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Dimanche 19 novembre 2006
"Ils se cachent dans la presse, et appellent le nombre à leur secours. Tumulte" Pascal
(B. 260)
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Dimanche 19 novembre 2006
Seule la pensée peut combler notre véritable désir, tandis que  le corps ne peut que le décevoir et l'irriter: :


"Tant que nous aurons le corps, et qu'un mal de cette sorte restera mêlé à la pâte de notre âme, il est impossible que nous possédions jamais en suffisance ce à quoi nous aspirons ; et, nous l'affirmons, ce à quoi nous aspirons, c'est le vrai. Le corps en effet est pour nous source de mille affairements, car il est nécessaire de le nourrir ; en outre, si des maladies surviennent, elles sont autant d'obstacles dans notre chasse à ce qui est. Désirs, appétits, peurs, simulacres en tout genre, futilités, il nous en remplit si bien que, comme on dit, pour de vrai et pour de bon, à cause de lui il ne nous sera jamais possible de penser, et sur rien. Prenons les guerres, les révolutions, les conflits rien d'autre ne les suscite que le corps et ses appétits. Car toutes les guerres ont pour origine l'appropriation des richesses. Or ces richesses, c'est le corps qui nous force à les acquérir, c'est son service qui nous rend esclaves. Et c'est encore lui qui fait que nous n'avons jamais de temps libre pour la philosophie, à cause de toutes ces affaires. Mais le comble, c'est que même s'il nous laisse enfin du temps libre et que nous nous mettons à examiner un problème, le voilà qui débarque au milieu de nos recherches ; il est partout, il suscite tumulte et confusion, nous étourdissant si bien qu'à cause de lui nous sommes incapables de discerner le vrai. Pour nous, réellement, la preuve est faite : si nous devons jamais savoir purement quelque chose, il faut que nous nous séparions de lui et que nous considérions avec l'âme elle-même les choses elles-mêmes. Alors, à ce qu'il semble, nous appartiendra enfin ce que nous désirons et ce dont nous affirmons que nous sommes amoureux : la pensée"
PLATON, Phédon (= 383-382 av. J.-C.), 66b-66e, Éd. Flammarion,
coll. « G.F. », trad. M. Dixsaut, 1991, pp. 216-217.
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Dimanche 19 novembre 2006
"Nier, croire, et douter bien, sont à l'homme ce que le courir est au cheval" Pascal

Qu'est-ce que le "courir pour le cheval"? Une aptitude? Une activité? Un plaisir? Une fonction? Un accomplissement?
Tous les chevaux courent-ils?
Tous les hommes nient-ils, croient-ils? Doutent-ils (bien)?


Ou bien : les philosophes sont-ils  à l'homme ce que le pur sang  est au cheval de trait?
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Dimanche 19 novembre 2006
Désirer c'est manquer. Même si lorsque l'on désire ce que l'on possède; car on n'est jamais assuré de la posséder toujours.  En ce sens, aimer c'est manquer, c'est désirer ce que l'on ne peut posséder :


- "Essaie donc aussi, reprit Socrate, à propos de l'Amour, de nous dire s'il est l'amour de quelque chose ou de rien. - Il est certainement l'amour de quelque chose. - Garde donc dans ta mémoire, dit Socrate, de quoi il est  amour, et réponds seulement à ceci : l'Amour désire-t-il ou non l'objet dont il est amour ?
- Il le désire, répondit-il.
- Mais, reprit Socrate, quand il désire et aime, a-t-il ce qu'il désire et aime, ou ne l'a-t-il pas ?
    - Vraisemblablement il ne l'a pas, dit Agathon.
- Vois, continua Socrate, si, au lieu de vraisemblablement, il ne faut pas dire nécessairement que celui qui désire désire une chose qui lui manque et ne désire pas ce qui ne lui manque pas. Pour ma part, c'est merveille comme je trouve cela nécessaire, et  toi ?
- Moi aussi, dit Agathon.
- Fort bien. Donc un homme qui est grand ne saurait vouloir être grand, ni un homme qui est fort être fort ? - C'est impossible, d'après ce dont nous sommes convenus.
   - En effet, étant ce qu'il est, il ne saurait avoir besoin de le devenir.
- C'est vrai.
- Si en effet, reprit Socrate, [...] quelqu'un soutenait qu'étant en bonne santé il désire être en bonne santé, qu'étant riche il  désire être riche et qu'il désire les biens mêmes qu'il possède, nous lui répondrions : Toi, l'ami, qui jouis de la richesse, de la santé, de la force, tu veux jouir de ces biens pour l'avenir aussi, puisque dans le moment présent, que tu le veuilles ou non, tu les possèdes. Vois donc, quand tu prétends désirer ce tu as, si tu ne  veux pas précisément dire : je veux posséder aussi dans l'avenir les biens que je possède maintenant. Il en tomberait d'accord, n'est-ce pas ?
- Je le pense comme toi, dit Agathon.
Socrate reprit : N'est-ce pas aimer une chose dont on ne dispose pas encore, et qu'on n'a pas, que de souhaiter pour l'avenir la continuation de la possession présente ? - Assurément, dit Agathon.
- Cet homme donc, comme tous ceux qui désirent, désire ce qui n'est pas actuel ni présent ; ce qu'on n'a pas, ce qu'on n'est pas,  ce dont on manque, voilà les objets du désir et de l'amour.".
PLATON, Le Banquet (= 385 av. J.-C.), 199e-200c, Éd. Flammarion,
coll. « G.F. », trad. E. Chambry, 1964, pp. 66-67.
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