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Samedi 19 avril 2008

 Pour le jeune interlocuteur de Socrate, Polos,  "mieux vaut  commettre l'injustice plutôt que de la subir". Les tyrans jouissent apparemment de leur pouvoir sans vergogrne,  et en toute impunité. Contre toute évidence,  contre le bon sens même, Socrate prétend au contraire qu'il est toujours préférable d'être une  victime plutôt qu'un bourreau.
 Plusieurs siècles plus tard,Kant considérera plui aussi que la dignité est plus importante pour l'homme que le bonheur.

Socrate : [...] ce qui nous oppose à présent c'est ceci : - regarde toi-même - au cours de notre discussion, j'ai dit que commettre l'injustice était pire que la subir.
Polos [1]: Oui, parfaitement .
Socrate : Mais  toi, tu dis qu'il est pire de la subir.
Polos : Oui.
Socrate : Puis, j'ai dit que les êtres qui agissent mal sont malheureux, et là, tu m'as réfuté.
Polos : Ah ça oui, par Zeus !
Socrate : Disons plutôt, Polos, que tu penses m'avoir réfuté
Polos : Je pense que je t'ai vraiment réfuté.
Socrate : Peut-être. En tout cas, tu soutiens que les hommes qui commettent l'injustice sont heureux, à condition de n'être pas punis.
Polos : Oui, c'est tout-à-fait exact.
Socrate : Or moi j'affirme qu'ils sont alors les plus malheureux des hommes ; tandis que les coupables qui sont punis sont, eux, moins malheureux. Veux-tu aussi réfuter cette déclaration ?
Polos : Ah oui, il faut dire que cette déclaration est encore plus difficile à réfuter que la première, Socrate !
Socrate : Difficile, non, Polos, impossible plutôt : on n'a jamais réfuté ce qui est vrai.
Polos : Qu'est-ce que tu racontes ? Si un homme est pris alors qu'il complote injustement contre son tyran ; et si, fait prisonnier, on lui tord les membres, on mutile son corps, on lui brûle les yeux, on lui fait subir toutes sortes d'atroces souffrances, et puis, si on lui fait voir sa femme et ses enfants subir les mêmes tortures, et après cela, pour finir, si on le crucifie et on le fait brûler vif, tout enduit de poix, est-ce que cet homme sera plus heureux comme cela que s'il avait pu s'échapper, s'il était devenu tyran et s'il avait passé sa vie à commander dans la cité, en faisant ce qui lui plaît, en homme envié et aimé par les citoyens comme par les étrangers ! Voilà ce qui est impossible à réfuter, d'après toi !
Socrate : Tu me donnes la chair de poule avec ton monstre, mon brave, et pourtant tu ne me réfutes pas - c'est comme tout-à-l'heure[2] quand tu appelais tes témoins. Mais au fait, rappelle-moi juste un détail. N'as-tu pas dit : " alors qu'il complote injustement contre son tyran ?
Polos : Oui, je l'ai dit.
Socrate : Alors comme cela, il ne sera pas plus heureux dans un cas que dans l'autre : ni s'il s'empare injustement de la tyrannie ni s'il est puni. En effet, si, de deux hommes, l'un agissait mal et l'autre était puni, ils seraient aussi malheureux l'un que l'autre, et aucun des deux ne saurait être plus heureux; toutefois le plus malheureux est celui qui a pu s'échapper et devenir tyran. 

 Platon (vers 420-340 av JC) Gorgias 473b-474a Traduction Monique Canto.
GF Flammarion 1987 pp 183-185
Note 1  Polos est le jeune disciple de Gorgias, un sophiste fameux. Il intervient à la suite de celui-ci dans le dialogue du même nom.
Note 2 : Allusion au passage précédent (470 d-472 c) . Polos ayant cité en exemple des tyrans réputés heureux et dénués de remords, Socrate a rejeté ce type de procédés- la production de " témoins "-   dénués, à ses yeux, de toute validité.

 

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Samedi 19 avril 2008


Il existe pour Aristote six types de régimes. Trois régimes visent l'intérêt communs (monarchie, aristocratie, république ou gouvernement constitutionnel). Les trois autres (tyrannie, oligarchie, démocratie) sont des déviations, ou dégénérescences, des premiers :


"Puisque constitution et gouvernement signifient la même chose, et qu'un gouvernement c'est ce qui est souverain dans les cités, il est nécessaire que soit souverain soit un seul individu, soit un petit nombre, soit un grand nombre de gens. Quand cet individu, ce petit ou ce grand nombre gouvernent en vue de l'avantage commun, nécessairement ces constitutions sont droites, mai quand c'est en vue de l'avantage propre de cet individu, de ce petit ou de ce grand nombre, ce sont des déviations. Car ou bien il ne faut pas appeler citoyens ceux qui participent à la vie de la cité, ou bien il faut qu'ils en partagent les avantages.
Nous appelons d'ordinaire royauté celle des monarchies qui a en vue l'avantage commun ; parmi les constitutions donnant le pouvoir à un nombre de gens petit mais supérieur à un, nous en appelons une l'aristocratie soit parce que les meilleurs y ont le pouvoir, soit parce qu'on y gouverne pour le plus grand bien de la cité et de ceux qui en sont membres. Quand c'est la multitude qui détient le gouvernement en vue de l'avantage commun, la constitution est appelée du nom commun à toutes les constitutions, un gouvernement constitutionnel. Et c'est rationnel, car il peut arriver qu'un seul individu ou qu'un petit nombre se distingue par sa vertu, alors qu'il est vraiment difficile qu'un grand nombre de gens possèdent une vertu dans tous les domaines, avec comme exception principale la vertu guerrière : elle naît en effet dans la masse. C'est pourquoi dans cette dernière sorte de constitution c'est la classe guerrière qui est absolument souveraine et ce sont ceux qui détiennent les armes qui participent au pouvoir.
Les déviations des constitutions qu'on a indiquées sont : la tyrannie pour la royauté, l'oligarchie pour l'aristocratie, la démocratie pour le gouvernement constitutionnel. Car la tyrannie est une monarchie qui vise l'avantage du monarque, l'oligarchie celui des gens aisés, la démocratie vise l'avantage des gens modestes. Aucune de ces formes ne vise l'avantage commun'.

Aristote (325-323 av. J.-C.),  Politiques,Livre III, chap. 7, 1279 a 25, trad. P. Pellerin, coll. " GF ", Éd. Flammarion, 1990, pp. 229-230.

 

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Samedi 19 avril 2008

 

Toutes les réponses appellent des objections. D'où la suggestion finale: seule la loi peut être juste. C'est donc à elle qu'il faut confier le pouvoir souverain:

"Mais il y a une difficulté : qu'est-ce que doit être en effet le pouvoir souverain le la ciré ? En effet, c'est sans doute soit la masse, soit les riches, soit les honnêtes gens, soit un seul, le meilleur de tous, soit un tyran. Mais toutes ces hypothèses semblent comporter un inconvénient. Lequel donc ? Si les pauvres, du fait qu'ils sont majoritaires, se partagent les biens des riches, n'est-ce pas injuste ? Non, par Zeus, puisque cela a semblé juste à l'autorité souveraine. biais alors que faudra-t-il appeler le comble de l'injustice, sinon cela ? D'autre part, si on prend tous les citoyens et que la majorité se partage )es biens de la minorité. Il est manifeste qu'ils détruisent la ciré. Mais
enfin ce n'est pas l'excellence qui va détruire ce qui la possède, et le juste n'est tout de même pas facteur de destruction d'une cité ! Il est par conséquent évident qu'une telle loi n'est pas susceptible d'être juste. Autrement les actions accomplies par le tyran seraient justes elles aussi, car il emploie la violence parce qu'il est le plus fort, tout comme la masse à l'égard des riches.
Mais alors est-il juste que ce soit la minorité des riches qui gouverne ? Mais si ceux-ci font la même chose que les autres, c'est-à-dire spolient la masse en la dépouillant de ses biens, est-ce que cela est juste .' Si oui, alors l'autre cas le sera aussi. Que donc toutes ces situations soient mauvaises et injustes, c'est manifeste.
Mais alors faut-il que ce soient les honnêtes gens qui aient en tout le pouvoir souverain ? Dans ce cas tous les autres seront nécessairement privés d'honneurs publics f ...}.
Mais vaut-il mieux que ce soit un seul individu, le plus vertueux, qui gouverne ?Mais c'est encore plus oligarchique : les gens exclus dés honneurs publics seront encore plus nombreux. Il pourrait sembler que, d'une manière générale, donner la souveraineté à un homme et non à la loi est mauvais, puisque l'âme de cet homme peut être sujette aux passions. Mais si on la donne à la loi, que celle-ci soit oligarchique ou démocratique, quelle différence cela fera-t-il eu égard aux difficultés qui nous occupent ? "
 La politique , Livre III, chapitre X I

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Samedi 19 avril 2008

Cet ami visiteur du site me demande de vous signaler son cours de philosophie: pour "entendre un autre son de cloche!" ici
 Ce que je fais bien volontiers!

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