Texte Libre

(MODE D'EMPLOI du BLOG : ce blog comporte des CATEGORIES : "programme de terminales", " actualité commentée pour IEP", "classes préparatoires", "actualité" "cinéma" etc...).

Ce blog est classé par Wikio dans les blogs les plus influents de la blogosphère  (catégorie littérature)

Wikio - Top des blogs - Litterature
Jeudi 1 novembre 2007


 La "philia"  (l' amitié entre citoyens) était la condition de possibilité de la politique en Grèce. Cette notion nous est devenue presque inintelligible aujourd'hui:

"
Nous avons coutume aujourd'hui de ne voir dans l'amitié qu'un phénomène de l'intimité, où les amis s'ouvrent leur cône sans tenir compte du monde et de ses exigences. Rousseau est le meilleur représentant de cette conception conforme à l'aliénation de l'individu moderne qui ne peut se révéler vraiment qu'à l'écart de toute vie publique, dans l'intimité et le face à face. Ainsi nous est-il difficile de comprendre l'importance politique de fa-,pitié. Lorsque, par exemple, nous lisons chez Aristote que la philia, l'amitié entre citoyens,c'est une des conditions fondamentales du bienêtre commun, nous avons tendance à croire qu'il parle seulement de l'absence de factions et de guerre civile au sein de la cité. Mais pour les Grecs, l'essence de l'amitié consistait dans le discours. Ils soutenaient que seul un « parler-ensemble » constant unissait les citoyens en une polis. Avec le dialogue se manifeste l'importance politique de l'amitié, et de son humanité propre. Le dialogue (à la différence des conversations intimes où les âmes individuelles parlent d'elles-mêmes), si imprégné qu'il puisse être du plaisir pris à la présence de l'ami, se soucie du monde commun, qui reste « inhumain » en roc sens très littéral, tant que des hommes n'en débattent pas constamment. Car le monde n'est pas humain pour avoir été fait par des hommes, et il ne devient pas humain parce que la voix humaine y résonne, mais seulement lorsqu'il 'est devenu objet de dialogue. Quelque intensément que les choses du monde nous affectent, quelque profondément quelles puissent nous émouvoir et nous stimuler, elles ne deviennent humaines pour nous qu'au moment où nous pouvons en débattre avec nos semblables. Tout ce qui ne peut devenir objet de dialogue peut bien être sublime, horrible ou mystérieux, voire trouver voit humaine à travers laquelle résonner dans le monde, mais ce n'est pas vraiment humain. Nous humanisons ce qui se passe dans le monde et en nous en en parlant, et, dans ce parler, nous apprenons à être humains".

Hannah Arendt, Vies politiques..

 (1955 )

ajouter un commentaire
commentaires (0)   
Jeudi 1 novembre 2007


Cornelius Castoriadis est un philosophe français proche de Marcel Gauchet et de Claude Lefort. Il évoque ici l'origine grecque de la politique:

"On entend maintenant dire : les Grecs ont inventé le politique . On peut créditer les Grecs de beaucoup de choses - surtout : d'autres choses que celles dont on les crédite   d'habitude -, mais certainement pas de l'invention de l'institution de la société, ou même du pouvoir explicite. Les Grecs n'ont pas inventé « le» politique, au sens de la dimension de pouvoir explicite toujours présente dans toute société ; ils ont inventé ou mieux, créé, la politique, ce qui est tout autre chose. On se dispute parfois pour savoir dans quelle mesure il y a de la politique avant les Grecs. Vaine querelle, termes vagues, pensée confuse. Avant les Grecs (et accès) il y a des intrigues, des conspirations, des trafics d'influence, des luttes sourdes ou ouvertes pour s'emparer du pouvoir explicite, il y a un art (fantastiquement développé en Chine, par exemple) de gérer le pouvoir existant, même de l' " améliorer ». Il y a d es changements explicites et décidés de certaines institutions - même des ré-institutions radicales (« Moïse » ou, en tout cas, Mahomet). Mais dans ces derniers cas, le législateur excipe d'un pouvoir d'instituer qui est de droit divin, qu'il soit Prophète ou Roi. Il invoque ou produit des Livres sacrés. Mais si les Grecs ont pu créer la politique, la démocratie, la philosophie, c'est aussi parce qu'ils n'avaient ni Livre sacré, ni prophètes. Ils avaient des poètes, des philosophes, des législateurs et des politai (1.
La politique, telle qu'elle a été créée par les Grecs, a été la mise en question explicite de l'institution établie de la société ce qui présupposait, et cela est clairement affirmé au Vième  siècle, qu'au moins de grandes parties de cette institution n'ont rien de « sacré », ni de « naturel », mais qu'elles relèvent du nomes. Le mouvement démocratique s'attaque à ce que j'ai appelé le pouvoir explicite et vise  à  le réinstituer. Comme on le sait, il échoue (ou n'arrive morne pas à prendre un vrai départ) dans la moitié des poleis. Il n'empêche que son émergence travaille presque toutes les poleis, puisqu'aussi bien les régimes oligarchiques ou tyranniques doivent, face à lui, se définir comme tels, donc apparaître pour ce qu'ils sont. Mais il ne se borne pas à cela, il vise potentiellement la ré-institution globale de la société et cela s'actualise par la création de la philosophie. Non plus commentaire ou interprétation de textes traditionnels ou sacrés, la pensée grecque est ipso facto mise en question de la dimension la plu-, importante de l'institution de la société : des représentations et (les normes de la tribu, et de la notion même de vérité. Il y a certes, partout et toujours, « vérité »  socialement instituée, équivalent  à la conformité canonique (les représentations et des énoncés avec ce qui est socialement institué comme l'équivalent d'« axiomes » et (le « procédures de validation ». Il vaut mieux l'appeler simplement correction (Richtigkeit). Mais les Grecs créent la vérité comme mouvement interminable de la pensée mettant constamment à l'épreuve ses bornes et se retournant sur elle-même (réflexivité), et ils la créent comme philosophie démocratique : penser n'est ni l'affaire de rabbins, de prêtres, de mollahs, de courtisans ou de renonçants - mais de citoyens qui veulent discuter dans un espace public créé par ce même mouvement.
Aussi bien la politique grecque  [peut être définie comme] l'activité collective explicite se voulant lucide (réfléchie et délibérée), se donnant comme objet l'institution de la société comme telle. Elle est donc une venue au jour, partielle certes, de l'instituant en personne (dramatiquement, mais non exclusivement, illustrée, par les moments de révolution) . La création de la politique a lieu lorsque l'institution donnée de la société est mise en cause comme telle et dans ses différents aspects et dimensions (ce qui en fait découvrir rapidement. expliciter, mais aussi articulée  autrement la solidarité), donc, lorsqu'an autre rapport, inédit jusqu'alors, est créé entre l'instituant et l'institué".

Castoriadis  Le monde morcelé pp 126-127 (2000)
 1) Hommes poltiques

ajouter un commentaire
commentaires (0)   
Jeudi 1 novembre 2007
Eric Weil est un philosophe français hégelien. Il explique ici à quelles conditions on peut commencer à penser .. .en politique:

"L'homme qui vit dans la certitude de son monde peut avoir des pensées, il ne pense pas. Il sait ce qui est essentiel et ce qui n'importe pas dans sa vie et dans celle de sa communauté ; il peut distinguer entre bonheur et malheur, entre accidents favorables et défavorables ; comme tout ce qui lui arrive possède à ses yeux un sens, à aucun moment il n'est rejeté sur lui-même comme s'il devait reconstruire un monde à partir de lui-même comme du seul fondement possible. v possède une morale, c'est-à-dire, il vit selon certaines- règles ; ces règles existent, il n'a pas à les établir et justifier ; il n'a pas de théorie morale.
Ce n'est qu'après la destruction de ce monde de la satisfaction toujours garantie (sinon toujours donnée) et où tout est accepté parce que tout y est sensé, que l'individu se met à penser et à réfléchir, à moins que par un travail abrutissant, un traitement inhumain, une pauvreté extrême il ne soit privé de toute possibilité matérielle de penser - ou bien c'est après la mise en question de ce monde par le contact avec d'autres mondes auxquels, de par le fait de leur puissance indéniable, il ne peut pas refuser le titre d'humains. C'est alors qu'il comprend le monde, dans lequel il vit maintenant de façon précaire (ou qu'il a déjà perdu), comme une possibilité parmi d'autres possibilités en principe innombrables, et qu'il se trouve obligé de choisir une voie, un but, un sens, une orientation. Ainsi naît la philosophie, une philosophie encore inconsciente en ce sens qu'elle ne comprend ni ne peut comprendre sa propre nature. Mais en fait, l'individu y pose ses questions d'une manière universelle et exige des réponses universelles, c'està-dire valables pour tout individu, -à tout moment historique, en toute situation : ses réponses ne peuvent être que négatives, puisqu'il s'agit d'éliminer tout ce qui n'a de sens que dans un monde historique déterminé, dans telles circonstances, pour telle forme de vie. C'est la pure forme de l'universalité qui devient le critère de toutes les actions pour une réflexion portant sur les actions possibles d'un individu qui se veut individu universel, c'est-à-dire moral."

Philosophie politique (1955)
ajouter un commentaire
commentaires (0)   
Jeudi 1 novembre 2007
"Quand vous allez au paradis, laissez le chien derrière vous. Le paradis se gagne par faveur, non par mérite. S'il se gagnait par mérite, c'est le chien qui entrerait, pas nous" Mark Twain
ajouter un commentaire
commentaires (1)   
Jeudi 1 novembre 2007

 

 Les animaux pensent-ils ? Sont-ils intelligents ? Ont-ils une âme ? Pendant des décennies, nous autres, professeurs de philosophie éclairés,  cartésiens, avons enseigné scrupuleusement à nos élèves que, contrairement aux apparences, les animaux n'étaient pas intelligents, ou, en d'autres termes, qu'ils ne possédaient ni " âme " ni " pensée " .  Cette thèse semblait fondée sur le constat qu'ils ne possèdent pas un véritable langage. En effet, le langage est le " propre de l'homme ", et, si les animaux ne parlent pas,c'est parce qu'ils ne pensent pas : s'ils avaient des " pensées " ils nous les communiqueraient, comme l'a établi Descartes. Or, depuis quelques années, une révolution est en cours. D'innombrables ouvrages plaident aujourd'hui en faveur de la cause animale. De nombreux scientifiques s'accordent aujourd'hui pour dire que les chats, les chiens mais aussi les castors et de nombreuses autres espèces, incluant même les insectes, " réfléchissent, aiment et souffrent ".  " Descartes s'est trompé " dit Pierre Louventin chercheur en écologie. C'est Darwin qui a vu juste : "  la différence d'intelligence entre hommes et animaux les plus évolués, aussi grande soit-elle, est une  différence de degré, et non de nature ". Or ce  propos de Darwin donne raison à Aristote, que Descartes a donc cru bon de réfuter à tort ! La philosophie n'est-elle donc qu'un éternel recommencement ? Pour se persuader du contraire, on lira par exemple les ouvrages de Dominique Lestel qui montre que la différence entre les  hommes et les animaux passe tout de même  par le  rapport singulier que nous entretenons avec le  langage -les animaux ne " se racontent pas d'histoires ", écrit-il.  On jettera aussi un œil sur les ouvrages de Elizabeth de Fontenay qui, à, la suite de Rousseau,  insiste sur le fait que l'intelligence sensible, contrairement à la seule pensée rationnelle ;  nous rapproche des animaux supérieurs. Au même titre que la vie, plus généralement.  Car " toute vie est une pensée mais une pensée plus ou moins obscure comme la vie elle-même " (Plotin).
Ouvrages :  Le silence des bêtes Elizabeth de Fontenay
Les origines animales de la culture Dominique Lestel Flammarion 2003
Les amis de mes amis  Dominique Lestel Seuil 2007
L'émergence de la conscience de l'animal à l'homme Derek Denton Flammarion 1998
L'intelligence animale Jacques Vauclair Seuil 1995
Les confessions d'un  primate Pierre Jouventin Pour la science 2001

 

 

 

ajouter un commentaire
commentaires (4)   
Jeudi 1 novembre 2007



Nous sommes les héritiers d'une tradition humaniste qui comprend aussi un versant anthropocentrisme. 
C'est la position de la plupart des stoïciens ( cf la fameuse "superbe stoïcienne que déplore Pascal).

 En voici une illustration:

 " Dans la question des devoirs, il convient d'avoir toujours présente à l'esprit la supériorité de la nature humaine sur les animaux domestiques et les autres. Les bêtes n'ont d'autre sentiment que le plaisir : elle se portent vers lui de tout leur élan. L'âme humaine se nourrit de savoir et de réflexion : toujours elle cherche, elle agit,elle est conduite par l'agrément qu'elle trouve à voir et à entendre " (Traité des devoirs. Bib.  de la Pléiade, I, 30, 105)
" Et les bêtes ? On ne peut admettre davantage que les Dieux aient tant travaillé pour des êtres sans langage ni intelligence " (De la nature des dieux  II, Livre IV)
" Pour qui donc le monde a-t-il été fait ? Assurément pour tous les êtres vivants qui usent de raison ? Tels sont les Dieux  et les hommes, et il n'y a pas d'êtres supérieurs à eux, car c'est la raison qui l'emporte sur tout ; ainsi il est à croire que le monde, et tout ce qui est en lui ont été faits en vue des Dieux et des hommes[et ce qu'il contient a été arrangé et imaginé au profit des hommes. Le monde est en effet la demeure commune des hommes et des Dieux, la cité des uns et des autres ? Seuls ils ont la raison et vivent d'après le droit et la loi[...] Si la connaissance des choses n'appartient qu'à l'homme, il faut bienjuger qu'elles ont été faites pour         l'homme " (DND, II, livre 17, 154)

 Cicéron  (106-43 av JC)
 

ajouter un commentaire
commentaires (0)   
Jeudi 1 novembre 2007

Voici une citation de Cicéron qui exprime  le coeur de la position humaniste :

 " Les hommes sont confiés par la nature les uns aux autres. Par cela même qu'il est un homme, un homme ne doit pas être étranger pour un homme [...] Le monde est comme la cité universelle des hommes et des Dieux ; chacun de nous est une partie de ce monde ; c'est par conséquent la nature qui fait que nous plaçons l'intérêt général avant le nôtre " Des fins des biens et des maux,  I, II, 19, 63  Pléiade, 1972
Elle est à rapprocher de la fameuse formule de  Montesquieu  "Si je savais quelque chose qui me fût utile..."

ajouter un commentaire
commentaires (0)   
Jeudi 1 novembre 2007

Parmi les textes fondamentaux pour aborder les concours IEP, voici le Projet de paix perpétuelle de Kant.
Il a été publié par Hatier ,dans la collection Classique Hatier, avec une remarquable présentation (très simple et claire ) de Michaël Foessel.
 Vous pouvez aussi trouver une précieuse fiche qui résume et commente le texte (par E. Montalhuc) sur le site

SOSPHILO

ajouter un commentaire
commentaires (0)   

Présentation

Texte libre

 

Sur Amazon



                                           
Le choix des libraires
Decitre : fiche détaillée

Calendrier

Novembre 2007
L M M J V S D
      1 2 3 4
5 6 7 8 9 10 11
12 13 14 15 16 17 18
19 20 21 22 23 24 25
26 27 28 29 30    
<< < > >>

Commentaires

Recommander

Cliquez ici pour recommander ce blog
Blog : Sport sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Signaler un abus