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Samedi 2 septembre 2006
Voici le très bel article  de Michael Smadja qui pourrait encore avoir échappé à certains:


"Jadis notre mission était de dynamiter les savoirs statufiés. Aujourd'hui, nous luttons seuls sur le rempart de la raison. Les enseignants de philosophie sont réputés, à juste titre, les plus sévères dans leur notation, et les plus rétrogrades dans leurs exigences.
Allons plus loin : je dirais qu'ils sont désormais dans une position parfaitement réactionnaire face à l'institution scolaire et face à la société tout entière. Ils raidissent parfois leurs exigences avec d'autant plus de force qu'ils ont le sentiment d'affronter un univers entier d'ignorance, d'approximation et de non-sens, soutenu par une idéologie générale de la subjectivité. C'est pourquoi, alors qu'autrefois les philosophes entraient dans l'école comme le loup dans la bergerie, avec l'intention de dynamiter les Bavoirs statufiés et de développer un esprit critique, sinon révolutionnaire, dans l'esprit de leurs élèves, les mêmes philosophes s'accrochent aujourd'hui à un savoir, à des formes et à un langage qui n'ont, paraît-il, plus cours.
Eh bien, nous avons raison. Je veux dire par là que l'exercice de la raison est à ce prix, celui d'une expression écrite et orale précise, appuyée sur une culture étendue. Il n'y a pas de raison en acte dans l'obscurité d'un langage sommaire, ni dans la clarté blême d'un monde sans passé. Les enseignants de lettres et d'histoire sont d'ailleurs sans doute solidaires de ce constat.
Il n'est pas réellement possible d'enseigner la philosophie dans l'immense majorité des classes en France. Ce que nous faisons, chacun à notre manière, est un exercice épuisant qui consiste à maintenir un niveau d'exigence élevé dont nos élèves ne comprennent pas à quel continent de culture il renvoie. Nous devons non seulement professer la philosophie, mais aussi défendre la culture en général, les livres, l'histoire, le sens lui-même. Les défendre contre le monde comme il va, l'idéologie individualiste et matérialiste, la séduction incontestable des produits de divertissement, tous les moyens de communiquer du néant à la vitesse de la lumière.
Il faut écarter l'idée qu'il en a toujours été ainsi. Les difficultés en question ne sont plus seulement celles d'une opinion irréfléchie qu'il faut combattre par l'exercice de la pensée. S'il faut comparer notre époque à une autre, que ce soit au doyen Age. Car, tout comme alors, il reste des lieux réservés à une élite composée le plus souvent de rejetons d'enseignants des facultés, et dans lesquels aucune réforme n'a jamais entamé l'exigence scolaire, ni même réformé l'antique façon d'apprendre.
Comme au Moyen Age également, il parait naturel de réserver à une élite non réellement productive l'exercice de la pensée. Il v a bien longtemps que l'école ne veut plus former des citoyens éclairés par l'apprentissage de l'inutile. Elle fabrique des ingénieurs efficaces et des cadres soumis, et pour le reste, des serfs plus ou moins enthousiastes à l'idée de remplir des tâches vides de sens.
Derrière le bureau du professeur de philosophie, on observe avec angoisse une catastrophe lente. Le sens est en fuite de notre monde, et nous, professeurs de philosophie, ramons de toutes nos forces en sens contraire. Nous improvisons un spectacle permanent pour séduire nos élèves et les amener vers ce qui n'est pas séduisant. Nous provoquons de force un étonnement qui n'a plus rien de naturel, nous nops efforçons de démontrer les contradictions de ce monde devant des esprits élevés au nihilisme qu'aucune contradiction ne déstabilise plus.
La raison, qui consiste en une sorte de sortie de soi-même pour observer le monde, se décline aumoins sur trois registres : elle est scientifique et métaphysique lorsqu'elle se tourne vers l'étant ; elle est politique lorsqu'elle se tourne vers la question du bien commun ; elle est morale lorsqu'elle se tourne vers la question de l'universalité. Autrement dit, elle est un effort de l'esprit pour emprunter un chemin qui n'est pas la pente naturelle de l'individu, et qui le contraint à s'élever plus haut que luimême.
Devenir un citoyen, c'est cesser de n'être qu'un individu en lutte pour lui-même. Devenir un être moral, c'est cesser de n'agir que pour son intérêt. Devenir un être humain, c'est s'élever au-dessus de l'immédiateté et de la satisfaction facile de toute pulsion. Voilà qui n'est pas très libéral, mais qui, en revanche, est l'essence de l'enseignement de la philosophie. Eh bien c'est cette possibilité de devenir autre chose que ce que l'on est, d'être autre chose qu'un produit, qui est en péril aujourd'hui.
Et nous autres, jeunes enseignants de philosophie, sommes chaque jour plus épuisés de maintenir ce cap que personne ne nous demande de maintenir".
Michael Smadja Text eparu dans le Monde Editon du 10-06-06
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Samedi 2 septembre 2006
Calliclès est un personnage inventé par Platon qui discute ici avec Socrate. Il se moque des adultes qui croient bon de continuer la philosophie après l'adolescence. Voici des propos d'une étonnante actualité, comme vous le remarquerez. ( la philosophie est bien utile pour entrer à Sciences Po ou HEC, ou pour  préparer une école de journaliste.Mais après, il faut passer aux choses sérieuses):

"Il est beau d'étudier la philosophie dans la mesure où elle sert à l'instruction et il n'y a pas de honte pour un jeune garçon à philosopher; mais, lorsqu'on continue à philosopher dans un âge avancé, la chose devient ridicule, Socrate, et, pour ma part, j'éprouve à l'égard de ceux qui cultivent la philosophie un sentiment très voisin de celui que m'inspirent les gens qui balbutient et font les enfants. Quand je vois un petit enfant, à qui cela convient encore, balbutier et jouer, cela m'amuse et me paraît charmant, digne d'un homme libre et séant à cet âge, tandis que, si j'entends un bambin causer avec netteté, cela me paraît choquant, me blesse l'oreille et j'y vois quelque chose de servile. Mais si c'est un homme fait qu'on entend ainsi balbutier et qu'on voit jouer, cela semble ridicule, indigne d'un homme, et mérite le fouet.
C'est juste le même sentiment que j'éprouve à l'égard de ceux qui s'adonnent à la philosophie. J'aime la philosophie chez un adolescent, cela me parait séant et dénote à mes yeux un homme libre. Celui qui la néglige me paraît au contraire avoir une âme basse, qui ne se croira jamais capable d'une action belle et généreuse. Mais quand je vois un homme déjà vieux qui philosophe encore et ne renonce pas à cette étude, je tiens, Socrate, qu'il mérite le fouet. Comme je le disais tout à l'heure, un tel homme, si parfaitement doué qu'il soit, se condamne à n'être plus un homme, en fuyant le coeur de la cité et les assemblées où, comme dit le poète, les hommes se distinguent, et passant toute sa vie dans la retraite à chuchoter dans un coin avec trois ou quatre jeunes garçons, sans que jamais il sorte de sa bouche aucun discours libre, grand et généreux.".
Platon (vers 420-340 av. J.-C.), Gorgias, traduction d'E. Chambry,
Éd. Garnier, 1960, 484c-485e.
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Samedi 2 septembre 2006
L'épreuve d'ordre général
Cette épreuve ne comporte pas de programme déterminé. Elle sollicite les savoirs et les instrument: intellectuels normalement acquis au terme d'une scolarité secondaire réussie, quel qu'en soit le champ (philosophique, littéraire, historique, scientifique), et s'appuie plus particulièrement sur le: programmes de français de Première et    de philosophie    de Terminale Les deux types d'exercice proposés au choix du candidat, composition ou commentaire, répondent selon leurs modalités propres (1), aux mêmes exigences. Il s'agit toujours, pour le candidat, dE s'interroger sur un problème, d'élaborer une analyse rigoureuse, une argumentation cohérente, qui puissent le mener à une conclusion fondée, expression de son libre jugement. Ce travail de réflexion s'articule en outre, dans le commentaire, avec l'explication de texte dont il est nécessaire de dégage l'orientation, la thèse, les arguments. Les sujets retenus invitent le candidat à étudier, dans la réalité d( monde contemporain, une question fondamentale.
L'épreuve d'ordre général requiert ainsi du candidat une culture solide et maîtrisée ; elle permet d'apprécier, outre ses capacités d'expression, ses qualités de compréhension, de réflexion et de jugement.
Il va de soi que le candidat doit écrire correctement, respecter les règles d'orthographe et de syntaxe utiliser judicieusement les ressources de la langue (précision et richesse du vocabulaire, nuances de la ponctuation, etc..). Pour autant, il ne doit pas se livrer à un pur exercice de style mais se donner simplement, les moyens de penser et, par là, manifester sa culture et affirmer sa liberté de jugement. L'épreuve fait appel, en effet, à toute la culture du candidat. Si elle n'a pas de programme déterminé e si elle ne constitue pas, au sens strict du terme, un contrôle de connaissances, elle n'en exige pas moins réellement des savoirs substantiels et des instruments intellectuels maîtrisés ; on appréciera gins l'usage rigoureux des concepts, le souci de démonstration, la pertinence des références et de exemples, lesquels ne sauraient se réduire à de simples allusions, ni valoir, à eux seuls, comme arguments. Ni exercice d'érudition ni exposé d'informations, l'épreuve exige du candidat qu'il nourrisse de toute sa culture - c'est-à-dire des connaissances qu'il s'est appropriées et dont il maîtrise l'unité e les distinctions - son effort pour s'interroger, réfléchir et juger. De manière indissociable, enfin, le candidat doit montrer des qualités de jugement. Ceci à un triple égard. Il lui faut d'abord discerner l'essentiel du sujet, construire ou élucider le problème, y ordonne l'ensemble de sa réflexion. Il doit aussi, constamment et sans confusion, passer du concret à l'abstrait et réciproquement, reconnaître dans la réalité historique ou contemporaine les distinctions conceptuelles qui permettent de la comprendre, illustrer analyses et argumentation d'exemple pertinents ; est ici à l'oeuvre l'activité médiatrice propre à la faculté de juger. Enfin, dans la conclusioi certes, mais aussi dans la manière d'aborder le sujet et de mener sa réflexion, le candidat doit affirme sa liberté de jugement : une liberté informée et instruite, consciente de ses raisons, capable don d'exprimer, non pas une simple opinion, mais un véritable jugement. (rapport de jury)
 (1) : Le plan de la dissertation, qu'il soit en deux ou trois parties, doit avant tout être cohérent E répondre à un souci de démonstration rigoureuse et claire. Le commentaire de texte, s'il offre au candidat une plus grande souplesse d'organisation, doit également traduire ses qualités de clarté et de rigueur.

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