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Lundi 22 janvier 2007
Le bonheur  n'est pas par nature égoïste. Il constitue au contraire «l'offrande la plus belle» que nouspuissions faire aux autres.

"Le bonheur est beau à voir; c'est le plus beau spectacle. Quoi de plus beau qu'un enfant? Mais aussi il se met tout à ses jeux; il n'attend pas que l'on joue pour lui. Il est vrai que l'enfant boudeur nous offre aussi l'autre visage, celui qui refuse toute joie; et heureusement l'enfant oublie vite, mais chacun a pu connaître de grands enfants qui n'ont point cessé de bouder. Que leurs raisons soient fortes, je le sais; il est toujours difficile d'être heureux; c'est un combat contre beaucoup d'événements et contre beaucoup d'hommes; il se peut que l'on y soit vaincu; il y a sans aucun doute des événements insurmontables et des malheurs plus forts que l'apprenti stoïcien' ; mais c'est le devoir le plus clair peut-être de ne point se dire vaincu avant d'avoir lutté de toutes ses forces. Et surtout, ce qui me paraît évident, c'est qu'il est impossible que l'on soit heureux si l'on ne veut pas l'être; il faut donc vouloir son bonheur et le faire.
Ce que l'on n'a point assez dit, c'est que c'est un devoir aussi envers les autres que d'être heureux. On dit bien qu'il n'y a d'aimé que celui qui est heureux; mais on oublie que cette récompense est juste et méritée [...]. Aussi n'y a-t-il rien de plus profond dans l'amour que le serment d'être heureux. Quoi de plus difficile à surmonter que l'ennui, la tristesse ou le malheur de ceux que l'on aime? Tout homme et toute femme devraient penser continuellement à ceci que le bonheur, j'entends celui que l'on conquiert pour soi, est l'offrande la plus belle et la plus généreuse.
Émile Chartier dit Alain, Propos, 16 mars 1923, t. I,
Gallimard, colt. «Bibliothèque de la Pléiade», 1956, p. 472-473.
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Lundi 22 janvier 2007



Pour être heureux, il faut séparer ce qui dépend de nous et ce qui n'en dépend pas, et cesser de convoiter  ce qui n'est pas à notre portée:

" Partage des choses : ce qui est à notre portée, ce qui est hors de notre portée. A notre portée le jugement, l'impulsion, le désir, l'aversion : en un mot, tout ce qui est notre œuvre propre ; hors de notre portée le corps, l'avoir, la réputation, le pouvoir : en un mot, tout ce qui n'est pas notre œuvre propre.Et si ce qui est à notre portée est par nature libre, sans empêchement, sans entrave, ce qui est hors de notre portée est inversement faible, esclave, empêché, étranger. Donc, rappelle-toi : si tu estimes libre ce qui  par nature est esclave, et propre ce qui est étranger, tu seras entravé, tu prendras le deuil, le trouble t'envahira, tu feras des reproches aux dieux comme aux hommes, mais si tu estimes tien cela seul qui est tien, étranger, comme il l'est en effet, ce qui est étranger, personne, jamais, ne te contraindra, personne ne t'empêchera, à personne tu ne feras de reproche, tu n'accuseras personne, jamais, non, jamais tu n'agiras contre ton gré, d'ennemi tu n'en auras pas, personne ne te nuira, car rien de nuisible non plus ne t'affectera".

Epictète (vers 50-130 après JC) , Manuel,
 Traduction d'Emmanuel Cattin Editions GF  199, p63

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Lundi 22 janvier 2007


Faut-il, pour être heureux rechercher sans cesse de  nouveaux plaisirs?Dans le texte qui suit   Socrate essaie,  mais en vain, de convaincre son interlocuteur  qu'une vie tempérante (" l'homme aux tonneaux pleins ") vaut mieux qu'une vie déréglée   " l'homme aux tonneaux percés ").


"Socrate
[...] Suppose   qu'il y ait deux hommes qui possèdent, chacun, un grand nombre de tonneaux. Les tonneaux de l'un sont sains, remplis de vin, de miel, de lait, et cet homme a encore bien d'autres tonneaux, remplis de toutes sortes de choses. Chaque tonneau est donc plein de ces denrées liquides qui sont rares, difficiles à recueillir et qu'on n'obtient qu'au terme de maints travaux pénibles. Mais, au moins, une fois que cet homme a rempli ses tonneaux, il n'a plus à y reverser quoi que ce soit ni à s'occuper d'eux ; au contraire, quand il pense à ses tonneaux, il est tranquille. L'autre homme, quant à lui, serait aussi capable de se procurer ce genre de denrées, même si elles sont difficiles à recueillir, mais comme ses récipients sont percés et fêlés, il serait forcé de les remplir sans cesse, jour et nuit, en s'infligeant les plus pénibles peines. Alors, regarde bien, si ces deux hommes représentent chacun une manière de vivre, de laquelle des deux dis-tu qu'elle est la plus heureuse ? Est-ce la vie de l'homme déréglé ou celle de l'homme tempérant ? En te racontant cela, est-ce que je te convaincs d'admettre que la vie tempérante vaut mieux que la vie déréglée ? Est-ce que je ne te convaincs pas ?

Calliclès
 Tu ne me convaincs pas, Socrate. Car l'homme dont tu parles, celui qui a fait le plein en lui-même et en ses tonneaux, n'a plus aucun plaisir, il a exactement le type d'existence dont je parlais tout à l'heure : il vit comme une pierre. S'il a fait le plein, il n'éprouve plus ni joie ni peine. Au contraire, la vie de plaisirs est celle où on verse et on reverse autant qu'on peut dans son tonneau .

Socrate
 Mais alors, si on verse beaucoup, il faut aussi qu'il y en ait beaucoup qui s'en aille, on doit donc avoir de bons gros trous, pour que tout puisse bien s'échapper !

Calliclès
 Oui, parfaitement .

Socrate
 Tu parles de la vie d'un pluvier, qui mange et fiente en même temps ! -non ce n'est pas la vie d'un cadavre [1], même pas celle d'une pierre ! Mais dis-moi encore une chose : ce dont tu parles, c'est d'avoir faim et de manger quand on a faim, n'est-ce pas ?

Calliclès
Oui

Socrate
Et aussi d'avoir soif, et de boire quand on a soif

Calliclès
Oui, mais surtout ce dont je aprle, c'est de vivre dans la jouissance, d'éprouver toutes les formes de désirs et de les assouvir-voilà, c'est cela la vie heureuse !

Platon  Gorgias (vers 390 av JC) 493d-494b  Flammarion 1987 GFTraduction Monique Canto

NOTE 1:  Calliclès a fait observer préalablement que le type de " vie " que recommandait Socrate s'apparentait à celle d'un cadavre, ou d'un mort vivant (492 e).


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Lundi 22 janvier 2007


 De Gaulle, Prince machiavélien ?

 "Il  y aurait une lecture machiavélienne à faire de l'action politique du général de Gaulle. Il n'est que de songer aux conditions de son retour au pouvoir, avec ce qu'il lui fallut alors de ruse, de dissimulation, de double langage, et aussi de souveraine ingratitude envers ceux au_; cot=e
Soustelle ou Salan, l'y avaient aidé. La manière dont il sut convaincre un Parlement et des partis qui lui étaient hostiles de lui confier le pouvoir constituant qu'il exerça tambour battant pour soumettre au peuple, trois mois plus tard, une Constitution nouvelle, taillée à sa mesure et qui, bien qu'altérée, va bientôt fêter son cinquantenaire, est tout aussi machiavélique. Comme le fut l'appel à Michel Debré, partisan affiché de l'Algérie française, pour diriger un gouvernement qui devait par étapes conduire l'Algérie à l'indépendance tout en menant une action de modernisation de la France, de son administration, de sa justice, action que poursuivra Georges Pompidou sur le plan de l'économie. Tournant le dos au nationalisme que, non sans raison, on prêtait à celui qui avait ironisé au sujet de la première étape de la construction européenne (« ce méli-mélo de charbon et d'acier »), de Gaulle parraina et soutint le lancement du Marché commun, tout en faisant preuve à l'égard des partenaires européens de la France et de ses alliés anglo-américains d'une rudesse et d'une intransigeance rares, mais aussi d'une inflexible loyauté dans les crises graves, comme celle des missiles de Cuba à l'automne 1962.
Comme pour Machiavel, le choix du meilleur régime pour l'État était, dans l'esprit du général de Gaulle, la première condition de la recherche du bien commun au-dedans, mais
aussi, au-dehors, celle de la puissance et de l'indépendance de la nation. Pour parvenir à ses fins, il prit le parti de n'être pas très regardant sur les moyens, qu'il s'agisse. de l'Algérie, de l'armée ou des médias ; mais, comme le dit Machiavel dans les Discours : « Quand l'acte accuse, le résultat excuse » (I, 9). Ou encore « Les hommes doivent être ou caressés ou écrasés ; ils se vengent des injures légères. » Cette hauteur, cette rigueur n'excluaient pas chez le Général une grande attention à l'opinion, même lorsqu'il la bravait par des initiatives hardies. On ne peut qu'admirer l'aisance avec laquelle ce militaire qui avait laissé, à la Libération et ensuite, une image de raideur et de gaucherie avec ses grands bras agités mécaniquement qui lui donnaient des airs de sémaphore, apprivoisa la télévision alors balbutiante par une présence et un talent que mont jamais égalés ses successeurs, pourtant plus aguerris. S'y mêlaient la majesté et la gouaille, les vastes perspectives à la Chateaubriand et les formules à l'emporte-pièce. Je ne suis pas sûr que de Gaulle ait jamais eu la faiblesse de chercher à être aimé des Français, mais il a tout fait pour qu'ils en soient convaincus. Pour reprendre les références animalières chères à Machiavel, il sut à la fois être « renard » et « lion », tout en se laissant aller parfois à considérer les Français comme des « veaux ». Il est vrai que, comme l'a noté un jour Georges Pompidou avec philosophie, le Général était « spécial »..." Jacques Rigaud
Le Prince au miroir des médias , pp 63-65

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Lundi 22 janvier 2007
Je viens de lire cet excellent livre que je vous recommande.: Le prince au miroir des médias. Machiavel 1513-2007
 Utile pour comprendre Machiavel et très pénétrant aussi dans ses analyses actuelles . Voici un premier extrait:

"Il suffit d'ouvrir Le Prince à n'importe quelle page pour être frappé par cette actualité permanente de Machiavel. Ainsi « La nature des peuples est changeante et il est aisé de les persuader d'une chose, mais difficile de les garder en cette persuasion » (chapitre VI) ; ou cette loi de l'alternance que tant de scrutins confirment de nos jours : « Les hommes changent volontiers de maître, pensant rencontrer mieux » (III) ; ou encore : «Jamais un prince n'a manqué d'excuse légitime pour colorer son manque de parole... mais il faut savoir colorer cette nature, être grand simulateur et dissimulateur ; et les hommes sont si simples et obéissent si bien aux nécessités présentes que celui qui trompe trouvera toujours quelqu'un qui se laissera tromper » (XVIII) ; ou bien : « Il faut que [le prince] ait l'entendement prêt à tourner selon que les vents de la fortune et variations des choses lui commandent de ne pas s'éloigner du bien, s'il peut, mais savoir entrer au mal, s'il le faut » [id.] ; et ceci : « Qu'un prince donc se propose de vaincre et de maintenir l'État ; les moyens seront toujours estimés honorables et loués de chacun ; car le vulgaire ne juge que de ce qu'il voit et de ce qui advient ; or en ce monde, il n'y a que le vulgaire ; et le petit nombre ne compte pas, quand le grand nombre a sur quoi s'appuyer » [id.] ; ou encore, dans le même chapitre intitulé « Comment les princes doivent tenir leur parole » ce passage « Chacun entend assez qu'il est fort louable à un prince de tenir sa parole et de vivre en intégrité, sans ruse ni tromperie. Néanmoins, on voit par expérience que les princes qui, de notre temps, ont fait de grandes choses n'ont pas tenu grand compte de leur parole, qu'ils ont su par ruse circonvenir l'esprit des hommes, et qu'à la fin ils ont surpassé ceux qui se sont fondés sur la loyauté. » Dans le chapitre XXII intitulé « Des ministres d'un prince », on lit : « Ce n'est pas une petite affaire pour un prince de savoir bien choisir ses ministres, qui sont bons ou mauvais selon la sagesse du prince. La première cervelle, c'est de voir les hommes qu'il tient à l'entour de lui ; et quand ils sont capables et fidèles, on le peut toujours estimer sage... Mais quand ils sont autres, on peut toujours porter un mauvais jugement sur lui, car la première faute qu'il fait consiste dans ce choix même. »
Beaucoup de ces remarques d'un froid réalisme semblent destinées à justifier en politique la ruse, le mensonge, l'hypocrisie par quoi l'on peut manipuler les hommes qui, comme l'a noté Stefan Zweig, sont pour Machiavel de simples matériaux vivants. Il considère en effet que les hommes naissent et vivent socialement mauvais : cupides, ambitieux, vaniteux, lâches, versatiles. Un pessimisme fondamental l'habite. Il est sans illusion sur la nature humaine. Dans ses Discours sur la première décade de Tite-Live, livre où sa pensée profonde s'exprime le mieux, il écrit : « Il faut que le fondateur d'un État et quele législateur supposent par avance que tous les hommes sont méchants et prêts à mettre en ceuvre leur méchanceté toutes les fois qu'ils en ont l'occasion » (chap. 3).
[...]
Quiconque s'intéresse aux rapports entre la politique et la morale ne saurait donc faire l'impasse sur Machiavel, qui offre au demeurant l'occasion commode d'un morceau de bravoure vertueusement indigné. Il est en effet classique d'ériger l'auteur du Prince en antimodèle que la morale politique réprouve. Théoricien du cynisme, apôtre de la force à la fois ou tour à tour brutale et calculatrice, expert en l'art de conquérir et de conserver par tous moyens le pouvoir, il a vraiment tout, tel qu'on le voit ordi
nairement, pour déplaire. Repoussoir ou aimant de la pensée politique, c'est ce magnétisme ambigu qui explique la fortune durable de Machiavel - et du machiavélisme.
Jacques Rigaud, Le Prince au miroir des médias Machiavel 1513-2007 , pp 14-16

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Lundi 22 janvier 2007

"J'ai des picotements au ventre. Si vous avez envie d'y aller, j'ai envie d'y aller, on a envie d'y aller ensemble!" José Bové hier soir à Montreuil
 C'est étrange comme raison de se déterminer. Etonnante illustration du fonctionnement actuel de notre "star ac poltique".  Politique de la pulsion : l'émotion d'abord, rien que l'émotion, tout pour l'émotion.
(je me demande ce que Platon en aurait pensé, lui qui estimait qu'un homme devait se gouverner lui-même non  en obéissant à son ventre, ni à son coeur,  mais à  son esprit).

 
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