Texte Libre

(MODE D'EMPLOI du BLOG : ce blog comporte des CATEGORIES : "programme de terminales", " actualité commentée pour IEP", "classes préparatoires", "actualité" "cinéma" etc...).

Ce blog est classé par Wikio dans les blogs les plus influents de la blogosphère  (catégorie littérature)

Wikio - Top des blogs - Litterature
Lundi 6 août 2007
HEGEL, Discours du Gymnase (2 septembre 1811)
L'INSTITUTION SCOLAIRE ET LA DISCIPLINE: 

L'école doit être être une sorte de transition entre la famille et la vie publique:

"La vie dans la famille, en effet, qui précède la vie à l'école, est un rapport personnel, un rapport du sentiment, de l'amour, de la foi et confiance naturelle ; ce n'est pas le lien d'une Chose, mais le lien naturel du sang. L'enfant y a une valeur propre parce qu'il est l'enfant ; il fait l'expérience, sans le mériter, de l'amour de ses parents, de même qu'il a à supporter leur colère, sans avoir de droit à lui opposer. - Par contre, dans le monde, l'homme vaut par ce qu'il fait : il n'a de la valeur que pour autant qu'il la mérite. Il lui advient peu de choses par amour pour lui et pour l'amour de lui; ce qui vaut, ici, c'est la Chose, non le sentiment et la personne particulière. Le monde constitue un être-en-commun indépendant de ce qui est subjectif ; l'homme y vaut suivant les savoir-faire et l'aptitude pour l'une de ses sphères, d'autant plus qu'il s'est défait de la particularité et s'est formé au sens d'un être et agir universel.
Or, l'école est la sphère médiane qui fait passer l'homme du cercle de la famille dans le monde, du rapport naturel du sentiment et du penchant dans l'élément de la Chose. A l'école, en effet, l'activité de l'enfant commence à acquérir, de façon essentielle et radicale, une signification sérieuse, à savoir qu'elle n'est-plus abandonnés à l'arbitraire et au hasard, au plaisir et au penchant du moment ; l'enfant apprend à déterminer son agir d'après un but et d'après des règles, il cesse de valoir à cause de sa personne immédiate, et commence de valoir suivant ce qu'il fait et de s'acquérir du mérite. Dans la famille, l'enfant doit agir comme il faut dans le sens de l'obéissance personnelle et de l'amour ; à l'école, il doit se comporter dans le sens du devoir et d'une loi, et, pour réaliser un ordre universel, simplement formel, faire telle chose et s'abstenir de telle autre chose qui pourrait bien autrement être permise à l'individu. Instruit au sein de la communauté qu'il forme avec plusieurs, il apprend à tenir compte d'autrui ; à faire confiance à d'autres hommes qui lui sont tout d'abord étrangers et à avoir confiance en lui-même vis-à-vis d'eux, et il s'engage ici dans la formation et la pratique de vertus sociales.
C'est dans ce contexte que commence désormais pour l'homme l'existence double en laquelle sa vie en général vient se briser et qui fournit les extrêmes, se durcissant dans l'avenir, entre lesquels il a à maintenir cette vie rassemblée avec elle-même. La totalité première de ses conditions de vie est disparue ; il appartient maintenant à deux sphères séparées, dont chacune ne revendique qu'un côté de son existence. En dehors de ce que l'école exige de lui, il y a en lui un côté libre de l'obéissance qui la caractérise, côté qui, pour une part, est abandonné encore à l'ordre de la maison, mais, pour une autre part, aussi, à son arbitre et à sa détermination propres. De même qu'il acquiert par là, en même temps, un côté qui n'est plus déterminé parla simple vie -familiale-, ainsi qu'un mode d'existence propre et des devoirs particuliers.
L'une des conséquences qui résultent de la nature de ce rapport, telle qu'on l'a considérée, concerne le ton et le mode d'application extérieur, comme aussi le champ, de la discipline, qui peuvent être liés à sa mise en o÷uvre dans un établissement comme le nôtre. Les concepts de ce qu'il faut entendre par discipline, et discipline scolaire en particulier, se sont beaucoup modifiés dans le progrès de la culture. L'éducation a été, de plus en plus, considérée à partir du point de vue correct selon lequel elle doit être, essentiellement, plus un soutien qu'un accablement du sentiment de soi qui s'éveille, c'est-à-dire une formation en vue de l'indépendance. C'est ainsi que, dans les familles, tout autant que dans les maisons d'éducation, s'est perdue, de plus en plus, la pratique consistant à donner à la jeunesse, en toute occasion quelle qu'elle soit, le sentiment de la soumission et de l'absence de liberté, à la faire obéir, même dans ce qui est indifférent, à un autre arbitre qu'au sien propre, - à exiger une obéissance à vide pour l'obéissance même, et à obtenir, par la dureté, ce qui réclame simplement le sentiment de l'amour, du respect, et du sérieux de la Chose. - Ainsi, il faut exiger des élèves étudiant dans notre établissement, du calme et de l'attention dans les cours, un comportement honnête à l'égard des maîtres et des condisciples, la remise des travaux imposés, et, d'une façon générale, l'obéissance qui est nécessaire pour que le but des études soit atteint. Mais cela implique en même temps que soit laissée libre la manière d'agir relativement à des choses indifférentes, qui sont en dehors de l'ordre. Dans le climat de sociabilité propre à l'étude, dans le commerce dont le lien et l'intérêt sont constitués par la science et l'activité de l'esprit, ce qui convient le moins, c'est un ton excluant la liberté ; une société de gens qui étudient ne peut pas être considérée comme un rassemblement de domestiques, et ils ne doivent pas en avoir la mine ni la démarche. L'éducation à l'indépendance exige que la jeunesse soit habituée de bonne heure à consulter son sentiment propre de ce qui convient et son entendement propre, et qu'il soit laissé à sa liberté, là où elle est entre soi et dans ses rapports à des personnes plus âgées, une sphère où elle détermine elle-même son comportement".
Trad. in Bernard Bourgeois,
in Textes pédagogiques,
Paris, Ed. Vrin,
1978, p. 108 sqq.
ajouter un commentaire
commentaires (7)   
Lundi 6 août 2007

 

 

 Référence: Le libéralisme antique et moderne Paris, PUF 1990, pp 13-21.


Le but de l'éducation, pour Léo Strauss comme pour  Kant   ou Hegel,est de préparer l'enfant à  ce qui constitue sa destination, à savoir la liberté:

"Répétons-le : l'éducation libérale consiste à écouter la conversation des plus grands esprits entre eux. Mais sur ce point, nous rencontrons une difficulté insurmontable :cette conversation ne peut avoir lieu sans notre assistance - en fait, c'est à nous qu'il revient de mettre en place cette conversation. Les plus grands esprits monologuent. Il nous faut transformer leurs monologues en un dialogue, leur isolement en une communauté. Les plus grands esprits monologuent même quand ils écrivent des dialogues. Si nous considérons les dialogues de Platon, nous remarquons qu'il n'y a jamais de dialogue entre esprits du plus haut niveau : tous les dialogues de Platon sont des dialogues entre un homme supérieur et des hommes qui lui sont inférieurs. Apparemment, Platon pensait qu'on ne pouvait pas écrire de dialogue entre deux hommes supérieurs. Il nous faut par conséquent faire quelque chose que les plus grands esprits furent incapables de faire. Regardons cette difficulté en face - une difficulté tellement grande qu'elle semble condamner l'éducation libérale comme une espèce d'absurdité. Parce que les plus grands esprits se contredisent entre eux sur les questions les plus importantes, ils nous contraignent à nous faire les juges de leurs monologues; nous ne pouvons pas accepter aveuglément ce que l'un ou l'autre dit. D'un autre côté, nous ne pouvons ignorer notre incompétence à bien juger.
Bien des illusions faciles nous voilent cet état de choses. Nous pensons en quelque sorte que notre point de vue est supérieur, plus élevé que celui des plus grands esprits - soit parce que notre point de vue est celui de notre temps, et que notre temps, parce qu'il est postérieur au temps des plus grands esprits, peut lui être présumé supérieur; soit parce que nous pensons que chacun des plus grands esprits avait raison de son point de vue, mais non pas purement et simplement raison, comme il le prétend nous savons qu'il ne peut y avoir d'opinion purement et simplement vraie en elle-même, mais seulement une opinion purement et sim-plement vraie formellement; cette opinion formelle consiste à avoir compris que toute opinion générale est relative à une perspective spécifique, ou que toutes les opinions générales sont mutuellement exclusives et qu'aucune lie peut être purement et simplement vraie. Les illusions faciles qui nous voilent notre véritable situation reviennent toutes à celle-ci : nous sommes, ou nous pouvons être plus sages que les plus sages des hommes du passé. Nous sommes ainsi poussés à nous prendre, non pas pour des élèves attentifs et dociles, mais pour des impresarii ou pour des dompteurs de lions. Il nous faut cependant faire face à notre redoutable situation, engendrée par la nécessité où nous nous trouvons d'essayer d'être plus que des élèves attentifs et dociles, c'est-à-dire d'être des juges, tout en n'étant pas compétents pour juger. A ce qu'il me semble, la cause de cette situation est que nous avons perdu toutes les tradition faisant tout simplement autorité auxquelles nous puissions nous fier, nous avons perdu le nomos qui nous donnait avec autorité une direction à suivre, et cela parce que nos maîtres et les maîtres de nos maîtres ont cru à la possibilité d'une société purement et simplement rationnelle. Chacun de nous est maintenant contraint de trouver ses repères, par ses propres forces, si imparfaites soient-elles.
Nous n'avons pas d'autre soutien que celui qui est inhérent à cette activité elle-même. La philosophie, avons-nous appris, doit se garder de vouloir être édifiante - la philosophie peut seulement être intrinsèquement édifiante. Nous ne pouvons pas exercer notre entendement sans de temps en temps comprendre quelque chose d'important; et cet acte de compréhension peut s'accompagner de la conscience de notre compréhension, s'accompagner de la compréhension de la compréhension, de la noesis noeseos, et cette expérience est si élevée, si pure et si noble, qu'Aristote apu l'attribuer à son Dieu. Cette expérience est entièrement indépendante de la question de savoir si ce que nous comprenons est d'abord agréable ou désagréable, beau ou laid. Elle nous conduit à nous rendre compte qu'en un sens tous les maux ont une nécessité si l'on veut que la compréhension existe. Elle nous rend capables d'accepter comme de bons citoyens de la cité de Dieu tous les maux (lui peuvent nous arriver et qui risquent de briser nos coeurs. En prenant conscience de la dignité de l'esprit, nous nous  rendons compte du fondement véritable de la dignité de l'homme et en outre de la bonté du monde, que nous le comprenions comme créé ou comme incréé, qui est la demeure de l'esprit de l'homme.
L'éducation libérale qui consiste en un commerce permanent avec les plus grands esprits est un entraînement à la modestie la plus haute, pour ne pas dire à l'humilité. Elle est en même temps un entraînement à l'audace : elle exige de nous une rupture complète avec le bruit, la hâte, l'absence de pensée, la médiocrité de la Foire aux Vanités des intellectuels comme de leurs ennemis. Elle exige de nous l'audace impliquée dans la résolution de considérer les opinions reçues comme de simples opinions, ou encore de considérer les opinions ordinaires comme des opinions extrêmes ayant au moins autant de chances d'être fausses que les opinions les plus étranges ou les opinions les moins populaires. L'éducation libérale est libération de la vulgarité. Les Grecs avaient un mot merveilleux pour « vulgarité » ; ils la nommaient apeirokalia, manque d'expérience des belles choses. L'éducation libérale nous donne l'expérience des belles choses".
Léo Strauss "L'éducation libérale"

 

ajouter un commentaire
commentaires (1)   

Présentation

Texte libre

 

Sur Amazon



                                           
Le choix des libraires
Decitre : fiche détaillée

Calendrier

Août 2007
L M M J V S D
    1 2 3 4 5
6 7 8 9 10 11 12
13 14 15 16 17 18 19
20 21 22 23 24 25 26
27 28 29 30 31    
<< < > >>

Commentaires

Recommander

Cliquez ici pour recommander ce blog
Blog : Sport sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Signaler un abus