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Dimanche 25 mars 2007
Je vous recommande les deux textes ci-dessous (Manifeste du futurisme, et "la guerre est belle"), en attendant mon corrigé.


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Dimanche 25 mars 2007
Le Manifeste du Futurisme  paru le 20 Février 1909 dans le Figaro
1. Nous voulons chanter l'amour du risque, l'habitude de l'énergie et de la témérité.
2. Le courage, l'audace et la révolte seront les éléments essentiels de notre poésie.
3. La littérature ayant jusqu'ici magnifié l'immobilité pensive, l'extase et le sommeil, nous voulons exalter le mouvement agressif, l'insomnie fiévreuse, le pas de course, le saut mortel, la gifle et le coup de poing.
4. Nous affirmons que la splendeur du monde s'est enrichie d'une beauté nouvelle : la beauté de la vitesse. Une automobile de course avec son coffre orné de gros tuyaux tels des serpents à l'haleine explosive ... une automobile rugissante qui semble courir sur la mitraille est plus belle que la Victoire de Samothrace.
5. Nous voulons célébrer l'homme qui tient le volant dont la tige idéale traverse la Terre, lancée elle-même sur le circuit de son orbite.
6. Il faut que le poète se prodigue avec ardeur, faste et splendeur pour augmenter la ferveur enthousiaste des éléments primordiaux.
7. Il n'y a plus de beauté que dans la lutte. Aucune oeuvre d'art sans caractère agressif ne peut être considérée comme un chef-d'oeuvre. La poésie doit être conçue comme un assaut violent contre les forces inconnues pour les réduire à se prosterner devant l'homme.
8. Nous sommes sur le promontoire extrême des siècles! ... Pourquoi devrions-nous nous protéger si nous voulons enfoncer les portes mystérieuses de l'Impossible? Le Temps et l'Espace mourront demain. Nous vivons déjà dans l'absolu puisque nous avons déjà créé l'éternelle vitesse omniprésente.
9. Nous voulons glorifier la guerre - seule hygiène du monde -, le militarisme, le patriotisme, le geste destructeur des anarchistes, les belles idées pour lesquelles on meurt et le mépris de la femme.
10. Nous voulons détruire les musées, les bibliothèques, les académies de toute sorte et combattre le moralisme, le féminisme et toutes les autres lâchetés opportunistes et utilitaires.
11. Nous chanterons les foules agitées par le travail, par le plaisir ou par l'émeute : nous chanterons les marées multicolores et polyphoniques des révolutions dans les capitales modernes ; nous chanterons la ferveur nocturne vibrante des arsenaux et des chantiers incendiés par de violentes lunes électriques, les gares goulues dévorant des serpents qui fument, les usines suspendues aux nuages par des fils tordus de fumée, les ponts pareils à des gymnastes qui enjambent les fleuves étincelant au soleil comme des couteaux scintillants, les paquebots aventureux qui flairent l'horizon, les locomotives à la poitrine large qui piaffent sur les rails comme d'énormes chevaux d'acier bridés de tubes et le vol glissant des avions dont l'hélice claque au vent comme un drapeau et semble applaudir comme une foule enthousiaste.
C'est en Italie que nous lançons ce manifeste de violence culbutante et incendiaire, par lequel nous fondons aujourd'hui le Futurisme parce que nous voulons délivrer l'Italie de sa gangrène d'archéologues, de cicérones et d'antiquaires ..."
F.T. Marinetti
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Dimanche 25 mars 2007

L'OEUVRE D'ART A L'ERE DE SA REPRODUCTIBILITE TECHNIQUE...
   
"[...] C'est pourquoi [...] nous affirmons ceci : la guerre est belle, parce que, grâce aux  masques à gaz, au terrifiant mégaphone, aux lance-flammes et aux petits chars d'assaut, elle  fonde la souveraineté de l'homme sur la machine subjuguée. La guerre est belle, parce  qu'elle réalise pour la première fois le rêve d'un homme au corps métallique. La guerre est belle, parce qu'elle enrichit un pré en fleurs des orchidées flamboyantes que sont les mitrailleuses. La guerre est belle, parce qu'elle rassemble, pour en faire une symphonie, la
fusillade, les canonnades, les suspensions de tir, les parfums et les odeurs de
décomposition. La guerre est belle, parce qu'elle crée de nouvelles architectures, comme
celle des grands chars, des escadres aériennes aux formes géométriques, des spirales de
fumée montant des villages incendiés, et bien d'autres encore (...). Ecrivains et artistes
futuristes, [...]rappelez-vous ces principes fondamentaux d'une esthétique de guerre, pour
que soit ainsi éclairé [...) votre combat pour une nouvelle poésie et une nouvelle sculpture ! »
Ce manifeste a l'avantage de bien dire ce qu'il veut. Sa façon de poser le problème mérite
d'être reprise par le dialecticien. Voici comment se présente à lui l'esthétique de la
guerre d'aujourd'hui : lorsque l'usage naturel des forces productives est paralysé par le
régime de la propriété, l'accroissement des moyens techniques, des rythmes, des sources
d'énergie, tend à un usage contre nature. Il le trouve dans la guerre, qui, par les
destructions qu'elle entraîne, démontre que la société n'était pas assez mûre pour faire de
la technique son organe, que la technique n'était pas assez élaborée pour dominer les forces
sociales élémentaires. La guerre impérialiste, avec ses caractères atroces, a pour facteur
déterminant le décalage entre l'existence de puissants moyens de production et
l'insuffisance de leur usage à des fins productives (autrement dit, le chômage et le manque
de débouchés). La guerre impérialiste est une récolte de la technique qui réclame sous forme
de « matériel humain » ce que la société lui a arraché comme matière naturelle. Au lieu de
canaliser les rivières, elle dirige le flot humain dans le lit de ses tranchées ; au lieu
d'user de ses avions pour ensemencer la terre, elle répand ses bombes incendiaires sur les villes, et, par la guerre des gaz, elle a trouvé un nouveau moyen d'en finir avec l'aura.
Fiat ars, pereat mundus (1 , tel est le mot d'ordre du fascisme, qui, Marinetti le
reconnaît, attend de la guerre la satisfaction artistique d'une perception sensible modifiée
par la technique. C'est là évidemment la parfaite réalisation de l'art pour l'art. Au temps
d'Homère, l'humanité s'offrait en spectacle aux dieux de l'Olympe ; elle s'est faite
maintenant son propre spectacle. Elle est devenue assez étrangère à elle-même pour réussir à
vivre sa propre destruction comme une jouissance esthétique de premier ordre. Voilà quelle
esthétisation de la politique pratique le fascisme. La réponse du communisme est de
politiser l'art."

 Walter Benjamin
Editions Médiations, p 124-126
1. « Que l'art s'effectue, même si le monde doit périr. » Détournement d'un adage latin:
Fiat justicia, pereat mundus
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Dimanche 25 mars 2007
De la liberté naturelle à la liberté civile:

"Ce que l'homme perd par le contrat social, c'est sa liberté naturelle et un droit illimité à tout ce qui le tente et qu'il peut atteindre ; ce qu'il gagne, c'est la liberté civile et la propriété de tout ce qu'il possède. Pour ne pas se tromper dans ces compensations, il faut bien distinguer la liberté naturelle qui n'a pour bornes que les forces de l'individu, de la liberté civile qui est limitée par la volonté générale, et la possession qui n'est que l'effet de la force ou le droit du premier occupant, de la propriété qui ne peut être fondée que sur un titre positif'.
On pourrait sur ce qui précède ajouter à l'acquis de l'état civil la liberté morale, qui seule rend l'homme vraiment maître de lui ; car l'impulsion du seul appétit est esclavage, et l'obéissance à la loi qu'on s'est prescrite est liberté. Mais je n'en ai déjà que trop dit sur cet article, et le sens philosophique du mot liberté n'est pas ici de mon sujet".
Du contrat social 1, 8


"Il y a deux sortes de dépendance. Celle des choses qui est de la nature ; celle des hommes qui est de la société. La dépendance des choses n'ayant aucune moralité ne nuit point à la liberté et n'engendre point de vices. La dépendance des hommes étant désordonnée les engendre tous,. et c'est par elle que le maître et l'esclave se dépravent mutuellement. S'il y a quelque moyen de remédier à ce mal dans la société, -c'est de substituer la loi à l'homme, et d'armer les volontés générales d'une force réelle supérieure à l'action de toute volonté particulière. Si les lois des nations pouvaient avoir comme celles de la nature une inflexibilité que jamais aucune force humaine   ne pût vaincre, on réunirait dans la République tous les avantages de l'état naturel à ceux de l'état civil, on joindrait à la liberté qui maintient l'homme exempt de vices la moralité qui l'élève à la vertu"

Emile, Pléiade p 311
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