Quelques pistes de réflexion :
Commençons par séparer le cas de l’individu et celui d’une communauté ( ou d’une nation) .
En ce qui concerne l’identité individuelle :
Elle se confond en grande partie avec notre mémoire. Notre mémoire consciente nous permet de « conduire le récit » de notre passé, et donc de brosser en quelque sorte, notre propre portrait, en articulant souvent l’imaginaire et le réel. Réciproquement, toute personne amnésique a perdu une (grande ?) part de son identité (voir ci-dessous le texte de Jean Delay : "le cas de Noémi"). La question se pose toutefois de savoir si notre identité procède de notre conscience, impliquant donc un « Je » relativement maître de ses propres représentations, comme le pensent Descartes, Locke (« C’est en cela que consiste l’identité personnelle »- « cela » désignant la conscience qui accompagne la pensée) ou Kant ( le "je " doit accompagner toutes mes représentations").
Ou bien si notre identité est en partie enfouie dans les zones inaccessibles de notre psychisme comme l’ont pensé Leibniz (« L’avenir dans une substance a une parfaite liaison avec le passé, c’est ce qui fait l’identité de l’individu » ) puis Freud (le sujet ne se réduit pas à la conscience, le moi n’est pas « maître dans sa propre maison » )
Certains philosophes
contemporains se sont demandés si, par hypothèse, on pouvait greffer un cerveau à la place d’un autre, (ou une mémoire), le greffé aurait alors une nouvelle identité pour
un même corps (texte de Shoemaker).
Sartre, pour sa part, observe que l’identité d’un homme ce n’est pas son passé, mais aussi bien son avenir, c’est-à-dire son projet
En ce qui concerne les identités communautaires ou nationales, on remarque
que celles-ci ne se ramènent jamais à une simple addition de composantes. Pour Renan, la nation (texte), par exemple, n’est pas seulement une mémoire partagée, mais aussi une décision, un choix (un « plébiscite de tous les
jours »). On se gardera bien , en outre, de confondre la mémoire (affective, partielle , partiale, trompeuse) et l’histoire, qui tend tout de même à l’objectivité, même si elle ne peut
jamais l’ atteindre.
Notez enfin que la « conduite du récit » qui est déterminante tant pour les identités individuelles que pour les identités collectives,
associe étroitement souvenirs individuels et souvenirs collectifs. Ce qui amène à relativiser la distinction entre l’identité individuelle (liée à ma
mémoire subjective) et l’identité collective (liée aux « cadres sociaux de la mémoire).
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