La nature est un sujet de droit
Pour le philosophe Michel Serres, l'idée de "contrat social" a eu pour conséquence nocive de refuser à la nature ce qui est accordé à l'homme. Pourtant la nature conditionne l'homme , et à ce titre, mérite d'être traitée comme un sujet.
"Nous pensons le droit à partir d'un sujet de droit, dont la notion s'étendit progressivement. N'importe qui, jadis, ne pouvait y accéder: la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen donna
la possibilité à tout homme en général d'accéder à ce statut de sujet du droit. Le contrat social, du coup, s'achevait, mais se fermait sur soi, laissant hors jeu le monde,
collection énorme de choses réduites au statut d'objets passifs de l'appropriation. Raison humaine majeure, nature extérieure mineure. Le sujet de la connaissance et de l'action jouit de tous les
droits et ses objets d'aucun, Ils n'ont encore accédé à aucune dignité juridique. Ce pour quoi, depuis, la science a tous les droits.
Voilà pourquoi nous vouons nécessairement les choses du monde à la destruction. Maîtrisées, possédées, du point de vue épistémologique', mineures dans la consécration prononcée par le droit. Or;
elles nous reçoivent comme des hôtesses, sans lesquelles, demain, nous devons mourir. Exclusivement social, notre contrat devient mortifère, pour la perpétuation de l'espèce, son immortalité
objective et globale.
Qu'est-ce que la nature? D'abord l'ensemble des conditions de la nature humaine elle-même, ses contraintes globales de renaissance ou d'extinction, l'hôtel qui lui donne logement, chauffage et
table; de plus elle les lui ôte dès qu'il en abuse. Elle conditionne la nature humaine qui, désormais, la conditionne à son tour. La nature se conduit comme un sujet".
Michel Serres, Le Contrat naturel, François Boudin, 1990, p. 64.
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