Identité et diversité
Pour savoir si le changement est compatible avec l'identité, il faut bien distinguer les changements de nature et les changements de degré:
"Selon notre manière commune de voir le monde, l'identité n'est pas incompatible avec le changement et il n'est pas raisonnable de se contenter d'affirmer que « si ça change, c'est différent »
pour rendre compte du problème de l'identité à travers le temps. Que certains changements annihilent l'existence des individus qui s'en trouvent affectés est une chose, que n'importe quel
changement détruise l'identité d'un individu en est une autre. Il ne fait guère de doute non seulement que nous acceptons fort bien que l'identité et le changement sont compatibles dans nos jeux
de langage ordinaires, mais encore que l'identité et le changement sont inscrits au coeur des choses elles-mêmes, au moins en ce qui concerne les objets biologiques.
Pour lever cette ambiguïté essentielle entre la persistance et la non-persistance des choses en devenir, il convient d'opérer une distinction entre deux types de changements les
changements de type 1 qui préservent l'identité de la chose qui change et les changements de type 2 qui la détruisent.[...] Nous pouvons préciser la différence entre les
changements de type 1 et les changements de type 2 en soulignant que les changements de type 1 sont des changements de degré (du foetus au bébé, du bébé à l'enfant, de
l'enfant à l'adulte, de l'adulte au vieillard), tandis que les changements de type 2 sont des changements de nature (du vieillard au cadavre). En termes aristotéliciens , nous pouvons
dire que les changements de type 1 sont des changements de lieu (translation), de propriété ou de qualité (altération), ou de quantité (accroissement et décroissement), et que les changements de
type 2 sont des changements de substance (génération et corruption).
Dès lors, l'hypothèse d'un changement transortal (1 de type 1, comme on peut en rencontrer dans la littérature fantastique, chez Ovide et chez Kafka (2 dans leurs récits de
métamorphoses respectifs, ou encore dans la Bible à travers le récit de la femme de Loth transformée en statue de sel, ne saurait être prise au sérieux. Si, réellement, on entend par sorte ce
qu'une chose est spécifiquement, il est vain d'imaginer qu'une chose puisse franchir sans encombre la muraille de son espèce (identité spécifique). On n'échappe pas à sa sorte. Si les têtards se
transforment en grenouilles, les carrosses ne se transforment pas en citrouilles. Comprenons : dans le cas des métamorphoses naturelles et tout à
fait réelles, il y a transformation d'un état d'une substance donnée à un autre état de la même substance (changement de type 1) ; dans le cas des métamorphoses fantastiques, il y a bel et bien
passage d'une substance à une autre substance (changement de type 2)".
Maxime Ferret
L'identité G.F. 1998
Note 1 : Transortal : d'une sorte à l'autre. Changement "transortal ": changement de genre , ou encore de nature.
Note 2 : Kafka : La métamporphose
Ovide: Les métamorphoses
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