Vous pouvez lire la critiqueici , et notez bien la traduction : "La conscience d'un homme de gauche"
(autrement dit: libéral= de gauche= démocrate).
Vous pouvez lire la critiqueici , et notez bien la traduction : "La conscience d'un homme de gauche"
(autrement dit: libéral= de gauche= démocrate).
Le système libéral, le système de la liberté, est celui qui organise les séparations:
"Parce que la société est représentée par un pouvoir divisé, les citoyens vont être impuissants à se faire beaucoup de mal les uns aux autres [...]
L'organisation des séparations produit donc le système de la liberté moderne, c'est-à-dire la mise en oeuvre la plus stable, pour autant la plus satisfaisante, de la liberté politique que
l'humanité ait connue. En même temps, ce système fait pénétrer la séparation, ladivision; à l'intérieur même de l'âme des sociétaires : ils veulent et ils ne peuvent pas'; ils reconnaissent leur
représentant et ils le rejettent ; ils sont tout-puissants, puisque le pouvoir repose sur leur volonté, et ils sont impuissants, puisque leur volonté est entravée, limitée, arrêtée par la volonté
de l'autre parti. La tentation est grande alors de distinguer entre une bonne démocratie - celle qui n'aurait que les avantages de la démocratie - et une mauvaise démocratie, qu'on appellera d'un
autre nom sans doute, ou qu'on dira décadente ou corrompue. Assurément, tous les régimes politiques démocratiques ne se valent pas ; certains sont mieux organisés, ou montrent plus de vertu
civique que les autres. Mais il faut admettre, je crois, que pour l'essentiel, les inconvénients comme les avantages de notre régime sont des traits systémiques inséparables. Ils découlent les
uns et les autres, avec la même nécessité, du « système de la liberté», c'est-à-dire de l'organisation des séparations. La conséquence pratique de tout ce discours, conséquence décevante, c'est
qu'au lieu de se battre contre les innombrables moulins à vent que notre partialité aime à se choisir, il est plus judicieux de s'attacher à l'ordre systémique, et de le préserver en préservant
l'intégrité de la logique partisane que j'ai essayé de restituer, et, pour le reste, d'en supporter patiemment les inconvénients inévitables".
Cours familier de philosophie politique, Pierre Manent, pp 31-37
Le système libéral, le système de la liberté, est celui qui organise les séparations:
"Parce que la société est représentée par un pouvoir divisé, les citoyens vont être impuissants à se faire beaucoup de mal les uns aux autres [...]
L'organisation des séparations produit donc le système de la liberté moderne, c'est-à-dire la mise en oeuvre la plus stable, pour autant la plus satisfaisante, de la liberté politique que
l'humanité ait connue. En même temps, ce système fait pénétrer la séparation, ladivision; à l'intérieur même de l'âme des sociétaires : ils veulent et ils ne peuvent pas'; ils reconnaissent leur
représentant et ils le rejettent ; ils sont tout-puissants, puisque le pouvoir repose sur leur volonté, et ils sont impuissants, puisque leur volonté est entravée, limitée, arrêtée par la volonté
de l'autre parti. La tentation est grande alors de distinguer entre une bonne démocratie - celle qui n'aurait que les avantages de la démocratie - et une mauvaise démocratie, qu'on appellera d'un
autre nom sans doute, ou qu'on dira décadente ou corrompue. Assurément, tous les régimes politiques démocratiques ne se valent pas ; certains sont mieux organisés, ou montrent plus de vertu
civique que les autres. Mais il faut admettre, je crois, que pour l'essentiel, les inconvénients comme les avantages de notre régime sont des traits systémiques inséparables. Ils découlent les
uns et les autres, avec la même nécessité, du « système de la liberté», c'est-à-dire de l'organisation des séparations. La conséquence pratique de tout ce discours, conséquence décevante, c'est
qu'au lieu de se battre contre les innombrables moulins à vent que notre partialité aime à se choisir, il est plus judicieux de s'attacher à l'ordre systémique, et de le préserver en préservant
l'intégrité de la logique partisane que j'ai essayé de restituer, et, pour le reste, d'en supporter patiemment les inconvénients inévitables".
Cours familier de philosophie politique, Pierre Manent, pp 31-37
Pourquoi les hommes ne parviennent-ils pas à faire cesser les guerres?
"Pourquoi, à vrai dire, les individus-peuples se méprisent-ils, se haïssent-ils, s'abhorrent-ils les uns les autres, même en temps de paix, et pourquoi chaque nation traite-t-elle ainsi les
autres?, cela certes est une énigme. Je ne sais pas répondre à cette question. Dans ce cas, tout se passe comme si, dès lors qu'on réunit une multitude, voire même des millions d'hommes, toutes
les acquisitions morales des individus s'effaçaient et qu'il ne restât plus que les attitudes psychiques les plus primitives, les plus anciennes et les plus grossières. Seuls des développements
ultérieurs pourront peut-être apporter quelques modifications à ce regrettable état de choses. Mais un peu plus de sincérité et de franchise de tous côtés dans les relations des hommes entre eux
et dans les rapports entre les hommes et ceux qui les gouvernent, pourrait également aplanir les chemins de cette transformation". Conisdérations actuelles sur la guerre et sur la
mort (1915)
Mais s'il n'y avait plus de guerres, que ferions-nous de nos pulsions de mort?
"J'aimerais cependant m'attarder encore un instant sur notre pulsion de destruction, dont la faveur n'est nullement à la hauteur de l'importance. Au prix de quelque effort de spéculation, nous sommes en effet parvenus à concevoir que cette pulsion est à l'oeuvre en tout être vivant, et tend donc à provoquer sa décomposition et à ramener la vie à l'état de la matière inerte. Elle méritait en toute rigueur le nom de pulsion de mort, tandis que les pulsions érotiques représentent les aspirations à la vie. La pulsion de mort devient pulsion de destruction en se tournant, au moyen d'organes spécifiques, vers l'extérieur, contre les objets. L'être vivant préserve pour ainsi dire sa propre vie en détruisant celle d'autrui. Mais une partie de la pulsion de mort reste active à l'intérieur de l'être vivant, et nous avons tenté de déduire toute une série de phénomènes normaux et pathologiques de cette intériorisation de la pulsion de destruction. Nous avons même commis l'hérésie d'expliquer la naissance de notre conscience morale par un tel retournement de l'agression vers l'intérieur. Il n'est sûrement pas anodin, vous le remarquez, que ce processus s'accomplisse ', à trop grande échelle; c'est carrément malsain, alors que le retournement de ces forces pulsionnelles vers la destruction du monde extérieur soulage l'être vivant et a nécessairement un effet bénéfique.[...]
De ce qui précède, retenons simplement pour nos buts immédiats qu'il est vain de vouloir supprimer les penchants agressifs des hommes. On dit qu'il est, en des contrées heureuses de la
terre où la nature fournit à profusion tout ce dont l'homme a besoin, des peuplades dont la vie s'écoule dans la douceur, et chez lesquelles la contrainte et l'agression sont inconnues. J'ai
peine à y croire, j'aimerais fort en savoir plus sur ces bienheureux. Les bolcheviks eux aussi espèrent pouvoir faire disparaître l'agression humaine en garantissant la satisfaction des biens
matériels et en établissant par ailleurs l'égalité entre les membres de la communauté. Je tiens cela pour une illusion. Pour le moment ils ont pris toutes les précautions pour s'armer et la haine
contre tous ceux qui sont à l'extérieur n'est pas leur moindre expédient pour maintenir la cohésion de leurs partisans. Du reste, il ne s'agit pas, comme vous le remarquez vous-même, d'éliminer
totalement le penchant humain à l'agression; on peut tenter de le détourner suffisamment pour qu'il n'ait pas à trouver son expression dans la guerre".
Lettre de Freud à Einstein, (1933)
dans le Monde des livres , ce soir
Friedrich A. Hayek explique ici pourquoi le libéralisme vaut mieux que le socialisme; Le libéralisme est moins injuste:
"La meilleure chance de bonheur que le monde ait jamais entrevue a été gâchée parce que la passion de l'égalité a détruit l'espoir de la liberté". Lord ACTON.
"Il est significatif que l'argument le plus courant contre la concurrence consiste à dire qu' "elle est aveugle ». Il est peut-être opportun de rappeler que pour les anciens la cécité fut
un attribut de la divinité de la justice. La concurrence et la justice mont peut-être rien d'autre en commun que le mérite de ne pas tenir compte des considérations personnelles. De même qu'on ne
peut pas prédire la chance ou la malchance des gens, de même il faut que les lois soient conçues de façon que l'on ne puisse prévoir quelles personnes seront favorisées ou desservies par leur
application. D'ailleurs, dans la concurrence, la chance joue autant que l'intelligence et la prévoyance.
Mais on ne nous propose. pas de choisir entre un système où chacun serait traité selon un principe absolu et universel de droit et un autre où les parts de l'individu seraient déterminées dans
une certaine mesure, par accident ou par la chance; l'alternative se présente plutôt entre un système où la volonté de quelques-uns déciderait quelle part attribuer à chaque. personne et un autre
où, au moins partiellement, les capacités et les actes de chacun détermineraient, autant que les circonstances imprévues, la place qu'il occupera. Dans le système de concurrence libre, basée
nécessairement sur la propriété privée et l'héritage (peut-être pas forcément sur l'héritage), les chances ne sont évidemment pas égales. Ce régime offre pourtant de sérieuses possibilités de
diminuer les inégalités de chances, dans la mesure où les différences congénitales le permettent et sans fausser le caractère impersonnel d'un processus qui sauvegarde l'initiative individuelle
et n'impose pas aux uns les opinions des autres.
Dans la société de concurrence le pauvre a beaucoup moins de possibilités que le riche, c'est entendu. Il n'en est pas moins vrai que dans cette société le pauvre est quand même plus libre qu'une
personne disposant d'un plus grand bien-être matériel dans un autre genre de société. Sous le régime de concurrence, l'homme qui part de zéro a beaucoup moins de chance d'acquérir une grande
richesse que l'homme doté d'un héritage important, mais il peut y parvenir. Et c'est seulement dans la société de concurrence que ce résultat dépend uniquement de lui et non pas des faveurs des
puissants. Nous avons oublié ce que signifie le manque de liberté. C'est pour cela que nous ne tenons pas compte d'un fait élémentaire : un ouvrier non spécialisé a en Angleterre plus de
possibilités d'organiser sa vie à son goût que, par exemple, un petit patron en Allemagne ou qu'un ingénieur bien payé en Russie. Qu'il s'agisse de changer de travail ou de résidence, de passer
ses loisirs selon ses idées ou d'émettre ses opinions personnelles, notre ouvrier ne rencontre pas d'obstacles absolus, n'encourt pas de risques pour sa sécurité physique et pour sa liberté. Il
paie plus ou moins cher pour satisfaire ses penchants, mais il n'est pas astreint, par l'ordre d'un supérieur, à s'employer à une certaine tâche et à vivre dans un endroit défini.
Les socialistes se contenteraient, semble-t-il, de la suppression des revenus produits par la propriété privée et du maintien de la différence actuelle entre les rémunérations du travail
. Mais ils oublient qu'en mettant toutes les propriétés privées à la disposition de l'Etat comme moyens de production, celui-ci serait à même de fixer tous les revenus. Si l'on octroie ainsi
un pouvoir nouveau à l'Etat et si on lui demande de s'en servir, de faire un plan, on entend qu'il agisse en pleine conscience de tous ces effets".
F.A. Hayek , La route de la servitude , 1944
Voici la conclusion d'un texte que j'ai écrit en 1994 à propos de la guerre en ex-yougoslavie et en particulier à propos de ce que l'on appelle pudiquement les "nettoyages ethniques" - voir ce quei se passe aujourd'hui encore au Congo :
On pourrait se demander comment des hommes éduqués et éclairés peuvent, deux siècles après la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, traiter d'autres hommes comme des colonies de
fourmis[...] (rapport Mazowiecki, 17 novembre 1993), d'en forcer un qui va mourir à manger de l'herbe (rapport du 10 février 1993, § 78), de décapiter des enfants (rapport du 3 mai 1993, § 22)
?
Comment peut-on être inhumain au point de « faire un carton » sur un enfant assis dans sa poussette (rapport. du 17 novembre 1993, § 92) ? La réponse à de telles questions peut être cherchée dans
certains textes nazis, comme celui-ci par exemple : « Avec les trichines et les bacilles, on ne négocie pas, et ni les trichines ni les bacilles ne sont susceptibles d'être éduqués ; on les
extermine aussi rapidement et aussi complètement que possible » (1 L'« autre » n'a donc de l'homme que l'apparence : pour le raciste « moderne », dont l'archétype est fourni par le
théoricien nazi, l'autre n'est pas un sous-homme : ce n'est pas un homme du tout (2 !
Le racisme - ou ethnicisme - qui prospère actuellement n'a plus grand-chose à voir avec le « racisme » prémoderne (avant le XVII e siècle). Celui-ci reposait sur la croyance sinon naturelle, du
moins universelle, en une double hiérarchie : hiérarchie intrinsèque propre à chaque communauté (opposant les hommes à part entière et les autres, comme c'est encore le cas en Inde, les maîtres
et les esclaves, les aristocrates et la plèbe, les hommes et les femmes, et ainsi de suite...) et hiérarchie extrinsèque (les Grecs,par exemple, et les
autres, les barbares...). Mais aujourd'hui nous savons - les nazis non plus ne pouvaient. pas l'ignorer - qu'il n' y a pas de degrés dans l'humanité. Le postulat de l'égalité de statut de tous
les hommes serait donc - très paradoxalement - la cause des formes les plus paranoïaques du racisme (ou ethnicisme) contemporain. Celui-ci pourrait être interprété comme une réaction
pathologique délirante consécutive à l'effondrement des représentations « holistes » des sociétés (3.. Car ce qui heurte profondément la conscience vacillante de l'homme « moderne », c'est l'idée
que l'autre n'est pas inhumain dans un monde où le sous-homme n'a plus sa place (4. Si cette hypothèse est exacte, les actes les plus insensés peuvent comporter une nouvelle signification :
déshumaniser l'autre correspond bien à un programme dont l'ambition est de confirmer la thèse (absurde !) de la non-appartenance de l'autre à l'humanité. En outre, le rationalité la plus poussée
(logistique militaire, propagande outrancièrement médiatisée, théorisation...) est mise au service de l'irrationalité la plus radicale, et ceci, on peut le constater, simultanément aux quatre
coins de la planète.
La prédiction alarmante de Freud n'a donc pas été démentie : les « progrès » de la civilisation ne s'accompagnent pas automatiquement d'un adoucissement des moeurs, et l'après-guerre-froide - la
recomposition du monde qui en résulte - est lourde des pires menaces. Si le nettoyage ethnique devient un mal planétaire, les anthropologues devront essayer d'éclairer le phénomène. Mais il
appartiendra aux hommes politiques de prendre leurs responsabilités, et aux procureurs d'instruire le procès des criminels. Quant aux citoyens que nous sommes, il faudra bien un jour cesser de
nous voiler la face. La démission de l'ONU, l'indifférence générale et le mépris ne sont pas des réponses adéquates face à des phénomènes d'une telle ampleur et d'une telle gravité.
Laurence Hansen-Löve Revue Esprit, Août 1994, Penser la guerre totale. Lecture des rapports Mazowecki
(1 Paul de Lagarde, cité par A. Mayer, La « Solution Finale » dans l'histoire.
(2 « Les Tutsi sont des cancrelats », proclame la radio des Mille Collines,J.P. Chrétien Info-matin,
(3 Cf. également ce texte de l'office central du Reichsführer SS : « le sous-homme... créature qui paraît être de la même espèce humaine en est pourtant une tout autre, une créature
horrible, une ébauche d'homme... L'homme devint proche de Dieu ! Mais le sous-homme vivait aussi... Il haïssait l'oeuvre de l'autre. Il s'associa avec ses semblables. La bête appela la bête »
(cité par P.-A. Taguieff, la Force du préjugé,, p. 175).
(4 Telle est la thèse de Louis Dumont, dans Homo hierarchicus, Editions Tel, p. 31.
C'est l'avis de Olivier Julien , prof à l'école Normale supérieure (prépa HEC)
Ce soir dans le Monde Art contemporain, le
triomphe des cyniques
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