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Mardi 20 mai 2008

 
Texte un extrait de "De la démocratie en Amérique" de Tocqueville, II partie III chapitre V (GF : p225-226):
 
"Dans les démocraties, les serviteurs ne sont pas seulement égaux entre eux; on peut dire qu'ils sont, en quelque sorte, les égaux de leurs maîtres.
 Ceci a besoin d'être expliqué pour se faire bien comprendre. 
A chaque instant, le serviteur peut devenir maître et aspire à le devenir; le serviteur n'est donc pas un autre homme que le maître.
 Pourquoi donc le premier a-t-il le droit de commander et qu'est-ce qui force le second à obéir? L'accord momentané et libre de leurs deux volontés. Naturellement ils ne sont point inférieurs l'un à l'autre, ils ne le deviennent momentanément que par l'effet du contrat. Dans les limites de ce contrat, l'un est le serviteur et l'autre le maître; en dehors, ce sont deux citoyens, deux hommes. 
Ce que je prie le lecteur de bien considérer, c'est que ceci n'est point seulement la notion que les serviteurs se forment à eux-mêmes de leur état. Les maîtres considèrent la domesticité sous le même jour, et les bornes précises du commandement et de l'obéissance sont aussi bien fixées dans l'esprit de l'un que dans celui de l'autre. 
Lorsque la plupart des citoyens ont atteint depuis longtemps une condition à peu près semblable, et que l'égalité est un fait ancien et admis, le sens public, que les exceptions n'influencent jamais, assigne, d'une manière générale, à la valeur de l'homme, de certaines limites au-dessus ou au-dessous desquelles il est difficile qu'aucun homme reste longtemps placé. 
En vain la richesse et la pauvreté, le commandement et l'obéissance mettent accidentellement de grandes distances enter deux hommes, l'opinion publique, qui se fonde sur l'ordre ordinaire des choses, les rapproche du commun niveau et crée entre eux une sorte d'égalité imaginaire, en dépit de l'inégalité réelle de leurs conditions."

 Pour comprendre ce texte lire ici
 
Et ce chapitre dont c'est exactement le sujet :

" A quel type d'égalité l'exigence de justice renvoie-t-elle ? " (dans mon livre Cours particulier de philosophie)
 

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Mardi 20 mai 2008

Faut-il rester nécessairement maître de soi ???????????????

 

(Sujet surprenant : la réponse est tellement évidente (oui !), d’où la question : où est le problème ???)

 

Tout d’abord on notera que « rester » implique que l’on l’ est (maître de soi)  : on peut se demander ce qui autorise à penser cela
Ensuite le « nécessairement »  étonne.   Il ne peut signifier « inévitablement » car on peut ne pas être maître de soi .  Il ne peut signifier que « obligatoirement ». Mais  un tel impératif paraît excessif. Car on ne peut devoir faire que ce que l’on peut faire. Or il semble évident – encore -  que l’on n’est pas toujours maître de soi  (maladie, handicap, viellesse etc..)

 Je pense à deux approches possibles :

 Premier plan :

I Il faut nécessairement  rester maître de soi  (approche psychologique)
  Car seul l’homme volontaire est libre.  On doit donc nécessairement  s’efforcer d’ être maître de soi pour être libre comme nous l’ont enseigné Socrate  (cf Gorgias, dialogue avec Calliclès) puis les stoïciens.

II Il faut nécessairement rester maître de soi (approche morale)

 Car la dignité de l’homme tient à son autonomie. Il faut rester maître de soi pour respecter  l’autre et pour se respecter soi-même

III L’homme politique doit plus nécessairement encore rester maître de lui

 Non seulement à un plus haut degré que l’homme ordinaire, mais différemment

En effet (cf le Prince de Machiavel ) il doit être  capable d’être alternativement lion et renard (talent de comédien).
 Mais aussi il doit pouvoir surmonter les préjugés moraux pour commettre des actions immorales dans l’intérêt de l’Etat. Ici il s’agira d’une forme d’abnégation

 Conclusion 

 On doit rester maître de soi pour des raisons tant d’intérêt que de dignité.  Mais la nature ne nous y aide pas toujours (cf maladie et fragilité). On dira plutôt que la maîtrise de soi est souhaitable.

Mais le cas du Prince est beaucoup plus  évident. La maîtrise de soi est une condition sine qua non de l’exercice du pouvoir

 

Second plan :

I On doit rester maître se soi… dans la mesure de nos moyens (approche psy)

II On doit rester maître de soi pour des raisons morales (approche kantienne)

III La maîtrise de soi est  largement illusoire

« Le moi n’est pas maître dans sa propre maison » Freud. Auquel cas, l’idéal moral n’est pas une maîtrise (impossible) mais plutôt la sincérité, l’authenticité.

 « Etre libre, c’est prendre conscience des causes qui nous font agir » Spinoza. La lucidité, ce n’est exactement la maîtrise de soi. De plus, on ne doit pas confondre liberté et ascétisme.  Une certaine forme de spontanéité, de générosité, de bonté peuvent exister sans avoir rien à voir avec une quelconque maîtrise de soi.

Conclusion

 La maîtrise de soi n’est pas le seul idéal moral concevable. Ainsi par exemple, le poète, inspiré par le Dieu (cf Ion de Platon) ne se maîtrise plus du tout…

 Ni le croyant illuminé par la grâce….

 

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