La personne n'est pas un objet :
"La personne n'est pas un objet. Elle est même ce qui dans chaque homme ne peut être traité comme un objet. Voici mon voisin.
Il a de son corps un sentiment singulier que je ne puis éprouver ; mais je puis regarder ce corps de l'extérieur, en examiner les humeurs, les hérédités, la
s forme, les maladies, bref le traiter comme une matière de savoir physiologique, médical, etc. Il est fonctionnaire, et il y a un statut du fonctionnaire, une psychologie du fonctionnaire que je
puis étudier sur son cas, bien qu'ils ne soient pas lui, lui tout entier et dans sa réalité compréhensive. Il est encore, de la même façon, un Français, un bourgeois, ou un
maniaque, un socialiste, un catholique, etc. Mais il n'est pas un Bernard Chartier : il est Bernard Chartier. Les mille manières dont je puis le déterminer comme un exemplaire d'une
classe m'aident à le comprendre et surtout à l'utiliser, à savoir comment me comporter pratiquement avec lui. Mais ce ne sont que des coupes prises chaque fois sur un aspect de son existence.
Mille
photographies échafaudées ne font pas un homme qui marche, qui pense et qui veut. C'est une erreur de croire que le personnalisme' exige seulement qu'au lieu de traiter les hommes en série,
on tienne compte de leurs différences fines. Le « meilleur des mondes » d'Huxley est un monde où des armées de médecins et de psychologues s'attachent à conditionner chaque individu selon des
renseignements minutieux. En le faisant du dehors et par autorité, en les réduisant tous à n'être que des machines bien montées et bien entretenues, ce monde surindividualisé est cependant
l'opposé d'un univers personnel, car tout s'y aménage, rien ne s'y crée, rien n'y joue l'aventure d'une liberté responsable. Il fait de l'humanité une immense et parfaite pouponnière.
Il n'y a donc pas les cailloux, les arbres, les animaux - et les personnes, qui seraient des arbres mobiles ou des animaux plus astucieux. La personne n'est pas le plus merveilleux objet du
monde, un objet que nous connaîtrions du dehors, comme les autres. Elle est la seule réalité que nous connaissions et que nous fassions en même temps du dedans. Présente partout, elle
n'est donnée nulle part."
Emmanuel Mounier, le Personnalisme, ( 1 collection Que sais-je ? Éd. P.U.F., 1979, p. 5.
1. Doctrine morale qui se caractérise par son opposition à l'individualisme et par une volonté de communication. « Le premier souci du personnalisme est de décentrer [l'individu] pour l'établir
dans les perspectives ouvertes de la personne » (E. Mounier).
5
Amour
"Sans amour, pas de lien ni d'alliance. Voici enfin les deux fois deux lois.
Aimez-vous les uns les autres, voilà notre loi première. Aucune autre, depuis deux mille ans, n'a su ni pu nous éviter, au moins par moments rares, l'enfer sur terre. Cette obligation
contractuelle se divise en une loi locale qui nous demande d'aimer le prochain et une loi globale qui requiert que nous aimions l'humanité, au moins, si nous ne croyons pas en un Dieu.
Impossible de séparer les deux préceptes, sous peine de haine. Aimer ses voisins ou pareils seulement amène à l'équipe, à la secte, au gangstérisme et au racisme ; aimer les hommes en somme, tout
en exploitant ses proches, voilà l'hypocrisie fréquente des moralistes prêcheurs.
Cette première loi fait silence sur les montagnes et les lacs, car elle parle aux hommes des hommes comme s'il n'y avait pas de monde.
Voici donc la deuxième loi, qui nous demande d'aimer le monde. Cette obligation contractuelle se divise en cette vieille loi locale qui nous attache au sol où reposent nos ancêtres et une loi
globale nouvelle qu'aucun législateur, que je sache, encore jamais n'écrivit, qui requiert de nous l'amour universel de la Terre physique.
Impossible de séparer les deux préceptes sous peine de haine. Aimer la Terre entière tout en saccageant le paysage alentour, voilà l'hypocrisie fréquente des moralistes qui restreignent la loi
aux hommes et au langage dont ils ont l'usage et la maîtrise ; aimer seulement son sol propre entraîne à d'inexpiables guerres dues aux passions de l'appartenance.
Nous savions aimer le prochain, parfois, et le sol, souvent, nous avons appris difficilement à aimer l'humanité, si abstraite autrefois, mais que nous commençons à rencontrer plus fréquemment,
voici que nous devons apprendre et enseigner autour de nous l'amour du monde, ou de notre Terre, que désormais nous pouvons contempler en entier.
Aimer nos deux pères, naturel et humain, le sol et le prochain ; aimer l'humanité, notre mère humaine, et notre naturelle mère, la Terre.
Impossible de séparer ces deux fois deux lois sous peine de haine. Pour défendre le sol, nous avons attaqué, haï et tué tant d'hommes que certains d'entre eux ont cru que ces tueries tiraient
l'histoire. Inversement, pour défendre ou attaquer d'autres hommes, nous avons saccagé sans y penser le paysage et nous apprêtions à détruire la Terre entière. Donc les deux obligations
contractuelles, sociale et naturelle, ont entre elles la même solidarité que celle qui lie les hommes au monde et celui-ci à ceux-là." Le contrat naturel
1
Sur quoi repose l'identité d'une communauté?
Il faut opposer ici la conception des anciens et celle des modernes.
Pour les anciens en général et pour Aristote en particulier, notre appartenance à la cité est naturelle, et la cité précède (naturellement) l'individu. Texte L'animal politique. Toutefois, les citoyens appartiennent à la même communauté s'ils partagent l'idée de la justice
Au contraire, pour les modernes , un "peuple" n'est pas une donnée de fait, mais le résultat d'une décision. Les textes de référence sont ceux de Rousseau
et de Renan :Qu'est-ce
qu'une nation? .
1
Voici le texte de Rousseau, qui constitue la référence des "modernes". Le peuple n'existe pas sans une convention, un contrat:
"Un peuple, dit Grotius, peut se donner à un roi. Selon Grotius un peuple est donc un peuple avant de se donner à un roi. Ce don même est un acte civil, il suppose une délibération publique. Avant
donc que d'examiner l'acte par lequel un peuple élit un roi, il serait bon d'examiner l'acte par lequel un peuple est un peuple. Car cet acte étant nécessairement antérieur à l'autre est le vrai
fondement de la société.
En effet, s'il n'y avait point de convention antérieure, où serait, à moins que l'élection ne fût unanime, l'obligation pour le petit nombre de se soumettre au choix du grand, et d'où cent qui
veulent un maître ont-ils le droit de voter pour dix qui n'en veulent point ? La loi de la pluralité des suffrages est elle-même un établissement de convention, et suppose au moins une fois
l'unanimité ".
Du contrat social, I, 5
0
"
Vous n'aurez peut-être pas le temps de tout lire.
J'ai sélectionné deux phrases, très pertinentes sur le lien identité , personnelle/ indentité collective. Obama évoque ici les deux communautés (noires et blanches) dont il est
issu:
" Je suis profondément persuadé que nous ne pourrons résoudre les défis de notre époque si nous ne les résolvons pas ensemble, si nous ne perfectionnons pas notre Union en
comprenantque nous pouvons avoir des histoires différentes, mais que nous entretenons les mêmes espoirs"
" C'est une histoire (son histoire personnelle) qui ne fait aps de moiles plus conventionnel des candidats, mais qui,de façon indélébile, a imprimé dans mes gènes l'idée que ce pays
représente plus que la somme de ses parties- que nous tous, qui la composons, nous ne formons qu'un en réalité"
1
"Notre maison brûle et nous regardons ailleurs" (2002) C'est
ici:
0
Commentaires