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Mercredi 11 octobre 2006

L'écrivain français Georges Bataille montre ici, à la suite de Rousseau, que,
par la culture, l'homme ne modifie pas seulement son environnement. Il se
réforme également lui-même par l'éducation.


"La négation du donné naturel  (par le travail) et le refus de sa propre animalité
(par l'élaboration d'interdits) sont indissociables et définissent, d'un même mouvement, l'humanité.
   Je pose en principe un  fait peu contestable : que l'homme est l'ani-
mal qui n'accepte pas simplement le donné naturel, qui le nie. Il change
ainsi le monde extérieur naturel, il en tire des outils et des objets fabriqués
qui composent un monde nouveau, le monde humain. L'homme parallè-
lement se nie lui-même, il s'éduque, il refuse par exemple de donner à la
satisfaction de ses besoins animaux ce cours libre', auquel l'animal n'apporte
pas de réserve. Il est nécessaire encore d'aborder que les deux négations que,
d'une part, l'homme fait du monde donné et, d'autre part, de sa propre ani-
malité, sont liées. Il ne nous appartient pas de donner une priorité à l'une
ou à l'autre, de chercher si l'éducation (qui apparaît sous la forme des inter-
dits religieux) est la conséquence du travail, ou le travail la conséquence
d'une mutation morale. Mais en tant qu'il y a homme, il y a d'une part tra-
vail et de l'autre négation par interdits de l'animalité de l'homme"




      Georges Bataille,  (1957), Éd. de Minuit, 1995, p. 238-239.
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Mercredi 11 octobre 2006
Lire  le Rebonds de Emmanuel Wallon  ce matin dans Libération
 Poutine   a cru bon de rappeler  que Mm  Politkovskaia      n'avait que peu d'audience en URSS (quel tact! ) .
 Saviez-vous que Chirac avait décoré Poutine de la Grand Croix de la légion d'honneur le 25 septembre dernier. Quel sens de l'à propos,  vraiment!
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Mercredi 11 octobre 2006
Lisez le Nouvel Obs..
Evidemment on ne vous donne en aucun cas les recettes su bonheur!
Mais Cyrulnik est intéressant.
 Ce qu'il explique  est surtout bon à savoir pour nos enfants (à élever) : comment leur donner les meilleurs chances..Et puis vous serez curieux  d'apprendre combien de cancres sont devenus des grands hommes..













Photo Boubat
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Mercredi 11 octobre 2006
Cette semaine un dossier sur Redeker , excellent papier de C. Askolovitch et de Marie Lemonnier. Voilà des journalistes qui évoquent la "solidarité des ébranlés" et qui connaissent donc le philosophe  Jan Patocka ( l'auteur de Essais hérétiques) !  Etonnant...
Les deux édito - Jean Daniel et Julliard sont impeccables aussi!
 Quant à Cyrulnik... j'y viens!


Jan Patocka
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Mercredi 11 octobre 2006
La sensiblerie intellectuelle de notre temps à toutes les croyances aboutit à la restriction de la liberté de penser:  (Le nouvel Obs, 11 octobre 2006)

"Il en va dans nos sociétés comme du sexe : plus on en parle, moins on le pratique. Nous vivons un moment de verbalisation universelle où on laisse le mot se substituer à la chose au point de l'escamoter. D'où le paradoxe d'une humanité où l'on n'en finit plus de se réclamer des droits de l'homme, tandis que la liberté de penser et d'écrire s'étiole sur le sol même qui l'a vu naître. Certes, nous ne sommes plus à l'époque où le pouvoir temporel punissait le blasphème et où le chevalier de La Barre était torturé, décapité et brûlé sur le bûcher pour avoir mutilé un crucifix. Mais nous sommes bel et bien à celle où un descendant de Van Gogh est assassiné dans la rue pour avoir mal parlé de Mahomet. Cette époque a privatisé la barbarie ; de plus en plus, elle tolère l'intolérance. Voici un professeur de philosophie, Robert Redeker, qui, à son tour, médit de Mahomet quel est le premier réflexe de son protecteur légal, le ministre de l'Education nationale, Gilles de Robien ? Suggérer, tout en condamnant les menaces, que par son outrance il ne les a pas volées. On ne s'étonnera pas de trouver le Mrap et son président, Mouloud Aounit, sur la ligne du ministre... A des signes comme ceux-là, on mesure les progrès réalisés, au nom de l'immonde principe de précaution, par l'esprit de soumission dans la conscience commune. Qu'est-ce donc que la tolérance ? Le mot, en vérité, n'est pas heureux. Sans parler de la boutade de Claudel - « La tolérance ? Il y a des maisons pour ça ! » - on constate que son premier sens est terriblement restrictif. Tolérer, c'est d'abord ne pas réprimer alors que, juridiquement, on le pourrait : c'est ainsi que l'on «tolère » de plus en plus des voitures sur le trottoir. Cette tolérance-là est le contraire du droit. Le deuxième sens, celui où nous l'employons désormais, notamment en matière religieuse, consiste à « admettre chez autrui une manière de penser et d'agir différente de la nôtre » (Le Robert). La tolérance, c'est le respect de toutes les croyances. Fort bien. Mais là encore, nous sommes en pleine ambiguïté. Dans la tradition française de libre examen, cette tolérance implique le droit pour chacun de critiquer sans ménagement chacune de ces croyances, à condition de n'en pas entraver l'exercice. En un siècle d'anticléricalisme, l'Eglise catholique en a entendu de toutes les couleurs, et c'est très bien ainsi ; cela l'a aidée à se réformer. Mais une autre conception de la tolérance se fait jour aujourd'hui  et chemine dans les esprits : respecter la croyance d'autrui  consisterait à ne pas la critiquer. Un sondage  (dans "la Vie » (28 septembre 2006) indique  que près de la moitié des Français (45%) pense  que l'on ne doit pas critiquer les religions.Ce respect absolu va de pair avec une irréligiosité  croissante : voilà une conséquence à méditer. Ainsi, la sacralisation des croyances est un signe lugubre dans une société qui se commnautarise chaque jour davantage et qui ne  parvient plus à concevoir le débat public autrement que sous la forme de la coexistence  pacifique des communautés, de leurs croyances,  de leurs absurdités, de leurs tabous, de leurs interdits, de leur terrorisme intellectuel - en mot, de leur sectarisme. Et voilà le résultat ! "tolérance » comme rempart ultime du fascisme, quelle absurdité ! L'extraordinaire sensiblerie intellectuelle de notre temps à toutes les  croyances aboutit paradoxalement à la sacralisation du sectarisme, à la restriction de la liberté de penser et de débattre. C'est pourquoi à la tolérance, mot ambigu, ramollo, je préfère de beaucoup le principe laïcité. La tolérance, au sens que le mot est train de prendre, c'est la cagotisation des esprits. La laïcité, elle, implique non seulement neutralité axiologique de l'Etat mais le primat intellectuel de la raison. C'est pourquoi - qui mes lecteurs anticléricaux me pardonnent encore une fois - j'applaudis Benoît XVI quand. dans son discours de Ratisbonne, il plaide pour une réconciliation - mieux que cela, une alliance - de la raison et de la foi. Et à mes lecteurs croyants, qu'ils soient chrétiens, juifs ou musulmans, je pose cette question : que vaut donc une foi qui ne saurait résister à la critique. voire au blasphème ? A mon avis, elle ne vaut pas tripette".
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