
Une " mutation sans précédent de l'agir humain ".
En 1979 [ c'est 1979], Hans Jonas publie
Le Principe responsabilité, en réponse au
Principe espérance de Ernst Bloch. La croyance dans le progrès, c'est-à-dire l' " utopie " de la transformation ininterrompue, indéfinie et forcément positive de la nature et de l'homme a, selon lui, fait son temps : H. Jonas en entreprend la démonstration ce qui l'amène à mettre en cause, on le verra, la plupart des postulats de la " modernité ". Nous savons tous désormais que les ressources de la nature ne sont pas inépuisables, mais Jonas va plus loin : il affirme que l'homme est en passe de devenir le pire ennemi de l'homme (" nous sommes en danger permanent d'auto-destruction collective "). Par ailleurs, la disjonction de l'Etre et de la Valeur (" seul l'homme est créateur de valeurs ", " rien ne vaut en dehors de l'humain ") sur laquelle repose la " foi " des modernes doit être selon lui remise en question. Il n'est pas exclu, dit-il, que la Nature, que tout ce qui existe en dehors de l'humanité, ait aussi une valeur ! A rebours de toute une partie de la philosophie contemporaine dite " déconstructionniste " (celle qui récuse l'approche rationaliste classique, parce qu'elle la juge suspendue à une ontologie de type cartésien, voir à ce sujet le chapitre 1) Hans Jonas pose la question de la valeur de l'Etre. Son

interrogation, essentiellement morale, est ouvertement tributaire d'une " ontologie " (discours, ou encore réflexion, sur l'être, sur la valeur de tout ce qui existe).
Le point de départ de sa théorie est pourtant un simple constat, celui d'un renversement complet des relations entre l'homme et la nature: longtemps la nature fut le cadre immuable, protecteur ou menaçant, d'une vie humaine ressentie comme essentiellement précaire. Aujourd'hui le pouvoir technologique a rendu la nature " altérable à volonté ", puis en a fait " un être fragile et menacé " qui, à l'instar d'un être humain, ou plutôt, un peu à l'image d'un enfant, doit être tenu désormais pour un objet de responsabilité. Ainsi nous assistons, selon Hans Jonas, à une " mutation sans précédent " de l'agir humain dont il est urgent de prendre conscience. Il n'est pas sûr en effet que l'humanité trouve demain les conditions de possibilité de sa survie. D'où la nécessité où nous nous trouvons aujourd'hui de nous poser - au minimum - la question suivante: cet avenir fragile et menacé, le voulons-nous encore ? (extrait de mon "Cours particulier de philosophie")
BibliographieHans Jonas,
Le Principe responsabilité, une éthique pour la civilisation technologique (1976), Éd. du Cerf, 1979
Hans Jonas, Toward a philosophy of technology, Hastings Center Report, février 1979.
Jacques Testard,
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" Entretien avec H. Jonas " par Jean Greisch et E. Gillen, Revue Esprit, mai 1991.
Collectif,
Hans Jonas, nature et responsabilité, Librairie philosophique J. Vrin 1993.
Edith Brown Weiss,
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(Sous la direction de) Gilbert Hottois,
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Jean-Yves Goffi,
Le Philosophe et ses animaux, Ed. Chambon, 1993.
Jean-Pierre Séris,
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Revue Autrement,
La Responsabilité, Sous la direction de Monette Vacquin 1994 La responsabilité, Revue Autrement, 1994, Editions
Autrement P.A. Taguieff, " Retour de l'eugénisme " in Revue
Esprit, N° 200, mars-avril 1994.
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