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Mardi 23 janvier 2007


La morale n'a pas pour but de nous apporter le bonheur pour Kant. Elle doit plutôt nous rendre "dignes du bonheur":

"La morale n'est donc pas à proprement parler la doctrine qui nous enseigne comment nous devons nous rendre heureux, mais comment nous devons nous rendre dignes du bonheur. C'est seulement lorsque la religion s'y ajoute, qu'entre en nous l'espérance de participer un jour au bonheur dans la mesure où nous avons essayé de n'en être pas indignes.
Quelqu'un est digne de posséder une chose ou un état, quand le fait qu'il la possède est en harmonie avec le souverain bien. On peut maintenant voir facilement que tout ce qui nous donne la dignité dépend de la conduite morale, parce que celle-ci constitue dans le concept du souverain bien la condition du reste (& ce qui appartient à l'état de la personne), à savoir la condition de la participation au bonheur. Il suit donc de là qu'on ne doit jamais traiter la morale en soi comme une doctrine du bonheur, c'est-à-dire comme une doctrine qui nous apprendrait comment devenir heureux, car elle n'a exclusivement affaire qu'à la condition rationnelle (conditio sine qua non) du bonheur et non à un moyen de l'obtenir. Mais quand elle a été exposée complètement (elle qui impose simplement des devoirs et ne donne pas de règles à des désirs intéressés), quand s'est éveillé le désir moral, qui se fonde sur une loi, de travailler au souverain bien (de nous procurer le royaume de Dieu), désir qui n'a pu auparavant naître dans une âme intéressée, quand, pour venir en aide à ce désir, le premier pas vers la religion a été fait, alors seulement cette doctrine morale peut être appelée aussi doctrine du bonheur, parce que l'espoir d'obtenir ce bonheur ne commence qu'avec la religion".
Emmanuel Kant, Critique de la raison pratique (1788),
trad. F. Picavet, Éd. PUF, coll. Quadrige, 5'éd, 1997, p. 139.
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Mardi 23 janvier 2007

Jeremy Bentham présente ici le principe de base  ("principe d'utilité)"de  sa philosophie . Il est le fondateur de cette théorie "utilitariste" qui préconise de rechercher  dans la mesure du possible tout ce qui tend à accroître le bonheur global de l'individu, du groupe, de la société:

"La nature a placé l'humanité sous l'autorité de deux maîtres absolus: le plaisir et la douleur. Il n'appartient qu'à eux de désigner ce que nous avons à faire comme de déterminer ce que nous ferons. Le critère du vrai et du faux comme l'enchaînement des causes et des effets sont assujettis à leur domination. Ils nous commandent dans tout ce que nous faisons, disons et pensons, et tout effort pour échapper à leur emprise ne sert qu'à en démontrer et à en confirmer la réalité. On peut prétendre en paroles se soustraire à leur empire alors qu'en fait on y reste soumis au moment même où on le prétend. Le principe d'utilité reconnaît cette sujétion et en fait le fondement du système dont l'objectif est d'élever l'édifice du Bonheur à l'aide de la raison et de la loi...
Par utilité on entend la possession de tout objet grâce auquel on tend à obtenir un profit, un avantage, un plaisir, un bien ou le bonheur (ce qui dans le cas présent revient au même) ou (ce qui revient également au même) à prévenir un échec, une peine, un mal, ou le malheur de qui que ce soit, qu'il s'agisse de la société en général ou de l'individu...
On peut dire d'une action qu'elle est conforme au principe d'utilité ou plus simplement qu'elle est utile (relativement à la société en général) lorsque sa tendance à accroître le bonheur de la société est supérieure à ce qui le diminue".
Jeremy Bentham, Principes de morale et de législation (1780), chap. i, 1, 8, trad. A. Lagarde.
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Mardi 23 janvier 2007
Pour nous divertir!

Dans l' encadré du Monde sur les meilleures entrées en France, l' auteur se félicite de l excellente tenue du cinéma français: Jacquou le croquant, Le serpent, Arthur et les minimoys, Traunds et Hors de prix sont les cinq  premiers cette semaine.
 Mais il déplore l ' absence devenue systématique aux premières places "du moindre film qui ne vise pas le divertissement"

 ( il faut se demander aussi pourquoi ce hiatus entre films de divertissement et films d auteur. Cela    n' a pas toujours été ainsi, cf Truffaut, Chabrol etc.. et tant de cinéastes américains)
Cela dit Hors de prix est un "petit "film  côté production. Tant mieux donc s'il marche!
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Mardi 23 janvier 2007


 Le plaisir est-il le but de la vie? Oui mais le vrai plaisir, on le trouvera non dans la luxure, mais dans la pensée:

"C' est un grand bien, croyons-nous, que de savoir se suffire à soi-même non pas qu'il faille toujours vivre de peu en général, mais parce que si nous n'avons pas l'abondance, nous saurons être contents de peu, bien convaincus que ceux-là jouissent le mieux de l'opulence, qui en ont le moins besoin. Tout ce qui est naturel s'acquiert aisément, malaisément ce qui ne l'est pas. Les saveurs ordinaires réjouissent à l'égal de la magnificence dès lors que la douleur venue du manque est supprimée. Le pain et l'eau rendent fort vif le plaisir, quand on en fut privé. Ainsi l'habitude d'une nourriture simple et non somptueuse porte à la plénitude de la santé, elle rend l'homme capable d'accomplir aisément ses occupations, elle nous permet de mieux jouir des nourritures coûteuses quand, par intermittence, nous nous en approchons, elle nous enlève toute crainte des coups de la fortune. Partant, quand nous disons que le plaisir est le but de la vie, il ne s'agit pas des plaisirs déréglés ni des jouissances luxurieuses ainsi que le prétendent ceux qui ne nous connaissent pas, nous comprennent mal ou s'opposent à nous. Par plaisir, c'est bien l'absence de douleur dans le corps et de trouble dans l'âme qu'il faut entendre. Car la vie de plaisir ne se trouve pas dans d'incessants banquets et fêtes, ni dans la fréquentation de jeunes garçons et de femmes, ni dans la saveur des poissons et des autres plats qui ornent les tables magnifiques, elle est dans un raisonnement vigilant qui s'interroge sur les raisons d'un choix ou d'un refus, délaissant l'opinion qui avant tout fait le désordre de l'âme".
Épicure (341-270 av. J.-C.), Lettre à Ménécée, trad. P Pénisson, Éd. Hatier, coll. Classiques Hatier de la philosophie, 1999, pp. 12-13.
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Mardi 23 janvier 2007

La vie vertueuse n'est pas toujours la vie la plus agréable. Le plaisir accompagne la vie réussie sans en être la seule fin:

"Le souverain bien est immortel, il ne sait point s'en aller, il ne connaît ni satiété ni regret; en effet une âme droite ne change jamais, elle n'éprouve point de haine pour elle-même, elle n'a rien à modifier à sa vie qui est la meilleure. Mais le plaisir arrivé à son plus haut point s'évanouit; il ne tient pas une grande place, c'est pourquoi il la remplit vite; puis vient l'ennui, et après un premier élan le plaisir se flétrit. Ayant son essence dans le mouvement, il est toujours indéterminé. Rien ne peut exister de substantiel en ce qui vient et passe si vite, et se trouve destiné à périr de par son propre usage; le plaisir en effet aboutit à un point où il cesse, et dès son début il regarde vers sa fin. Que dire du fait que le plaisir n'existe pas moins chez les fous que chez les méchants et que les êtres bas prennent autant de plaisir dans leurs infamies que les honnêtes gens dans leurs belles actions? Aussi les Anciens ont prescrit de rechercher la vie la plus vertueuse et non la plus agréable, de façon que le plaisir soit non pas le guide mais le compagnon d'une volonté droite et bonne".
Sénèque (vers 2 av. J.-C.-65 ap. J.-C.), De la vie heureuse,

trad. É. Bréhier revue par L. Bourgey, dans: Les Stoïciens, Éd. Gallimard,

coll. Bibliothèque de la Pléiade, 1962, pp. 729-730.
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Mardi 23 janvier 2007

    
Le plaisir n'est pas le bonheur. Le bonheur n'est pas une simple suite ni  addition de plaisirs. Pour être heureux, il faut préférer certains plaisirs à d'autres. A cette fin, il importe de distinguer entre les désir vains et les désirs naturels, entre ceux qui sont nécessaires et ceux qui ne le sont pas. La hiérarchisation des désirs et des plaisirs constitue ainsi la véritable clé du bonheur
    
     "Il faut .[..]comprendre que parmi les désirs, les uns sont naturels et les autres vains, et que parmi les désirs naturels, les uns sont nécessaires, et les autres seulement naturels. Enfin, parmi les désirs nécessaires, les uns sont nécessaires au bonheur, les autres à la tranquillité du corps, et les autres à la vie elle-même. Une théorie véridique des désirs sait rapporter les désirs et l'aversion à la santé du corps et à l'ataraxie de l'âme, puisque c'est là la fin d'une vie bienheureuse, et que toutes nos actions ont pour but d'éviter à la fois la souffrance et le trouble.
     Quand une fois nous y sommes parvenus, tous les orages de l'âme se dispersent, l'être vivant n'ayant plus alors à marcher vers quelque chose qu'il n'a pas, ni à rechercher autre chose qui puisse parfaire le bonheur de l'âme et du corps. Car nous recherchons le plaisir, seulement quand son absence nous cause une souffrance. Quand nous ne souffrons pas, nous n'avons plus que faire du plaisir. Et c'est pourquoi nous disons que le plaisir est le commencement et la fin d'une vie bienheureuse. Le plaisir est, en effet, considéré par nous comme le premier des biens naturels, c'est lui qui nous fait accepter ou fuir les choses, c'est à lui que nous aboutissons, en prenant la sensibilité comme critère du bien. Or, puisque le plaisir est le premier des biens naturels, il s'en suit que nous n'acceptons pas le premier plaisir venu, mais qu'en certains cas, nous méprisons de nombreux plaisirs, quand ils ont pour conséquence une peine plus grande. D'un autre côté, il y a de nombreuses souffrances que nous estimons préférables aux plaisirs, quand elles entraînent pour nous un plus grand plaisir. Tout plaisir, dans la mesure où il s'accorde avec notre nature, est donc un bien, mais tout plaisir n'est pas cependant nécessairement souhaitable. De même, toute douleur est un mal, mais pourtant toute douleur n'est pas nécessairement à fuir. Il reste que c'est par une sage considération de l'avantage et du désagrément qu'il procure, que chaque plaisir doit être apprécié. En effet, en certains cas, nous traitons le bien comme un mal, et en d'autres, le mal comme un bien"
     Épicure, Lettre à Ménécée, inDiogène Laërce, Vie, doctrine et sentences des philosophes illustres,t.2, trad. R. Grenaille, éd. Flammarion, coll. "GF ", 1965, pp. 260-261.
  
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Mardi 23 janvier 2007
Toutes les activités tendent vers un certain objectif. Etant donnée la diversité des activités, les biens, c'est-à-dire les fins visées par ces activités, sont multiples. Dès lors la question se pose de savoir comment  classer, évaluer, et, éventuellement , hiérarchiser ces fins. On ne saurait les évaluer les unes par rapport aux autres. En revanche, s'il existe quelque  bien que nous désirons pour lui-même, et non en vue d'autre chose, ce bien    est la  fin suprême  qui  permet  d'apprécier et de  hiérarchiser les fins intermédiaires. Le bonheur pourrait bien être, selon Aristote, une  telle fin suprême, un tel  bien, ce que les Anciens, de façon générale, nomment  le "  Souverain Bien ".


"  Revenons encore une fois  sur le bien qui fait l'objet de nos recherches, et demandons-nous ce qu'enfin il peut être. Le bien, en effet, nous apparaît comme une chose dans telle action  ou tel art, et comme une autre chose dans  telle autre action ou tel autre art : il est autre en médecine qu'il n'est en stratégie, et ainsi de suite pour le reste des arts. Quel est donc le bien dans chacun de ces cas ? N'est-ce pas la fin en vue de quoi tout le reste est effectué ? C'est en médecine la santé, en stratégie la victoire, dans l'art de bâtir, une maison, dans un autre art c'est  une autre chose,  mais dans toute action, dans tout choix, le bien c'est la fin, car c'est en vue de cette fin qu'on accomplit toujours le reste. Par conséquent, s'il y a quelque chose qui soit fin de tous nos actes, c'est cette chose-là qui sera le bien réalisable, et s'il y a plusieurs choses, ce seront ces choses là [...]
Or, ce qui est digne d'être poursuivi par soi, nous le nommons plus parfait que ce qui est poursuivi pour une autre chose, et ce qui n'est jamais désirable en vue d'une autre chose, nous le déclarons plus parfait que les choses qui sont désirables à la fois par elles-mêmes et pour cette autre chose, et nous appelons parfait au sens absolu ce qui est toujours désirable en soi-même et ne l'est jamais en vue d'une autre chose. Or le bonheur semble être au suprême degré une fin de ce genre, car nous le choisissons toujours pour lui-même et jamais en vue d'une autre chose : au contraire l'honneur, le plaisir, l'intelligence ou toute autre vertu quelconque, sont des biens que nous choisissons assurément pour eux-mêmes  (puisque même si aucun avantage n'en découlait pour nous, nous les choisissons encore) aussi en vue du bonheur, car c'est par leur intermédiaire que nous pensons devenir heureux. Par contre, le bonheur n'est jamais choisi en vue de ces biens, ni d'une manière générale en vue d'autre chose que lui-même[...]
On voit donc que le bonheur est quelque chose de parfait et qui se suffit à soi-même, et il est la fin de nos actions . supprimer  la dernière phrase?
Aristote (IV siècle avant JC)
Ethique à Nicomaque Livre I Chapitre 5 pp54-55-56-57
Traduction Jean Tricot
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Mardi 23 janvier 2007


Qu'est-ce qu'une vie heureuse ?
Selon Aristote, la réussite semble être liée, dans tous les domaines, et pour tous les êtres vivants,  à l'accomplissement d'une fonction :



"Mais sans doute l'identification du bonheur et du Souverain Bien apparaît-elle comme une chose sur laquelle tout le monde est d'accord ; ce qu'on désire encore, c'est que nous disions plus clairement quelle est la nature du bonheur. Peut-être pourrait-on y arriver si on déterminait  la fonction de l'homme. De même, en effet, que dans le cas d'un joueur de flûte, d'un statuaire, ou d'un artiste quelconque, et en général pour tous ceux qui ont une fonction et une activité déterminée, c'est dans la fonction que réside, selon l'opinion courante, le " bien ", le " réussi ", on peut penser qu'il en est ainsi pour l'homme [1], s'il est vrai qu'il y ait une certaine fonction spéciale à l'homme. Serait-il possible qu'un charpentier ou un cordonnier aient une fonction et une activité à exercer, mais que l'homme[1] n'en ait aucune et que la nature l'ait dispensé de toute œuvre à accomplir ? [...]
Si nous posons que la fonction de l'homme consiste dans un certain genre de vie, c'est-à-dire dans une activité de l'âme  et dans des actions accompagnées de raison ; si la fonction de l'homme vertueux est d'accomplir cette tâche, et de l'accomplir bien et avec succès, chaque chose au surplus étant bien accomplie quand elle l'est selon l'excellence qui lui est propre :       -dans ces conditions c'est donc que le bien pour l'homme consiste dans une activité de l'âme en accord avec la vertu, et, au cas de pluralités de vertus, en accord avec la plus excellente et la plus parfaite d'entre elles. Mais il faut ajouter : " et cela dans une vie accomplie jusqu'à son terme ", car une hirondelle ne fait pas le printemps, ni non plus un seul jour : et ainsi la félicité et le bonheur ne sont pas davantage l'œuvre d'une seule journée, ni d'un bref espace de temps".
Aristote (IV siècle avant JC)
Ethique à Nicomaque Livre I Chapitre 6, pp 57-59-60,
Traduction Jean Tricot
1983
NOTE [1]  l'homme en tant que tel, et non l'homme en tant que ceci ou cela (charpentier etc..)

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Mardi 23 janvier 2007
"La multiplication des débats publics n'est pas toujours le signe d'une bonne gouvernance. Un exemple" par Michel Godet in le Monde ce soir
Il est clair en effet que de nombreux pbs ne peuvent être résolus après avoir consulté chaque citoyen. On sait cela depuis la Grèce Antique.
 L'exemple donné par Godet est simple et concret (choix d'un lieu pour un troisième aéroport). Mais je pense  aussi à des problèmes comme ceux-ci:
 Un peuple a-t-il le droit de "disposer de lui-même"  comme il l'entend? (cf Kosovo, Tchétchénie etc..)
 Faut-il sortir de la zone Euro? limiter l'indépendance de la BCE?
La Turquie doit-il rejoindre l'Europe?
L'avortement est-il un droit intangible?
 Si vous consultez chacun avant de vous  décider... vous ne vous déciderez jamais!
 (ce qui signifie pas non plus qu'il faut laisser décider les "experts"! Il faut chercher la troisième voie, mais on ne peut pas faire l'économie de la démocratie représentative : c'est l'élu qui tranche à un moment donné). Vous ne croyez pas?
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Mardi 23 janvier 2007
Et comment la traiter.
C'est aussi dans le Monde ce soir. La solution n'est pas la déscolarisation, en tout cas, disent les spécialistes..
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