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Samedi 3 février 2007
Qu'est-ce donc que le beau? Le sophiste Hippias, qui ne comprend pas la question de Socrate, répond en proposant des exemples de belles "choses". Une jeune fille, par exemple..


SOCRATE. Étranger, poursuivra-t-il, dis-moi donc ce que c'est que le beau.
HIPPIAS. Celui qui fait cette question, Socrate, veut qu'on lui apprenne ce qui est beau?
SOCRATE. Ce n'est pas là ce qu'il demande, ce me semble, Hippias, mais ce que c'est que le beau.
HIPPIAS. Et quelle différence y a-t-il entre ces deux questions? SOCRATE. Tu n'en vois pas?
HIPPIAS. Non, je n'en vois aucune.
SOCRATE. Il est évident que tu en sais davantage que moi. Cependant fais attention, mon cher. Il te demande, non pas ce qui est beau, mais ce que c'est que le beau.
HIPPIAS. Je comprends, mon cher ami: je vais lui dire ce que c'est que le beau, et il n'aura rien à répliquer. Tu sauras donc, puisqu'il faut te dire la vérité, que le beau, c'est une belle jeune fille.
SOCRATE. Par le chien, Hippias, voilà une belle et brillante réponse. Si je réponds ainsi, aurai-je répondu juste à la question, et n'aura-t-on rien à répliquer?
HIPPIAS. Comment le ferait-on, Socrate, puisque tout le monde pense de même, et que ceux qui entendront ta réponse te rendront tous témoignage qu'elle est bonne?
SOCRATE. Admettons... Mais permets, Hippias, que je reprenne ce que tu viens de dire. Cet homme m'interrogera à peu près de cette manière : « Socrate, réponds-moi : toutes les choses que tu appelles belles ne sont-elles pas belles, parce qu'il y a quelque chose de beau par soi-même? » Et moi, je lui répondrai que, si une jeune fille est belle, c'est qu'il existe quelque chose qui donne leur beauté aux belles choses.
HIPPIAS. Crois-tu qu'il entreprenne après cela de te prouver que ce que tu donnes pour beau ne l'est point; ou s'il l'entreprend, qu'il ne se couvrira pas de ridicule?
SOCRATE. Je suis bien sûr, mon cher, qu'il l'entreprendra: mais s'il se rend ridicule par là, c'est ce que la chose elle-même fera voir. Je veux néanmoins te faire part de ce qu'il me dira.
HIPPIAS. Voyons.
SOCRATE. « Que tu es plaisant, Socrate! me dira-t-il. Une belle cavale   ( 1 n'est-elle pas quelque chose de beau, puisque Apollon lui-même l'a vantée dans un de ses oracles? » Que répondronsnous, Hippias? N'accorderons-nous pas qu'une cavale est quelque chose de beau, je veux dire une cavale qui soit belle? Car, comment oser soutenir que ce qui est beau n'est pas beau?
HIPPIAS. Tu dis vrai, Socrate, et le dieu a très bien parlé. En effet, nous avons chez nous des cavales parfaitement belles.
SOCRATE. « Fort bien, dira-t-il. Mais quoi ! une belle lyre n'est-elle pas quelque chose de beau? » En conviendrons-nous, Hippias ?
HIPPIAS. Oui.
SOCRATE. Cet homme me dira après cela, j'en suis à peu près sûr, je connais son humeur « Quoi donc, mon cher ami, une belle marmite n'est-elle pas quelque chose de beau? »


Platon (vers 420-340 av. J.-C.), Hippias majeur, 287 d-288 b, trad. V. Cousin, Éd. Hatier, 1985.
Note: une cavale est une jument de race

Tableau de Balthus: Le chat avec un miroir.
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Samedi 3 février 2007
Je reçois le message suivant de Lemoine qui réagit avec quelques mois de retard sur mon précédent blog:

Anonymous a ajouté un nouveau commentaire sur votre message blog "Nagel : Le point de vue de la chauve souris" :

"Ce que critique Nagel c’est une forme particulière de réductionnisme : l’explication physicaliste qui ramène les phénomènes mentaux à des phénomènes physiques. Il veut démontrer qu’une affirmation du genre « toutes les expériences sont des expériences physiques ! » n’est pas soutenable ; que la question de la subjectivité ne peut pas être éliminée.

Sur ce point sa thèse paraît juste. En effet, dire que « tout est physique » c’est évidemment ou trop dire ou mal dire. Ce qui fait problème donc n’est pas la réfutation du physicalisme mais c’est plutôt l’idée de la subjectivité à laquelle renvoie l’exemple de la chauve-souris. En fait, si le physicalisme est un matérialisme devenu idéologie scientiste, antisciences humaines, la notion de subjectivité qui lui est opposée parait manquer ce qui fait l’essentiel de la conscience humaine (sa composante sociale) et donc refuser également l’apport des sciences humaines et sociales.

Le physicalisme n’est pas un vrai matérialisme. Le concept de matière, comme catégorie philosophique, est plus large et plus clair que celui de phénomène physique. Quand on parle de matière (qu’on est matérialiste donc), on se contente (si je puis dire) d’affirmer la réalité objective des phénomènes. On affirme qu’ils existent de quelque manière hors de notre conscience.

L’expérience subjective, quant à elle, a toujours un aspect social car l’homme est un être social. Si je déguste un aliment, c’est une expérience subjective, oui, mais elle est bien réelle. Elle est déterminée par des dispositions sélectionnées par l’évolution, mais aussi et surtout par mon éducation, ma situation sociale et les expériences que cela m’a permis. Elle a donc un aspect social.

On peut découvrir les composantes chimiques du goût et c’est utile pour l’industrie alimentaire mais cela n’invalide pas la gastronomie bien sûr. Ce sont deux approches d’un même phénomène dont la sociologie et la psychologie peuvent également parler.

S’il s’agissait de dire une banalité comme celle-là, Nagel n’aurait pas l’utilité de longs développements ni besoin d’aller chercher des exemples tortueux chez les chauves-souris. Mais son débat avec le « physicalisme » a l’allure d’un débat de compères comme celui de « Ségolène et Nicolas ». Mon sentiment est que les protagonistes de ce débat partagent un à priori idéologique qui refuse de considérer les phénomènes sociaux. Sous l’apparence d’une pensée rigoureuse, Nagel use d’un procédé rhétorique qui devient évident quand on prend l’exemple de la dégustation : Si je mange, vous ne vous étonnerez pas de ne pas être rassasiée ; pourquoi alors s’étonner de ne pas pouvoir avoir l’expérience du goût des aliments dans ma bouche. Où est la différence entre les deux phénomènes ?

Pour rendre compte de l’expérience gastronomique, on n’a aucune utilité d’entités immatérielles. En revanche, on comprend l’individu et sa subjectivité comme organiquement liés aux autres hommes. On prend la conscience individuelle comme l’expression de l’ensemble des rapports avec la société (les autres) et le monde. On fait donc place pour les sciences humaines et sociales (au-delà ce qui peut être naturalisé dans ce qu’elles étudient). Une certaine philosophie n’y trouve peut-être pas son compte (Descartes en particulier). Et alors ? "

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Samedi 3 février 2007
Peut-être.. mais la domination masculine reste intacte dans deux bastions, (prostitution et travail domestique) d'après F. Héritier. Lire son entretien dans le Monde hier : Homme femme , histoire d'une domination.
Autrefois on n'avait pas le droit de chasser (!) Maintenant rien ne nous est plus interdit (en Europe), mais on continue de se coltiner 80 % des tâches ménagères!  Bon, on n'est pas encore sorties d'affaire!
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