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Vendredi 5 janvier 2007
Dick Howard (*)  est un philosophe américain qui  écrit en français. Il me signale cet article de lui publié par Ouest France, et il m'autorise à le reproduire pour vous.
Merci!


Une nouvelle étoile dans le ciel américain



"Une nouvelle étoile est apparue dans le ciel politique américain : il s'agit du jeune sénateur d'Illinois, Barack Obama. Âgé seulement de 45 ans, élu pour la première fois en 2004, il a compté lors des élections de novembre 2006 qui ont vu une solide victoire démocrate. Aujourd'hui, il avoue une ambition présidentielle pour 2008.
La chose est inouïe. De mémoire récente, elle ne se compare qu'aux espoirs éveillés par la candidature de John F. Kennedy en 1960. En effet, ce dernier maîtrisait la parole et savait éveiller, chez le public, à la fois une fidélité aux idéaux nationaux et la confiance dans un avenir où ceux-ci trouveraient une nouvelle jeunesse. Obama fait preuve de cette même capacité, que d'aucuns nomment le charisme et qui n'est pas étrangère à son maniement sincère du langage religieux. Ce n'est pas pour rien que le livre qu'il vient de publier - devenu déjà un best-seller - s'appelle L'audace de l'espoir.
La comparaison avec JFK évoque un aspect important du phénomène Obama. On oublie que Kennedy fut le premier président catholique dans un pays jusqu'alors dirigé par les Wasp (White Anglo-Saxon Protestant, les Blancs anglo-saxons de confession protestante). Or, Barack Obama est le fils d'un père kényan et d'une mère blanche du Middle-West. Fier de son métissage, le jeune Obama avait déjà publié une sorte d'autobiographie familiale, Dreams from my father (Les rêves de mon père). Lors d'un récent voyage au Kenya, il fut reçu en triomphe. Pourrait-il devenir le premier Noir à se faire élire à la présidence ?
Pour l'heure, la grande favorite du parti démocrate est Hillary Clinton, solidement réélue en 2006, capable de mobiliser le soutien d'un réseau financier et organisationnel, et très connue du public. Or, justement, le taux d'opinions négatives qu'elle accumule joue contre elle. À cela s'ajoute son soutien à la guerre en Irak (à laquelle s'est opposé Obama). Et est-ce que l'Amérique est prête à élire une femme à la présidence ?
Barack Obama incarne le rêve du militant démocrate. Ayant réussi de bonnes études, il a fait du travail social à Chicago avant de partir à Harvard où il a décroché brillamment son diplôme de droit. Revenu à Chicago, il s'est occupé de questions des droits civiques avant de gravir les marches de la carrière politique. Il représente une nouvelle génération d'hommes politiques noirs. Au mouvement intégrationniste de Martin Luther King avaient succédé des politiques animés par un esprit de confrontation. Cette politique agressive est en train d'être suppléée par un style décontracté et ouvert dont Barack Obama pourrait être la figure.
En ce candidat neuf se reflète l'imaginaire d'un public qui manque de leaders fiables. Obama sait bien qu'on lui reproche son absence d'expérience (surtout en politique étrangère), qu'on le juge comme un homme de discours et que son travail de sénateur n'a, pour l'instant, pas laissé beaucoup de traces. Justement, ces désavantages pourraient le pousser à se présenter. En effet, comme les campagnes politiques deviennent de plus en plus négatives, une certaine " virginité " politique enlève aux opposants des points d'attaque évidents.
Barack Obama annoncera sa décision en janvier. Viendra ensuite la longue course des primaires. Or, ce système rencontre des difficultés inattendues. Les candidats doivent mobiliser de plus en plus d'argent, ce qui explique qu'Hillary Clinton a de fortes chances d'être nommée malgré les doutes légitimes sur ses chances de l'emporter. Cette tendance, qui favorise une classe restreinte et privilégiée, peut être contrebalancée par la personnalisation du choix.
Cette personnalisation du pouvoir n'est pas nouvelle. Elle permet de comprendre le comportement surprenant de l'actuel Président. Sur la question de l'Irak, George Bush reste imperméable aux sondages, certain que la victoire - il ne dit pas laquelle ! - confirmera sa politique morale. On pensait que le rapport de la commission coprésidée par James Baker, secrétaire d'État sous le premier président Bush, lui ouvrirait une voie de sortie en Irak. Or, les lenteurs et les compromis du " réalisme " diplomatique ne plaisent évidemment pas au volontariste de la Maison-Blanche qui multiplie ses critiques du rapport. Après tout, il s'est fait élire, et réélire, par sa fidélité aux " valeurs " qu'il affirme partager avec ses concitoyens.
George Bush, comme Barack Obama, s'offre à l'imaginaire de l'Amérique. Dans les deux cas, il faudra attendre le mois prochain pour percevoir la politique qu'ils comptent suivre".


Journal Ouest-France du jeudi 28 décembre 2006
Edition : Toutes editions - Rubriques : Point de vue





(*) Professeur de philosophie à l'Université d'État de New York. Auteur de La démocratie à l'épreuve (Buchet-Chastel).
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Vendredi 5 janvier 2007

En un certain sens, le lieu du pouvoir est vide dans une démocratie. La société est alors renvoyée à elle-même, dans sa douloureuse indétermination:

"La révolution démocratique moderne, nous la reconnaissons mieux à cette mutation : point de pouvoir lié à un corps. Le pouvoir apparaît comme un lieu vide et ceux qui l'exercent comme de simples mortels qui ne l'occupent que temporairement ou ne sauraient s'y installer que par la force ou par la ruse ; point de loi qui puisse se fixer, dont les énoncés ne soient contestables, les fondements susceptibles d'être remis en question {...}, Ce qui advient avec la démocratie, c'est l'image de la société comme telle, société purement humaine, mais simultanément société sui generis, dont la nature propre requiert une connaissance objective ; c'est, du fait de la destruction du foyer monarchique de légitimité et de la destruction de l'architecture des corps, l'image d'un espace en droit homogène, offert au point de survol du savoir et du pouvoir ; c'est l'image de l'État, omniscient, tout-puissant, d'un État à la fois anonyme et, selon le mot de Tocqueville, tutélaire ; c'est encore, du fait que l'inégalité s'exerce dans les frontières de l'égalité des conditions, l'image d'une masse détentrice du jugement dernier sur le bien et le mal, le vrai et le faux, le normal et l'anormal, l'image de l'opinion souveraine ; enfin, ce qui émerge c'est l'image du peuple, dont j'observais qu'elle demeure indéterminée, mais dont il faut non moins reconnaître qu'elle est susceptible de se déterminer, de s'actualiser fantasmatiquement comme image du Peuple-Un.
Dans cette perspective, le totalitarisme ne se laisse-t-il pas concevoir comme une réponse aux questions que véhicule la démocratie, comme une tentative de résoudre ses paradoxes ?" Claude Lefort
 L'invention démocratique, pp 180-183, le Livre de poche
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Vendredi 5 janvier 2007


Voici trois étapes de la  mise en place d'une logique totalitaire:

"En premier lieu, le pouvoir s'affirme comme le pouvoir social;  il figure en quelque sorte la Société elle-même en tant que puissance consciente et agissante: entre l'État et la société civile la ligne de clivage se fait invisible. [...]
En second lieu, se trouve dénié le principe d'une division interne à la société. Tous les signes de celle-ci, qui n'a nullement disparu, sont rapportés à l'existence de couches sociales (koulaks, bourgeois) qui proviennent de l'Ancien Régime ou à celle d'éléments accusés de travailler pour le compte de l'impérialisme étranger. La nouvelle société est censée rendre impossible la formation de classes ou de groupements dont les intérêts seraient antagonistes. Cependant, l'affirmation de la totalité requiert non moins impérativement la dénégation de la différence des normes en fonction desquelles se définit chaque mode d'activité et chaque institution où il s'exerce. À la limite, l'entreprise de production, l'administration, l'école, l'hôpital ou l'institution judiciaire apparaissent comme des organisations spéciales, subordonnées aux fins de la grande organisation socialiste. À la limite, le travail de l'ingénieur, du fonctionnaire, du pédagogue, du juriste, du médecin échappe à sa responsabilité et se voit soumis à l'autorité politique.
Enfin, c'est la notion même d'une hétérogénéité sociale qui est récusée, la notion d'une variété de mode de vie, de comportement, de croyance, d'opinion, dans la mesure où elle contredit radicalement l'image d'une société accordée avec elle-même. Et là où se signale l'élément le plus secret, le plus spontané, le plus insaisissable de la vie sociale, dans les moeurs, dans les goûts, dans les idées, le projet de maîtrise, de normalisation, d'uniformisation va au plus loin".
Claude Lofent, «La logique totalitaire», L'Invention démocratique (1980), Éd. Fayard, 1981, pp.. 101-103.
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Vendredi 5 janvier 2007
Tocqueville pensait que la démocratie pouvait amener une forme de totalitarisme (même s'il ne prononçait pas ce mot).
 Texte prémonitoire!


 "Je veux imaginer sous quels traits nouveaux le despotisme pourrait se produire dans le monde : je vois une foule innombrable d'hommes semblables et égaux qui tournent sans repos sur eux-mêmes pour se procurer de petits et vulgaires plaisirs, dont ils emplissent leur âme. Chacun d'eux, retiré à l'écart, est comme étranger à la destinée de tous les autres ses enfants et ses amis particuliers forment pour lui toute l'espèce humaine; quant au demeurant de ses concitoyens, il est à côté d'eux, mais il ne les voit pas; il les touche et ne les sent point; il n'existe qu'en lui-même et pour lui seul, et, s'il lui reste encore une famille, on peut dire du moins qu'il n'a plus de patrie.
Au-dessus de ceux-là s'élève un pouvoir immense et tutélaire, qui se charge seul d'assurer leur jouissance et de veiller sur leur sort. Il est absolu, détaillé, régulier, prévoyant et doux. Il ressemblerait à la puissance paternelle si, comme elle, il avait pour objet de préparer les hommes à l'âge viril; mais il ne cherche, au contraire, qu'à les fixer irrévocablement dans l'enfance; il aime que les citoyens se réjouissent, pourvu qu'ils ne songent qu'à se réjouir. Il travaille volontiers à leur bonheur; mais il veut en être l'unique agent et le seul arbitre; il pourvoit à leur sécurité, prévoit et assure leurs besoins, facilite leurs plaisirs, conduit leurs principales affaires, dirige leur industrie, règle leurs successions, divise leurs héritages; que ne peut-il leur ôter entièrement le trouble de penser et la peine de vivre?"
Alexis de Tocqueville, De la démocratie en Amérique (1840), Éd. Gallimard, 1968, pp. 347-348.
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Vendredi 5 janvier 2007

Comme Marx, Engels croit, pour sa part, à la fin de l'Etat:

"Le prolétariat s'empare du pouvoir d'État et transforme les moyens de production d'abord en propriété d'État. Mais par là, il se supprime luimême en tant que prolétariat. Il supprime toutes les différences de classe et oppositions de classes et également l'État en tant qu'État. La société antérieure', évoluant dans des oppositions de classes, avait besoin de l'État, c'est-à-dire, dans chaque cas, d'une organisation de classe exploiteuse pour maintenir ses conditions de production extérieures, donc surtout pour maintenir par la force la classe exploitée dans les conditions d'oppression données par le mode de production existant (esclavage, servage, salariat). LÉtat était le représentant officiel de toute la société, sa synthèse en un corps visible, mais cela, il ne l'était que dans la mesure où il était l'État de la classe qui, pour son temps, représentait elle-même toute la société. dans l' Antiquite, État des citoyens propriétaires d'esclaves; au Moyen Âge, de la noblesse féodale; à notre époque, de la bourgeoisie. Quand il finit par devenir effectivement le représentant de toute la société, il se rend lui-même superflu. Dès qu'il n'y a plus de classe sociale à tenir dans l'oppression: dès que, avec la domination de classe et la lutte pour l'existence individuelle motivée par l'anarchie antérieure de la production, sont éliminés également les collisions et les excès qui en résultent, il n'y a plus rien à réprimer qui rende nécessaire un pouvoir de répression, un État. Le premier acte dans lequel l'État apparaît réellement comme représentant de toute la société, - la prise de possession des moyens de production au nom de la société, - est en même temps son dernier acte propre en tant qu'État. L'intervention d'un pouvoir d'État dans des rapports sociaux devient superflue dans un domaine après l'autre, et entre alors naturellement en sommeil. Le gouvernement des personnes fait place à l'administration des choses et à la direction des opérations de production. L'État n'est pas «aboli». Il s'éteint".
Friedrich Engels, Anti-Dühring (1877), trad. E. Bottigelli, Éditions Sociales, 3` éd. revue, 1977, p. 317.
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Vendredi 5 janvier 2007

Hegel n'est guère plus optimiste que Kant. La situation internationale est  pour lui aussi comparable à l'état de nature. Seules les contraintes d'ordre  juridique peuvent nous permettre de sortir de cet "état de nature"  international:

"L Etat offre cet aspect d'être la réalité immédiate d'un peuple particulier,ayant une destination naturelle. Comme individu distinct, il s'oppose de façon exclusive à d'autres États qui sont aussi des individus. Dans leurs rapports réciproques, l'arbitraire et la contingence interviennent parce que l'élément général du droit, à cause de la totalité autonome de ces personnes, doit exister entre elles, mais n'existe pas en réalité. Cette indépendance des États fait de leur conflit un rapport de forces, un état de guerre en vue duquel l'état général se destine à la fin particulière de la conservation de l'autonomie de l'État vis-à-vis d'autres États, à l'état de vaillance. [...]
L'état de guerre met en jeu l'autonomie des États; ce qui amène d'un côté la reconnaissance réciproque de l'individualité libre des peuples, et des traités de paix, qui doivent durer éternellement, établissent cette reconnaissance générale ainsi que les droits particuliers des peuples les uns à l'égard des autres".

Friedrich Hegel, Précis de l'encyclopédie des sciences philosophiques (1817), trad. J. Gibelin, Éd. Vrin, 1976, pp. 289-290.
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Vendredi 5 janvier 2007


 Les Etats entretiennent entre eaux des relatiosn semblables à celles des individus à l'état de nature:

"Il en est des peuples, en tant qu'États, comme des individus: dans l'état de nature (c'est-à-dire dans l'indépendance de toute loi extérieure), leur seul voisinage est déjà un préjudice réciproque; et, pour garantir sa sûreté, chacun d'eux peut et doit exiger des autres qu'ils entrent avec lui dans une constitution analogue à la constitution civile, où les droits de chacun puissent être assurés. Ce serait là une fédération de peuples, qui ne formeraient pas cependant un seul et même État. Il y aurait en effet contradiction dans cette idée; car, comme chaque État suppose le rapport d'un supérieur (le législateur) à un inférieur (celui qui obéit, c'est-à-dire le peuple), plusieurs peuples réunis en un État ne formeraient plus qu'un peuple, ce qui est contraire à la supposition (puisque nous avons à considérer ici le droit des peuples entre eux, en tant qu'ils constituent autant d'États différents et ne devant pas se confondre en un seul et même État).
Si l'on ne peut voir sans un profond mépris les sauvages, dans leur amour d'une indépendance sans règle, aimer mieux se battre continuellement que se soumettre à une contrainte légale, constituée par euxmêmes, et préférer ainsi une folle liberté à une liberté raisonnable, et si l'on regarde cela comme de la barbarie, comme un manque de civilisation, comme une dégradation brutale de l'humanité; à combien plus forte raison des peuples civilisés (dont chacun forme un État constitué) ne devraient-ils pas se hâter de sortir d'une situation si dégradante? Loin de là, chaque État fait justement consister sa majesté (car il est absurde de parler de la majesté populaire) à ne se soumettre à aucune contrainte légale extérieure, et le souverain met sa gloire à pouvoir disposer, sans avoir lui-même aucun péril à courir, de plusieurs milliers d'hommes qui se laissent sacrifier à une cause qui ne les concerne pas " [...].
Emmanuel Kant, Projet de paix perpétuelle (1795), trad. J. Barni revue par A. Lagarde, Éd. Hatier, 1988, p. 36.
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Vendredi 5 janvier 2007

Sur le site de l 'Académie de Grenoble , vous trouverez un grand nombre d 'ouvrages de philosophie.


NOUVEAUTES:
Anna O  de Freud, et Dialogues sur la religion naturelle de Hume
 

LISTE DES OUVRAGES HATIER SITE GRENOBLE

COLLECTION NOTIONS PHILOSOPHIQUES
 La justice E. Clément
La liberté E. Clément
Le temps C . Malabou

COLLECTION PHILOSOPHES:
 Nietzsche par D. Pimbé
 Spinoza par p. Pimbé

COLLECTION ESSAIS PHILOSOPHIQUES:
La perversité P. Vignoles
La philosophie au XX ième siècle Jean Lacoste

TEXTES PHILOSOPHIQUES COMMENTES:
Eric Zernik  Dialogues sur la religion naturelle ,  (Hume)
JC Fraisse La nature (Physique d' Aristote Livre II)
JC Fraisse Alcibiade Platon
Fl. Khodoss. Les confessions Saint Augustin Livre I,II, III
F. Khodoss Cours de philosophie politique (Comte)
E. Zernik    Essai sur l'origine des langues (Rousseau) JM Muglioni Théorie et pratique (Kant)
N. Depraz La crise de la conscience europréenne et la philosophie (Husserl)
Yvon Brès Anna O. (Freud)
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Vendredi 5 janvier 2007
Voici le papier de  sur le Nouvel Obs :
sur le chat "qui ne sert à rien, mais qui nous est indispensable"
Comme la philosophie.


A quoi sert le chat ?
par Frédéric Vitoux
"Tous les animaux parlent, excepté le perroquet qui parle », écrivait Jules Renard. Des langages animaliers, celui du chat demeure le plus mystérieux, le plus hiéroglyphique, dira-t-on volontiers, tant le chat et l'Égypte ont appris à faire bon ménage il y a quelquesmilliers d'années. Est-ce pour cela que l'on se noie si volontiers dans l'énigme de son regard ? On dialogue avec un chien. On capte le sonar des dauphins. Le cheval répond à son cavalier. Mais le chat ? Il ne répond pas. II ne se dresse pas. Il ne fait pas le beau, il est beau, cela lui suffit. En bref, il est aux abonnés absents. Inutile de lui laisser un message. Il s'en moque.
La tentation est donc grande de faire parler les chats, de se rattraper en somme de cette frustrationou de ce vertige éprouvés face à eux. Bien des poètes et des écrivains'y sont risqués, les malheureux ! Citons pour le plaisir un livre, unseul, un chef-d'oeuvre, «le Chat Murr », d'E.T.A. Hoffmann, puis fermons la parenthèse... et ouvrons-nous aux mystères du chat ! Il est l'animal domestique par excellence, c'est-à-dire le seul qui ait réussi à domestiquer l'homme et non le contraire, et d'un autre côté il incarne la vie sauvage à l'état pur. Ce qu'a si joliment souligné Alexandre Vialatte, disant de lui : « Dieu l'a fait dans Sa grande bonté pour que l'homme puisse caresser le tigre. » II est le symbole du confort,de la placidité obstinée, de la somnolence philosophique. Mais, plus vif que l'éclair, que la passion, que le caprice, il bondi soudain, il est là, il n'est plus là, il bascule dans une autre dimension spatio-temporelle, c'est un animal de science-fiction. Pour un écrivain, il sert de presse-papiers, de correcteur ou de censeur. Aussi sec, il le laisse en plan, et bonsoir ! Il incarne précisément tout ce qu'un romancier ne pourri jamais capturer. En un mot, ï est un professeur d'humilité Mais arrêtons là ! On a compris que le chat, qui ne sert rien, nous est par cela même indispensable".     F. L
 LE NOUVEL OBSERVATEUR

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Vendredi 5 janvier 2007
                                           


Et donc Descartes se serait trompé? Lire l'excellent dossier du  Nouvel Obs cette semaine (si vous n'avez pas déjà lu le chapitre de mon livre sur ce même sujet:)
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