pour Proust ou Bergson , l'esthétisation de la vie n'est pas le propre des créateurs attitrés. Tout le monde peut être poète , au  moins par moments , c'est-à-dire voir le monde sous un angle esthétique, l'appréhender dans toute sa richesse, être attentif aux ressources créatrices  de la vie.
- La vocation de l'art est de magnifier la vie, de découvrir en elle  fécondité et  grâce, de  l'assumer , et d'une certaine manière, de la diviniser .  Il n'y a pas besoin, pour cela,  de disposer d'un talent spécifique.
- Surmonter la souffrance, transfigurer la douleur : cette faculté   manifeste une puissance positive  que toute éducation devrait s'efforcer d'encourager. Pour Nietzsche, comme pour Schiller, la beauté est libératrice.
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Dimanche 11 février 2007
Une illusion salutaire


 Même si l'art relève de l'illusion, il permet de surmonter le pessimisme ou le découragement:

Notre dernière gratitude envers l'art. - Si nous n'avions pas approuvé les arts, si nous n'avions pas inventé cette sorte de culte de l'erreur, nous ne pourrions pas supporter de voir ce que nous montre maintenant la science : l'universalité du non-vrai, du mensonge, et que la folie et l'erreur sont conditions du monde intellectuel et sensible. La loyauté aurait pour conséquence le dégoût et le suicide. Mais à notre loyauté s'oppose un contrepoids qui aide à éviter de telles suites : c'est l'art, en tant que bonne volonté de l'illusion; nous n'interdisons pas toujours à notre oeil de parachever, d'inventer une fin : ce n'est plus dès lors l'imperfection, cette éternelle imperfection, que nous portons sur le fleuve du devenir, c'est une déesse dans notre idée, et nous sommes enfantinement fiers de la porter. En tant que phénomène esthétique, l'existence nous reste supportable, et l'art nous donne les yeux, les mains, surtout la bonne conscience qu'il faut pour pouvoir faire d'elle ce phénomène au moyen de nos propres ressources. Il faut de temps en temps que nous nous reposions de nous-mêmes, en nous regardant de haut, avec le lointain de l'art, pour rire ou pour pleurer sur nous il faut que nous découvrions le héros et aussi le fou qui se dissimulent dans notre passion de connaître; il faut que nous soyons heureux, de temps en temps, de notre folie, pour pouvoir demeurer heureux de notre sagesse ! Et c'est parce que, précisément, nous sommes au fond des gens lourds et sérieux, et plutôt des poids que des hommes, que rien ne nous fait plus de bien que la marotte: nous en avons besoin vis-à-vis de nous-mêmes, nous avons besoin de tout art pétulant, flottant, dansant, moqueur, enfantin, bienheureux, pour ne pas perdre cette liberté qui nous place au-dessus des choses et que notre idéal exige de nous. Ce serait pour nous un recul, - et précisément en raison de notre irritable loyauté - que de tomber entièrement dans la morale et de devenir, pour l'amour des super -sévères exigences que nous nous imposons sur ce point, des monstres et des épouvantails de vertu. Il faut que nous puissions aussi nous placer au-dessus de la morale ; et non pas seulement avec l'inquiète raideur de celui qui craint à chaque instant de faire un faux pas et de tomber, mais avec l'aisance de quelqu'un qui peut planer et se jouer au-dessus d'elle! Comment pourrions-nous en cela nous passer de l'art et du fou?
(...) Et tant que vous aurez encore, en quoi que ce soit, honte de vous, vous ne sauriez être des nôtres.
Friedrich Nietzsche, Le Gai Savoir (1882), trac. Alexandre Vialatte, colt. « Idées », Gallimard, 1972, p. 15 l .
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Dimanche 11 février 2007


 Nietzsche démystifie ici le génie:

"L'activité du génie ne paraît pas le moins du monde quelque chose de foncièrement différent de l'activité de l'inventeur en mécanique, du savant astronome ou historien, du maître en tactique. Toutes ces activités s'expliquent si l'on représente des hommes dont la pensée est active dans une direction unique, qui utilisent tout comme matière première, qui ne cessent d'observer diligemment leur vie intérieure et celle d'autrui qui ne se lassent pas de combiner leurs moyens. Le génie ne fait rien que d'apprendre d'abord à poser des pierres, ensuite à bâtir, que de chercher toujours des matériaux et de travailler toujours à y mettre la forme. Toute activité de l'homme est compliquée à miracle, non pas seulement celle du génie: mais aucune n'est un «miracle». - D'où vient donc cette croyance qu'il n'y a de génie que chez l'artiste, l'orateur et le philosophe? qu'eux seuls ont une « intuition » ? (mot par lequel on leur attribue une sorte de lorgnette merveilleuse avec laquelle ils voient directement dans l'« être »!) Les hommes ne parlent intentionnellement de génie que là où les effets de la grande intelligence leur sont le plus agréables et où ils ne veulent pas d'autre part éprouver d'envie. Nommer quelqu'un « divin » c'est dire: ici nous  n'avons pas à rivaliser». En outre: tout ce qui est fini, parfait, excite l'étonnement, tout ce qui est en train de se faire est déprécié. Or personne ne peut voir dans l'oeuvre de l'artiste comment elle s'est faite; c'est son avantage, car partout où l'on peut assister à la formation, on est un peu refroidi. L'art achevé de l'expression écarte toute idée de devenir; il s'impose tyranniquement comme une perfection actuelle. Voilà pourquoi ce sont surtout les artistes de l'expression qui passent pour géniaux, et non les hommes de science. En réalité cette appréciation et cette dépréciation ne sont qu'un enfantillage de la raison".
Friedrich Nietzsche, Humain, trop humain, trad. A.-M. Desrousseaux, Éd. Mercure de France, 1899.
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Dimanche 11 février 2007
Après avoir vu le film, il est fortement conseillé de lire l'article de Stéphane Delorme pour les Cahiers,, ainsi que celui de Daney sur Elephant man, Et  puis ensuite on retourne voir le film ( même démarche que pour Mulholland drive)
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