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Vendredi 16 mai 2008


"Il en est des peuples, en tant qu'États, comme des individus: dans l'état de nature (c'est-à-dire dans l'indépendance de toute loi extérieure), leur seul voisinage est déjà un préjudice réciproque; et, pour garantir sa sûreté, chacun d'eux peut et doit exiger des autres qu'ils entrent avec lui dans une constitution analogue à la constitution civile, où les droits de chacun puissent être assurés. Ce serait là une fédération de peuples, qui ne formeraient pas cependant un seul et même État. Il y aurait en effet contradiction dans cette idée; car, comme chaque État suppose le rapport d'un supérieur (le législateur) à un inférieur (celui qui obéit, c'est-à-dire le peuple), plusieurs peuples réunis en un État ne formeraient plus qu'un peuple, ce qui est contraire à la supposition (puisque nous avons à considérer ici le droit des peuples entre eux, en tant qu'ils constituent autant d'États différents et ne devant pas se confondre en un seul et même État).
Si l'on ne peut voir sans un profond mépris les sauvages, dans leur amour d'une indépendance sans règle, aimer mieux se battre continuellement que se soumettre à une contrainte légale, constituée par euxmêmes, et préférer ainsi une folle liberté à une liberté raisonnable, et si l'on regarde cela comme de la barbarie, comme un manque de civilisation, comme une dégradation brutale de l'humanité; à combien plus
forte raison des peuples civilisés (dont chacun forme un État constitué) ne devraient-ils pas se hâter de sortir d'une situation si dégradante? Loin de là, chaque État fait justement consister sa majesté (car il est absurde de parler de la majesté populaire) à ne se soumettre à aucune contrainte légale extérieure, et le souverain met sa gloire à pouvoir disposer, sans avoir lui-même aucun péril à courir, de plusieurs milliers d'hommes qui se laissent sacrifier à une cause qui ne les concerne pas [...]."
Emmanuel Kant, Projet de paix perpétuelle (1795), trad. J. Barni revue par A. Lagarde, Éd. Hatier, 1988, p. 36.

Lireici le résumé du Projet de paix perpétuelle

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Vendredi 16 mai 2008

"Quiconque observe quelque peu les choses humaines et notre commune nature, le reconnaîtra avec moi : de même que tous désirent la joie, il n'est personne qui n'aime la paix. Puisque même ceux-là qui veulent la guerre ne veulent rien d'autre assurément que la victoire, c'est donc à une paix glorieuse qu'ils aspirent à parvenir en faisant la guerre. Qu'est-ce que vaincre, en effet, sinon abattre toute résistance ? Cette oeuvre accomplie, ce sera la paix. C'est donc en vue de la paix que se font les guerres, et cela même par ceux qui s'appliquent à l'exercice des vertus guerrières dans le commandement et le combat. D'où il est clair que la paix est le but recherché par la guerre, car tout homme cherche la paix en faisant la guerre, et nul ne cherche la guerre en faisant la paix. Quant à ceux qui veulent que la paix dont ils jouissent soit troublée, ils ne haïssent pas la paix, ils désirent seulement qu'elle soit changée à leur gré. Ce qu'ils veulent donc, ce n'est pas qu'il n'y ait plus de paix, mais qu'il y ait la paix qu'ils veulent. Et finalement, même s'ils se séparent des autres par la rébellion, ils ne peuvent réaliser leur dessein qu'à condition de sauvegarder quelque apparence de paix avec leurs partisans ou conjurés. Aussi les brigands eux-mêmes, pour s'attaquer à la paix d'autrui avec plus de violence et de sûreté, tiennent-ils à garder la paix avec leurs compagnons".
La cité de Dieu Livre 19 Chapitre 12 , p 117
Saint Augustin

 

 

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Vendredi 16 mai 2008

 

 Hannah Arendt et le totalitarisme

 

Hannah Arendt (1906-1975) est née à Königsberg  dans une famille de juifs éclairés. Ses maîtres en philosophie sont Heidegger et Jaspers. Elle s’installe en France (1953), puis aux Etats-Unis à partir dans les  années 60. Elle mènera parallèlement une carrière universitaire et une importante activité journalistique qui la conduira notamment à couvrir le procès d’Eichmann à Jérusalem, qui donnera lieu à son ouvrage fameux  portant ce titre (1976).

 

Le livre qui expose sa théorie est Les origines du totalitarisme, qu’elle achève en 1949, et dont la         première édition parut en 1951. Cette théorie est profondément originale et pour en  parler, mieux vaut adopter le langage qui est le sien : elle  parle de « système totalitaire », et c’est le titre du troisième tome des Origines du totalitarisme.

Evoquant son travail au moment où, pour la première fois il devient possible de considérer des événements contemporains avec le regard rétrospectif de l’historien (1949), H. Arendt dit que le moment est venu d’essayer de comprendre ce qui s’est passé. Ou encore de répondre (en philosophe et non en historien)  aux trois questions suivantes :

Que s’est-il passé ?

Pourquoi cela s’est-il passé ?

Comment cela a-t-il été possible ?

 

Dans un court  texte publié en 1953, La nature du totalitarisme, H. Arendt précise qu’il s’agira d’une tentative de compréhension et non pas d’explication du totalitarisme .. Quelle est la différence ? Expliquer, c’est analyser les sources d’un phénomène  afin de ramener des effets  à leurs causes : expliquer c’est toujours ramener l’inconnu à de déjà connu, en ce sens. Au contraire Hannah Arendt veut comprendre l’essence du totalitarisme, ce qui est soit dit en passant, la démarche d’une philosophe.

 

 La première idée, l’idée décisive est la suivante : le totalitarisme  est un système (ou un modèle, ou un schéma) complètement nouveau dans l’histoire humaine, et qui doit être totalement dissocié de tous les régimes autoritaires ou tyranniques qui l’ont précédé dans l’histoire de l’humanité.  H. Arendt dit « Le » système totalitaire » et pourtant elle appuie son analyse sur deux cas : l’hitlérisme (1929-1941) et le stalinisme (1945 -1953).  Ce qu’elle décrit se présente donc comme une sorte de construction théorique – au sens de l’idéal-type de Max Weber – mais qui comporte deux variantes : l’hitlérisme et le stalinisme. Pour H. Arendt, les régimes hitlériens et staliniens sont semblables, leurs ressemblances  l’emportent largement sur leurs différences. En revanche  ni le fascisme mussolinien ni le communisme maoïste ne sont des totalitarismes à ses yeux.

 

 Maintenant, venons-en au vif su sujet :

Que signifie « système totalitaire » ?

 

 1) Le totalitarisme n’est  ni un type  de gouvernement, ni un régime politique, ni une forme propre à une nation ni une mentalité ni un type d’organisation de combat…   Mais il est un SYSTEME c’est-à-dire un ensemble d’éléments interdépendants : à la              fois une organisation de la société, un conception du rôle de l’Etat, une vision du monde, un ensemble d’objectifs pratiques, une mythologie et une métaphysique.

2) Ce système est TOTALITAIRE en un double sens. « Totalitaire » signifie : qui vise la domination totale de deux points de vue. A) Les systèmes totalitaires sont porteurs d’une vision du monde qui leur permet de prendre possession de l’homme dans sa totalité B) Ils visent la conquête et la domination du monde entier. C’est la raison pour laquelle avec un régime totalitaire la co-existence (pour les autres nations) n’est pas possible. Le totalitarisme débouche nécessairement sur la guerre ou sur la révolution programmée à l’échelle du monde entier.

 

Ce qu’il faut absolument retenir, c’est que le totalitarisme n’est pas une forme moderne de tyrannie. En effet, une tyrannie est un régime sans loi, dans lequel un homme et (ou) une caste monopolisent le pouvoir au profit de leurs propres intérêts.

Ce qui caractérise toute tyrannie, c’est : l’arbitraire du pouvoir, le mépris des lois, l’exercice du pouvoir au profit des gouvernants  et de leurs complices…

 Mais le totalitarisme est un REGIME SANS PRECEDENT qui fait éclater l’ancienne dichotomie : régime sans lois/ régime légitime (se soumettant à des lois relevant de la « volonté générale »)

1)     Le totalitarisme méprise les lois « positives » (écrites) mais se réclame d’une forme plus élevée de légitimité. L’hitlérisme  vise l’accomplissement de la loi de la Nature, le stalinisme l’accomplissement de la loi de  l’Histoire (énoncée par le marxisme).

2)     Il n’est pas arbitraire mais veut instaurer le règne de la justice sur terre, et ceci en assurant la promotion d’un homme nouveau.

3)     La promotion de cet homme nouveau impliquera l’élimination de touts les ennemis supposés de la LOI . C’est la raison pour laquelle le camp (d’extermination,  ou le goulag ) est l’institution non pas périphérique, accessoire, mais centrale du système totalitaire. Il en  est la clef de voûte.

 

 

 CONCLUSION

Le totalitarisme est si radicalement nouveau que nos anciennes catégories ne sont plus d’aucune utilité pour le penser. Sa fin ultime est la fabrication d’un nouveau genre humain, au nom d’une force surhumaine, irrépressible et invincible,  la Nature pour Hitler, l’Histoire dans le cas de Staline.

 

 

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Vendredi 16 mai 2008
Voir ici l'exposé de Emilie de Cooker: comment les nouvelles technologies boulersent le monde de la communication?
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