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Samedi 31 mars 2007
A propos  de la cruauté des anarchistes au cours d'une expédition punitive en Espagne
 Il en a été question ce matin lors de l''émission Répliques. Lettre  de Simone Weil à Bernanos
 

(ne pas confondre avec Simone Veil, la femme politique qui soutient Sarkozy)
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Samedi 31 mars 2007
Chavez emboîte le pas à Ahmaninejad: jugez plutôt cette information envoyée par une  amie:


"Le gouvernement Venezuelien vient de d'édicter hier un décret régulant la vente et la consommation d'alcool dans tout le pays pendant 10 jours.
Encore pire que dans les pays islamistes!
Il est dit qu'à partir d'aujourd'hui jusqu'au 10 avril (date de la fameuse "semaine de pâques" où tous les venezueliens partent à la plage pour faire la fête et où la consommation d'alcool atteint des niveaux impressionnants), il est possible d'acheter de l'alcool uniquement de 10:00am à 5:00pm.
Donc tous les resto, bars, discothèques vont devoir fermer.
Et la vente et consommation d'alcool sera totalement interdite sur tout le territoire pendant les 4 derniers jours de la semaine".
..







 




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Samedi 31 mars 2007


Pour Hannah Arendt, la disparition  ou l'affaiblissement de la philia liée à  la modernité est le signe de l'effacement du " monde commun ".


                            
 " Nous avons coutume aujourd'hui de ne voir dans l'amitié qu'un phénomène de l'intimité, où les amis s'ouvrent leur âme sans tenir compte  du monde et de ses exigences. Rousseau [...] est le meilleur représentant de cette conception conforme à l'aliénation de l'individu moderne qui ne peut se révéler vraiment qu'à l'écart de toute vie publique, dans l'intimité et le face à face. Ainsi nous est-il difficile de comprendre l'importance politique de l'amitié. Lorsque, par exemple, nous lisons chez Aristote que la philia, l'amitié entre citoyens, est l'une des conditions fondamentales du bien-être commun, nous avons tendance à croire qu'il parle seulement de l'absence de factions et de guerre civile au sein de la cité. Mais pour les grecs, l'essence de l'amitié consistait dans le discours. Ils soutenaient que seul un " parler-ensemble " constant unissait les citoyens en une polis. Avec le dialogue se manifeste l'importance de l'amitié, et de son humanité propre. Le dialogue (à la différence des conversations intimes où les âmes individuelles parlent d'elles-mêmes) , si imprégné qu'il puisse être du plaisir pris à la présence de l'ami, se soucie du monde commun, qui reste " inhumain " en un sens très littéral, tant que les hommes n'en débattent pas constamment. Car le monde n'est pas humain pour avoir été fait par des hommes, et il ne devient pas humain parce que la voix humaine y résonne, mais seulement lorsqu'il est devenu objet de dialogue. Quelque  intensément que les choses du monde nous affectent, quelque profondément qu'elles puissent nous émouvoir et nous stimuler, elles ne deviennent humaines pour nous qu'au moment  où nous pouvons en débattre avec nos semblables. Tout ce qui ne peut devenir objet de dialogue peut bien être sublime, horrible ou mystérieux, voire trouver voix humaine à travers laquelle résonner dans le monde, mais ce n'est pas vraiment humain. Nous humanisons ce qui se passe dans le monde et en nous en en parlant, et, dans ce parler, nous apprenons à être humains "
Vies politiques (1955)


 La notion de " despotisme bienveillant " apparaît,  a priori,   contradictoire. Pourtant Alexis de Tocqueville a imaginé une situation, improbable mais non pas inconcevable, dans laquelle les hommes consentiraient à leur servitude. Il rejoint sur ce point l'analyse de La Boétie  mais il donne à sa propre fiction des traits totalement inédits.

"  Je veux imaginer sous quels traits nouveaux le despotisme pourrait se produire dans le monde : je vois une foule innombrable  d'hommes semblables et égaux qui tournent sans repos sur eux-mêmes pour se procurer de petits et vulgaires plaisirs, dont ils emplissent leur âme. Chacun d'eux, retiré à l'écart, est comme étranger à la destinée de tous les autres : ses enfants et ses amis particuliers forment pour lui toute l'espèce humaine ; quant au demeurant de ses concitoyens, il  est à côté d'eux, mais il ne les voit pas ; il les touche et ne les sent point ; il n'existe qu'en lui-même et pour lui seul, et, s'il lui reste encore une famille, on peut dire du moins qu'il n'a plus de patrie.
 Au dessus de ceux-là s'élève un pouvoir immense et tutélaire, qui se charge seul d'assurer  leur jouissance et de veiller sur leur sort. Il est absolu, détaillé, régulier,prévoyant et doux. Il ressemblerait à la puissance paternelle si, comme elle, il avait pour objet de préparer les hommes à l'âge viril ; mais il ne cherche, au contraire, qu'à les fixer irrévocablement dans l'enfance ; il aime que les citoyens se réjouissent, pourvu qu'ils ne songent qu'à se réjouir. Il travaille volontiers à leur bonheur ; mais il  veut en être l'unique agent et le seul arbitre ; il pourvoit à leur sécurité, prévoit et assure leurs besoins, facilite leurs plaisirs, conduit leurs principales affaires, dirige leur industrie, règle leurs successions, divise leurs héritages ; que ne peut-il leur ôter entièrement le trouble de penser et la peine de vivre ? "

Alexis de Tocqueville
De la démocratie en Amérique (1840).
 Gallimard Collection " Folio histoire ", 1961, t II, IV ième partie, chapitre IV, p434

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Samedi 31 mars 2007
Quelle est la position du PS? Est-ce celle de Ségolène Royal , qui dit qu'elle régularisera tous les parents et grands-parents d'enfants scolarisés (sur Grand-Jury- RTL -LCI)
Ou bien celle de F. Hollande  et JL Bianco qui disent (comme Sarkozy) que l'on régularisera les familles de sans-papiers non pas systématiquement, mais au cas par cas?

Quelqu'un peut-il m'éclairer svp?
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Samedi 31 mars 2007
Difficile ce matin l'émission à propos du livre de Enzo Traverso, A feu et à sang. La guerre civile en Europe.1914-1945
et Le passé d'une illusion de François Furet, introduction de Pierre Hassner
 J'ai retenu quelques fragments:

"Le communisme est une pathologie de l'Universel, le fascisme une pathologie du particulier"
"Le fascisme est une déviation monstrueuse du romantisme, le communisme une déviation monstrueuse des Lumières".
 La discussion portait sur le fait de savoir si leXX siècle peut se résumer à une lutte entre deux camps: fascisme et communisme , ou bien s'il y a un troisième camp (celui qui est sorti victorieux), le libéralisme, et comment le libéralisme s'est positionné par rapport aux deux jumeaux (fascisme et communisme).
 Les trois intervenants étaient quasiment d'accord.. à quelques nuances près, pour dire que l'anti- fascisme avait conduit les intellectuels d'Europe occidentale à être totalement aveugle à la réalité du stalinisme à une époque où plus personne en Europe de l'Est n'y croyait plus depuis longtemps.
Ce qui m'a le plus intéressé ce sont les remarques de A. Finkielkraut sur l'opposition Sartre/ Camus à propos de la politique conçue comme une "guerre civile".
 Nous, les français, dit A.F. , nous tenons énormément à penser la politique comme une "guerre". (cf Badiou: "le chiffre du réel est deux")
Il y a deux camps, en politique. Le camp du BIen, celui des opprimés, qui ont la haine.
Et le camp des oppresseurs (camp du Mal).
Entre ennemis,  aucune compromission, aucune entente n'est concevable (cf  le totalitarisme: "l'ennemi ne peut être que supprimé" )
(Lénine" Vous me dites dialoguons, et moi je vous dis: collez-vous contre ce mur")
 Alain Finkielkraut dit "nous (les français) avons "l'amour de la haine".  Sartre disait, "l'opprimé me plaît, car il a la haine".
Au contraire,  Camus a compris que la démocratie c'est accepter le conflit dans ses formes apaisées, non violentes. La démocratie,  c'est la réintroduction de l'amitié -malgré tout- en politique.
Ce qui était l'idée de Hannah Arendt: la philia est la condition de possibilité de la politique. Tandis que le totalitarisme peut se définir comme la volonté de détruire " le politique" ( le politique : art de tempérer et concilier les intérêts contradictoires)
 Vous me direz si je restitue convenablement ce débat
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Samedi 31 mars 2007
Ne ratez pas: Finkielkraut reçoit Pierre Hassner
On peut le réécouter sur le Net avec Real Player
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Vendredi 30 mars 2007
C'est sur  le web pédagogie,

A propos du livre de Géraldine Muhlmann,
Du  journalisme en démocratie

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Vendredi 30 mars 2007


 Par Nina Montané  (HK2 Mars 2007) 

 On dit parfois qu’une action est « belle », comme le sacrifice d’Antigone pour  la dépouille de son frère, c’est-à-dire pour le respect de la loi morale universelle. Mais cela semble relever d’une confusion (on devrait qualifier cette action de noble, ou de droite, ou tout simplement de morale) car le beau est, ce qui provoque en nous un sentiment de plénitude, d’harmonie, ou de perfection en son genre, devant le spectacle d’apparences « belles » , notamment devant une œuvre d’art ( qui est le résultat de la démarche artistique). Or, on nomme immoral ce qui va à l’encontre de la loi morale (que me dicte ma raison comme étant mon devoir, ou qui résulte de l’amour que je ressens pour l’autre et qui m’interdit de penser à moi avant de penser à lui), en toute conscience, soit dans le but de faire le mal, soit parce que mes intérêts personnels me semblent plus importants que le respect du devoir. Cette définition semble difficilement applicable à une œuvre d’art ; et la morale et l’esthétique semblent renvoyer à deux registres distincts.  Dans cette mesure, on peut se demander en quoi une œuvre d’art pourrait aller à l’encontre de la morale, c’est-à-dire dans quelle mesure ces deux registres peuvent s’opposer ou se rejoindre. Nous verrons dans un premier temps qu’une œuvre morale peut sembler immorale par son contenu et sa démarche ; puis on s’interrogera sur le caractère amoral de l’oeuvre d’art. Enfin, nous observerons que l’œuvre d’art ne peut pas être totalement immorale, du fait de sa forme et de son action unifiante pour  les hommes.

 Une œuvre d’art est souvent qualifiée d’immorale par des instances ayant autorité dans la société, et qui visent par là  soit la démarche artistique elle-même,  soit  le contenu d’une œuvre. Les monothéismes comme le Judaïsme et l’Islam condamnent la représentation de Dieu (dont il est même interdit de prononcer le nom dans la religion juive). Ils assimilent ainsi la représentation à une forme d’immoralité, car le fait de dessiner ou de peindre Dieu le réduit, travestit son essence. De même le christianisme, s’il autorise la représentation des envoyés de Dieu (comme son fils, le Christ, dont la figure est omniprésente dans le culte) proscrit la représentation théâtrale ; supposée immorale, parce que mensongère. Le bannissement des comédiens de la religion chrétienne montre également une autre facette de la désapprobation morale de l’œuvre d’art, qui ne se réduit pas à la démarche artistique ni au fait de travestir la réalité, mais bien d’exprimer des contenus immoraux . Ainsi dans Tartuffe, de Molière, les héros usent de stratagèmes immoraux, comme la tromperie, pour démasquer l’hypocrisie.   Ainsi une œuvre d’art est déclarée immorale par les bien-pensants ; on juge qu’elle corrompt les mœurs, qu’elle incite à l’immoralité. Le roman de Flaubert, Madame Bovary, a valu à son auteur un procès pour atteinte aux bonnes mœurs par un comité de censure, à cause de son intrigue : le récit de la vie d’une femme qui s’ennuie, lit de la mauvaise littérature et trompe son mari. Or, si l’on intente des procès aux auteurs d’œuvres immorales, c’est que l’on considère que l’œuvre d’art doit avoir un contenu moral. Ainsi Les malheurs de Sophie, de la Comtesse de Ségur,sont censés apprendre aux petites filles les bêtises qu’il ne faut pas faire, ce qui est bien et ce qui est mal.  Il semble cependant que la qualité littéraire de l’œuvre de Flaubert dépasse largement celle de la Comtesse de Ségur, de par le style de l’auteur. Ainsi, c’est plutôt l’intérêt formel que le contenu de l’œuvre qui compte pour juger une œuvre d’art, et le récit des trajets d’Emma pour aller rejoindre Rodolphe, toute transportée d’émotion, et en accord parfait avec la nature qui l’entoure (ponctué  d’ indices stylistiques de Flaubert qui indique que tout cela n’est qu’illusion) semble plus beau que la prose édifiante de la Comtesse de Ségur.   C’est donc au niveau de la forme- du « style » que Prout glorifie dans la Recherche du temps perdu, comme unique critère de l’art – que se juge la valeur d’une œuvre, et pas au niveau de son contenu ; et la condamnation morale d’une œuvre n’est donc  pertinente, dans cette mesure, que dans la critique du travestissement de la réalité (si l’on suppose qu’il est immoral de représenter ce qui ne correspond pas à la réalité). Mais peut-on dire que les tableaux de Mark Rothko sont faux ou immoraux parce qu’ils ne représentent pas la réalité telle qu’elle est ? Il semble par là que le jugement esthétique ne prenne en compte que la forme de l’œuvre, pas son contenu nu une quelconque finalité, et que l’oeuvre d’art soit amorale.  

 

    Est amoral ce qui ne prend pas en compte la dimension morale (sans être pour ni contre la morale). Et la beauté ou la valeur d’une œuvre d’art correspond à un sentiment d’harmonie, de perfection dans la composition de l’œuvre - ce que Kant qualifie de « finalité sans fin ». L’œuvre existe pour elle-même et est sa propre fin, rien ne pourrait y être ajouté ou retiré afin de la rendre meilleure.   Ainsi, il ne semble pas pertinent de qualifier la scène du vol des hélicoptères dans Apocalypse now de Francis Ford Coppola d’ "immoral ».La musique de Wagner et la beauté des images de militaires se préparant à massacrer des autochtones ne cherchent pas à glorifier ces actions. Ces plans, le son des pales des hélicoptères et la musique de la « Chevauchée des Walkyries » se combinent harmonieusement pour former une séquence parmi les plus belles du cinéma. Le jugement esthétique doit ici se détacher du contenu pour juger la forme.  C’est aussi pour ce motif que Kant considère que la vraie beauté n’est pas la « beauté adhérente » , celle qui véhicule un contenu moral ou une idéologie. On ne peut que lui donner raison quand on observe l’architecture soviétique ou l’art futuriste mussolinien. L’art au service de l’idéologie semble s’enfermer et perdre de sa gratuité, quand son seul but semble être l’émulation et la glorification du modèle totalitaire.   Mais il peut également sembler que des œuvres réalisées par les artistes voulant « faire passer un message », selon l’expression consacrée, puissent avoir néanmoins une valeur artistique, comme par exemple le film « Soy cuba », réalisé par le soviétique Mikhailkov, et dont la beauté reste saisissante/ La maîtrise formelle est présente, et le sentiment du beau aussi , aussi bien dans les plans, que dans le montage ou la musique. L’art peut donc émerger de l’idéologie, en s’en détachant, et dépassant toute morale.  Mais une dernière forme d’accusation d’immoralité peut accabler une œuvre d’art. Si l’on considère ce terme sans l’acception d’irrespect et de transgression des règles établies, on peut voir les condamnations des premiers impressionnistes par les critiques et amateurs d’art de l’époque comme une forme d’accusation d’immoralité. En effet, le coucher de soleil sur lez port de Harfleur peint par Monet a déchaîné les critiques qui le qualifiaient d’œuvre inachevée, et qui donc jugeaient son exposition irrespectueuse. En réalité, on voit bien que la transgression des canons établis, si elle est mal comprise au début, est nécessaire à la création, dans le sens de fabrication de quelque chose de nouveau et qui dépasse les normes académiques. C’est ce que Kant appelle le « génie » dans l’Analytique du beau, c’est-à-dire que l’artiste génial, qui produit des œuvres d’une qualité exceptionnelle, le fait sans savoir et sans règle préétablie.   Ainsi un quelconque contenu moral semblerait dégrader l’œuvre d’art, en donnant une règle à suivre à l’artiste, donc en empêchant sa liberté. C’est ce qui fait que certaines œuvres dont le contenu est contraire à la morale sont mal comprises, car celui qui n’a pas de goût esthétique s’arrêtera au fond de l’œuvre sans juger de sa forme. D’une manière très prosaïque, il semble absurde de dire qu’une œuvre est immorale, dans le sens où elle ferait du mal à quelqu’un. L’œuvre n’a pas de but moral. Un ballet de Noureev n’a pas une visée morale, comme la danse en général, qui est une création et une expression sans permanence, purement gratuite, qui n’existe que pendant l’instant où le corps du danseur se fait mouvement et œuvre, à la fois matière et forme de la danse.   Dans la mesure où une œuvre d’art renvoie au champ de l’esthétique, on ne la juge que d’un point de vue formel, et un quelconque message moral semblerait susceptible de dégrader ou d’enfermer l’œuvre dans des règles qu’elle doit nécessairement dépasser pour être belle. Car il n’y a  pas de recettes pour faire une belle œuvre, ainsi que le raconte la parabole du « Chef d’œuvre inconnu » de Balzac. L’œuvre d’art doit donc être amorale dans sa démarche de  création pour être libre.

 On pourrait cependant trouver des dimensions communes au moral et au beau, notamment parce qu’ils se jugent tous deux à partir de leur forme et d’une certaine universalité. Et différents éléments laissent penser qu’une œuvre d’art ne peut être immorale, pas seulement parce qu’elle est amorale, mais aussi en raison de certains effets qui rendent le beau moral.   Il semble qu’une œuvre d’art, par sa forme et par son action, ait un effet pacificateur, même si ce n’est pas la motivation de l’artiste. Tout d’abord, au niveau de la forme, le domaine moral et le domaine esthétique sont appréciés par un « jugement réfléchissant » comme le fait remarquer Kant (note  de LHL : il s'agit là d'une erreur. Le jugement réfléchissant vaut pour la politique, non pour la morale), c’est-à-dire qu’on ne les juge pas à partir de catégories préétablies, mais que l’on élabore une règle en partant d’un œuvre ou d’un acte particulier. Ainsi ces deux registres sont liés par leur dimension universelle, ou du moins la prétention à l’universel, et sont susceptibles de toucher tous les hommes. Jean Cocteau, dans l’une de ses pièces, fait dire au mythe : « Je suis un mensonge qui dit toujours la vérité ». C’est aussi ce que pourrait dire l’œuvre d’art. Le reproche d’immoralité au sens de "travestissement de la réalité"  et donc de mensonge, ou de tromperie, proféré par celui qui considère que la réalité immédiate est la seule réalité valable, et correspond à la vérité. Or, selon Hegel, dans l’Esthétique, l’œuvre d’art est plus réelle que la réalité immédiate car elle nous permet d’appréhender plusieurs facettes de la réalité et de l’essence des choses et des êtres, par la représentation. Or cette représentation n’est pas toujours conforme à l’apparence des choses. On peut penser à la Dora Maar de Picasso, avec son visage déformé,qui rend beaucoup mieux compte de l’essence de cette femme que ne le ferait une vulgaire photo par exemple.  Toujours selon Hegel, cette manière de nous restituer l’essence des choses a pour effet de nous rendre plus sensibles en nous faisant vivre des expériences qui nous auraient été étrangères autrement.  Dans Si c’est un homme, Primo Lévi nous fait vivre l’horreur des camps et leur action destructrice sur l’homme : quand le lecteur imagine et se représente ces atrocités, elles sont bien plus réelles que celles décrites dans les livres d’histoire.  Ainsi, si l’on accepte le terme « moral » dans le sens que Levinas  lui donne, c’est-à-dire reposant sur l’amour de l’autre sans attendre de retour, juste parce qu’il est humain, alors, par la représentation de choses plus ou moins tirées du réel mais témoignant de l’humain, l’œuvre d’art me rend plus moral parce qu’elle me fait comprendre et aimer l’autre.  De même, le sentiment esthétique dont Kant postule  qu’il est commun à tous les hommes, doit leur permettre de communier dans la contemplation du beau, et  d’oublier leurs différends. Par cette dimension, le Beau symbolise également le bien, car il es tune représentation de l’idée de perfection et d’harmonie. Il est représentation et facteur de concorde.  L’œuvre d’art, comme l’action morale, tend à être appréciée par tous. Elle ne peut être immorale car elle relie les hommes et les fait accéder à l’essence des choses et des êtres.  

 

Si le contenu de l’œuvre d’art peut sembler choquant et corrupteur à certaines personnes, on ne peut qualifier pour cette raison une œuvre d’art d’immorale car ce n’est pas le contenu de l’œuvre qui doit être jugé, mais sa forme. Ainsi, le sentiment esthétique ou le beau ne vont jamais à l’encontre de la morale, même si le but de l’œuvre n’est jamais d’être morale car la création artistique est libre avant tout, et est amorale dans la démarche de création. Néanmoins, on peut avancer que l’œuvre d’art est même morale dans l’effet qu’elle produit sur les hommes. Le caractère universel du sentiment esthétique et l’approfondissement de la sensibilité de celui qui contemple l’œuvre d’art ne peut le pousser à des sentiments belliqueux ou de révolte. Ou , plutôt :  si ce type de sentiments est éveillé, il n’est jamais immoral mais reste du domaine de l’irréalisé, du fantasme ; et il peut sembler bien plus moral de fantasmer des crimes et de soulager des pulsions destructrices par la représentation que par le passage à l’acte. Mais le plus beau dans l’œuvre ne doit pas être sa moralité ou son immoralité, son action fédératrice ou sa capacité d’émouvoir, mais bien sa liberté et sa gratuité.

 

 

 

 

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Vendredi 30 mars 2007
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Vendredi 30 mars 2007

Dans une conférence prononcée en 1819, le philosophe libéral Benjamin Constant explique en quoi notre conception de la liberté diffère  de celle des anciens.  Ceux-ci concevaient la liberté comme un pouvoir de décision concernant le bien commun. Un citoyen moderne attend surtout du pouvoir la protection de ses intérêts privés.

Nous ne pouvons plus jouir de la liberté des anciens', qui se composait de la participation active et constante au pouvoir collectif. Notre liberté à nous doit se composer de la jouissance paisible de l'indépendance privée. La part que dans l'antiquité chacun prenait à la souveraineté nationale n'était point, comme de nos jours, une supposition abstraite. La volonté de chacun avait une influence réelle; l'exercice de cette volonté était un plaisir vif et répété. En conséquence, les anciens étaient disposés à faire beaucoup de sacrifices pour la conservation de leurs droits politiques et de leur part dans l'administration de l'État. Chacun sentant avec orgueil tout ce que valait son suffrage, trouvait, dans cette conscience de son importance personnelle, un ample dédommagement.
Ce dédommagement n'existe plus aujourd'hui pour nous. Perdu dans la multitude', l'individu n'aperçoit presque jamais l'influence qu'il exerce. Jamais sa volonté ne s'empreint sur l'ensemble, rien ne constate à ses propres yeux sa coopération. L'exercice des droits politiques ne nous offre donc plus qu'une partie des jouissances que les anciens y trouvaient, et en même temps les progrès de la civilisation, la tendance commerciale de l'époque, la communication des peuples entre eux, ont multiplié et varié à l'infini les moyens de bonheur particulier. [...]
Le but des anciens était le partage du pouvoir social entre tous les citoyens d'une même patrie; c'était là ce qu'ils nommaient liberté. Le but des modernes est la sécurité dans les jouissances privées; et ils nomment liberté les garanties accordées par les institutions à ces jouissances. [...]
La liberté individuelle, je le répète, voilà la véritable liberté moderne. La liberté politique en est la garantie; la liberté politique est par conséquent indispensable. Mais demander aux peuples de nos jours de sacrifier comme ceux d'autrefois la totalité de leur liberté individuelle à la liberté politique, c'est le plus sûr moyen de les détacher de l'une, et quand on y serait parvenu, on ne tarderait pas à leur ravir l'autre.
Benjamin Constant,« De la liberté des anciens comparée à celle des modernes » (1819),dans Écrits politiques, Gallimard, colt. «Folio», 1997, p. 275-276 et 285.

Second extrait:

 " [ chez les anciens] les actions privées sont soumises à une surveillance sévère. Rien n'est accordé à l'indépendance individuelle, ni sous le rapport des opinions, ni sous celui de l'industrie, ni surtout sous le rapport de la religion. [...]
Ainsi chez les anciens, l'individu, souverain presque habituellement dans les affaires publiques, est esclave dans tous ses rapports privés. Comme citoyen, il décide de la paix et de la guerre; comme particulier, il est circonscrit, observé, réprimé dans tous ses mouvements [...]. Chez les modernes, au contraire, l'individu, indépendant dans la vie privée, n'est, même dans les États les plus libres, souverain qu'en apparence. Sa souveraineté est restreinte, presque toujours suspendue; et si à époques fixes, mais rares [...], il exerce cette souveraineté, ce n'est jamais que pour l'abdiquer.
Benjamin Constant,«De la liberté des anciens comparée à celle des modernes» (1819),Écrits politiques, Gallimard, coll. «Folio», 1997, p. 593-595

 

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