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Vendredi 25 juillet 2008

Et comment j'en suis sorti : par Edgar Morin, dans Autocritique, le Monde

"Autocritique est le récit d'une expérience religieuse - avec tous les défauts, les dangers et l'inhumanité des religions séculières" (Jean Lacroix)
Sur les religions séculières, lire ici et ici, sur le totalitarisme

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Vendredi 25 juillet 2008

Vous vous demandez peut-être à quoi ressemblent tous ces devoirs qui ont obtenu 19 ou 20?
Voici une copie que j'ai lue et notée (19) :


Bonne copie bac 2008 texte Sartre

Expliquez le texte suivant

« Puisque la liberté exige que la réussite ne découle pas de la décision comme une conséquence, il faut que la réalisation puisse à chaque instant ne pas être, pour des raisons indépendantes du projet même et de sa précision; ces raisons forment l'extériorité par rapport à tout projet et la liberté est la perpétuelle invention des moyens de tourner ces difficultés extérieures, mais il est bien entendu que la réussite doit être seulement possible, c'est-à-dire qu'il n'y a action que si les difficultés extérieures peuvent toujours être si élevées ou si neuves que l'invention humaine ne puisse pas les surmonter. Ainsi est-il toujours entendu à la fois que l'entreprise humaine a réussi à cause de la libre décision et de la libre inventivité qui a surmonté les obstacles et à la fois qu'elle a réussi parce que ce sont ces obstacles-là et non d'autres plus grands qui lui ont été imposés. Toute entreprise humaine réussit par hasard et en même temps réussit par l'initiative humaine. Si le tireur n'avait pas eu le soleil dans l'oeil il m'atteignait, je manquais ma mission de reconnaissance. Il s'en est donc fallu d'un rayon de soleil, de la vitesse d'un nuage, etc. Mais, en même temps, mes précautions étaient prises pour éliminer tous les dangers prévisibles. En un mot les possibles se réalisent dans la probabilité. La liberté se meut dans la sphère du probable, entre la totale ignorance et la certitude ; et le probable vient au monde par l'homme ».

SARTRE, Cahiers pour une morale

 

 

 On définit généralement la liberté comme l’état dans lequel un sujet peut agir sans contrainte ni obstacle. En effet, lorsque notre décision bute sur un obstacle qui l’entrave et l’empêche de se réaliser, nous nous demandons si nous sommes réellement libres d’agir selon notre volonté et nous remettons en cause notre liberté. Cette situation pose le problème philosophique de la liberté humaine auquel s’est intéressé Jean-Paul  Sartre dans Cahiers pour une morale . Ainsi pouvons-nous nous demander à travers l’étude d’un extrait de cet ouvrage comment se définit la liberté humaine. Sartre explique que c’est au contraire, en tant que la décision vient sans cesse s’éprouver au contact des obstacles que se forge cette liberté. Dans une première partie qui s’étend de la ligne une à la ligne 7 (« ne puisse les surmonter »), il montre que pour qu’il y ait liberté, il faut que la réalisation des décisions du sujet soit toujours possible et non pas nécessaire. Dans une deuxième partie, de la ligne 7 à la ligne 13 ( « de la vitesse d’un nuage etc.. »)  il en déduit que si la décision

 aboutit alors à la réussite, c’est à la fois du fait du hasard et de l’initiative humaine. Enfin, de la ligne 13 à la ligne 16, il conclut que le hasard  n’anéantit pas la liberté humaine qui se définit indépendamment de ce potentiel de contingence radicale.

 

Dans un premier temps, Sartre distingue la liberté de la toute-puissance que conférerait la réussite inconditionnée de toutes nos décisions.
Il part du constat selon lequel « la liberté exige que la réussite ne découle pas de la décision comme une conséquence ». Il réfute la nécessité de la réussite pour postuler sa contingence. En effet, si le sujet vit dans la certitude que tout ce qu’il décide adviendra, il vit non pas comme un être libre mais comme une machine, sa volonté est automatique, implacable. Or, comment penser la liberté sans penser son contraire ? De la même manière que l’on ne peut parler  du vrai sans connaître le faux ou du grand sans connaître le petit, il nous faut pour évoquer la liberté avoir conscience des obstacles qui s’y opposent. Les termes se définissent les uns par rapport aux autres, par leur contraire, dans un processus dialectique. Ces contraintes qui se placent entre le sujet et la réalisation de ses projets ne sont pas de simples lacunes du projet, car alors elles ne seraient plus des obstacles, mais des bévues. Elles sont « extérieures » au sujet et à son projet. Sartre choisit ce terme d’ « extériorité » pour désigner cet ensemble d’événements qui ne dépendent pas du sujet, qu’il ne peut pas contrôler. Cette sphère d’extériorité caractérise l’action du sujet et s’oppose implicitement au périmètre d’intériorité de sa pensée où il est radicalement libre de penser ce qu’il veut en se soustrayant à tous motifs extérieurs. La liberté à laquelle Sartre s’intéresse ici est donc la liberté de l’action.

 Elle se définit alors comme « la perpétuelle invention des moyens de tourner ces difficultés extérieures »(l. 4) . En effet, loin d’anéantir cette liberté du sujet en l’empêchant d’agir, ces obstacles en sont  au contraire la preuve éclatante car ils le poussent à réagir , à ne pas se laisser assujettir.

Cependant, malgré ces moyens mis au point par l’ingéniosité du sujet, la réussite doit toujours demeurer seulement possible. Autrement, on retombe dans un schéma de toute puissance du sujet, de la même manière que si aucun obstacle n’entravait sa volonté. Ainsi les difficultés extérieures doivent-elles être

 Si élevées qu’aucun moyen ne puisse les surmonter , et , si neuves que le sujet ne puisse pas, malgré tout, trouver un moyen par habitude.

 Dans tous les cas, la réussite reste donc seulement possible, toujours prête à se transformer en échec, obligeant le sujet à faire preuve de sa liberté à la fois dans l’élaboration de moyens pour contourner les obstacles et dans le fait qu’il ne pourra jamais atteindre la toute puissance.

 

 Dans un deuxième temps, Sartre nous amène à remettre en cause notre foi dans la liberté humaine en nous montrant comment le hasard intervient dans l’action. Nos décisions peuvent conduire à la réussite comme à l’échec, mais pour celles qui conduisent à la réussite, elles sont intimement liées au hasard.

En effet, si ce que je souhaite advient, c’est à la fois parce que j’ai trouvé les moyens de surmonter les obstacles qui s’opposaient à moi, et parce que ces obstacles n’étaient ni trop élevés, ni trop neufs. Puisque la réussite doit toujours être possible, j’aurais pu me trouver  confronté à des difficultés extérieures difficiles à franchir. Même une fois que de la décision a découlé la réussite, je reste conscient de sa contingence. , je sais qu’elle aurait pu ne pas se produire. Ainsi, Sartre donne-t-il l’exemple d’un envoyé en reconnaissance qui réussit sa mission uniquement parce que le tireur qui le vise, aveuglé par le soleil, rate sa cible. Qu’il n’y ait pas eu de soleil ou qu’un nuage soit venu en dissimuler les rayons et la mission était un échec. Dans ce cas, il semble que le hasard soit seul responsable de la réussite.

 

Comment, alors, postuler la liberté du sujet. Si malgré ma volonté et mes actes l’événement le plus insignifiant est susceptible de venir s’opposer à moi suis-je encore libre ?

  Dans un dernier temps, Sartre oppose le hasard au prévisible pour définir la liberté dans son rapport à la probabilité.

Si le hasard au prévisible pour définir la liberté dans son rapport à la probabilité. Si le hasard peut entraver la réussite d’une décision, il n’anéantit pas pour autant la liberté humaine à condition que le sujet ait pris toutes ces précautions » pour éliminer tous les dangers prévisibles (l. 13-14). Le sujet ne saurait être  tenu pour responsable de ne pouvoir surmonter les obstacles non pas imprévus mais imprévisibles, c’est-à-dire impossibles à prévoir. Il peut être considéré comme pleinement libre s’il a fait tout ce qui était en son pouvoir pour garantir les conditions  de sa liberté c’est-à-dire s’il est entré dans une logique de prévision, d’anticipation. La liberté suppose que le sujet anticipe les obstacles prévisibles inhérents à son avenir pour être à même de mieux s’y adapter. On pourrait même aller plus loin et affirmer qu’il faudrait qu’il anticipe même la part d’imprévisible inhérente à son avenir en tant que source d’obstacles potentiels.
Alors Sartre conclut : « les possibles se réalisent dans la probabilité (l. 14) . Il convient donc de distinguer le possible du probable. Prenons un exemple : si je demande « est-il possible d’aller à Rome en vélo ?», je m’interroge sur la faisabilité d’un tel voyage. Au contraire si je dis : « il est probable que j’aille à Rome à vélo », je laisse entendre que j’irai peut-être en vélo, mais peut-être pas. Je parle ici de la réalisation de ce projet. Le possible apparaît donc comme une condition nécessaire mais non suffisante du probable. En effet, il faut également tenir compte de l’extériorité. Si les possibles se réalisaient dans la certitude, ils ne seraient plus possibles,  mais nécessités. Au contraire, s’ils se réalisaient dans l’ignorance, ils ne seraient plus possibles, mais impossibles ; Ainsi les possibles se réalisent-ils effectivement dans la probabilité.

 Puisque les possibles se réalisent donc dans la probabilité et que le possible est la condition de la liberté, on aboutit à la conclusion que « la liberté se meut dans la sphère du probable » (l. 15) . En effet, la probabilité est constituée du possible qui tend vers la réussite et de  l’extériorité qui tend vers l’échec. Elle respecte donc ainsi le postulat de départ énoncé par Sartre, à savoir que la réussite de la décision ne soit que possible et non pas certaine. Le probable vient donc au monde par l’homme puisqu’il  constitue la sphère de la liberté humaine.

 

 

 

La liberté humaine ne s’entend donc pas comme l’état dans lequel un sujet peut agir sans contrainte ni obstacle mais bien plus comme la capacité qu’a un sujet de choisir les fins de son action et les moyens d’y parvenir. C’est à travers l’anticipation des obstacles qu’il rencontre et au contact de ces obstacles qu’il fait non seulement preuve de sa liberté mais encore qu’il acquiert une conscience claire.

 


 (PS, si l'auteur de cette copie se reconnaît, j'aimerais pouvoir lui attribuer))

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