Mercredi 15 novembre 2006

Fils de l'Indigence et de La Ressource, Eros (ou Amour) se situe à mi chemin entre les mortels et les immortels. Il est pauvre, mais son dénuement est fécond et stimule la recherche. Il n'est pas sage, comme les dieux, mais amoureux de la sagesse, c'est-à-dire philosophe. Dans le texte suivant Socrate rapporte les propos de la prêtresse Diotime:
"Quand Aphrodite naquit, les dieux célébrèrent un festin, tous les dieux, y compris Poros, fils de Mètis. Le dîner fini Pénia, voulant profiter de la bonne chère, se présenta pour mendier et se tint près de la porte. Or Poros, enivré de nectar, car il n'y avait pas encore de vin, sortit dans le jardin de Zeus, et, alourdi par l'ivresse, il s'endormit.Alors Pénia, poussée par l'indigence, eut l'idée de metre à profit l'occasion, pour avoir un enfant de Poros : elle se coucha près de lui, et conçut l'Amour. Aussi l'Amour devint-il le compagnon et le serviteur d'Aphrodite, parce qu'il fut engendré au jour de naissance de la déesse, et parce qu'il est naturellement amoureux du beau, et qu'Aphrodite est belle.
Étant fils de Poros et de Pénia, l'Amour en a conçu certains caractères en partage. D'abord il est toujours pauvre,et loin d'être délicat et beau comme on se l'imagine généralement, il est dur, sec, sans souliers, sans domicile ; sans jamais d'autre lit que la terre, sans couverture, il dort en plein air, près des portes et dans les rues ; il tient de sa mère et l'indigence est son éternelle
compagne. D'un autre côté, suivant le naturel de son père, il est toujours à la piste de ce qui est beau et bon ; il est brave, résolu, ardent, excellent chasseur, artisan de ruses toujours nouvelles, amateur de sciences, plein de ressources , passant sa vie à philosopher, habile sorcier, magicien et sophiste. Il n'est par nature ni immortel ni mortel ; mais dans la même journée tantôt il est florissant et plein de vie, tant qu'il est dans l'abondance, tantôt il meurt puis renaît, grâce au naturel qu'il tient de son père. Ce qu'il acquiert lui échappe sans cesse, de sorte qu'il n'est jamais ni dans l'indigence, ni dans l'opulence et qu'il tient le milieu entre la science et l'ignorance, et voici pourquoi. Aucun des dieux ne philosophe et ne désire devenir savant, car il l'est ; et, en général si l'on est savant,on ne philosophe pas ; les ignorants non plus ne désirent pas devenir savants ;car l'ignorance a précisément ceci de fâcheux que, n'ayant ni beauté, ni bonté, ni science, on s'en croit suffismment pourvu. Or quand on ne croit pas manquer d'une chose, on ne la désire pas". Platon, Le banquet, trad. E.Chambry, éd.Flammarion, coll " GF ", 1964, pp. 64-65

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