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Mardi 10 avril 2007
Demain j'enchaîne: la citoyenneté, la nation.
Puis l'éducation , l'éducation et la citoyenneté.
 N'oubliez pas de me le dire si vous pensez que j'oublie quelque chose!
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Mardi 10 avril 2007
    Exposé de  Marie Canivet , TL

Bibliographie :
Montesquieu  Esprit des lois, Livre I, chapitre 5, et Livre 5 Chapitre 7
Rousseau Emile, Livre 4
Tocqueville De la démocratie en Amérique, Tome II, deuxième partie Chapitres 1, 2 et 15
 Troisième partie, Chapitre 1 et Quatrième partie, chapitres 1 et 6.
Hannah Arendt " L'autorité " in La crise de la culture
Pierre Manent Tocqueville et la nature de la démocratie

Introduction:
   Depuis quelques siècles, c'est-à-dire, depuis que la mentalité démocratique a été intégrée dans les sociétés, on constate que le concept d'autorité traditionnel a été frappé de discrédit, a perdu la valeur dont il bénéficiait, en bref, que la démocratie a disqualifié, a jeté le discrédit sur l'autorité traditionnelle.
   Bien que ce phénomène se soit développé sur plusieurs siècles, on retient une date importante dans l'histoire de la société française, voire européenne, celle de Mai 68 lorsque la société a été profondément modifiée par la remise en cause de l'autorité traditionnelle, cette remise en cause étant à l'origine de ce mouvement étudiant.
   Ainsi, pour tenter de comprendre le fait que la démocratie progresse au détriment de l'autorité, que la démocratie a un effet négatif sur l'autorité, on expliquera, dans un premier temps, quelles sont les valeurs de la démocratie par opposition à celle de l'autorité. On posera, ensuite, les problèmes que génèrent l'incompatibilité de ces deux systèmes de valeurs. Puis, on parlera, pour finir, de la nécessité de retrouver un équilibre entre autorité et démocratie qui se trouve peut-être dans la nouvelle forme d'autorité que l'on retrouve dans nos sociétés contemporaines.

I. Démocratie et autorité, deux systèmes de valeurs incompatibles et opposés.
     Effectivement, la mentalité démocratique et le concept traditionnel d'autorité sont opposés. Et, c'est cette opposition qui génère un antagonisme et même une incompatibilité entre la démocratie et l'autorité.
   Ainsi, pour mieux voir et comprendre le contraste qui existe entre ces deux notions, on énoncera les valeurs qui les caractérisent et les principes qui les gouvernent.
 A) Les valeurs de la démocratie:
   Pour parler de ce qui caractérise la démocratie on s'appuiera sur la point de vue de Tocqueville en ce qui concerne le fondement de la démocratie. Puis,  on énoncera d'autres caractéristiques qui découlent de ces fondements.
   D'abord, pour Tocqueville, la valeur fondamentale de la démocratie, c'est l'égalité des conditions. Aussi, cette égalité constitue un état social, c'est-à-dire, une mentalité dont il  résulte une deuxième valeur démocratique, la souveraineté du peuple.
De plus, cette souveraineté, qui caractérise le régime politique démocratique, implique que celui-ci accorde une place importante à l'opinion publique, qu'il soit régi par l'opinion publique que Tocqueville appelle, ainsi, " le pouvoir social ".
Ainsi, on peut dire que l'égalité des conditions, la souveraineté du peuple et l'opinion publique, que Tocqueville appelle " les trois principes générateurs ", sont les fondements de la démocratie qui relient état social, régime politique et pouvoir. 
   Cependant, il faut ajouter à cette conception d'autres principes qui vont de pair avec ceux que l'ont vient d'établir.
   D'abord, si la démocratie est régie par un principe d'égalité, tous les citoyens ou hommes démocratiques doivent demeurer égaux. Aussi, pour qu'ils soient tous égaux il faut qu'ils aient tous la même liberté, une liberté égale, puisque la liberté est l'essence même de l'homme, c'est sa dignité. Ainsi, on peut dire que la liberté est l'une des valeurs essentielles de la démocratie. 
  De plus, si chaque individu revendique sa liberté pour en avoir autant que son concitoyen, on peut dire que de cette liberté démocratique pousse le citoyen à revendiquer son autonomie, d'une part, et d'autre part, à être l'individualiste, c'est-à-dire, à avoir une tendance à s'affirmer indépendamment des autres, à privilégier sa valeur et ses droits contre les valeurs et les droits du groupe social auquel il appartient.  
    Pour résumer le système de valeur démocratique, on pourrait le simplifier en disant qu'il se fonde sur trois principes, l'égalité des conditions, la souveraineté du peuple, et le pouvoir de l'opinion publique, dont il émane les autres principales valeurs de la démocratie, à savoir la liberté, l'autonomie et l'individualisme.
 B) Les valeurs de l'autorité.
     Pour bien comprendre ce qu'est le concept d'autorité, on commencera par le renvoyer à sa signification originelle. On le définira, ensuite, d'après son sens actuel exact. Puis, après avoir clarifié cette notion, on pourra, pour finir, établir les valeurs qui lui sont associées.
     1) Étymologie et sens originel de " autorité ":
    D'abord, prenons l'autorité au sens qu'elle avait à ses débuts, c'est-à-dire, dans les cités romaines antiques.
    Hannah Arendt dans " Qu'est-ce que l'autorité ? " suggère que cette notion, chez les romains, avait un sens théorique. L'autorité, en fait, à l'époque, l'auctoritas (d'augere qui veut dire augmenter) est ce qui " augmente " l'efficacité d'une loi ou d'un acte juridique. Par exemple, le Sénat avait l'autorité, liée au fait qu'il représentait les ancêtres, les fondateurs de la ville: cette autorité n'avait pas le pouvoir de contraindre les citoyens (par l'usage de la force, par exemple) ni même celui de faire la loi. L'autorité rendait possible, respectable et indiscutable les décisions qu'elle appuyait. Dans ces sociétés antiques, la puissance ne pouvait jamais se concevoir sans autorité ou contre elle.
     2) Définition (tirée du " Petit Larousse 2004 "):
   Ensuite, après avoir défini étymologiquement l'autorité, on la renverra à son sens actuel.  
   Ce terme se rapporte d'abord à un droit, un pouvoir de commander, de prendre des décisions, de se faire obéir. Ce pouvoir est le fait d'une personne ou d'un organisme, comme par exemple l' " autorité parentale " pour désigner l'autorité qu'exercent les parents sur un mineur, jusqu'à ce que celui-ci atteigne sa majorité, ou les professeurs sur leurs élèves.
   Le mot " autorité " désigne ensuite une qualité, un ascendant ou un attribut par lesquels quelqu'un se fait obéir. D'ailleurs, on dit "avoir de l'autorité " ou, " imposer, perdre son autorité ". Quand on utilise l'expression " d'autorité " ou  " de sa propre autorité " c'est pour signifier que l'on agit sans consulter quiconque de manière impérative.
  On parle aussi d'" autorité " pour désigner une personne, un ouvrage ou d'autres sources auxquels on se réfère ou que l'on peut invoquer pour justifier quelque chose. On dit, par exemple, " faire autorité ", s'affirmer comme référence indiscutable. Ex: les arguments d'autorité pour justifier une thèse où une idée.
  Enfin, lorsque ce terme est au pluriel, il se rapporte aux représentants de la puissance publique, les hauts fonctionnaires comme, par exemple, les autorités militaires.
      3) Caractéristiques de l'autorité:
     Maintenant que l'on a bien étudié le sens du terme " autorité ", on peut plus aisément établir et saisir quelles sont les valeurs et les caractéristiques qui renvoient à ce concept.
  D'abord, la marque la plus évidente de l'autorité c'est l'obéissance, étant donné que l'autorité appelle l'obéissance. L'obéissance, c'est le fait de se soumettre à la volonté de quelqu'un ou à un règlement, être soumis à une force, à une nécessité naturelle. L'autorité appelle donc une reconnaissance, par un subordonné ou un sujet inférieur, de sa supériorité ou d'elle-même.
  De cette notion d'obéissance découlent d'autres caractéristiques. En effet, si l'autorité implique une reconnaissance, une acceptation des individus qui lui sont soumis, elle n'a pas besoin, pour être appliquée, d'avoir recours à des sanctions. Elle se concrétise donc sans violence. Autrement dit, elle n'est pas violente. Mais l'autorité s'effectue aussi sans travail de persuasion, sans justification (ce qui serait un signe d'inclination), sans argumentation, en bref, sans procédés rhétoriques. 
  Ainsi, on peut dire que le propre de l'autorité c'est de n'avoir besoin, pour se faire respecter, d'aucun moyen étranger à elle-même mais seulement d'exister en tant que force supérieure et extérieure.      
Conclusion:
   Une fois ainsi exposées les caractéristiques et le sens de ces deux notions, on peut affirmer que celles-ci s'opposent par les valeurs qu'elles véhiculent et la manière dont elles se concrétisent. D'ailleurs, comme on va tenter de l'expliquer à présent, ce contraste est source de difficultés dans la mesure où, même si la mentalité démocratique est instaurée, et justement parce que celle-ci est instaurée, la relation entre démocratie et autorité demeure problématique de par leur incompatibilité.
II. Les problèmes que posent cette incompatibilité.
    On remarque à l'heure actuelle que les sociétés modernes se portent mal. Aussi, on peut supposer, lorsque l'on examine l'histoire des sociétés, que l'origine des troubles de la société vient (entre autres) de la crise de l'autorité puisque, comme on l'a vu précédemment, autorité et démocratie cohabitent avec difficultés.
   Pour montrer l'importance de la crise de la société actuelle, on évoquera d'abord le problème que posent démocratie et autorité dans la famille, puis, par rapport à l'obéissance, et, pour finir, par rapport à l'importance que l'on accorde à l'opinion.
 A) Dans la famille.
   D'abord, la démocratie a bouleversé la conception traditionnelle de la famille, berceau de la société. En effet, le caractère égalitaire et individualiste de la société a modifié les rapports familiaux à deux niveaux:
   D'une part, dans la famille traditionnelle, celui qui détenait l'autorité sur toute la famille, y compris la mère, était le père. Le père était la figure de l'autorité. D'ailleurs, d'un point de vue psychanalytique, celui de Freud avec sa théorie du complexe d'Oedipe, le père était celui qui fonde la loi, c'est-à-dire, la loi de la castration qui interdit à l'enfant le corps de sa mère et édicte l'interdit de l'inceste.
Mais aujourd'hui, l'autorité paternelle n'est plus exclusive. L'autorité a été partagée entre la mère, qui revendique ses droits et exige une égalité homme/femme, et le père. Il n'existe donc plus de symbole de l'autorité au sein même de la famille.
   D'autre part, l'autorité, maintenant parentale a du mal à se faire respecter. En effet, l'autorité ne reposant plus sur une seule et même personne, la responsabilité familiale est aussi partagée, voire diluée. Ainsi, le fait que la responsabilité parentale soit allégée peut entraîner un manque d'implication du parent dans la vie familiale. On pourrait même presque dire que ce manque de prise de responsabilité est le fait d'un phénomène qui tend à infantiliser les adultes, ceux-ci niant leur rôle de citoyen, et par là, l'autorité de l'État.
Mais, à ce problème de responsabilité parentale s'ajoute celui du rapport égalitaire entre parents et enfants qui dénigrent davantage l'autorité: l'enfant n'obéit plus et critique la parole du parent, voire, le parent lui-même.
   Ainsi, on peut dire que le problème de l'incompatibilité de l'autorité et de la démocratie est grave puisqu'il touche la sphère familiale, ce qui a de toute évidence des répercussions, répercussions qui ne peuvent, d'ailleurs, avoir que des conséquences négatives, comme celles de la disparition de l'obéissance, ou une trop importante place accordée à l'opinion publique.
B) Par rapport à l'obéissance.
   L'une des marques les plus éloquentes de la disqualification de l'autorité c'est l'absence d'obéissance.
   En effet, cette disparition de l'autorité est liée à l'individualisme du système démocratique que l'on a déjà évoqué, elle en est la conséquence. En fait, l'individualisme empêche l'obéissance puisqu'il implique un refus des contraintes, et une volonté de ne se conformer à l'autorité qu'après négociation. L'homme démocratique n'agit donc que si la décision lui paraît rationnelle et sans danger, s'il lui en résulte un avantage, si ses droits sont bien défendus et le contrat social bien honoré.
    Pour illustrer cette absence d'obéissance, on prendra l'exemple de l'école. L'école est l'institution républicaine qui est censée préparer, éduquer les futurs citoyens démocratiques. Elle devrait donc être hermétique, dans un but pédagogique, aux valeurs démocratiques. Selon Hannah Arendt, pour former de véritables citoyens, l'école ne devrait pas être " démocratique ". Le problème actuel est que l'individu est démocratique avant même d'être citoyen.
    Aussi, l'école est confrontée à l'individualisme démocratique. En effet, on remarque aujourd'hui que le respect de l'autorité de l'enseignant est quasi inexistant: souvent, il voit sa parole remise en cause, doit user de moyens ludiques pour faciliter l'adhésion et la participation des élèves aux activités pédagogiques qu'il propose, et voit constamment ses décisions contestées et critiquées par les élèves, ceux-ci revendiquant leur liberté et leurs droits de citoyen sans même l'être.
    Ainsi, la crise que génère la confrontation de l'autorité traditionnelle face au système démocratique s'inscrit aussi dans le cadre scolaire où elle se manifeste par une difficulté des enseignants à se faire respecter mais surtout d'une disparition de l'obéissance nécessaire à l'apprentissage et à l'éducation des futurs citoyens de l'État.
C) Par rapport à l'importance de l'opinion publique.
  En démocratie, le peuple détient le pouvoir, il est souverain. Tocqueville dit qu'il est le pouvoir social. Ainsi, c'est l'opinion du peuple qui compte. C'est donc lui qui décide de son État, c'est-à-dire, des lois qui le régissent ou des orientations politiques du pouvoir public, par exemple. Et, lorsque l'on consulte les citoyens pour décider du choix du président, ou d'un changement dans le fonctionnement de l'État, par exemple, comme lors du referendum sur le projet de la constitution européenne de mai 2005, ou encore sur celui du quinquennat présidentiel de septembre 2000, donner son avis, son opinion est, dans ce cas, un devoir. C'est un acte civique puisque le citoyen participe à la vie de l'État. L'avis du peuple, dans ces circonstances, est donc de première importance.
  Cependant, on assiste aujourd'hui à une expansion du pouvoir social. En effet, par le principe de liberté qui émane de la mentalité démocratique, l'homme démocratique a des droits comme celui d'expression, de grève, ou encore de réunion. Aussi, lorsque le citoyen, à l'heure actuelle, est mécontent d'une décision prise par le pouvoir étatique, il use de ses droits pour revendiquer ses opinions.
   Ainsi, ce qui pose problème ce n'est pas le fait que les citoyens usent de leurs droits pour s'exprimer puisque c'est leur droit, mais c'est ce que ces libertés génèrent puisque, nombreux sont les cas où les décisions politiques, sociales, ou économiques de l'État sont influencées par ces mouvements. En effet, si l'État, qui doit faire preuve d'autorité, recule devant les citoyens qui ne veulent pas lui obéir comme lors des manifestations contre l'adoption du " contrat première embauche ", l'autorité est disqualifiée.
   Ainsi, on peut dire que le pouvoir social, étendu par le principe de liberté inhérent à la démocratie, agit bien au détriment de l'autorité de l'État.
Conclusion:
   On peut donc dire que le problème de la crise de l'autorité est inhérent à la société actuelle puisque celui-ci s'inscrit dans toutes les institutions définies par l'État, touchant aussi bien les domaines éducatifs, sources de la mentalité d'une société, que le domaine politique. Mais, la crise de l'autorité ne signifie pas que celle-ci disparaît puisque celle-ci est nécessaire, comme on va le voir ensuite.
III. L'autorité n'est pas inexistante, elle est transférée puisqu'elle est indispensable.
   Néanmoins, il est important de nuancer ce qui vient d'être dit car l'autorité n'est pas inexistante, la démocratie ne l'a pas gommée, elle n'a pas disparu. Mais elle a été déplacée, dévaluée car l'autorité est nécessaire à la société, elle a toujours été et sera toujours mais pas en tant que ce qu'elle a été: sous une autre forme, une forme nouvelle. On expliquera donc dans un premier temps pourquoi l'autorité est nécessaire et qu'elle est sa fonction, puis dans un deuxième temps comment autorité et démocratie ont réussi à se concilier.
  A) L'Autorité est toutefois nécessaire.
  Comme le montre le cas des sociétés primitives où l'autorité émergeait dans un souci d'avoir un point de référence, un être compétent qui détenait toutes les connaissances essentielles à la survie des individus qui la constituaient, l'autorité est un besoin.
   On verra donc pourquoi l'autorité est nécessaire d'un point de vue psychanalytique d'abord, puis, par rapport à la violence.
      1) D'un point de vue psychanalytique:
    Il faut s'appuyer sur les apports des psychanalystes, comme Françoise Dolto par exemple qui, depuis Freud, se sont intéressés à ce qui précède le moment oedipien. Il faut donc, pour comprendre ce qui se joue autour de l'autorité, expliquer la théorie freudienne de la névrose de l'abandon, de l'angoisse abandonnique.
    Pour Freud, la très grande force de ces angoisses archaïques, anciennes, et la grande difficulté à les surmonter seul expliquent que l 'humanité ait inventé, dans toutes les sociétés, un prolongement social de l'enfance, dans lequel la société propose une autorité qui impose une obéissance volontaire et qui se met en forme par la protection de règles qui empêchent le retour de ces peurs archaïques et en protègent l'individu. C'est ce qui explique pourquoi on peut lire, chez une personne qui se pose comme le représentant de l'autorité, le double mouvement suivant :
  Cette personne provoque une situation dans laquelle, par tout un ensemble de signes, elle vous donne sa protection à condition que vous lui obéissiez volontairement.
  De plus, elle le fait avec la menace en arrière-fond de vous abandonner, de ne pas vous aimer si vous ne remplissez pas la première condition de l'autorité,  l'obéissance.
     2) Par rapport à la Violence.
     En effet, l'autorité est nécessaire à une société sereine et paisible. Comme on l'a expliqué précédemment, l'autorité n'est pas synonyme de violence, elle est même un bon moyen de s'en libérer.
  L'autorité s'oppose à la violence dans le sens où elle n'a pas besoin de contraindre, de menacer, ou encore, de faire pression sur son subordonné puisqu'elle est reconnue et acceptée comme telle. Une société où l'autorité se fait respecter est une société ordonnée où chacun accepte la place que la société elle-même lui a attribuée, à savoir, celle de subordonné du pouvoir étatique.  
D'ailleurs, on remarque que la guerre apparaît souvent dans les sociétés désordonnées où règne le chaos, et où le pouvoir central et donc l'autorité s'est effondrée comme, actuellement, -mais les exemples foisonnent dans l'histoire de l'humanité- en Somalie, en Tchétchénie, ou encore en Colombie, où des hommes de guerre dirigent le pays.
    Ainsi, après avoir montré le caractère nécessaire de l'autorité d'un point de vue psychanalytique, et par rapport à la violence, on peut dire que l'autorité, dans les sociétés démocratiques contemporaines existent mais pas sous sa forme traditionnelle, elle existe sous une nouvelle forme.  
   B) Une nouvelle forme d'autorité, l'autorité légale rationnelle:
   L'autorité étant nécessaire, les sociétés contemporaines ont transféré l'autorité. On est passé d'une autorité traditionnelle à une autorité légale rationnelle qui se fonde sur les principes suivants:
La compétence, d'abord. L'autorité rationnelle légale suppose que les acteurs admettent la compétence spécifique de celui qui exerce l'autorité, celle du médecin sur le malade par exemple, et aide la personne, qui s'appuie sur elle, à se développer.
Ensuite, elle se fonde sur l'importance du droit et des lois, c'est-à-dire, le contrôle par la hiérarchie, la prédominance de l'écrit comme vecteur de communication et de décision, et donc, la légitimité et la légalité des procédures qui doivent définir l'autorité.
Cette autorité fonctionne donc sur la justification et la preuve de sa rationalité et de sa légitimité.
   Ainsi, on remarque aujourd'hui que les représentants de l'autorité, pour la faire respecter, se voient constamment obligés de justifier leur décision, comme le font souvent les hommes politiques pour persuader les citoyens du bien fondé de celles-ci.
Conclusion:
      On peut donc dire que, parce que l'autorité est une chose essentielle à la bonne santé d'une société, elle est forcée d'adapter ses valeurs, de se modifier, de se conformer à la mentalité démocratique. Aussi, ce compromis se traduit par la nouvelle forme de l'autorité, l'autorité légale rationnelle.
Conclusion:
       Effectivement, comme on vient de le dire, et comme on peut le constater en observant l'évolution des comportements et des mentalités à travers les générations qui se sont succédées depuis des siècles, l'autorité est disqualifiée. Ainsi, le problème est au centre des débats politiques, sociologiques et philosophiques actuels. D'ailleurs, il est important de signaler que, si les philosophes, comme Hannah Arendt, ont un point de vue très pessimiste sur la question, c'est en réaction par rapport à une société déresponsabilisée qui a constamment besoin d'être sensibilisée, par exemple par des spots publicitaires violents et choquants visant a lui faire prendre conscience du danger de rouler trop vite, pour subvenir à une mentalité qui refuse l'obéissance, et l'acceptation des devoirs, et donc de se substituer  à l'autorité, dans son sens traditionnel.
    Ainsi, il est de même important de nuancer ce point de vue pessimiste en disant que l'autorité n'a pas disparu, mais qu'elle a simplement été transformée puisque ce qui faisait sa force, c'est-à-dire, le fait même qu'elle soit, à savoir, une force extérieure et indiscutable, a été transféré. En effet, l'autorité, aujourd'hui, puise sa force dans la compétence, la légitimité et la rationalité. 





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Mardi 10 avril 2007
L'éducation ne peut se passer de l'autorité. Comment peut-elle s'exercer dans un monde qui met l'autorité de côté?

"La crise de l'autorité dans l'éducation est étroitement liée à la crise de la tradition, c'est-à-dire à la crise de notre attitude envers tout ce qui touche au passé. Pour l'éducateur cet aspect de la crise est particulièrement difficile à porter, car il lui appartient de faire le lien entre l'ancien et le nouveau : sa profession exige de lui un immense respect du passé. Pendant des siècles, c'est-à-dire tout au long de la période de civilisation romanochrétienne, il n'avait pas à s'aviser qu'il possédait cette qualité, car le respect du passé était un trait essentiel de l'esprit romain et le Christianisme n'a ni modifié, ni supprimé cela, mais l'a simplement établi sur de nouvelles bases.
L'essence même de cet esprit romain (bien qu'on ne puisse appliquer cela à toute civilisation, ni même à l'ensemble de la tradition occidentale) était de considérer le passé en tant que passé comme modèle, et dans tous les cas les ancêtres comme de vivants exemples pour leurs descendants. Il croyait même que toute grandeur réside dans ce qui a été, que la vieillesse est donc le sommet de la vie d'un homme et qu'étant déjà presque un ancêtre, le vieillard doit servir de modèle aux vivants. Tout cela est en contradiction non seulement avec notre époque et les temps modernes depuis la Renaissance, mais aussi par exemple avec l'attitude grecque en face de la vie. Quand Goethe dit que vieillir c'est r se retirer progressivement du monde des apparences >, il fait là un commentaire dans l'esprit même des Grecs pour lesquels être et apparaître ne font qu'un. La conception latine serait que c'est justement en vieillissant et en disparaissant peu à peu de la communauté des mortels que l'homme atteint sa plus caractéristique manière d'être même si, par rapport au monde des apparences, il est en train de disparaître car c'est alors seulement qu'il atteint ce mode d'existence où il sera une autorité pour les autres.
Avec l'arrière-plan intact de cette tradition où l'éducation jouait un rôle politique (et ce fut un cas unique), il est en fait, relativement facile de faire ce qu'il faut en matière d'éducation, sans prendre la peine de réfléchir à ce que l'on est en train de faire : l'éthique particulière des principes d'éducation est en parfait accord avec les principes éthiques et moraux de la société en général. Éduquer, selon les termes de Polybe, c'était simplement « vous faire voir que vous êtes tout à fait digne de vos ancêtres » et dans cette tâche, l'éducateur pouvait être un partenaire dans la discussion » et un  partenaire dans le travail, car lui aussi, bien qu'à un niveau différent, passait sa vie les yeux fixés vers le passé. Camaraderie et autorité n'étaient dans ce cas que les deux faces d'une même chose et l'autorité de l'éducateur était fermement fondée dans l'autorité plus vaste du passé en tant que tel. Cependant, nous ne sommes plus dans cette situation aujourd'hui et cela ne veut pas dire grand-chose d'agir comme si nous nous y trouvions encore et comme si nous ne nous étions éloignés du droit chemin que par accident, restant libres de le retrouver n'importe quand. Cela signifie que partout où la crise a éclaté dans le monde moderne, nous ne pouvons nous contenter de continuer, ni même simplement de retourner en arrière. Un tel retour en arrière ne fera jamais que nous ramener à cette même situation d'où justement a surgi la crise. Ce retour ne serait qu'une simple répétition - bien que peut-être différente dans la forme - car il est toujours possible de présenter toute absurdité et toute notion extravagante comme étant le dernier mot de la science. D'autre part, une simple persévérance sans réflexion, qu'elle agisse dans le sens de la crise ou qu'elle demeure attachée au train-train quotidien qui croit naïvement que la crise ne submergera pas son domaine particulier, peut seulement, parce qu'elle s'abandonne au cours du temps, conduire à la ruine.
Dans le monde moderne, le problème de l'éducation tient au fait que par sa nature même l'éducation ne peut faire fi de l'autorité, ni de la tradition, et qu'elle doit cependant s'exercer dans un monde qui n'est pas structuré par l'autorité ni retenu par la tradition. Mais cela signifie qu'il n'appartient pas seulement aux professeurs et aux éducateurs, mais à chacun de nous, dans la mesure où nous vivons ensemble dans un seul monde avec nos enfants et avec les jeunes, d'adopter envers eux une attitude radicalement différente de celle que nous adoptons les uns envers les autres. Nous devons fermement séparer le domaine de l'éducation des autres domaines, et surtout celui de la vie politique et publique. Et c'est au seul domaine de l'éducation que nous devons appliquer une notion d'autorité et une attitude envers le passé qui lui conviennent, mais qui n'ont pas une valeur générale et ne doivent pas prétendre détenir une valeur générale dans le monde des adultes".

In La crise de la culture,Trad. fr. C. Vézin, Paris, Éd. Gallimard,coll. Idées, 1972, p. 232 sq..
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Mardi 10 avril 2007

 Hannah Arendt suggère que la ruine de  l'autorité dans la société moderne, c'est-à-dire la société coupée de ses racines religieuses, rend problématique, de nos jours, la question des fondements de l'éthique. C'est une des clefs de la crise de la culture que nous vivons actuellement:

"Puisque l'autorité requiert toujours l'obéissance, on la prend souvent pour une forme de pouvoir ou de violence. Pourtant l'autorité exclut l'usage de moyens extérieurs de coercition) ; là où la force est employée, l'autorité proprement dite a échoué. L'autorité, d'autre part, est incompatible avec la persuasion qui présuppose l'égalité et opère par un processus d'argumentation. Là où on a recours à des arguments, l'autorité est laissée de côté. Face à l'ordre égalitaire de la persuasion, se tient l'ordre autoritaire, qui est toujours hiérarchique. S'il faut vraiment définir l'autorité, alors ce doit être en l'opposant à la fois à la contrainte par force et à la persuasion par arguments. (La relation autoritaire entre celui qui commande et celui qui obéit ne repose ni sur une raison commune, ni sur le pouvoir de celui qui commande; ce qu'ils ont en commun, c'est la hiérarchie elle-même, dont chacun reconnaît la justesse et la légitimité, et où tous deux ont d'avance leur place fixée.) Ce point est historiquement important; un aspect de notre concept de l'autorité est d'origine platonicienne, et quand Platon commença d'envisager d'introduire l'autorité dans le maniement des affaires publiques de la polis, il savait qu'il cherchait une solution de rechange aussi bien à la méthode grecque ordinaire en matière de politique intérieure, qui était la persuasion, qu'à la manière courante de régler les affaires étrangères, qui était la force et la violence.
 Historiquement, nous pouvons dire que la disparition de l'autorité est simplement la phase finale, quoique décisive, d'une évolution qui, pendant des siècles, a sapé principalement la religion et la tradition. De la tradition, de la religion, et de l'autorité (dont nous discuterons plus tard les liens), c'est l'autorité qui s'est démontrée l'élément le plus stable. Cependant,  avec la disparition de l'autorité, le doute général de l'époque moderne a envahi également le domaine politique où les choses non seulement trouvent une expression plus radicale, mais acquièrent une réalité propre au seul domaine politique. Ce qui jusqu'à présent, peut-être, n'avait eu d'importance spirituelle que pour une minorité, est maintenant devenu l'affaire de tous. Ce n'est qu'aujourd'hui, pour ainsi dire après coup, que la disparition de la tradition et celle de la religion sont devenues des événements politiques de premier ordre".
Hannah Arendt, «Qu'est-ce que l'autorité?», La Crise de la culture (1968),trad. P. Lévy,

Gallimard, colt. «Folio essais», 1989, p. 123-124.
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Mardi 10 avril 2007
La question de l'inné et de l'acquis au centre des présidentielles?
 C'est intéressant , parce que c'est un débat philosophique.Libé
Lorsque Sarkozy dit "il n'est pas normal d'avoir un désir pour un enfant de 3 ans", c'est un discours de bon sens, que tout le monde comprend...
 Quant au débat sur la part de l'inné et de l'acquis dans les orientations sexuelles ou la mélancolie... qui peut parler de certitude à cet égard? Personne!
 Je rappelle que Sartre disait que l'homosexualité était un choix , ce que réfutait catégoriquement Genêt ("je n'ai pas choisi, je suis ainsi!").
 (ne me demandez pas les références, je l'ai entendu dans une émission sur Genêt à la TV).
En ce qui concerne les positions existentialistes de Sartre, elle ont énormément influencé la génération 68 (" il n'y a aucune nature; tout est une question d'éducation").
On en est revenu depuis. L'intelligence, les maladies mentales etc... comportent sûrement une part d'inné. Après, de cette "nature" chacun fait ce qu'il veut, ou ce qu'il peut. Rien n'est plié, ça c'est sûr.
 Mais on ne peut dire non plus qu'il n'y a pas de nature, que le suicide est un acte de liberté etc...
 Votre avis?
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Mardi 10 avril 2007
Comment savoir...
C'est dans Libé Femmes et pouvoir. Alors ça change?

Archives de Libé payantes.
Je vous résume: il y a beaucoup plus de différences entre les individus qu'entre les sexes. Les différences cérébrales  (hommes/femmes) varient selon... les sociétés.
L'essentiel  c'est de comprendre l'étonnante plasticité du cervau humain.
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Mardi 10 avril 2007
 "Ils estiment que Royal n'est pas compétente et que Sarkozy est dangereux. Bayrou apparaît comme la seule alternative"  (Cyrielle, 19 ans)
Un avis parmi d'autres... Libé
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