cruauté des anarchistes au cours d'une expédition punitive en EspagneIl en a été question ce matin lors de l''émission Répliques. Lettre de Simone Weil à Bernanos
(ne pas confondre avec Simone Veil, la femme politique qui soutient Sarkozy)
HANSEN LOVES PHILOSOPHY
Entretenir une relation avec mes élèves, mes lecteurs, mes étudiants...
cruauté des anarchistes au cours d'une expédition punitive en Espagne
Est-ce celle de Ségolène Royal , qui dit qu'elle régularisera tous les parents et grands-parents d'enfants scolarisés (sur Grand-Jury- RTL -LCI) 
s: Finkielkraut reçoit Pierre Hassner
Par Nina Montané (HK2 Mars 2007)
On dit parfois qu’une action est « belle », comme le sacrifice d’Antigone pour la dépouille de son frère, c’est-à-dire pour le respect de la loi morale universelle. Mais cela semble relever d’une confusion (on devrait qualifier cette action de noble, ou de droite, ou tout simplement de morale) car le beau est, ce qui provoque en nous un sentiment de plénitude, d’harmonie, ou de perfection en son genre, devant le spec Une œuvre d’art est souvent qualifiée d’immorale par des instances ayant autorité dans la société, et qui visent par là soit la démarche artistique elle-même, soit le contenu d’une œuvre. Les monothéismes comme le Judaïsme et l’Islam condamnent la représentation de Dieu (dont il est même interdit de prononcer le nom dans la religion juive). Ils assimilent ainsi la représentation à une forme d’immoralité, car le fait de dessiner ou de peindre Dieu le réduit, travestit son essence. De même le christianisme, s’il autorise la représentation des envoyés de Dieu (comme son fils, le Christ, dont la figure est omniprésente dans le culte) proscrit la représentation théâtrale ; supposée immorale, parce que mensongère. Le bannissement des comédiens de la religion chrétienne montre également une autre facette de la désapprobation morale de l’œuvre d’art, qui ne se réduit pas à la démarche artistique ni au fait de travestir la réalité, mais bien d’exprimer des contenus immoraux . Ainsi dans Tartuffe, de Molière, les héros usent de stratagèmes immoraux, comme la tromperie, pour démasquer l’hypocrisie. Ainsi une œuvre d’art est déclarée immorale par les bien-pensants ; on juge qu’elle corrompt les mœurs, qu’elle incite à l’immoralité. Le roman de Flaubert, Madame Bovary, a valu à son auteur un procès pour atteinte aux bonnes mœurs par un comité de censure, à cause de son intrigue : le récit de la vie d’une femme qui s’ennuie, lit de la mauvaise littérature et trompe son mari. Or, si l’on intente des procès aux auteurs d’œuvres immorales, c’est que l’on considère que l’œuvre d’art doit avoir un contenu moral. Ainsi Les malheurs de Sophie, de
tacle d’apparences « belles » , notamment devant une œuvre d’art ( qui est le résultat de la démarche artistique). Or, on nomme immoral ce qui va à l’encontre de la loi morale (que me dicte ma raison comme étant mon devoir, ou qui résulte de l’amour que je ressens pour l’autre et qui m’interdit de penser à moi avant de penser à lui), en toute conscience, soit dans le but de faire le mal, soit parce que mes intérêts personnels me semblent plus importants que le respect du devoir. Cette définition semble difficilement applicable à une œuvre d’art ; et la morale et l’esthétique semblent renvoyer à deux registres distincts. Dans cette mesure, on peut se demander en quoi une œuvre d’art pourrait aller à l’encontre de la morale, c’est-à-dire dans quelle mesure ces deux registres peuvent s’opposer ou se rejoindre. Nous verrons dans un premier temps qu’une œuvre morale peut sembler immorale par son contenu et sa démarche ; puis on s’interrogera sur le caractère amoral de l’oeuvre d’art. Enfin, nous observerons que l’œuvre d’art ne peut pas être totalement immorale, du fait de sa forme et de son action unifiante pour les hommes.
Est amoral ce qui ne prend pas en compte la dimension morale (sans être pour ni contre la morale). Et la beauté ou la valeur d’une œuvre d’art correspond à un sentiment d’harmonie, de perfection dans la composition de l’œuvre - ce que Kant qualifie de « finalité sans fin ». L’œuvre existe pour elle-même et est sa propre fin, rien ne pourrait y être ajouté ou retiré afin de la rendre meilleure. Ainsi, il ne semble pas pertinent de qualifier la scène du vol des hélicoptères dans Apocalypse now de Francis Ford Coppola d’ "immoral ».La musique de Wagner et la beauté des images de militaires se préparant à massacrer des autochtones ne cherchent pas à glorifier ces actions. Ces plans, le son des pales des hélicoptères et la musique de la « Chevauchée des Walkyries » se combinent harmonieusement pour former une séquence parmi les plus belles du cinéma. Le jugement esthétique doit ici se détacher du contenu pour juger la forme. C’est aussi pour ce motif que Kant considère que la vraie beauté n’est pas la « beauté adhérente » , celle qui véhicule un contenu moral ou une idéologie. On ne peut que lui donner raison quand on observe l’architecture soviétique ou l’art futuriste mussolinien. L’art au service de l’idéologie semble s’enfermer et perdre de sa gratuité, quand son seul but semble être l’émulation et la glorification du modèle totalitaire. Mais il peut également sembler que des œuvres réalisées par les artistes voulant « faire passer un message », selon l’expression consacrée, puissent avoir néanmoins une valeur artistique, comme par exemple le film « Soy cuba », réalisé par le soviétique Mikhailkov, et dont la beauté reste saisissante/ La maîtrise formelle est présente, et le sentiment du beau aussi , aussi bien dans les plans, que dans le montage ou la musique. L’art peut donc émerger de l’idéologie, en s’en détachant, et dépassant toute morale. Mais une dernière forme d’accusation d’immoralité peut accabler une œuvre d’art. Si l’on considère ce terme sans l’acception d’irrespect et de transgression des règles établies, on peut voir les condamnations des premiers impressionnistes par les critiques et amateurs d’art de l’époque comme une forme d’accusation d’immoralité. En effet, le coucher de soleil sur lez port de Harfleur peint par Monet a déchaîné les critiques qui le qualifiaient d’œuvre inachevée, et qui donc jugeaient son exposition irrespectueuse. En réalité, on voit bien que la transgression des canons établis, si elle est mal comprise au début, est nécessaire à la création, dans le sens de fabrication de quelque chose de nouveau et qui dépasse les normes académiques. C’est ce que Kant appelle le « génie » dans l’Analytique du beau, c’est-à-dire que l’artiste génial, qui produit des œuvres d’une qualité exceptionnelle, le fait sans savoir et sans règle préétablie. Ainsi un quelconque contenu moral semblerait dégrader l’œuvre d’art, en donnant une règle à suivre à l’artiste, donc en empêchant sa liberté. C’est ce qui fait que certaines œuvres dont le contenu est contraire à la morale sont mal comprises, car celui qui n’a pas de goût esthétique s’arrêtera au fond de l’œuvre sans juger de sa forme. D’une manière très prosaïque, il semble absurde de dire qu’une œuvre est immorale, dans le sens où elle ferait du mal à quelqu’un. L’œuvre n’a pas de but moral. Un ballet de Noureev n’a pas une visée morale, comme la danse en général, qui est une création et une expression sans permanence, purement gratuite, qui n’existe que pendant l’instant où le corps du danseur se fait mouvement et œuvre, à la fois matière et forme de la danse. Dans la mesure où une œuvre d’art renvoie au champ de l’esthétique, on ne la juge que d’un point de vue formel, et un quelconque message moral semblerait susceptible de dégrader ou d’enfermer l’œuvre dans des règles qu’elle doit nécessairement dépasser pour être belle. Car il n’y a pas de recettes pour faire une belle œuvre, ainsi que le raconte la parabole du « Chef d’œuvre inconnu » de Balzac. L’œuvre d’art doit donc être amorale dans sa démarche de création pour être libre.
On pourrait cependant trouver des dimensions communes au moral et au beau, notamment parce qu’ils se jugent tous deux à partir de leur forme et d’une certaine universalité. Et différents éléments laissent penser qu’une œuvre d’art ne peut être immorale, pas seulement parce qu’elle est amorale, mais aussi en raison de certains effets qui rendent le beau moral. Il semble qu’une œuvre d’art, par sa forme et par son action, ait un effet pacificateur, même si ce n’est pas la motivation de l’artiste. Tout d’abord, au niveau de la forme, le domaine moral et le domaine esthétique sont appréciés par un « jugement réfléchissant » comme le fait remarquer Kant (note de LHL : il s'agit là d'une erreur. Le jugement réfléchissant vaut pour la politique, non pour la morale), c’est-à-dire qu’on ne les juge pas à partir de catégories préétablies, mais que l’on élabore une règle en partant d’un œuvre ou d’un acte particulier. Ainsi ces deux registres sont liés par leur dimension universelle, ou du moins la prétention à l’universel, et sont susceptibles de toucher tous les hommes. Jean Cocteau, dans l’une de ses pièces, fait dire au mythe : « Je suis un mensonge qui dit toujours la vérité ». C’est aussi ce que pourrait dire l’œuvre d’art. Le reproche d’immoralité au sens de "travestissement de la réalité" et donc de mensonge, ou de tromperie, proféré par celui qui considère que la réalité immédiate est la seule réalité valable, et correspond à la vérité. Or, selon Hegel, dans l’Esthétique, l’œuvre d’art est plus réelle que la réalité immédiate car elle nous permet d’appréhender plusieurs facettes de la réalité et de l’essence des choses et des êtres, par la représentation. Or cette représentation n’est pas toujours conforme à l’apparence des choses. On peut penser à
Si le contenu de l’œuvre d’art peut sembler choquant et corrupteur à certaines personnes, on ne peut qualifier pour cette raison une œuvre d’art d’immorale car ce n’est pas le contenu de l’œuvre qui doit être jugé, mais sa forme. Ainsi, le sentiment esthétique ou le beau ne vont jamais à l’encontre de la morale, même si le but de l’œuvre n’est jamais d’être morale car la création artistique est libre avant tout, et est amorale dans la démarche de création. Néanmoins, on peut avancer que l’œuvre d’art est même morale dans l’effet qu’elle produit sur les hommes. Le caractère universel du sentiment esthétique et l’approfondissement de la sensibilité de celui qui contemple l’œuvre d’art ne peut le pousser à des sentiments belliqueux ou de révolte. Ou , plutôt : si ce type de sentiments est éveillé, il n’est jamais immoral mais reste du domaine de l’irréalisé, du fantasme ; et il peut sembler bien plus moral de fantasmer des crimes et de soulager des pulsions destructrices par la représentation que par le passage à l’acte. Mais le plus beau dans l’œuvre ne doit pas être sa moralité ou son immoralité, son action fédératrice ou sa capacité d’émouvoir, mais bien sa liberté et sa gratuité.
Dans une conférence prononcée en 1819, le philosophe libéral Benjamin Constant explique en quoi notre conception de la liberté diffère de celle des anciens. Ceux-ci concevaient la liberté comme un pouvoir de décision concernant le bien commun. Un citoyen moderne attend surtout du pouvoir la protection de ses intérêts privés.
Nous ne pouvons plus jouir de la liberté des anciens', qui se composait de la participation active et constante au pouvoir collectif. Notre liberté à nous doit se composer de la jouissance paisible de l'indépendance privée. La part que dans l'antiquité chacun prenait à la souveraineté nationale n'était point, comme de nos jours, une supposition abstraite. La volonté de chacun avait une influence réelle; l'exercice de cette volonté était un plaisir vif et répété. En conséquence, les anciens étaient disposés à faire beaucoup de sacrifices pour la conservation de leurs droits politiques et de leur part dans l'administration de l'État. Chacun sentant avec orgueil tout ce que valait son suffrage, trouvait, dans cette conscience de son importance personnelle, un ample dédommagement.
Ce dédommagement n'existe plus aujourd'hui pour nous. Perdu dans la multitude', l'individu n'aperçoit presque jamais l'influence qu'il exerce. Jamais sa volonté ne s'empreint sur l'ensemble, rien ne constate à ses propres yeux sa coopération. L'exercice des droits politiques ne nous offre donc plus qu'une partie des jouissances que les anciens y trouvaient, et en même temps les progrès de la civilisation, la tendance commerciale de l'époque, la communication des peuples entre eux, ont multiplié et varié à l'infini les moyens de bonheur particulier. [...]
Le but des anciens était le partage du pouvoir social entre tous les citoyens d'une même patrie; c'était là ce qu'ils nommaient liberté. Le but des modernes est la sécurité dans les jouissances privées; et ils nomment liberté les garanties accordées par les institutions à ces jouissances. [...]
La liberté individuelle, je le répète, voilà la véritable liberté moderne. La liberté politique en est la garantie; la liberté politique est par conséquent indispensable. Mais demander aux peuples de nos jours de sacrifier comme ceux d'autrefois la totalité de leur liberté individuelle à la liberté politique, c'est le plus sûr moyen de les détacher de l'une, et quand on y serait parvenu, on ne tarderait pas à leur ravir l'autre.
Benjamin Constant,« De la liberté des anciens comparée à celle des modernes » (1819),dans Écrits politiques, Gallimard, colt. «Folio», 1997, p. 275-276 et 285.
Second extrait:
" [ chez les anciens] les actions privées sont soumises à une surveillance sévère. Rien n'est accordé à l'indépendance individuelle, ni sous le rapport des opinions, ni sous celui de l'industrie, ni surtout sous le rapport de la religion. [...]
Ainsi chez les anciens, l'individu, souverain presque habituellement dans les affaires publiques, est esclave dans tous ses rapports privés. Comme citoyen, il décide de la paix et de la guerre; comme particulier, il est circonscrit, observé, réprimé dans tous ses mouvements [...]. Chez les modernes, au contraire, l'individu, indépendant dans la vie privée, n'est, même dans les États les plus libres, souverain qu'en apparence. Sa souveraineté est restreinte, presque toujours suspendue; et si à époques fixes, mais rares [...], il exerce cette souveraineté, ce n'est jamais que pour l'abdiquer.
Benjamin Constant,«De la liberté des anciens comparée à celle des modernes» (1819),Écrits politiques, Gallimard, coll. «Folio», 1997, p. 593-595
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