Texte Libre

(MODE D'EMPLOI du BLOG : ce blog comporte des CATEGORIES : "programme de terminales", " actualité commentée pour IEP", "classes préparatoires", "actualité" "cinéma" etc...).

Ce blog est classé par Wikio dans les blogs les plus influents de la blogosphère  (catégorie littérature)

Wikio - Top des blogs - Litterature
Lundi 13 août 2007


I  La dimension historique de l'homme
II Croire au progrès
 III La fin des illusions ?
IV Nécessité du sens

 I LA DIMENSION HISTORIQUE DE L'HOMME
Histoire et historicité
L
e langage courant associe ou même confond purement et simplement l ' " évolution " et l ' " histoire ". Une telle confusion interdit de comprendre en quel sens on a pu dire que " l'homme est le seul être à avoir  une histoire " : les choses, les objets, les animaux, l'univers, n'ont-ils pas, eux aussi, une " histoire " ? Par définition, tout ce qui " existe " se développe dans le temps et comporte donc, dans une certaine mesure, une dimension évolutive ou encore " historique ". Pourtant,  l' " histoire ", au sens strict, ne concerne que les hommes : non seulement le discours historique (le récit, la connaissance des événements du passé) mais aussi l' " histoire " dans son autre sens : le devenir,  c'est-à-dire la réalité elle-même. En effet, l'existence historique des hommes n'est pas dissociable de leur conscience : c'est parce qu'ils incorporent leur passé et qu'ils s'imposent d'en conserver la mémoire que les hommes disposent d'une  " histoire ". Celle-ci fut d'abord orale, elle est aujourd'hui transmise par écrit (premier sens du terme).  Réciproquement, c'est parce qu'ils perpétuent cette mémoire élaborée dans un discours soit spontané  (mythes et légendes), soit  réfléchi,  que les hommes ont une " dimension  historique " (second sens du mot " histoire ") ou, ce que l'on nommera, pour lever toute ambiguïté, une " historicité " : l' " historicité " est le caractère propre de l'homme qui intègre, sous la forme du récit de son passé et de la représentation de son avenir, une dimension temporelle dans la représentation qu'il a de lui-même.
La portée universelle de l'histoire
Pourtant les hommes n'ont pas toujours connu l' " histoire " dans le sens actuel du terme (la discipline scientifique).  Ce sont les Grecs qui se sont efforcés les premiers de donner à l'existence historique des hommes cette portée universelle qui est devenue la sienne aujourd'hui. Dans le Préambule de ses Histoires, Hérodote (480-425 av JC) présente son dessein : exposer les " actions importantes et remarquables accomplies aussi bien par les Barbares que par les Grecs " afin de les soustraire à l'oubli. Son œuvre contient une masse d'informations très précieuses sur les mœurs, les institutions, mais aussi les préjugés et les légendes de son temps. Mais c'est Thucydide (470-401 av JC) qui réalise, avec La guerre du Péloponnèse, le texte fondateur de l' " histoire " (au sens moderne du terme). Grâce à lui, la représentation du passé ne relève plus d'une simple " enquête " (sens premier du mot grec " historia " ) ; elle devient un véritable savoir, procédant d'une documentation approfondie, et désormais soucieuse d'impartialité et d'objectivité. Non seulement Thucydide s'efforce d'investir l'histoire en suivant un principe de lecture rationnel ; mais encore il introduit cette dimension critique par laquelle notre " histoire " rompt avec l'approche traditionnelle (religieuse ou mythologique) de la mémoire collective.
L'avènement du sens
Toutefois, si les sciences en général se définissent par la recherche d'une stricte neutralité et par l'effacement corrélatif du sujet, l'histoire ne peut que se dissocier d'un tel idéal. Tout d'abord le discours historique porte sur des événements et des situations singulières, contrairement à l'approche des sciences exactes qui ne porte que sur le " général " (ce qui est commun et reproductible). En outre, l'historien raconte une " histoire " selon des choix et les options qui lui sont propres : la dimension subjective de l'approche historique est indépassable. En d'autres termes, l'historien compose son récit en suivant un tracé qu'il dessine lui-même et qui lui fournit ce principe d'intelligibilité sans lequel la suite des actions humaines ne serait qu'un écheveau embrouillé d'événements dénués de sens. C'est ainsi que le chercheur peut dépasser le sentiment commun de la précarité et de l'irrationalité de l'histoire. Une telle approche, dira-t-on peut-être,  n'est-elle pas plus philosophique que scientifique ? Pourquoi l'historien devrait-il imposer une grille rationnelle au cours sinueux de l'histoire ? Paul Ricoeur montre bien que le souci scrupuleux de restituer les faits n'exclut pas la volonté de recomposer et d'unifier l'histoire. Bien au contraire : les deux représentations, " événementielle " et " structurale ", de l'histoire sont complémentaires.

II CROIRE AU PROGRES
Sens et signification de l'histoire

Historien et philosophes se rejoignent donc dans leur souci commun de dégager une logique de l'histoire. Mais cette rationalité, l'historien va la chercher du côté des connexions entre les différents plans du réel (économiques, sociaux, culturels etc ...) , tandis que le philosophe effectue une lecture récapitulative et orientée de ce même devenir. Du point de vue de l'historien, il y a là un risque, celui de ramener la signification (le caractère intelligible, compréhensible) à un système (un ordre contraignant  et  préétabli). De fait , l'histoire philosophique associe " sens " (orientation générale,  direction) et " signification " : c'est Kant  , en particulier, qui insiste sur la nécessité de concevoir l'histoire comme orientée vers une fin, tout en se défendant d'évincer, par là même, l'histoire événementielle et empirique des historiens.
Les différents sens du mot " progrès "
 L'histoire des historiens ne sera donc pas " engloutie " dans l'histoire philosophique, et Kant prend bien soin de préciser qu'une telle lecture de l'histoire est soutenue par un " fil conducteur " qui n'est toutefois que postulé. Il y a cependant ici un nouvel écueil, entretenu une fois encore par les équivoques de notre langage. Le sens commun confond aisément les différentes acceptions du mot " progrès ". Soutenir que l'humanité " progresse " toujours, cela peut signifier tout simplement que la réalité historique est constituée d'un ensemble de processus, qu'elle est une réalité en devenir . Mais on donnera volontiers au mot " progrès " son autre sens, celui d'amélioration, d'évolution vers quelque chose de préférable, de plus accompli.  La philosophie s'est parfois complu, elle aussi, dans de telles équivoques. Croire au progrès, pour Kant ou Condorcet, c'est postuler que l'homme est perfectible et que, du fait de l'éducation, tous les acquis culturels sont cumulables. " L'humanité, écrivait Pascal, dans la Préface de son Traité du vide (NOTE 1), doit être considérée comme un seul homme qui subsiste toujours et qui apprend continuellement ". Or un tel présupposé est contestable, car l'unité de l'humanité est problématique , et ses " progrès " sont pour le moins hasardeux et chaotiques.
Le " patient travail du négatif "
Contrairement à ses prédécesseurs, Hegel ne conçoit pas le " progrès " de la raison comme une extension continue des Lumières, ni comme un approfondissement du savoir. Pour lui, le " progrès " relève d'une nécessité interne de l'Esprit . Or l'Esprit est la réalité elle-même qui se déploie dans l'ordre du temps. " Progresser " signifie tendre nécessairement vers un accomplissement, un achèvement. Ce développement s'effectue en suivant une logique heurtée (" dialectique "), qui opère par déchirements, mutations et crises. Ainsi donc le " progrès " ne sera pas apprécié par le " trou de serrure de la moralité " (NOTE 2) : autant dire que la satisfaction et les intérêts des hommes ne seront pas pris en compte. Pour Hegel, ni les individus ni les peuples ne savent le sens de ce qu'ils font.  Ils sont néanmoins les instruments inconscients de l '" Esprit du monde " qui doit atteindre son but (sa " fin ") envers et contre tout. Le parcours de l'Esprit n'est pas décelable à l'œil nu : car la raison emprunte des détours, des voies souterraines, comme une taupe qui ne travaille pas à l'air libre( c'est la " ruse de la raison "). En d'autres termes, les conflits inextricables, les violences que nous jugeons absurdes, sont aussi les moyens du " progrès ", c'est-à-dire de la " marche graduelle par laquelle l'Esprit connaît et réalise sa liberté ".
Le progrès et  la fin de l'histoire
A la fois optimiste (car elle postule que le " but " est en même temps le " résultat " de l'histoire (Note 3) et tragique ("  L'histoire n'est pas le lieu de la félicité) . Les périodes de bonheur y sont des pages blanches " (Note 4), cette conception appelle immédiatement certaines réserves. La " fin " de l'histoire (ce vers quoi elle tend nécessairement) est en même temps, pour Hegel , ce qui lui donne son sens (son orientation générale) et sa signification  (son contenu intelligible). Un tel télescopage des concepts est pourtant discutable (Note 5). On le retrouve pourtant, à des titres divers, chez les philosophes " progressistes " du 19ème siècle, tels que A. Comte, mais aussi Marx et Engels. L'approche de A. Comte est à la fois idéaliste (ce sont les mutations intellectuelles qui règlent le devenir) et positiviste (la " loi des trois états " qu'il dégage procède, selon lui, de l'observation des faits).  Celle de Marx et Engels est matérialiste : le moteur de l'histoire est à chercher, selon eux, dans  le soubassement matériel de la société, et non plus au niveau   du développement intellectuel  (Condorcet, Kant) ni  dans le  dynamisme de l' " Esprit " (Hegel) . Malgré ces divergences, tous croient au " progrès " c'est-à-dire postulent une  " fin " ( un accomplissement nécessaire et prévisible)  de l'Histoire : la disparition des classes sociales, et le communisme pour Marx et Engels ; le positivisme, pour Auguste Comte ;  l'avènement de l'Etat et la réalisation de la liberté, pour Hegel (Note 6).
La fin des illusions ?
Le progrès, une idée religieuse
Cette idée de " progrès " - au double sens de devenir orienté et d'amélioration constante- ne date cependant pas du 19ième siècle. C'est la pensée chrétienne qui a introduit l'idée d'un temps unique, linéaire, comportant un commencement (la Création) et une fin (le Jugement dernier et la Résurrection). Progressivement laïcisé, ce modèle s'est rationalisé au point de devenir compatible avec une approche positiviste et scientifique de l'histoire. Le devenir est désormais interprété comme un processus positif qui connaît sans doute des zigzags et des régressions ponctuelles, mais qui avance cependant inexorablement vers son " but ", le bonheur et l'émancipation de l'humanité, non pas dans l'au delà, mais ici-bas. Toutefois ce schéma, si l'on en croit Cournot et Nietzsche, reste fondamentalement religieux .
Une " idée fausse "
Nos désillusions concernant le progrès sont  à rattacher  aux événements tragiques qui ont jalonné le XXième  siècle, infligeant un démenti sévère aux prophéties des philosophes " progressistes ". Elles sont liées également au fait que la science ne tient pas toujours ses promesses, et que les  technologies actuelles suscitent désormais de nouvelles inquiétudes. Attachons-nous toutefois aux critiques qui portent sur les présupposés théoriques des idéologies du progrès : car , si le XX ième siècle a été le théâtre des horreurs que l'on sait,  cela ne prouve pas encore que le XXI ième siècle ne  va pas  réconcilier l'humanité avec elle-même et donner raison, in fine, à Hegel ou à Marx. Il faut donc aborder le problème dans sa radicalité. C'est ce que fait Michel Foucault lorsqu'il conteste l'idée d'une " Histoire générale ", écartant par là même la thèse d'une évolution cohérente de l'Humanité  (" resserrée autour d'un centre unique "). Ou encore Claude Lévi-Strauss lorsqu'il observe que le progrès n'est que l'idée d'une translation dont on négligerait le caractère relatif : les civilisations n' " avancent " pas, ni ne " reculent " ; ce sont les significations qui s'éclairent ou se brouillent selon l'éloignement des observateurs.  Si l'on en croit Nietzsche enfin, le progrès est une idée " moderne ", donc " fausse " ! Quoi qu'il en soit de la modernité au sens où l'entend Nietzsche, la croyance au  progrès reste à ses yeux une conviction d'ordre religieux, c'est-à-dire un mensonge : " la foi rend bienheureux, écrit-il encore, par conséquent elle ment "  (Antéchrist § 50) .

NECESSITE DU SENS
L'avenir n'est pas prévisible
 
De fait, la foi dans le progrès s'est avérée sinon " fausse " -comment une croyance pourrait-elle être démentie par les faits ?- assurément dangereuse. Car si certains hommes affirment que l'histoire est orientée vers une fin, ils encouragent leurs disciples à prétendre incarner  l'idéal correspondant, et à se présenter comme les éclaireurs et les guides de peuples infantilisés. Il ne s'agit plus alors exclusivement de prophétiser l'avenir, mais aussi de l'infléchir suivant  un " sens " qui ne souffrira plus aucune discussion. On sait quelles furent les désastres engendrés par certaines " visions " d'un avenir radieux de l'humanité, auquel on a jugé bon de sacrifier des millions de vies estimées superflues (Note 6).Toutefois, ce bilan accablant des entreprises totalitaires -celles qui prétendent se déterminer avec assurance d'après la fin prévisible de l'histoire- ne doit pourtant pas faire oublier que les hommes ne peuvent renoncer à toute espérance en un avenir meilleur.
Le " devoir d'espérer "
On aurait tort en effet de jeter le bébé (l'idée de progrès) avec l'eau du bain  (le totalitarisme) . Car c'est moins l'idée de progrès qui est en cause, que la " certitude " (fausse) de savoir quel sens cette idée induit. L'espérance, telle que la présente Kant n'est pas un savoir, pas même une assurance, mais seulement un sentiment qui nous conduit à considérer l'avenir avec confiance. En ce sens, elle n'est pas une passion, mais une vertu qui soutient l'action, et qui, de tout temps, a été la condition du " progrès " véritable. Lorsque Kant parle de " progrès ", il ne s'agit pas du simple avancement des sciences et des techniques qui semble en effet inexorable, mais  de l'amélioration morale de notre condition : nous ne pouvons que vouloir un monde pacifié, plus équitable, moins violent.
 L'histoire " écrite en prose "
Comme Kant le constate également, nous avons quelques raisons de penser que des progrès réels se sont effectivement produits au cours de siècles. Aujourd'hui, même si des dictatures se perpétuent, elles éprouvent des difficultés à se justifier et à se stabiliser. Les droits des personnes, en particulier des femmes et des enfants, sont proclamés   publiquement, même si leur respect n'est pas assuré, loin s'en faut. Les idéaux universalistes, les institutions juridiques internationales se développent et s'affirment. On dira que leur portée reste symbolique ; mais on aurait tort d'ignorer l'efficacité réelle, considérable, des symboles, textes de lois ou même simples promesses. Ainsi, même si " l'histoire n'a pas de sens " , comme l'affirme Karl Popper, elle attend de nous " une justification ". Si l'avenir n'est pas déterminé (Note 7), s'il reste une " aventure inconnue " (Edgar Morin), il  dépend, en tout état de cause,    de notre bon vouloir .  La démocratie ne peut progresser que si chacun lui apporte son soutien ; mais ceci à condition que nous nous résignions à l'incertitude de ses fondements : " la démocratie, écrit Raymond Aron, est le seul régime qui avoue, que dis-je, qui proclame , que l'histoire des Etats est et doit être écrite non en vers, mais en prose " (Note 8).

 
Notes :

NOTE 1 : Collection Intégrale, Editions du  Seuil, p232
NOTE 2 : La raison dans l'histoire , Traduction Papaiannou, U.G.E , 1965, p28
NOTE 3 : Ibid, p96
NOTE 4 : Ibid, p116
NOTE 5 : H. Arendt dénonce avec insistance cette confusion, dans son article " Le concept d'histoire ", in La crise de la culture, Gallimard, 1972, pp 106-107
NOTE 6 : cf Hegel, op. cité, p129: "Le particulier est trop petit en face de l'Universel : les individus sont donc sacrifiés et abandonnés ". Voir à  propos des sacrifices au nom du sens de l'histoire, le commentaire de Karl Popper, dans La société ouverte et ses ennemis, Tome 2, Chapitre 12. Voir également Alain Finkielkraut, La sagesse de l'amour, Folio-Essais, Gallimard, 1984, pp129-130.
NOTE 7 : " Le passé n'éclairant plus l'avenir, l'esprit marche dans les ténèbres " Tocqueville, cité par H.Arendt, op cité, p 104
NOTE 8 : Préface de Le savant et le politique, 1959, Collection 10-18, p 23)

 

 

 

 

ajouter un commentaire
commentaires (0)   
Lundi 13 août 2007

Les grands hommes :
 
"Il est difficile de savoir ce qu'on veut. On peut certes vouloir ceci ou cela, mais on reste dans le négatif 1 et le mécontentement. Mais les grands hommes savent aussi que ce qu'ils veulent est l'affirmatif. C'est leur propre satisfaction qu'ils cherchent : ils n'agissent pas pour satisfaire les autres. S'ils voulaient satisfaire les autres, ils eussent eu beaucoup à faire parce que les autres ne savent pas ce que veut l'époque et ce qu'ils veulent eux-mêmes. Il serait vain de résister à ces personnalités historiques parce qu'elles sont irrésistiblement poussées à accomplir leur œuvre. Il appert 2 par la suite qu'ils on eu raison, et les autres, même s'ils ne croyaient pas que c'était bien ce qu'ils voulaient, s'y attachent et laissent faire. Car l'œuvre du grand homme exerce en eux et sur eux un pouvoir auquel ils ne peuvent pas résister, même s'ils le considèrent comme un pouvoir extérieur et étranger, même s'il va à l'encontre de ce qu'ils croient être leur volonté. Car l'Esprit en marche vers une nouvelle forme est l'âme interne de tous les individus ; il est leur intériorité inconsciente, que les grands hommes porteront à la conscience. Leur œuvre est donc ce que visait la véritable volonté des autres ; c'est pourquoi elle exerce sur eux un pouvoir qu'ils acceptent malgré les réticences de leur volonté consciente : s'ils suivent ces conducteurs d'âmes, c'est parce qu'ils y sentent la puissance irrésistible de leur propre esprit intérieur venant à leur rencontre.
 Si, allant plus loin, nous jetons un regard sur la destinée de ces individus historiques, nous voyons qu'ils ont eu le bonheur d'être les agents d'un but qui constitue une étape dans la marche progressive de l'Esprit universel".
 Friedrich Hegel, La Raison dans l'histoire (1830), traduction K. Papaioannou, Plon 1965, 10/18, pp 123

NOTE 1 : En général, on sait ce que l'on ne veut pas, mais ce que l'on veut reste vague.
NOTE 2 : Il  appert : il apparaît.

 


 
Les conflits, les guerres, les crises, tout ce que Hegel nomme le  " négatif ", contribue néanmoins à la réalisation d'une œuvre. Il s'agit de l'œuvre de la raison:

 "Le plus noble et le plus beau nous fut arraché par l'histoire : les passions humaines l'ont ruiné. Tout semble voué à la disparition, rien ne demeure. Tous les voyageurs ont éprouvé cette mélancolie. Qui a vu les ruines de Carthage, de Palmyre, Persépolis, Rome sans réfléchir sur la caducité des empires et des hommes, sans porter le deuil de cette vie passée puissante et
riche ? Ce n'est pas, comme devant la tombe des êtres qui nous furent chers, un deuil qui s'attarde aux pertes personnelles et à la caducité des fins particulières : c'est le deuil désintéressé de la ruine d'une vie humaine brillante et civilisée.
 Cependant  à cette catégorie du changement se rattache aussitôt à un autre aspect : de la mort renaît une vie nouvelle. [...]Ainsi l'Esprit affirme-t-il ses forces dans toutes les directions. Nous apprenons quelles sont celles-ci par la multiplicité des productions et des créations de l'Esprit. Dans la jouissance de son activité il n'a affaire qu'à lui-même. Il est vrai que  lié aux conditions naturelles intérieures et extérieures, il y rencontre non seulement des obstacles et de la résistance, mais voit souvent ses efforts échouer. Il est alors déchu dans sa mission en tant qu'être spirituel dont la fin est sa propre activité et non son œuvre, et cependant il montre encore qu'il a été capable d'une telle activité.
Après ces troublantes considérations, on se demande quelle est la fin de toutes ces réalités individuelles. Elles ne s'épuisent pas dans leurs buts particuliers. Tout doit contribuer à une œuvre. A la base de cet immense sacrifice de l'Esprit doit se trouver une fin ultime. La question est de savoir si, sous le tumulte qui règne à la surface, ne s'accomplit pas une œuvre silencieuse et secrète dans laquelle sera conservée toute la force des phénomènes. Ce qui nous gêne, c'est la grande variété, le contraste de ce contenu. Nous voyons des choses opposées être vénérées comme sacrées et prétendre représenter l'intérêt de l'époque et des peuples. Ainsi naît le besoin de trouver dans l'Idée la justification d'un tel déclin. Cette considération nous conduit à la troisième catégorie, à la recherche d'une fin en soi et pour soi ultime. C'est la catégorie de la Raison elle-même, elle existe dans la conscience comme foi en la toute-puissance de la Raison sur le monde. La preuve sera fournie par l'étude de l'histoire elle-même. Car celle-ci n'est que l'image et l'acte de la Raison"

 Friedrich Hegel
La Raison dans l'histoire (1830), traduction K. Papaioannou, Plon 1965, 10/18, pp 54-56

 

ajouter un commentaire
commentaires (0)   
Lundi 13 août 2007

Le philosophe français Maurice Merleau-Ponty a déclaré en 1947 : " Hegel est l'origine de tout ce qui s'est fait de grand depuis un siècle ". La formule est un peu excessive, mais il est indéniable que Hegel  occupe une place privilégiée dans l'histoire de la modernité. Sa philosophie de l'histoire   eut en effet une influence déterminante non seulement sur le plan des idées, mais aussi à l'égard de l'histoire événementielle elle-même. Le rôle de Marx, disciple irrévérencieux de Hegel, fut ici évidemment décisif.
  Georges-Guillaume-Hegel naît  à Stuttgart le 27 avril 1770. En 1788, il entre au séminaire protestant de Tübigen, où il se lie d'amitié avec Hölderlin et Schelling, respectivement poète et philosophe, qui deviendront célèbres eux aussi. Au sortir de ses études, il connaît de longues pérégrinations  tout en suivant avec passion les événements politiques français. A partir de 1801, il devient professeur à l'université d' Iéna. Sa première grande œuvre, la Phénoménologie de l'Esprit, est publiée en 1807. Les lignes directrices de sa pensée sont déjà fixées, mais les textes ultérieurs  ( Encyclopédies des sciences humaines, 1816, Principes de la philosophie du droit, 1821) en approfondiront certains des aspects les plus décisifs.  Le texte que nous présentons ici sous le titre " La raison dans l'histoire " est un fragment du cours qu'il prodigua entre 1822 et 1830. Le succès de cet enseignement fut immense, notamment auprès d'étudiants aussi différents que Sören Kierkegaard et Karl Marx.

 Hegel a 19 ans lorsque éclate la révolution française. Il sera également le témoin attentif de la constitution de l'empire napoléonien, des guerres qui bouleversèrent la carte de l'Europe, mais aussi des mouvements de libération nationale qui suivirent. Enthousiasmé non seulement pas la révolution, mais aussi par le personnage de Napoléon, il en tire la conclusion que le moment est venu de répondre définitivement aux questions que l'humanité se pose depuis son origine. " Penser ce qui est " : tel est l'objectif inouï qu'il se fixe. Il ne s'agit évidemment pas de décrypter, voire de cautionner, comme pourrait le faire un bon journaliste par exemple, la réalité qui se déploie sous ses yeux. Hegel veut saisir le dynamisme à l'œuvre dans les temps modernes, la " dialectique " (principe innervant l'histoire  ou " moteur " du devenir) qui porte la promesse d'un ordre conforme à ce qui doit advenir, c'est-à-dire la Raison. Selon Hegel, l'histoire comporte une " fin ", c'est-à-dire un but, un objectif. Cette " fin " est la réconciliation  de l'individu et de l'intérêt général,  qui prend la forme de l'Etat.
Le cours de Hegel concernant l'histoire ne se contente pas de décrire des événements passés, comme le ferait un historien ou un archiviste. Car le principe qui permet d'éclairer le devenir peut être exposé en termes philosophiques. Pour Hegel, la pensée est à l'œuvre dans le monde, elle y produit des " formes " qui encadrent les sociétés humaines conformément à leurs institutions ( mœurs, structures politiques, sciences, techniques, religions, philosophie...). C'est ce travail de la culture que s'efforce de restituer la pensée philosophique. Il s'agit donc, d'une part, d'exposer le parcours de l'Esprit en présentant les figures successives à travers lesquels il se manifeste. Parallèlement, la philosophie de l'histoire à laquelle ce cours est consacré  s'intéresse aux circonstances multiples, complexes, contingentes, qui ont permis à ces " moments "  de s'accomplir. Pour Hegel, l'Esprit  est le " sujet de l'histoire ", c'est-à-dire  une sorte de Dieu qui habite le réel et l'anime à la manière d'une présence spirituelle ou d'un guide intérieur dictant aux individus (en particulier aux " grands hommes ") les décisions nécessaires à  son accomplissement.

 

ajouter un commentaire
commentaires (0)   
Lundi 13 août 2007

La mondialisation  entraîne-t-elle le déclin  des  nations? Ou bien la nation est-elle seulement relativisée?


" La seule chose dont je sois persuadé, c'est que le couple " nous et les autres " - et non pas nécessairement le couple ami-ennemi - de C. Schmitt - est constitutif de l'expérience humaine. Mais ce qui fait le contenu de ce u nous », est-ce la nation, est-ce le territoire ou encore d'autres catégories, d'autres regroupements ? Je l'ignore. Nous avons tous des solidarités sélectives, car, comme disait Rousseau, l'ami du genre humain n'est l'ami de personne. Je suis, quant à moi, plus particulièrement sensible au problème des réfugiés, parce que je l'ai été moi-même, je suis aussi plus ému par les conflits de l'Est qui sont proches, que par ceux de la Somalie plus lointains, et je ne peux pas dire que pour moi, qui suis cosmopolite par biographie, ce soit la solidarité nationale qui soit la plus importante, mais il n'en est évidemment pas ainsi pour la plupart des gens. La question de savoir si c'est la nationalité civique ou ethnique qui est première se pose donc à nouveau. Il y a un enchevêtrement de loyautés et il y a en même temps l'aspiration à une identité qui dépasse les autres. Mais à l'Ouest, et dans les pays issus des Empires, la nature des identités ne va plus de soi : il y a par exemple hésitation entre l'identité irakienne, arabe, et islamique.
Si réellement la forme millénaire de la nation est en train de s'épuiser, c'est un événement qui touche à l'histoire universelle. Dans quelle mesure cet événement nous amène-t-il alors à réinterpréter le passé ? Est-ce la fin de la nation ou la fin d'une certaine modalité de la nation ?
La dernière question est tout à fait pertinente. Est-ce que c'est l'État-nation, c'est-à-dire l'union d'un pouvoir et d'une bureaucratie sur un territoire avec une certaine coïncidence entre l'unité culturelle et l'unité politique, selon la définition de Gellner, qui disparaît ? De ce point de vue, il semble évident qu'il y a un certain éclatement. C'est la part de vérité du fédéralisme européen - même s'il n'y a pas véritablement de « fédération » européenne - que de montrer que ni le niveau optimum ni le niveau vécu ne sont les mémos suivant les domaines. Selon qu'il s'agit d'agriculture ou de défense, on est par exemple plutôt catalan ou plutôt espagnol, plutôt européen ou plutôt atlantique. Est-ce que ce nouvel état de fait signifie la fin de la nation ? Est-ce la crise de la nation civique ou de la nation ethnique ? Est-ce qu'une nation « relativisée "  formant un niveau parmi d'autres, est encore une nation ? Telle est la question."
Pierre Hassner, La violence et la paix, Paris, 1995, Éditions Esprit, pp. 377-380.

ajouter un commentaire
commentaires (0)   
Lundi 13 août 2007

 . 

Si les problèmes planétaires, aujourd'hui globaux  appellent des réponses consensuelles, les décisions de la communauté internationale  restent partiales, aléatoires  et bien souvent unilatérales:

" L'idée que les États-Unis peuvent intervenir en Somalie parce que cela ne comporte guère de risques mais ne le peuvent pas en Bosnie parce que cela entraînerait des pertes aurait bien pu s'appliquer à l'Allemagne (les années 30. Dire qu'on ne peut agir partout ne signifie ni que l'on ne peut agir nulle part ni que chaque cas doit être jugé hors de son contexte. Le caractère exemplaire et dissuasif de toute action, suggérant, à défaut de certitude, qu'une réaction du même ordre aurait quelque plausibilité dans des cas analogues, n'en devient que plus important.
Mais cela ne fait que souligner, sur l'exemple le plus sensible, le caractère inévitablement fragmenté, et à la limite contradictoire, de tout ordre international concevable aujourd'hui. Cette contradiction se manifeste à trois niveaux.
Premièrement, les problèmes, et souvent les solutions comme dans le cas de l'écologie, sont de plus en plus globaux, mais le pouvoir continue, et continuera, dans l'avenir prévisible, à appartenir à des États ou à des acteurs non étatiques particuliers.
Deuxièmement, la réalité et donc les problèmes sont de plus en plus complexes et multidimensionnels, mais les autorités et les organismes internationaux et mondiaux qui peuvent les traiter sont, et continueront à être longtemps, partiels et presque toujours unidimensionnels. On peut à la limite imaginer une autorité internationale chargée de gérer le nucléaire sous l'égide de l'ONU, mais elle ne pourra pas répondre au caractère complexe et diffus (lu problème (le la prolifération, qui concerne la société transnationale à tous ses niveaux.
Enfin, si, pendant la guerre froide, tous les conflits particuliers avaient tendance à être vus sous l'angle du conflit central, aujourd'hui les principes qui lui servent de critères sont beaucoup plus universels et consensuels, mais les réalités sont largement plus particulières et fragmentées. D'où une inadaptation croissante, et la retombée du droit et du souci humanitaire dans l'ère du soupçon.
 Mais cette dernière nous avait-elle vraiment quittés ? Et comment la politique internationale pourrait-elle être exemptée de l'écart et de la tension entre l'universel et le particulier, entre l'absolu et le relatif, qui est le trait le plus permanent de la vie humaine ?"
Pierre Hassner, La violence et la paix, Paris, 1995, Editions Esprit, pp. 351-354.

ajouter un commentaire
commentaires (0)   
Lundi 13 août 2007

Travailler sans relâche à l'édification de la paix  est pour chacun d'entre nous un devoir impérieux:

"Il ne doit y avoir aucune guerre ; ni celle entre toi et moi dans l'état de nature, ni celle entre nous en tant qu'États, qui bien qu'ils se trouvent intérieurement dans un état légal, sont  cependant extérieurement (dans leur rapport réciproque) dans un état dépourvu de lois - car ce n'est pas ainsi que chacun doit chercher son droit. Aussi la question m'est plus de savoir si la paix perpétuelle est quelque chose de réel ou si ce n'est qu'une chimère et si nous ne nous trompons pas dans notre jugement théorique, quand nous admettons le premier cas, mais nous devons agir comme si la chose qui peut-être ne sera pas devait être, et en vue de sa fondation établir la constitution qui nous semble la plus capable d'y  mener et de mettre fin à la conduite de la guerre dépourvue de salut, vers laquelle tous les États sans exception ont jusqu'â maintenant dirigé leurs préparatifs intérieurs, comme l'ers leur fin suprême. Et si notre fin, en ce qui concerne sa réalisation, demeure toujours un  voeu  pieux, nous ne nous trompons certainement pas en admettant la maxime d'y travailler sans relâche, puisqu'elle est un devoir".  Doctrine du droit
KAnt

ajouter un commentaire
commentaires (0)   
Lundi 13 août 2007
L'état de guerre menacera les nations aussi longtemps qu'une fédération de républiques ne sera pas instituée; Seule une telle structure permettra de sortr de l' "état de nature" qui règne encore entre Etats:


"Il en est des peuples, en tant qu'États, comme des individus: dans l'état de nature (c'est-à-dire dans l'indépendance de toute loi extérieure), leur seul voisinage est déjà un préjudice réciproque; et, pour garantir sa sûreté, chacun d'eux peut et doit exiger des autres qu'ils entrent avec lui dans une constitution analogue à la constitution civile, où les droits de chacun puissent être assurés. Ce serait là une fédération de peuples, qui ne formeraient pas cependant un seul et même État. Il y aurait en effet contradiction dans cette idée; car, comme chaque État suppose le rapport d'un supérieur (le législateur) à un inférieur (celui qui obéit, c'est-à-dire le peuple), plusieurs peuples réunis en un État ne formeraient plus qu'un peuple, ce qui est contraire à la supposition (puisque nous avons à considérer ici le droit des peuples entre eux, en tant qu'ils constituent autant d'États différents et ne devant pas se confondre en un seul et même État).
Si l'on ne peut voir sans un profond mépris les sauvages, dans leur amour d'une indépendance sans règle, aimer mieux se battre continuellement que se soumettre à une contrainte légale, constituée par euxmêmes, et préférer ainsi une folle liberté à une liberté raisonnable, et si l'on regarde cela comme de la barbarie, comme un manque de civilisation, comme une dégradation brutale de l'humanité; à combien plus forte raison des peuples civilisés (dont chacun forme un État constitué) ne devraient-ils pas se hâter de sortir d'une situation si dégradante? Loin de là, chaque État fait justement consister sa majesté (car il est absurde de parler de la majesté populaire) à ne se soumettre à aucune contrainte légale extérieure, et le souverain met sa gloire à pouvoir disposer, sans avoir lui-même aucun péril à courir, de plusieurs milliers d'hommes qui se laissent sacrifier à une cause qui ne les concerne pas [...].
Emmanuel Kant, Projet de paix perpétuelle (1795), trad. J. Barni revue par A. Lagarde, Éd. Hatier, 1988, p. 36.
ajouter un commentaire
commentaires (0)   
Lundi 13 août 2007


C'est pour obtenir la paix que les hommes font la guerre:

"Quiconque observe quelque peu les choses `humaines et notre commune nature, le reconnaîtra avec moi : de même que tous désirent la joie, il n'est personne qui n'aime la paix. Puisque même ceux-là qui veulent la guerre ne veulent rien d'autre assurément que la victoire, c'est donc à une paix glorieuse qu'ils aspirent à parvenir en faisant la guerre. Qu'est-ce que vaincre, en effet, sinon abattre toute résistance ? Cette ÷uvre accomplie, ce sera la paix. C'est donc en vue de la paix que se font les guerres, et cela même par ceux qui s'appliquent à l'exercice des vertus guerrières dans le commandement et le combat. D'où il est clair que la paix est le but recherché par la guerre, car tout homme cherche la paix en faisant la guerre, et nul ne cherche la guerre en faisant la paix. Quant à ceux qui veulent que la paix dont ils jouissent soit troublée, ils ne haïssent pas la paix, ils désirent seulement qu'elle soit changée à leur gré. Ce qu'ils veulent donc, ce n'est pas qu'il n'y ait plus de paix, mais qu'il y ait la paix qu'ils veulent. Et finalement, même s'ils se séparent des autres par la rébellion, ils ne peuvent réaliser leur dessein qu'à condition de sauvegarder quelque apparence de paix avec leurs partisans ou conjurés. Aussi les brigands eux-mêmes, pour s'attaquer à la paix d'autrui avec plus de violence et de sûreté, tiennent-ils à garder la paix avec leurs compagnons".
La cité de Dieu Livre 19 Chapitre 12 , p 117
Saint Augustin

 

 

ajouter un commentaire
commentaires (0)   
Lundi 13 août 2007

Selon la sociologue Dominique Shnapper, notre conception de la citoyenneté,  du droit international, et des droits du citoyen, sont profondément modifiés par la construction européenne:

" En Europe occidentale, où naquirent les nations, la construction de la Communaut é économique européenne constitue un autre défi à la réalité et à l'idée nationales. L'Etat, créateur de droit, est, de fait, de moins en moins souverain. Dès 1964, l'un des arrêts les plus célèbres du droit communautaire posait le principe que  "la Communauté constitue un nouvel ordre juridique de droit international " et que  " les sujets sont non seulement les Etats membres mais également leurs ressortissants" . Tout citoyen de la Communauté pouvait désormais en appeler aux instances juridictionnelles européennes contre son Etat national. L'ordre juridique de la Communauté européenne se superpose progressivement aux droits nationaux et prime sur eux. Les Hautes Cours européennes ont successivement reconnu "la primauté du droit communautaire sur le droit des Etats membres ". En France, l'arrêt Niccolo du Conseil d'Etat en 1989 a consacré cette évolution. Certains secteurs entiers du droit, celui de l'économie, du travail ou de la protection des droits de l'homme, sont désormais, pour l'essentiel, issus de la législation européenne. Une moitié environ du droit national relève d'un champ de compétence partagé entre l'Etat national et la Communauté.
Mais, en même temps que cette interdépendance des sociétés modernes, les identités, les identifications, politiques et symboliques, et la « vie morale"  (Mauss) des individus restent fort éloignées d'une nation à l'autre. Il existe aujourd'hui une contradiction entre l'intégration objective des hommes dans un espace virtuellement mondial avec leur habitus social, à savoir leur sentiment d'identité collective, ainsi qu'avec leur participation politique, qui continue à s'exprimer de manière privilégiée au niveau de la nation".
Dominique Schnapper, La communauté des citoyens, Paris, 1994, © Gallimard, pp. 185-188.

ajouter un commentaire
commentaires (0)   
Lundi 13 août 2007


 Pour la philosophe contemporain Paul Thibaud, l'Europe tend à  mettre  en concurrence les Etats et les individus. En cela elle ne favorise pas la maîtrise de soi des peuples concernés:


"On peut s'interroger sur le sens et la nature de cette superlégislation appuyée sur la prépondérance du droit international - elle en est une excroissance disproportionnée -, dont la visée n'est pas de traduire la volonté des peuples mais d'imposer les règles nécessaires à la compatibilité, à l'interopérabilité, peuton dire, des systèmes nationaux. Si la politique démocratique est manifestation d'un projet de maîtrise de soi, c'est bien à l'inverse que vise ce genre d'édictions : elles parlent aux peuples de l'extérieur, elles ne leur disent pas ce qu'ils ont choisi d'être mais plutôt quelle législation, quelle politique ils doivent se garder de vouloir s'ils veulent pour leurs activités privées avoir accès à un espace plus large. Par la mise en concurrence des systèmes sociaux et fiscaux que sont les nations aussi bien que par l'extension de la réglementation supra-étatique, on parvient à un résultat semblable : augmenter les chances de l'individu et restreindre les pouvoirs du citoyen.
Le jeu du civisme et de l'individualisme, le recul du premier devant le second, est une des clefs de la dynamique européenne. Le traité de Rome engageait un rapprochement des systèmes nationaux par une confrontation débattue. C'est la jurisprudence de la Cour de justice européenne qui, réagissant à la lenteur extrême des progrès, a brisé cet interétatisme en affirmant pour les ressortissants des pays de la CEE une sorte de droit aux produits et aux services des autres pays, même en l'absence de réglementations communes. L'acte unique a consacré et étendu cette jurisprudence en posant la priorité de l'ouverture des frontières sur le rapprochement des normes, engageant ainsi un processus de mise en concurrence des Etats par les individus" .
Paul Thibaud, • L'Europe par les nations •, in Jean-Marc Ferry et F Discussion sur l'Europe, Paris, 1992, © Calmann-Lévy

ajouter un commentaire
commentaires (0)   

Présentation

Texte libre

 

Sur Amazon



                                           
Le choix des libraires
Decitre : fiche détaillée

Calendrier

Août 2007
L M M J V S D
    1 2 3 4 5
6 7 8 9 10 11 12
13 14 15 16 17 18 19
20 21 22 23 24 25 26
27 28 29 30 31    
<< < > >>

Commentaires

Recommander

Cliquez ici pour recommander ce blog
Blog : Sport sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Signaler un abus