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Samedi 17 mars 2007
D'après Simone  Veil  7 sur 7
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Samedi 17 mars 2007
D'après P.A. Delhommais, ce soir dans le Monde, Bayrou est pingre "De sa propre pingrerie, le candidat de l'UDF a su faire un atout"
 On sait que le candidat de l'UDF annonce  un programme peu coûteux, pour ne pas augmenter la dette publique :
Le journaliste rappelle ce que disait D. Strauss-Kahn :
 "Laisser indéfiniment s'accumuler la dette publique  a un effet redistributif négatif pour les générations futures, empêhce l'Etat d'investir pour l'avenir"
C'était il y a quelques années...
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Samedi 17 mars 2007
Il est impossible de comprendre la singularité de l'Europe si l'on oublie le rôle clés qu'y jouèrent les nations  en y  introduisant la figure de l'Etat moderne:


"L'État-nation fut à l'Europe moderne ce que la cité fut à la Grèce antique : ce qui produit l'unité, et donc le cadre de sens, de la vie en produisant la chose commune. En dépit d'excellents travaux historiques, la comparaison entre les deux formes politiques recèle encore bien des enseignements qu'il importerait de porter au jour. Ce que l'on peut dire en tout cas, c'est que la cité et l'État-nation sont les deux seules formes politiques qui ont été capables de réaliser, du moins dans leur phase démocratique, l'union intime de la civilisation et de la liberté. Il y eut de grands empires civilisés : même dans leurs jours les plus doux, ils ignorèrent la liberté. La vie des tribus, plus généralement la vie « primitive », comporte une forme très caractérisée de liberté, mais elle ignore les aménités et les charmes de la civilisation. Je voudrais considérer ici la forme de l'État-nation, en laissant de côté, à regret, la question de la cité.
La familiarité nourrit le mépris. En tout cas, nous ne savons plus apprécier ce qui a été accompli par 1' Etat-nation européen dans son développement historique. Il s'est agi d'une entreprise extraordinairement hardie, qui a réclamé une mobilisation, inédite par son intensité et surtout par sa durée et la variété de ses registres, des ressources de l'âme non seulement des chefs et des inspirateurs mais pour ainsi dire de tous les citoyens. Il s'est agi d'étendre la vie civique, le « vivre libre », dans le meilleur des cas jusqu'alors le privilège d'un petit nombre, à des associations d'hommes innombrables. Il s'est agi de gouverner d'immenses réunions d'hommes en les laissant libres".


Pierre Manent,  La raison des nations , Gallimard 2006
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Samedi 17 mars 2007
Extrait de l'entretien paru aujourd'hui dans le Monde 18 Mars 2007 "Le nationalisme nous a caché la nation" ; il remet en cause l'approche de Renan:


On peut comprendre le sentiment de perte qu'éprouvent beaucoup de Français...
Nous sommes dans une phase de recomposition et la volonté y joue son rôle. On a cru longtemps que l'Europe pouvait servir de substitut à la nation, on voit maintenant que ce n'était pas vrai. Le nationalisme, de droite ou de gauche, nous avait caché la nation. La fin du marxisme a contribué a nous rendre cette conscience de l'ampleur, de la profondeur historique de l'imprégnation nationale.
Mais le discours sur la nation ne peut pas rester le même. On ne cesse de citer Renan dans Qu'est-ce qu'une nation ? (Bordas, 1992): le culte des ancêtres, la volonté de vivre ensemble, avoir fait de grandes choses ensemble et vouloir en faire encore... Mais pour moi la nation selon Renan est morte. Cette vision, sur laquelle nous vivons encore, correspond à l'ancienne identité nationale, celle qui associait le passé et l'avenir dans un sentiment de continuité, de filiation et de projet. Or ce lien s'est rompu, nous faisant vivre dans un présent permanent. J'y vois l'explication de l'omniprésence du thème de la mémoire, et de son corollaire, l'identité. Lorsqu'il n'y a plus de continuité avec le passé, la nouvelle trilogie est : mémoire, identité, patrimoine.
La crise de l'identité aurait partie liée avec la modernité ?
De fait, le thème de l'identité est mondial. Mais il a pris en France une intensité particulière en raison du caractère étatique et centralisateur de notre pays et de la force coercitive qu'y a pris le rapport à l'histoire. En France, nous avons une histoire nationale et des mémoires de groupe. Vous pouviez être aristocrate descendant de nobles guillotinés, fils de Polonais de la première génération, petit-fils de communard fusillé, à partir du moment où vous étiez à l'école vous étiez un petit Français comme les autres. « De la Gaule à de Gaulle », le roman national déployait une vaste fresque, avec ses Saint-Barthélemy et ses Ponts d'Arcole, qui offrait un lien collectif à chaque parcelle de la population française, peu homogène.
L'insertion des minorités - religieuses, régionales, sexuelles - dans la collectivité nationale les a désenlisées de leur propre histoire. Mais elles ont du coup valorisé leur mémoire, faite de récupération d'un passé,vrai ou faux. L'émancipation mémorielle est un puissant corrosif de l'histoire, qui était au centre de l'identité française. Nous avons intérêt à ce que les politiques prennent conscience des nouvelles données. La succession des identités nous en donnera de nouvelles. La nation de Renan, funèbre et sacrificielle, ne reviendra plus. Les Français ne veulent plus mourir pour la patrie, mais ils en sont amoureux. C'est peut-être mieux. Au fond, ce n'est pas la France qui est éternelle, c'est la francité.

PROPOS RECUEILLIS PAR SOPHIE GHERARDI ILLUSTRATION DE VINCENT SARDON
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Samedi 17 mars 2007
D'après Jacques Rancière ("La  haine de la démocratie") la seule formule authentiquement démocratique est le tirage au sort.
 Toute autre formule contient implicitement l'idée aristocratique que certains sont plus aptes (plus compétents, plus éclairés, meilleurs donc) que d'autres pour gouverner.
 Il serait donc judicieux de tirer au sort notre prochain président de la République, parmi les onze candidats?
Qu'en pensez-vous?
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Samedi 17 mars 2007
Entendu ce matin à Répliques:
 A.F. : "Tous le sindividus sont-ils "dignes " de faire des blogs?"

Barbara Cassin:
"Je ne peux pas lire les blogs. Cela m'ennuie passionnément. Du nul plus du nul, ça fait toujours du nul"
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Samedi 17 mars 2007
Je verrais très bien un sujet sur  l'identité nationale.
 Identité nationale et Europe, ou mondialisation.
 Ou encore citoyenneté et nationalité.
Voyez mon corrigé sur "Qu'est-ce qu'un citoyen?" (mis en ligne le 12-03). Et je mets en ligne les textes clés sur la nation , nationalité et Europe etc...
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Samedi 17 mars 2007


La mondialisation  entraîne-t-elle le déclin  des  nations? Ou bien la nation est-elle seulement relativisée?
 La seule chose dont je sois persuadé, c'est que le couple " nous et les autres " - et non pas nécessairement le couple ami-ennemi - de C. Schmitt - est constitutif de l'expérience humaine. Mais ce qui fait le contenu de ce u nous », est-ce la nation, est-ce le territoire ou encore d'autres catégories, d'autres regroupements ? Je l'ignore. Nous avons tous des solidarités sélectives, car, comme disait Rousseau, l'ami du genre humain n'est l'ami de personne. Je suis, quant à moi, plus particulièrement sensible au problème des réfugiés, parce que je l'ai été moi-même, je suis aussi plus ému par les conflits de l'Est qui sont proches, que par ceux de la Somalie plus lointains, et je ne peux pas dire que pour moi, qui suis cosmopolite par biographie, ce soit la solidarité nationale qui soit la plus importante, mais il n'en est évidemment pas ainsi pour la plupart des gens. La question de savoir si c'est la nationalité civique ou ethnique qui est première se pose donc à nouveau. Il y a un enchevêtrement de loyautés et il y a en même temps l'aspiration à une identité qui dépasse les autres. Mais à l'Ouest, et dans les pays issus des Empires, la nature des identités ne va plus de soi : il y a par exemple hésitation entre l'identité irakienne, arabe, et islamique.

Si réellement la forme millénaire de la nation est en train de s'épuiser, c'est un événement qui touche à l'histoire universelle. Dans quelle mesure cet événement nous amène-t-il alors à réinterpréter le passé ? Est-ce la fin de la nation ou la fin d'une certaine modalité de la nation ?


La dernière question est tout à fait pertinente. Est-ce que c'est l'État-nation, c'est-à-dire l'union d'un pouvoir et d'une bureaucratie sur un territoire avec une certaine coïncidence entre l'unité culturelle et l'unité politique, selon la définition de Gellner, qui disparaît ? De ce point de vue, il semble évident qu'il y a un certain éclatement. C'est la part de vérité du fédéralisme européen - même s'il n'y a pas véritablement de « fédération » européenne - que de montrer que ni le niveau optimum ni le niveau vécu ne sont les mémos suivant les domaines. Selon qu'il s'agit d'agriculture ou de défense, on est par exemple plutôt catalan ou plutôt espagnol, plutôt européen ou plutôt atlantique. Est-ce que ce nouvel état de fait signifie la fin de la nation ? Est-ce la crise de la nation civique ou de la nation ethnique ? Est-ce qu'une nation « relativisée "  formant un niveau parmi d'autres, est encore une nation ? Telle est la question.
Pierre Hassner, La violence et la paix, Paris, 1995, Éditions Esprit, pp. 377-380.
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Samedi 17 mars 2007

Voici un extrait de la fameuse conférence du 11 Mars 1882 dans laquelle E. Renan s'oppose à la conception biologiste , ou naturaliste de la nation, défendue par Fichte dans Discours de la nation allemande de 1807 ( "nous avons démontré par l'histoire que cette nation constitue une race primitive , un peuple qui a le droit de se proclamer purement et simplement le peuple" Fichte



 QU'EST-CE QU'UNE NATION ?

"Une nation est une âme, un principe spirituel. Deux choses qui, à vrai dire, n'en font qu'une, constituent cette âme, ce principe spirituel. L'une est dans le passé, l'autre dans le présent. L'une est la possession en commun d'un riche legs de souvenirs ; l'autre est le consentement actuel, le désir de vivre ensemble, la volonté de continuer à faire valoir l'héritage qu'on a reçu indivis. L'homme, Messieurs, ne s'improvise pas. La nation, comme l'individu, est l'aboutissant d'un long passé d'efforts, de sacrifices et de dévouements. Le culte des ancêtres est de tous le plus légitime ; les ancêtres nous ont faits ce que nous sommes. Un passé héroïque, des grands hommes, de la gloire (j'entends de la véritable), voilà le capital social sur lequel on assied une idée nationale. Avoir des gloires communes dans le passé, une volonté commune dans le présent ; avoir fait de grandes choses ensemble, vouloir en faire encore, voilà les conditions essentielles pour être un peuple. On aime en proportion des sacrifices qu'on a consentis, des maux qu'on a soufferts. On aime la maison qu'on a bâtie et qu'on transmet. Le chant spartiate :      « Nous sommes ce que vous fûtes ; nous serons ce que vous êtes » est dans sa simplicité l'hymne abrégé de toute patrie.
Dans le passé, un héritage de gloire et de regrets à partager, dans l'avenir un même programme à réaliser ; avoir souffert, joui, espéré ensemble, !voilà ce qui vaut mieux que des douanes communes et des frontières conformes aux idées stratégiques ; voilà ce que l'on comprend malgré les diversités de race et de langue. Je disais tout à l'heure « avoir souffert ensemble » ; oui, la souffrance en commun unit plus que la joie. En fait de souvenirs nationaux, les deuils valent mieux que les triomphes, car ils imposent des devoirs, ils commandent l'effort en commun.
Une nation est donc une grande solidarité, constituée par le sentiment des sacrifices qu'on a faits et de ceux qu'on est disposé à faire encore. Elle suppose un passé ;elle se résume pourtant dans le présent par un fait tangible : le consentement, le désir clairement exprimé de continuer la vie commune. L'existence d'une nation est (pardonnez-moi cette métaphore) un plébiscite de tous les jours, comme l'existence de l'individu est une affirmation perpétuelle de vie. Oh ! je le sais, cela est moins métaphysique que le droit divin, moins brutal que le droit prétendu historique. Dans l'ordre d'idées que je vous soumets, une nation n'a pas plus qu'un roi le droit de dire .1 une province : « Tu m'appartiens, je te prends. » Une province, pour nous, ce sont ses habitants ; si quelqu'un cri cette affaire a droit d'être consulté, c'est l'habitant. Une nation n'a jamais un véritable intérêt à s'annexer ou à retenir un pays malgré lui. Le voeu des nations est, en définitive, le seul critérium légitime, celui auquel il faut toujours en revenir.
Nous avons chassé de la politique les abstractions métaphysiques et théologiques. Que reste-t-il, après cela ? Il reste l'homme, ses désirs, ses besoins. La sécession, me Mirez-vous, et, à la longue, l'émiettement des nations sont la conséquence d'un système qui met ces vieux organismes :1 la merci de volontés souvent peu éclairées. Il est clair qu'en pareille matière aucun principe ne doit être poussé ;1 l'excès. Les vérités de cet ordre ne sont applicables que dans leur ensemble et d'une façon très générale. Les volontés humaines changent ; mais qu'est-ce qui ne change pas ici-bas ? Les nations ne sont pas quelque chose d'éternel. !  EIles ont commencé, elles finiront. La confédération européenne, probablement, les remplacera. Mais telle n'est pas la loi du siècle où nous vivons. A l'heure présente, l'existence des nations est bonne, nécessaire même. Leur existence est la garantie de la liberté, qui serait perdue si le monde n'avait qu'une loi et qu'un maître.
Par leurs facultés diverses, souvent opposées, les nations servent à l'oeuvre commune de la civilisation ; toutes apportent une note à ce grand concert de l'humanité, Qui, en somme, est la plus haute réalité idéale que nous atteignions. Isolées, elles ont leurs parties faibles. Je me dis souvent qu'un individu qui aurait les défauts tenuschez les nations pour des qualités, qui se nourrirait de vaine gloire ; qui serait à ce point jaloux, égoïste, querelleur ; qui ne pourrait rien supporter sans dégainer, serait le plus insupportable des hommes. Mais toutes ces dissonances de détail disparaissent dans l'ensemble. Pauvre humanité, que tu as souffert ! que d'épreuves t'attendent encore ! Puisse l'esprit de sagesse te guider pour te préserver des innombrables dangers dont ta route est semée !
Je me résume, Messieurs. L'homme n'est esclave ni de sa race, ni de sa langue, ni de sa religion, ni du cours des fleuves, ni de la direction des chaînes de montagnes. Une grande agrégation d'hommes, saine d'esprit et chaude de coeur, crée une conscience morale qui s'appelle une nation. Tant que cette conscience morale prouve sa force par les sacrifices qu'exige l'abdication de l'individu au profit d'une communauté, elle est légitime, elle a le droit d'exister. Si des doutes s'élèvent sur ses frontières, consultez les populations disputées. Elles ont bien le droit d'avoir un avis dans la question. Voilà qui fera sourire les transcendants de la politique, ces infaillibles qui passent leur vie à se tromper et qui, du haut de leurs principes supérieurs, prennent en pitié notre terre à terre. « Consulter les populations, fi donc ! quelle naïveté ! Voilà bien ces chétives idées françaises qui prétendent remplacer la diplomatie et la guerre par des moyens d'une simplicité enfantine. » - Attendons, Messieurs ; laissons passer le règne des transcendants ; sachons subir le dédain des forts. Peul-être, après bien des tâtonnements infructueux, reviendrat-on à nos modestes solutions empiriques. Le moyen d'avoir raison dans l'avenir est, à certaines heures, de savoir se résigner à être démodé".
Ernest Renan ,  Qu'est-ce qu'une nation?,  Presses Pocket, pp 54-56
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Samedi 17 mars 2007
Indispensable pour les prépas IEP: le Figaro
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