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Vendredi 18 avril 2008

Les excès du nationalisme sont en partie liée à une surabondance de mémoire. Pour vivre en paix, les hommes doivent aussi savoir oublier. Simon Leys rappelle ici que l'histoire n'est pas un simple ernregistrement du passé:

 "Si vous ne pouvez rien rejeter du grenier de la mémoire, vous ne pouvez ni abstraire ni généraliser. Sans abstraction ni généralisation, il ne peut y avoir de pensée.L'historien ne se contente pas d'enregistrer, il édite, il omet, il juge, il interprète, il réorganise, il arrange, il compose. Sa mission n'est rien moins que « rendre la plus haute sorte de justice à l'univers visible, en portant au jour la vérité multiforme et unique qui en sous-tend chaque aspect ». Mais attention ! Cette phrase que je viens de citer n'est pas d'un historien décrivant sa discipline, elle est d'un romancier célébrant l'art de la fiction : on aura reconnu les premières lignes de la préface que Joseph Conrad écrivit pour son Nègre du Narcisse qui est vraiment une sorte de manifeste universel du Roman.
Le fait est que ces deux arts - celui de l'historien et celui du romancier -, issus l'un et l'autre de la poésie, développent une activité semblable et mettent en oeuvre les mêmes facultés : mémoire et imagination - et c'est bien pourquoi on a pu dire à juste titre : le romancier est l'historien du présent, l'historien est le romancier du passé. L'un et l'autre doivent inventer la vérité".
Simon Leys Le bonheur des petits poissons

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Vendredi 18 avril 2008

 La sécurité est aujourd'hui la divinité suprême selon Nietzsche. C'est pourquoi l'on glorifie le travail, garant d'ordre et de paix sociale:

«  Dans la glorification du « travail », dans les infatigables discours sur la « bénédiction du travail », je vois la même arrière-pensée que dans les louanges adressées aux actes impersonnels et utiles à tous : à savoir la peur de tout ce qui est individuel. Au fond, on sent aujourd'hui, à la vue du travail - on vise toujours sous ce nom le dur labeur du matin au soir -, qu'un tel travail constitue la meilleure des polices, qu'il tient chacun en bride et s'entend à entraver puissamment le développement de la raison, des désirs, du goût de l'indépendance. Car il consume une extraordinaire quantité de force nerveuse et la soustrait à la réflexion, à la méditation, à la rêverie, aux soucis, à l'amour et à la haine, il présente constamment à la vue un but mesquin et assure des satisfactions faciles et régulières. Ainsi une société où l'on travaille dur en permanence aura davantage de sécurité: et l'on adore aujourd'hui la sécurité comme la divinité suprême. Et puis! épouvante ! Le « travailleur », justement, est devenu dangereux! (1 Le monde fourmille d'« individus dangereux»! Et derrière eux, le danger des dangers - l'individuum! (2»  Nietzsche 1880

 

 

Note 1 : Nietzsche fait allusion aux mouvements sociaux du 19 ième siècle

Note 2 : L’individu

 

Friedrich Nietzsche, Aurore (1880), livre III, trad. J. Hervier, Éd. Gallimard, coll. Idées, 1974, pp. 181-182.

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Vendredi 18 avril 2008
 Je traite actuellement la justice.
Ensuite : La communication
La démocratie.
La guerre et la paix.

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Vendredi 18 avril 2008

Je vais mettre en ligne dans les jours qui viennent , outre quelques topos sur des auteurs décisifs ( Arendt, Spinoza...) quelques  textes clés de Platon, Aristote, Machiavel, Montesquieu, Rousseau..
 Ils sont déjà en général quelque part sur l'un de mes blogs. Mais il est parfois un peu long de les chercher, et puis je fais le tri pour vous...
 Je commence par le commencement: Aristote et l'animal politique.

 

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Vendredi 18 avril 2008

 

 L’homme est le seul  « animal politique ». Aristote relève cette spécificité en l’associant étroitement au langage, en tant qu’il est à la source des communautés humaines, et à la justice, qui est la fin de la cité.

 

« Il est évident que l’homme est un animal politique plus que n’importe quelle abeille et que n’importe quel animal grégaire. Car, comme nous le disons, la nature ne fait rien en vain ; or seul parmi les animaux l’homme a un langage. Certes la voix est le signe du douloureux et de l’agréable, aussi la rencontre-t-on chez les animaux ; leur nature, en effet, est parvenue jusqu’au point d’éprouver la sensation du douloureux et de l’agréable et de se les signifier mutuellement. Mais le langage existe en vue de manifester l’avantageux et le nuisible, et par suite aussi le juste et l’injuste. Il n’y a en effet qu’une chose qui soit propre aux hommes par rapport aux autres animaux : le fait que seuls ils aient la perception du bien, du mal, du juste, de l’injuste et des autres notions de ce genre. Or avoir de telles notions en commun c’est ce qui fait une famille et une cité. »

 

Aristote, Les Politiques [environ 325-323 av. J.C.], Livre I, chapitre 2, 1253 a 8 – 1253 a 19, trad. par P. Pellegrin, GF, 1990, p. 91 – 92

 

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Vendredi 18 avril 2008

 Justice commutative : Chez Aristote : justice qui attribue qui chacun ce qui lui est dû suivant un strict principe d’équivalence.  C’est la justice qui prévaut dans les échanges commerciaux et dans les litiges  (justice pénale)

Justice distributive :  Chez Aristote, justice qui  obéit à un principe inégalitaire, puisqu’elle distribue à chacun des avantages et des responsabilités variables suivant les talents, les compétences etc.. On ne doit pas, dit Aristote, attribuer la meilleure flûte  à l’étudiant le plus appliqué, mais au meilleur musicien.

Equité :  (etym :  aequitas , « égalité d’âme », « honnêteté », « esprit de justice ») 1) Chez Aristote : esprit de justice, souci de respecter l’esprit de la loi plutôt que sa lettre, au point d epouvoir parfois prendre une décision contre la loi : « corriger la loi, dans la mesure où celle-ci se montre insuffisante en vertu de son caractère général » 2) Selon John Rawls : principe  de justice souple  qui vise le bien commun, mais qui ne peut être figé ;  on admettra que les meilleurs dispositifs  ne peuvent être fixés  une fois pour toutes. Au contraire une distribution  équitable des bénéfices du marché, des charges et des avantages sociaux, doit  admettre  des  redéfinitions et des remaniements constants en fonction de l’évolution des inégalités et des moyens  appropriés  de  rendre  celles-ci profitables à tous, autant que faire se peut.

Egalité : (etym : latin aequalitas, de aequare, « aplanir », « rendre égal à »). 1) mathématiques : qualité de grandeurs équivalentes c’est-à-dire substituables les unes aux autres.  2) Egalité civile et juridique : principe selon lequel les individus sont égaux devant la loi, c’est-à-dire ont les mêmes obligations et les mêmes droits 3) Egalité politique : principe selon lequel  tous les citoyens , dans une société donnée , peuvent participer  aux décisions d’ordre général ainsi qu’au débat public.

Egalité formelle : égalité des hommes en tant qu’elle est établie et garantie par la loi. L’égalité formelle est une égalité théorique, une égalité sur le papiers. « Formelle » peut être compris de façon péjorative : abstraite ou même fictive

Etat de droit : Conception moderne et juridique de l’Etat qui le définit par la capacité de s’autolimiter, afin d’empêcher toute dérive tyrannique ou despotique. Un  Etat de droit est un Etat à la fois républicain (voir la définition  de la république) et démocratique, c’est-à-dire dont peuple est  tenu pour souverain. Les fondements théoriques de l’Etat de droit se trouvent chez les théoriciens du Contrat social (en particulier  Locke et Rousseau). Dans un Etat de droit, les droits fondamentaux des hommes sont garantis par la loi (la Constitution), à tel point  que l’homme a des droits qu’il peut revendiquer contre l’Etat, et faire valoir auprès de l’Etat  (voir le chapitre : Pour limiter le pouvoir de l’Etat, peut-on s’en remettre à l’Etat)

Droit : (etym : latin directus, « droit », ni courbe ni  tordu ; ce qui est conforme à la règle) 1) Sens courant : pouvoir moral d’exiger quelque chose en vertu d’une règle ou d’un principe reconnu. Les droits  procèdent toujours de contrat tacites qui fixent  des obligations correspondant à ces  droits : il n’y a pas de droits sans devoirs réciproques. 2) Sens juridique : ensemble des règles et des normes qui encadrent la vie sociale et qui s’expriment par des lois. Le droit « positif » est le droit en vigueur dans telle ou telle société.  Le « droit public » est celui qui concerne les rapports des citoyens avec le pouvoir. Le « droit international » régit les rapports des nations les unes avec les autres ainsi que les relations entre les sujets de ces nations. 3) Philosophie : le droit « naturel » ou encore « rationnel »  est celui qui est censé résulter de la nature de l’homme  en tant qu’elle préexiste à toute disposition conventionnelle.  Le droit naturel est posé comme supérieur à toute législation positive ; il constitue la référence indispensable pour tout homme qui refuse de se soumettre au droit positif pour des raisons morales  (droit de désobéir, incarné par Antigone ou Socrate).

 

Droits formels/droits créances : 
 
Droits formels : ce  sont les droits-libertés 

proclamés notamment en France en 1789. Ils définissent pour l’individu des possibilités intellectuelles (liberté de pensée, d’expression, de culte..) ou physiques (liberté de déplacement , de travail, de réunion, de commerce..). La fonction de la loi est d’interdire toute action qui priverait quelqu’un de l’un de ces droits : « La loi doit protéger la liberté publique et individuelle contre l’oppression de ceux qui gouvernent » (Déclaration de 1793). Droits créances : pouvoir d’obliger l’Etat à un certain nombre de services. De tels droits ont introduits progressivement  en France par la constitution de 1791 puis 1848, et dans le droit international (Déclaration universelle des droits de l’homme du 10 décembre 1948) : ce sont les droits économiques et sociaux tels que le droit au  au repos, à la sécurité matérielle, à l’instruction, à trouver un emploi, à la grève, à une juste rémunération, à la retraite etc…

Marché : ensemble des processus qui gouvernent les relations économiques entre les hommes   en fonction desquels les prix des services et des marchandises sont fixés conformément à la loi de l’offre et de la demande,  spontanément, c’est-à-dire  indépendamment des décisions de décideurs politiques ou économiques.

 

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Vendredi 18 avril 2008

Lire les explications ce matin ici de Françoise Vergès, à propos d'Aimé Césaire : Libé

Notez que l'approche est existentialiste:  une "identité dynamique",  "une aspiration jamais défaite à la liberté".

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