Pour ceux qui ne le savent pas, c'est dans le Monde ce soir : Retrocontroverse , 1995 : le plan Juppé fait éclater la gauche.
Pierre Rosanvallon ( prof à IEP ) devient le chef de file de la "deuxième gauche", avec le soutien de la Revue Esprit.
Pour ceux qui ne le savent pas, c'est dans le Monde ce soir : Retrocontroverse , 1995 : le plan Juppé fait éclater la gauche.
Pierre Rosanvallon ( prof à IEP ) devient le chef de file de la "deuxième gauche", avec le soutien de la Revue Esprit.
Pierre Magnard
POURQUOI LA RELIGION?
Paris, Armand Colin, 2006
"Pierre Magnard propose, à contretemps, une apologie de la religion menée à partir du christianisme. Il propose une affirmation radicale : la religion est une, elle ne connaît pas de
pluriel, elle n'existe qu'au singulier. Cette thèse implique deux corollaires principaux : une critique de l'idéal d'autonomie à partir d'une nouvelle interprétation de la modernité;
l'élaboration d'une théologie oecuménique de l'Absolu, qui redonne ses droits à la métaphysique.
Considérée en sa fonction, la religion ne peut être qu'unique, puisqu'elle a en charge l'unification, partant l'accomplissement du genre humain... (p. 125). La religion n'est pas d'abord référée
au Dieu qu'elle vénère, mais à l'humanité qui la porte ; sa première fonction est anthropologique. L'unicité de la religion est fondée sur l'unicité de l'humanité qu'elle promeut. Pour autant,
l'auteur ne reprend pas les thèses de Feuerbach et ne fait pas de l'homme le dieu caché des religions. L'unicité de l'humanité elle-même ne peut se concevoir dans son intégrité qu'en référence à
une transcendance qui relativise les différences sans les supprimer, sans les rapporter à un dénominateur commun.
Il faut une source supérieure pour que les hommes règlent leurs usages et leurs esprits.
L'unité de l'humanité est fondée sur l'unicité du Dieu, appréhendée dans la religion singulière. Cela implique, nous`" le verrons, de distinguer entre « religion » et « confession » ; cela
implique également de ne plus penser l'unité dë l'humanité à partir d'elle-même, c'està-dire de critiquer l'idéal d'autonomie et de réhabiliter le paradoxe d'une hétéronomie libératrice.
Pierre Magnard n'a pas de mots trop durs pour stigmatiser le nihilisme de l'individualisme contemporain qui produit « l'homme de sable », peu à peu délié de toute relation organique avec ses
semblables, crispé sur des revendications identitaires, ouvert à la mobilité et à la pression du marché, fusionné dans des pratiques grégaires, rassemblé sous des contrats politiques éphémères et
formels. Cette lecture unilatérale de la vie contemporaine entend décrire l'errance spirituelle de nos sociétés, fondées sur l'oubli de la religion et l'illimitation du désir d'autonomie.
Celle-ci le rend inconditionnellement contemporain de lui-même et de ses décisions, elle s'oppose à l'hétéronomie de l'« homme universel » qui se rapporte à l'origine. Pour autant, l'auteur ne
critique pas la modernité en tant que telle au nom d'une conception nostalgique ou fondamentaliste de l'origine. Il propose une autre interprétation de la modernité, en évitant le double écueil
d'une autonomie activiste qui se referme sur elle-même et ne vit que du geste par lequel elle se coupe de l'origine, et d'une hétéronomie entièrement passive vis-à-vis d'une perfection passée ou
d'une plénitude présente. C'est possible si l'on considère que l'homme a en charge le déplacement de l'origine, sa répétition créatrice dans le temps. I'hétéronomie fondamentale se transforme
alors en processus créateur par lequel l'homme se rend digne du rapport à l'origine qui le fonde : l'origine est au-devant de l'homme, ce qui vient à lui par ses actes fondateurs réitérés. Ce
sont les xve et XVIe siècles européens qui, de Nicolas de Cues à Montaigne, ont su thématiser l'invention de l'homme dans la reprise de ses gestes fondateurs (techniques, artistiques,
philologiques, philosophiques, religieux) et promouvoir une hétéronomie active et libératrice. Lauteur lit aussi cette structure d'appropriation de soi par une répétition créatrice dans l'oeuvre
de Kierkegaard (la Répétition, mentionnée comme schéma directeur p. 28).
La religion universelle est composée d'une multiplicité de « confessions », qui doivent toutes se reconnaître mutuellement dans les visées singulières, différenciées, d'un même absolu qui leur
échappe également. L'intégration possible dans la religion sert alors de critère pour juger la signification spirituelle d'une confusion. Aucune confession. aucune doctrine, ne peut prétendre
enserrer dans la positivité de son dogme ou de son discours le Dieu unique, qui se donne comme point d'altérité absolue et paradoxale. Le Dieu unique est l'absolu qui réunit les hommes mais qui
se sépare d'eux et qui leur donne de se séparer, de se singulariser à l'extrême. Dès lors, à partir de quelles bases communes, dans quel langage commun les différentes confessions pourront-elles
se reconnaître mutuellement ? P. Mignard rappelle à cet égard le rôle du platonisme, qui a pu donner une structure diabolique à la vie spirituelle et a permis d'exprimer le verbe spécifique de
chacun des trois monothéistes. Mais le platonisme est-il suffisamment fécond pour donner son langage à la
diversité universelle des confessions ? (En particulier, peut-il intégrer les confessions extrême-orientales ?) Ou bien faut-il inventer un nouveau langage commun ? Et comment concevoir une
institution de cette religion universelle, capable à la fois de réaliser l'oecuménisme et de porter ses exigences devant les communautés politiques ? "
Frédéric Vengeon, Revue Esprit Mai 2007
Religion : (etym : du latin religio, attention scrupuleuse, sentiment, culte religieux, sainteté, dérivé soit de religare, relier, soit de relegere,
respecter, recueillir, prendre soin) 1) Sens ordinaire : a) La religion : reconnaissance par l'homme d'une puissance supérieure dont dépend sa destinée et devant laquelle il s'incline
; attitude morale et intellectuelle associée à cette croyance b) Une religion : attitude particulière dans les relations avec Dieu ou avec un principe supérieur, plusieurs dieux ou des
entités d'ordre sacré cf animisme, fétichisme, chamanisme, totémisme etc ..) c) Par extension : tout système de croyance en une entité quelconque tenue pour sacrée ou en un but supérieur auquel
tous les hommes devraient concourir
2) Sociologie : Ensemble des croyances et des pratiques institutionnalisées relatives à un domaine sacré séparé du profane, liant en une même communauté morale tous ceux qui y adhèrent, et
manifestant sous des formes propres à chaque société les rapports des hommes à Dieu, au divin ou au sacré.
3) Philosophie : La philosophie considère la religion de différents points de vue. La " religion intérieure " est le rapport individuel et direct de l'âme
humaine avec Dieu ou avec le divin. La " religion extérieure " est l'ensemble des institutions ayant pour fonction de régler les rapports des croyants avec Dieu ou la sacré par des rites,
des cérémonies et une liturgie spécifique, et variables selon les époques et les civilisations. Du point de vue de la théologie, la religion est la doctrine spéculative
concernant Dieu, son essence et ses attributs. La " religion naturelle ", synonyme de déisme, est la connaissance de Dieu, indépendamment de toute révélation, par la seule
lumière de la raison. Le Dieu de la religion naturelle (Hume, Rousseau) ne nécessite ni Eglise ni culte particulier et ne constitue qu'une référence et un guide pour une action morale
présentant une portée universelle.
Sacré : (etym latin sacer, consacré à la divinité, de sancire, rendre inviolable par un acte religieux, consacrer) 1) Sens usuel : Qui appartient à
un domaine sacré et inviolable et qui suscite un sentiment de révérence religieuse 2) Théologie : Ce qui a trait au domaine religieux, fait l'objet d'un culte et provoque un sentiment
de crainte et de respect. Le sacré semble faire signe vers quelque chose de mystérieux et d'inaccessible qui doit être à ce titre vénéré 3) Sociologie : tout ce qui relève d'un ordre
puissant et redoutable et doit être séparé du domaine des réalités ordinaires : " Les choses sacrées sont celles que les interdits protègent et isolent " Durkheim. Le domaine du sacré
et celui des pratiques religieuses tendent à coïncider du point de vue de la sociologie.
Profane : (etym : latin profanus : hors du temple). Sens usuel : le domaine profane englobe toutes les choses ou les institutions qui sont extérieures à la religion. Le
profane est le pendant du sacré.
Foi : (etym : latin fides " confiance, croyance ") 1) Sens usuel a) Confiance absolue que l'on met dans quelque chose b) Adhésion de l'esprit et du cœur à une
doctrine d'ordre religieux 2) Théologie et philosophie : conviction inébranlable ayant trait à l'existence de Dieu ou à telle ou telle doctrine d'ordre religieux. La foi
peut être distinguée de la croyance religieuse qui est plus indéterminée. Le foi demande une sorte d'engagement moral contrairement à la croyance qui peut être naïve et
intermittente ou contraire réfléchie et raisonnable. La foi est la part la plus intime et la plus profonde de la croyance religieuse : " Il faut croire dabord et contyre l'apparence ;
la foi va devant, la foi est courage " (Alain)
Superstition : (ety : latin superstitio " superstition " de superstare, " se tenir dessus " qui désigne ceux qui prient pour que leurs enfants leur
survivent) 1) Attitude irrationnelle consistant à croire que certains actes ou certains signes entraînent sans raison intelligible des conséquences bonnes ou mauvaises 2) Philosophie :
attitude naïve et irrationnelle fondée sur la peur (de maux imprévisibles) et sur l'espérance (de biens hypothétiques). Elle se manifeste essentiellement par des comportements inconséquents
ou absurdes visant à exercer une influences sur des puissances surnaturelles ou sur les dieux, les anges, les esprits etc.. Pour Sénèque " la religion honore les Dieux, la superstition les
outrage ". Pour Kant la superstition est l' illusion en vertu de laquelle il serait possible par les opérations du culte de " préparer sa justification devant Dieu ". De façon
générale les philosophes croyants condamnent et rejettent la superstition dans laquelle ils dénoncent une perversion et la caricature de la religion. Pour
Palton la superstition est même l' une des causes se l'impiété (Les lois, X). Mais les incroyants, depuis le moment des Lumières, tendent à associer les religions
dans leurs formes les plus spontanées et les plus communes, et la superstition en tant qu'ensemble des pratiques qui sont inintelligibles à elles-mêmes et des croyances qui sont sans fondement
rationnel.
Religion naturelle : Expression qui désigne une religion hypothétique fondée sur une foi personnelle par opposition aux religions positives et
aux religions révélées. Ignorant les cultes extérieurs et conventionnels, elle se veut " rationnelle " dans la mesure où elle se limite à des prescriptions morales dont la
portée peut prétendre à l'universalité. La profession de foi du Vicaire savoyard de Rousseau en constitue l'un des exposés les plus caractéristiques.
Religion civile : Chez Rousseau : religion préconisée dans Du Contrat social afin de donner une assise absolue ou sacrée à des dispositifs et des engagements qui sont
d'ordre conventionnel et utilitaire. Cette religion, qui inspirera les révolutionnaires français, est censée tolérer tous les cultes sauf ceux qui seraient intolérants.
Religions statique et dynamique (chez Bergson) : Les religions statiques sont toutes les religions historiques qui fondent le lien social dans l'immense majorité des
sociétés : " la religion statique attache l'homme à la vie, et par conséquent l'individu à la société, en lui racontant des histoires comparables à celles dont on berce les enfants ". La
religion " dynamique " est une religion qui n'est pas liée à une société particulière mais qui témoigne d'une aspiration ou d'un élan devant conduire l'humanité dans son
ensemble à une transformation radicale. L'humanité, avec l'aide de Dieu, doit se " rendre divine " en suivant l'exemple de ses plus grands mystiques qui sont
ses guides : " Dieu est amour et il est objet d'amour : tout l'apport du mysticisme est là.. Mais ce qu'il dit clairement, c'est que l'amour divin n'est pas quelque chose de Dieu : c'est
Dieu lui-même " (Les deux sources de la morale et de la religion)
Sécularisation : (etym : saecula, " siècles "). Terme qui désigne l'évolution des sociétés dans le sens d'un amoindrissement du pouvoir et de
l'influence des autorités et des institutions religieuses dans l'organisation de la vie sociale. Dans les sociétés " sécularisées " (essentiellement en Europe) les hommes sont moins
nombreux à croire mais surtout ils ne se sentent plus liés par les obligations religieuses et considèrent que la croyance est une affaire personnelle et ne concerne pas les pouvoirs
publics. Selon le sociologue Durkheim, " le religion embrasse une portion de plus en plus petite de la vie sociale...A l'origine elle s'étend à tout. Puis peu à peu, les fonctions politique,
économique, scientifique s'affranchissent de la fonction religieuse, se constituent à part et prennent un caractère temporel de plus en plus accusé. Dieu, si l'on peut s'exprimer ainsi, qui était
présent à toutes les relations humaines, s'en retire progressivement : il abandonne le monde aux hommes et à leurs disputes... L'individualisme, la libre pensée ne datent pas de nos jours,
ni de 1789, ni de la Réforme, ni de la scolastique, ni de la chute du polythéisme gréco-latin, ou des théocraties orientales. C'est un phénomène qui ne commence nulle part, mais qui se développe
sans s'arrêter tout au long de l'histoire " (De la division du travail social)
Désenchantement du monde : (etym : préfixe dès et latin incantare : " prononcer des formules magiques ") Terme utilisé tout d'abord
par Max Weber pour désigner le processus de reflux de la magie comme moyen d'action et technique de salut, au profit d'une relation rationnelle et pragmatique des
hommes à leur environnement naturel et social. Marcel Gauchet a donné ce titre à un ouvrage (1985) dans lequel il montre que la religion, dont la fonction fut originellement et
essentiellement politique, n'a pas cessé, depuis l'apparition du monothéisme et de la mentalité individualiste (le " tournant axial de l'humanité ",7-5 siècle avant Jésus-Christ) de perdre du
terrain de ce point de vue. Les progrès de la science et de la rationalité s'accompagnent d'un processus irréversible de " sécularisation ", c'est-à-dire d'une dissociation des
différentes fonctions sociales (économiques, morales, politiques) et d'une émancipation de la politique par rapport à la religion. Parallèlement, la foi devient progressivement pour
les croyants une affaire d'ordre privé. Ce processus concerne évidemment les sociétés occidentales sécularisées mais il ne pourra pas épargner indéfiniment les autres civilisations et les
autres cultures qui restent (en apparence) très profondément religieuses.
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