Texte Libre

(MODE D'EMPLOI du BLOG : ce blog comporte des CATEGORIES : "programme de terminales", " actualité commentée pour IEP", "classes préparatoires", "actualité" "cinéma" etc...).

Ce blog est classé par Wikio dans les blogs les plus influents de la blogosphère  (catégorie littérature)

Wikio - Top des blogs - Litterature
Mardi 24 juillet 2007

 

"Difficile de trouver antienne plus ressassée que celle du rétablissement de l'autorité. Jean-Marie Le Pen l'illustre dans son discours à Yvetot, en Normandie, le 27 janvier : « L'autorité parentale a été diabolisée au nom des droits de l'enfant... L'autorité et l'exemplarité de l'État ont été sacrifiées sur l'autel de l'argent sale et de la corruption potitico financière. » Depuis plusieurs décennies, cette thématique, issue de la droite réactionnaire, gagne l'opinion. Mais restaurer l'autorité peut s'opérer de manières différentes selon le sens que l'on confère à ce concept classique de la politique. Elle est, comme le souligne Hannah Arendt, ce pouvoir singulier qui ne repose ni sur la contrainte par la force, ni sur la persuasion par les arguments. Dans le rapport hiérarchique qu'elle régit, sa légitimité est présupposée. Si elle recourt à la force au lieu de s'appuyer sur le consentement, elle devient une puissance tyrannique. Si elle doit sans cesse argumenter pour se faire respecter, c'est qu'elle est devenue un pouvoir comme les autres.
Ces distinctions se trouvent au coeur des appels à restaurer l'autorité. Le candidat d'extrême droite, en posant l'autorité comme caractère immanent d'une fonction (être parent, être maître), tient un discours antimoderne, réactionnaire, et range clairement l'autorité du côté de la force. Ségolène Royal, mater familial assumée, propose, quant à elle, une lecture très classique à gauche de l'autorité, intrinsèquement liée à la légitimité de ses fins. « L'autorité vraie oblige, au sens le plus noble d'une obligation librement conseante, sans avoir besoin de s'imposer par la forée. L'autorité vraie suppose un pouvoir légitime et reconnu comme tel », déclarait-elle à Rodez, dans l'Aveyron, en mai dernier. Et Nicolas Sarkozy, enfin, balance entre les deux : «L'autorité ce n'est pas l'autoritarisme. L'autorité, ce n'est pas l'obéissance aveugle. C'est l'obéissance consentie. » Mais aussi « Comment l'État pourrait-il avoir encore une autorité s'il ne remplit plus ses missions régaliennes : l'ordre public, la protection des personnes et des biens, la répression de la délinquance, la justice, la lutte contre le terrorisme, la maîtrise de l'immigration ? C'est cela l'autorité de la République », assurait-il à Perpignan, le 23 février."

 Extrait de Philosophie magazine, Avril 2007

ajouter un commentaire
commentaires (0)   
Mardi 24 juillet 2007


 Hannah Arendt suggère que la ruine de  l'autorité dans la société moderne est  l'une des clefs de la crise de la culture que nous vivons actuellement:

"Puisque l'autorité requiert toujours l'obéissance, on la prend souvent pour une forme de pouvoir ou de violence. Pourtant l'autorité exclut l'usage de moyens extérieurs de coercition) ; là où la force est employée, l'autorité proprement dite a échoué. L'autorité, d'autre part, est incompatible avec la persuasion qui présuppose l'égalité et opère par un processus d'argumentation. Là où on a recours à des arguments, l'autorité est laissée de côté. Face à l'ordre égalitaire de la persuasion, se tient l'ordre autoritaire, qui est toujours hiérarchique. S'il faut vraiment définir l'autorité', alors ce doit être en l'opposant à la fois à la contrainte par force et à la persuasion par arguments. (La relation autoritaire entre celui qui commande et celui qui obéit ne repose ni sur une raison commune, ni sur le pouvoir de celui qui commande; ce qu'ils ont en commun, c'est la hiérarchie elle-même, dont chacun reconnaît la justesse et la légitimité, et où tous deux ont d'avance leur place fixée.) Ce point est historiquement important; un aspect de notre concept de l'autorité est d'origine platonicienne, et quand Platon commença d'envisager d'introduire l'autorité dans le maniement des affaires publiques de la polis, il savait qu'il cherchait une solution de rechange aussi bien à la méthode grecque ordinaire en matière de politique intérieure, qui était la persuasion, qu'à la manière courante de régler les affaires étrangères, qui était la force et la violence.
 Historiquement, nous pouvons dire que la disparition de l'autorité est simplement la phase finale, quoique décisive, d'une évolution qui, pendant des siècles, a sapé principalement la religion et la tradition. De la tradition, de la religion, et de l'autorité (dont nous discuterons plus tard les liens), c'est l'autorité qui s'est démontrée l'élément le plus stable. Cependant,  avec la disparition de l'autorité, le doute général de l'époque moderne a envahi également le domaine politique où les choses non seulement trouvent une expression plus radicale, mais acquièrent une réalité propre au seul domaine politique. Ce qui jusqu'à présent, peut-être, n'avait eu d'importance spirituelle que pour une minorité, est maintenant devenu l'affaire de tous. Ce n'est qu'aujourd'hui, pour ainsi dire après coup, que la disparition de la tradition et celle de la religion sont devenues des événements politiques de premier ordre".
Hannah Arendt, «Qu'est-ce que l'autorité?», La Crise de la culture (1968),trad. P. Lévy,Gallimard, colt. «Folio essais»,1989, p. 123-124.

ajouter un commentaire
commentaires (3)   
Mardi 24 juillet 2007

Sans autorité, comment pourrions-nous encore éduquer?

"La crise de l'autorité dans l'éducation est étroitement liée à la crise de la tradition, c'est-à-dire à la crise de notre attitude envers tout ce qui touche au passé. Pour l'éducateur cet aspect de la crise est particulièrement difficile à porter, car il lui appartient de faire le lien entre l'ancien et le nouveau : sa profession exige de lui un immense respect du passé. Pendant des siècles, c'est-à-dire tout au long de la période de civilisation romanochrétienne, il n'avait pas à s'aviser qu'il possédait cette qualité, car le respect du passé était un trait essentiel de l'esprit romain et le Christianisme n'a ni modifié, ni supprimé cela, mais l'a simplement établi sur de nouvelles bases.
L'essence même de cet esprit romain (bien qu'on ne puisse appliquer cela à toute civilisation, ni même à l'ensemble de la tradition occidentale) était de considérer le passé en tant que passé comme modèle, et dans tous les cas les ancêtres comme de vivants exemples pour leurs descendants. Il croyait même que toute grandeur réside dans ce qui a été, que la vieillesse est donc le sommet de la vie d'un homme et qu'étant déjà presque un ancêtre, le vieillard doit servir de modèle aux vivants. Tout cela est en contradiction non seulement avec notre époque et les temps modernes depuis la Renaissance, mais aussi par exemple avec l'attitude grecque en face de la vie. Quand Goethe dit que vieillir c'est r se retirer progressivement du monde des apparences , il fait là un commentaire dans l'esprit même des Grecs pour lesquels être et apparaître ne font qu'un. La conception latine serait que c'est justement en vieillissant et en disparaissant peu à peu de la communauté des mortels que l'homme atteint sa plus caractéristique manière d'être même si, par rapport au monde des apparences, il est en train de disparaître car c'est alors seulement qu'il atteint ce mode d'existence où il sera une autorité pour les autres.
Avec l'arrière-plan intact de cette tradition où l'éducation jouait un rôle politique (et ce fut un cas unique), il est en fait, relativement facile de faire ce qu'il faut en matière d'éducation, sans prendre la peine de réfléchir à ce que l'on est en train de faire : l'éthique particulière des principes d'éducation est en parfait accord avec les principes éthiques et moraux de la société en général. Éduquer, selon les termes de Polybe, c'était simplement « vous faire voir que vous êtes tout à fait digne de vos ancêtres » et dans cette tâche, l'éducateur pouvait être un
partenaire dans la discussion » et un  partenaire dans le travail,, car lui aussi, bien qu'à un niveau différent, passait sa vie les yeux fixés vers le passé. Camaraderie et autorité n'étaient dans ce cas que les deux faces d'une même chose et l'autorité de l'éducateur était fermement fondée dans l'autorité plus vaste du passé en tant que tel. Cependant, nous ne sommes plus dans cette situation aujourd'hui et cela ne veut pas dire grand-chose d'agir comme si nous nous y trouvions encore et comme si nous ne nous étions éloignés du droit chemin que par accident, restant libres de le retrouver n'importe quand. Cela signifie que partout où la crise a éclaté dans le monde moderne, nous ne pouvons nous contenter de continuer, ni même simplement de
retourner en arrière. Un tel retour en arrière ne fera jamais que nous ramener à cette même situation d'où justement a surgi la crise. Ce retour ne serait qu'une simple répétition - bien que peut-être différente dans la forme - car il est toujours possible de présenter toute absurdité et toute notion extravagante comme étant le dernier mot de la science. D'autre part, une simple persévérance sans réflexion, qu'elle agisse dans le sens de la crise ou qu'elle demeure attachée au train-train quotidien qui croit naïvement que la crise ne submergera pas son domaine particulier, peut seulement, parce qu'elle s'abandonne au cours du temps, conduire à la ruine.
Dans le monde moderne, le problème de l'éducation tient au fait que par sa nature même l'éducation ne peut faire fi de l'autorité, ni de la tradition, et qu'elle doit cependant s'exercer dans un monde qui n'est pas structuré par l'autorité ni retenu par la tradition. Mais cela signifie qu'il n'appartient pas seulement aux professeurs et aux éducateurs, mais à chacun de nous, dans la mesure où nous vivons ensemble dans un seul monde avec nos enfants et avec les jeunes, d'adopter envers eux une attitude radicalement différente de celle que nous adoptons les uns envers les autres. Nous devons fermement séparer le domaine de l'éducation des autres domaines, et surtout celui de la vie politique et publique. Et c'est au seul domaine de l'éducation que nous devons appliquer une notion d'autorité et une attitude envers le passé qui lui conviennent, mais qui n'ont pas une valeur générale et ne doivent pas prétendre détenir une valeur générale dans le monde des adultes".

In La crise de la culture,Trad. fr. C. Vélin,Paris, Éd. Gaillard,coll. Idées, 1972, p. 232 sq..

 

ajouter un commentaire
commentaires (0)   
Mardi 24 juillet 2007
 En 1976, Louis Althusser et Etienne Balibar protestent contre l'abandon par le PC français de la notion de dictature du prolétariat...C'est dans leMonde ce soir, 1978: les intellectuels communistes contre le parti.
ajouter un commentaire
commentaires (0)   
Mardi 24 juillet 2007
Titre du dernier livre  (502 pages!) de son directeur, Richard Descoings. Compte-rendu dans Libé ce matin
ajouter un commentaire
commentaires (0)   

Présentation

Texte libre

 

Sur Amazon



                                           
Le choix des libraires
Decitre : fiche détaillée

Calendrier

Juillet 2007
L M M J V S D
            1
2 3 4 5 6 7 8
9 10 11 12 13 14 15
16 17 18 19 20 21 22
23 24 25 26 27 28 29
30 31          
<< < > >>

Commentaires

Recommander

Cliquez ici pour recommander ce blog
Blog : Sport sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Signaler un abus