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Lundi 21 avril 2008

A la demande de plusieurs d'entre vous, je vous propose un exemple de corrigé.
Ce n'est qu'un plan détaillé. Je peux répondre à vos questions si vous ne comprenez pas quelque chose
 Notez qu'il s'agit d'un raisonnement, et en aucun cas d'un défilé de points de vue: il ne faut jamais faire une patchwork de citations ni prendre prétexte d'un sujet pour montrer votre savoir.
 Les philosophes que vous connaissez doivne têtre cités avec une très grande circonspection et uniquement si vous savez quelque chose qu'ils ont dit et qui a trait précisément à la question posée. Ce qui est rarement le cas.


ORDRE ET SECURITE, EST-CE LA MÊME CHOSE?
Deux sens du mot "'ordre" : un sens neutre, un un sens positif ( celui  qui nous convient). Distinguez un ordre apparent (formel et précaire) et un ordre profond (subtantiel et durable). Sécurité: situation (objective?) ou sentiment :éventuellement illusoire ? Sécurité pour la vie; ou pour les intérêts vitaux (santé etc...) ou pour les biens. Ordre et sécurité sont étroitement liés. Mais ils ne peuvent être confondus. Quel est leur rapport exactement'? L'un est-il subordonné à l'autre? Si tel est le cas, lequel est-il déterminant ?

I QUOIQUE TRES LIES,. LES DEUX CONCEPS SONT DISTINCTS (Interdépendance)
1) La sécurité est d'abord un objectif individuel; tandis que l'ordre concerne une totalité.
La sécurité apparaît comme une fin (cf "sécurité sociale"), dont l'ordre serait un moyen (forces de i' "ordre").

2) Ordre et insécurité peuvent aller de pair.
"Ordre" naturel: insécurité de l'agneau devant le loup.

3) Désordre et sécurité peuvent être liés:
La démocratie parlementaire (agitation d'une séance au Parlement, par exemple) . La démocratie est un désordre réglé, comme le football.

"ORDRE" et "SECURITE" NE SONT PAS DES "CHOSES". MAIS DES REPRESENTATIONS
En tant que telles, elles sont doublement relatives: relatives à nos appréciations, et relatives entre elles.
1) L'ordre c'est ce qui nous convient, le désordre ce qui nous dérange.
L'appréciation : '°c'est en ordre" traduit une concordance entre notre esprit et les choses. Il en résulte que "ordre" et "désordre" peuvent se convertir l'un dans l'autre (selon les points de vue ).

2) Sécurité: n'est souvent qu'un sentiment, ou une promesse.
Elle peut s'avérer illusoire; une sécurité croissante peut s'allier à un sentiment d'insécurité croissant, et vice versa.

3) C'est le sentiment de sécurité qui fonde l'appréciation d' "ordre".
Il y a de l'ordre parce que je me sens en sécurité (cf Parc naturel par opposition à la jungle). On préfère t"'ordre" civilisé.

III ORDRE ET SEÇURITE SONT EFFECTIVEMENT INTERDEPENDANTS. MAIS C'EST LA SECURITE QUI DETERMINE L'ORDRE, ET NON L'INVERSE.
1) L'ordre sans sécurité est un désordre.
L'ordre despotique est factice: il repose sur l'oppression, c'est-à-dire la violence. L' "ordre" totalitaire est un désordre radical ("anarchie organisée" selon H.Arendt  dans le Système totalitaire}

2) Ni la sécurité, ni l'ordre ne sont des fins en soi.
L'ordre sans la justice est sans valeur, et sans consistance.
La sécurité sans la liberté est indigne " On vit tranquille dans les cachots. Est-ce assez, pour s'y trouver bien?" Rousseau, Du contrat social, I, 4)

3) L' "ordre " social admet le désordre et ne promet pas ta sécurité
Une sécurité garantie est une aliénation radicale. La "paix", mais sans le désordre de la liberté, telle est ta promesse du totalitarisme. La République ne vaut que par la sécurité bien réelle, mais toute relative, qu'elle établit.

CONCLUSION
La République, ce n'est pas l' "ordre". C'est l'organisation stabilisée (par la loi) d'un certain désordre. De plus,la République ne peut garantir  totalement la sécurité. La liberté implique le risque.  Vouloir "la sécurité à tout prix", c'est vouloir l'irresponsabilité: attitude dégradante (Nietzsche, Aurore, § 179). L' "ordre" despotique n'est pas un degré supérieur de l' "ordre" républicain. Il est d'une tout autre nature.  C'est un ordre apparent cachant un profond désordre .Le totalitarisme , c'est une sécurité fictive et un chaos radical.

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Lundi 21 avril 2008


Je vous propose ce texte , en référence au parallèle établi  par les manifestans chinois anti-français,entre le Tibet et la Corse.
La conception de la nation française (par le sol et non par le sang) est volontariste, d'une part. D'autre part, il n'y a qu'un "peuple corse". Consitutionnellement, il n'y a pas de peuple corse , ni breton etc.... De notre point de vue (celui de Rousseau, puis de Renan) un "peuple" n'est pas une donnée naturelle ni historique. Un peuple est une institution.


 QU'EST-CE QU'UNE NATION ? 11 mars 1882 en réponse au Discours sur la nation allemande de  Fichte (1807)
 
La nation n'est pas seulement une réalité historique. C'est une construction

"Une nation est une âme, un principe spirituel. Deux choses qui, à vrai dire, n'en font qu'une, constituent cette âme, ce principe spirituel. L'une est dans le passé, l'autre dans le présent. L'une est la possession en commun d'un riche legs de souvenirs ; l'autre est le consentement actuel, le désir de vivre ensemble, la volonté de continuer à faire valoir l'héritage qu'on a reçu indivis. L'homme, Messieurs, ne s'improvise pas. La nation, comme l'individu, est l'aboutissant d'un long passé d'efforts, de sacrifices et de dévouements. Le culte des ancêtres est de tous le plus légitime ; les ancêtres nous ont faits ce que nous sommes. Un passé héroïque, des grands hommes, de la gloire (j'entends de la véritable), voilà le capital social sur lequel on assied une idée nationale. Avoir des gloires communes dans le passé, une volonté commune dans le présent ; avoir fait de grandes choses ensemble, vouloir en faire encore, voilà les conditions essentielles pour être un peuple. On aime en proportion des sacrifices qu'on a consentis, des maux qu'on a soufferts. On aime la maison qu'on a bâtie et qu'on transmet. Le chant spartiate : « Nous sommes ce que vous fûtes ; nous serons ce que vous êtes » est dans sa simplicité l'hymne abrégé de toute patrie.
Dans le passé, un héritage de gloire et de regrets à partager, dans l'avenir un même programme à réaliser ; avoir souffert, joui, espéré ensemble, !voilà ce qui vaut mieux que des douanes communes et des frontières conformes aux idées stratégiques ; voilà ce que l'on comprend malgré les diversités de race et de langue. Je disais tout à l'heure « avoir souffert ensemble » ; oui, la souffrance en commun unit plus que la joie. En fait de souvenirs nationaux, les deuils valent mieux que les triomphes, car ils imposent des devoirs, ils commandent l'effort en commun.
Une nation est donc une grande solidarité, constituée par le sentiment des sacrifices qu'on a faits et de ceux qu'on est disposé à faire encore. Elle suppose un passé ;elle se résume pourtant dans le présent par un fait tangible : le consentement, le désir clairement exprimé de continuer la vie commune. L'existence d'une nation est (pardonnez-moi cette métaphore) un plébiscite de tous les jours, comme l'existence de l'individu est une affirmation perpétuelle de vie. Oh ! je le sais, cela est moins métaphysique que le droit divin, moins brutal que le droit prétendu historique. Dans l'ordre d'idées que je vous soumets, une nation n'a pas plus qu'un roi le droit de dire .1 une province : « Tu m'appartiens, je te prends. » Une province, pour nous, ce sont ses habitants ; si quelqu'un cri cette affaire a droit d'être consulté, c'est l'habitant. Une nation n'a jamais un véritable intérêt à s'annexer ou à retenir un pays malgré lui. Le voeu des nations est, en définitive, le seul critérium légitime, celui auquel il faut toujours en revenir.
Nous avons chassé de la politique les abstractions métaphysiques et théologiques. Que reste-t-il, après cela ? Il reste l'homme, ses désirs, ses besoins. La sécession, me Mirez-vous, et, à la longue, l'émiettement des nations sont la conséquence d'un système qui met ces vieux organismes :1 la merci de volontés souvent peu éclairées. Il est clair qu'en pareille matière aucun principe ne doit être poussé ;1 l'excès. Les vérités de cet ordre ne sont applicables que dans leur ensemble et d'une façon très générale. Les volontés humaines changent ; mais qu'est-ce qui ne change pas ici-bas ? Les nations ne sont pas quelque chose d'éternel. !(Iles ont commencé, elles finiront. La confédération européenne, probablement, les remplacera. Mais telle n'est pas la loi du siècle où nous vivons. A l'heure présente, l'existence des nations est bonne, nécessaire même. Leur existence est la garantie de la liberté, qui serait perdue si le monde n'avait qu'une loi et qu'un maître.
Par leurs facultés diverses, souvent opposées, les nations servent à l'oeuvre commune de la civilisation ; toutes apportent une note à ce grand concert de l'humanité, Qui, en somme, est la plus haute réalité idéale que nous atteignions. Isolées, elles ont leurs parties faibles. Je me dis souvent qu'un individu qui aurait les défauts tenuschez les nations pour des qualités, qui se nourrirait de vaine gloire ; qui serait à ce point jaloux, égoïste, querelleur ; qui ne pourrait rien supporter sans dégainer, serait le plus insupportable des hommes. Mais toutes ces dissonances de détail disparaissent dans l'ensemble. Pauvre humanité, que tu as souffert ! que d'épreuves t'attendent encore ! Puisse l'esprit de sagesse te guider pour te préserver des innombrables dangers dont ta route est semée !
Je me résume, Messieurs. L'homme n'est esclave ni de sa race, ni de sa langue, ni de sa religion, ni du cours des fleuves, ni de la direction des chaînes de montagnes. Une grande agrégation d'hommes, saine d'esprit et chaude de coeur, crée une conscience morale qui s'appelle une nation. Tant que cette conscience morale prouve sa force par les sacrifices qu'exige l'abdication de l'individu au profit d'une communauté, elle est légitime, elle a le droit d'exister. Si des doutes s'élèvent sur ses frontières, consultez les populations disputées. Elles ont bien le droit d'avoir un avis dans la question. Voilà qui fera sourire les transcendants de la politique, ces infaillibles qui passent leur vie à se tromper et qui, du haut de leurs principes supérieurs, prennent en pitié notre terre à terre. « Consulter les populations, fi donc ! quelle naïveté ! Voilà bien ces chétives idées françaises qui prétendent remplacer la diplomatie et la guerre par des moyens d'une simplicité enfantine. » - Attendons, Messieurs ; laissons passer le règne des transcendants ; sachons subir le dédain des forts. Peul-être, après bien des tâtonnements infructueux, reviendrat-on à nos modestes solutions empiriques. Le moyen d'avoir raison dans l'avenir est, à certaines heures, de savoir se résigner à être démodé".

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