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Vendredi 10 novembre 2006
Le rêve est pour Freud comme un rébus.comme un rébus. Chaque élément renvoie à une signification que l'interprétation doit rétablir :

  "Toutes les tentatives faites jusqu'à présent pour élucider les problèmes du rêve s?attachaient à son contenu manifeste, tel que nous le livre le souvenir, et s'efforçaient d'interpréter ce contenu manifeste. Lors même qu'elles renonçaient à l'interprétation, elles se fondaient encore sur ce contenu manifeste.
  Nous sommes seul à avoir tenu compte de quelque chose d'autre : pour nous, entre le contenu du rêve et les résultats auxquels parvient notre étude, il faut insérer un nouveau matériel psychique, le contenu latent ou les pensées du rêve, que met en évidence notre procédé d'analyse. C'est à partir de ces pensées latentes et non à partir du contenu manifeste que nous cherchons la solution.
  De là vient qu'un nouveau travail s'impose à nous. Nous devons rechercher quelles sont les relations entre le contenu manifeste du rêve et les pensées latentes et examiner le processus par lequel celles-ci ont produit celui-là.
  Les pensées du rêve et le contenu du rêve nous apparaissent comme deux exposés des mêmes faits en deux langues différentes ; ou mieux, le contenu du rêve nous apparaît comme une transcription des pensées du rêve, dans un autre mode d'expression, dont nous ne pourrons connaître les signes et les règles que quand nous aurons comparé la traduction et l'original. Nous comprenons les pensées du rêve d'une manière immédiate dès qu'elles nous apparaissent. Le contenu du rêve nous est donné sous forme d'hiéroglyphes, dont les signes doivent être successivement traduits dans la langue des pensées du rêve. On se trompera évidemment si on veut lire ces signes comme des images et non selon leur signification conventionnelle. Supposons que je regarde un rébus : il représente une maison sur le toit de laquelle on voit un canot, puis une lettre isolée, un personnage sans tête qui court, etc. Je pourrais déclarer que ni cet ensemble, ni ses diverses parties n'ont de sens. Un canot ne doit pas se trouver sur le toit d'une maison et une personne qui n'a pas de tête ne peut pas courir ; de plus, la personne est plus grande que la maison, et, en admettant que le tout doive représenter un paysage, il ne convient pas d'y introduire des lettres isolées, qui ne sauraient apparaître dans la nature. Je ne jugerai exactement le rébus que lorsque je renoncerai à apprécier ainsi le tout et les parties, mais m'efforcerai de remplacer chaque image par une syllabe ou par un mot qui, pour une raison quelconque, peut être représenté par cette image. Ainsi réunis, les mots ne seront plus dépourvus de sens, mais pourront former quelque belle et profonde parole. Le rêve est un rébus, nos prédécesseurs ont commis la faute de vouloir linterpréter en tant que dessin. C'est pourquoi il leur a paru absurde et sans valeur".

Sigmund Freud, L'Interprétation des rêves (1900), trad. I. Meyerson révisée par D. Berger, Éd. des PUF, 1967, pp. 241-242.



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Vendredi 10 novembre 2006

                                             Dans les sous-sols de notre esprit, des souvenirs indésirables s'impatientent  et  trépignent. Parviendront-ils à forcer l'entrée de notre conscience?

"Derrière les souvenirs qui viennent se poser ainsi sur notre occupation présente et se révéler au moyen d'elle, il y en a d'autres, des milliers et des milliers d'autres, en bas, au-dessous de la scène illuminée par la conscience. Oui, je crois que notre vie passée est là, conservée jusque dans ses moindres détails, et que nous n'oublions rien, et que tout ce que nous avons perçu, pensé, voulu depuis le premier éveil de notre conscience, persiste indéfiniment. Mais les souvenirs que ma mémoire conserve ainsi dans ses plus obscures profondeurs y sont à l'état de fantômes invisibles. Ils aspirent peut-être à la lumière. Ils n'essaient pourtant pas d'y remonter ; ils savent que c'est impossible, et que moi, être vivant et agissant, j'ai autre chose à faire que de m'occuper d'eux.  Mais supposez qu'à un moment donné je me désintéresse de la situation présente, de l'action pressante. Supposez, en d'autres termes, que je m'endorme. Alors ces souvenirs immobiles, sentant que je viens d'écarter l'obstacle, de soulever la trappe qui les maintenait dans le sous-sol de la conscience, se mettent en mouvement. Ils se lèvent, ils s'agitent, ils exécutent, dans la nuit de l'inconscient, une immense danse macabre. Et, tous ensemble, ils courent à la porte qui vient de s'entrouvrir".
Henri Bergson, «Lénergie spirituelle», in Essais et Conférences, Éd. Alcan, 1919, pp. 95-96.
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Vendredi 10 novembre 2006
  
Il est possible d'éprouver des sensations sans en avoir conscience. Affirmer cela,  comme le fait ici Leibniz, c'est anticiper l'hypothèse d'un inconscient psychique:




 " Il y a mille marques qui font juger qu'il y a à tout moment une infinité de perceptions en nous, mais sans aperception(1 et sans réflexion, c'est-à-dire des changements dans l'âme même, dont nous ne nous apercevons pas, parce que les impressions sont, ou trop petites et en trop grand nombre, ou trop unies, en sorte qu'elles n'ont rien d'assez distinguant à part, mais jointes à d'autres, elles ne laissent pas (2 de faire leur effet et de se sentir, au moins confusément dans l'assemblage. C'est ainsi que l'accoutumance fait que nous ne prenons pas garde au mouvement d'un moulin ou à une chute d'eau, quand nous avons habité tout auprès depuis quelque temps. Ce n'est pas que ce mouvement ne frappe toujours nos organes et qu'il ne se passe encore quelque chose dans l'âme qui y réponde, à cause de l'harmonie de l'âme et du corps ; mais ces impressions qui sont dans l'âme et dans le corps, destituées des attraits de la nouveauté, ne sont pas assez fortes pour s'attirer notre attention et notre mémoire, attachée à des objets plus occupants (3. Car toute attention demande de la mémoire ; et souvent, quand nous ne sommes point admonestés (4 pour ainsi dire, et avertis de prendre garde à quelques-unes de nos perceptions présentes, nous les laissons passer sans réflexion et même sans être remarquées ; mais si quelqu'un nous en avertit incontinent (5 après, et nous fait remarquer, par exemple, quelque bruit qu'on vient d'entendre, nous nous en souvenons et nous nous apercevons d?en avoir eu tantôt quelque sentiment. Ainsi c'étaient des perceptions dont nous ne nous étions pas aperçus incontinent (5, l'aperception ne venant, dans ce cas, que de l'avertissement, après quelque intervalle, tout petit qu'il soit. Et pour juger encore mieux des petites perceptions que nous ne saurions distinguer dans la foule, j'ai coutume de me servir de l'exemple du mugissement ou du bruit de la mer, dont on est frappé quand on est au rivage. Pour entendre ce bruit, comme l?on fait, il faut bien que l'on entende les parties qui composent ce tout, c'est-à-dire les bruits de chaque vague, quoique chacun de ces petits bruits ne se fasse connaître que dans l'assemblage confus de tous les autres ensembles, c'est-à-dire dans ce mugissement même, et ne se remarquerait pas, si cette vague, qui le fait, était seule. Car il faut qu'on soit affecté un peu par le mouvement de cette vague, et qu'on ait quelque perception de chacun, de ces bruits, quelques petits qu'ils soient ; autrement on n'aurait pas celle de cent mille vagues, puisque cent mille riens ne sauraient faire quelque chose. On ne dort jamais si profondément, qu'on n'ait quelque sentiment faible et confus ; on ne serait jamais éveillé par le plus grand bruit du monde, si on n?avait quelque perception de son commencement, qui est petit ; comme on ne romprait jamais une corde par le plus grand effort du monde, si elle n'était tendue et allongée un peu par de moindres efforts, quoique cette petite extension qu'ils font ne paraît pas".
Gottfried Wilhelm Leibniz, Nouveaux Essais sur l'entendement humain (1703, 1re édition en 1765), Préface, Éd. Flammarion, coll. «GF», 1966, pp. 38-39.
1. Aperception : perception distincte aperçue par la conscience.
2. Elles ne laissent pas : elles continuent.
3. Occupants : intéressant, captivant.
4. Admonestés : interpellés.
5. Incontinent : aussitôt.
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Vendredi 10 novembre 2006
VOCABULAIRE  DE DESCARTES (les propos entre guillemets sont de Descartes, extrait des Méditations ou  des réponses aux objections)

Dieu : « Substance que nous entendons être souverainement parfaite et dans laquelle nous ne concevons rien qui enferme quelque défaut ou limitation de perfection » Cause efficiente : cause réelle, effective, de quelque chose : « le rien ne peut être la cause efficiente de quelque chose »
Doute : décision de refuser de croire ce qui n’est pas certain ; suspension provisoire du jugement ( Il est hyperbolique chez Descartes) .
Hyperbolique : exagéré, démesuré.
Radical : qui vise non pas le contenu du savoir, mais ses principes, qui s’attaque à la base.
Esprit : Substance  dans laquelle réside immédiatement la pensée.
Substance : « ce qui peut exister séparément » : ou encore «  toute chose dans laquelle réside quelque propriété ou attribut en tant que sujet » .
Corps : sujet de l’extension (étendue) et des accidents qui présupposent l’extension figure, situation, mouvement (nota bene : l’étendue désigne la chose étendue, dont l’extension est la propriété).
Attributs : Propriétés d’une substance. L’ « attribut essentiel » est tel que la substance ne se peut concevoir sans lui (l’étendue est l’attribut essentiel du corps, la conscience l’attribut essentiel de l’âme).
Accidents :  propriétés de la substance ( qui n’existent pas indépendamment d’elle). Une propriété accidentelle (non essentielle)  est une propriété qu’on peut ne pas avoir par opposition aux propriétés substantielles qui font qu’une chose est ce qu’elle est.
Certain : ce dont il est absolument impossible de douter.
Esprit :  Substance  dans laquelle réside immédiatement la pensée.
Imagination : faculté de se représenter les choses matérielles en leur absence (« Une certaine application de la faculté qui connaît au corps qui lui est intimement présent » Méditation 5). Exemple : on peut imaginer un triangle , mais pas un chiliogone (figure à mille côtés)
Entendement : faculté de former des idées claires et distinctes ; puissance de concevoir.  Seul il nous permet de percevoir (« inspection de l’esprit »)les objets pour ce qu’ils sont : c’est-à-dire en comprenant ce que nous voyons : « Je comprends par la seule puissance de juger qui réside en mon esprit ce que je croyais voir de mes yeux » (Seconde Méditation)
Idée :  Tout ce qui est conçu par l'esprit et qui représente quelque chose : « tout ce qui est dans notre esprit lorsque nous concevons une chose, de quelque manière que nous la concevions » (à ne pas confondre avec les images qui « dépendent de la « fantaisie corporelle » ni avec les autres « pensées » : « jugements » et « actions et affections ». (Nota bene : les idées en tant que telles ne peuvent être vraies ou fausses : seuls les jugements peuvent l'être . Exemple : « j e vois un lion », n'est ni vrai ni faux. Mais « il y a un lion » est vrai ou faux)
Clair : (par opposition à obscur)  présent et manifeste à un esprit attentif
Distinct : (par opp. à confus) : parfaitement clair. Dont tous les éléments sont clairs. Qui ne comporte aucun élément confus ou caché.
Evident : est évidente une idée « tellement claire et tellement distincte que même les plus extravagantes suppositions des sceptiques ne peuvent le mettre en doute »
Image : représentation singulière, sensible, d'une chose corporelle. Une image est comparable à une peinture.
Jugement : acte d'affirmer ou de nier
Percevoir ; identifier quelque chose, ce que seule peut faire une pensée.
Qualités sensibles : ce que nous livrent nos cinq sens (couleur, odeur, saveur) , et qui ne nous renseigne pas sur la vraie réalité des choses . Le qualités « premières » sont celles qui sont stables et toujours perçues ( poids, solidité, extension),  les qualités « secondes » sont fluctuantes (chaleur, couleur, consistance..)
Réalité matérielle et formelle des idées :
Matérielle : en tant qu'idée, en tant que opération de l'esprit
Formelle : en tant que représentation (d'autre chose) pouvant donc attester de la réalité (« formelle ») d'autre chose.
Réalité formelle et objective (de quelque chose) : La réalité « objective » est le contenu représentatif (dans le cas d'une idée ) par exemple la réalité objective de l'idée d'homme, c'est l'homme. La réalité « formelle » de l'idée, c'est l'idée en tant qu'elle a une réalité effective, c'est-à-dire susceptible de produire des effets.
Formellement /Objectivement : Formel, en général, la réalité formelle de quelque chose, c'est sa capacité d'agir de produire des effets. Une chose est formellement dans quelque chose (formellement signifie : réellement) . Mais une chose n'existe qu' « objectivement » par représentation
Formellement / Eminemment :Formellement : effectivement. Eminemment : effectivement, mais à un plus haut degré, d'une manière plus excellente ; (« Il doit y avoir dans la cause d'une idée autant de réalité formelle que cette idée contient de réalité objective » )
Pensée : « tout ce qui est immédiatement en nous et que nous connaissons immédiatement », autrement dit : ce qui reste , une fois éliminée toute extériorité . Je suis une chose pensante c'est-à-dire : « une chose qui doute, qui conçoit, qui affirme, qui nie, qui veut, qui ne veut pas, qui imagine aussi et qui sent ». La pensée, c'est tout ce qui appartient à ma nature, et n'en peut être dissocié.
Sens : faculté par laquelle nous saisissons les choses matérielles .
Substance : « ce qui peut exister séparément » : ou encore «  toute chose dans laquelle réside quelque propriété ou attribut en tant que sujet » ;
Sujet :  la conscience active, en première personne, en tant qu’elle s’oppose à des objets
: philosophie qui prend pour fondement les certitudes et l’activité de la conscience
Vrai : conforme à ce qui existe effectivement. Qui s'impose à mon esprit comme à tout autre esprit.
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