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Dimanche 26 novembre 2006
                                       L'homme était un "loup pour l'homme" à l'état de nature pour Hobbes. Freud, pour sa part, ne croit pas que la société soit venue  à bout de l'agressivité naturelle des êtres humains. La morale , la religion ne font que camoufler (ou parfois encourager! ) des tendances qu'elles ne peuvent  déraciner :

 


"L' homme n'est pas un être doux, en besoin d'amour, qui serait tout au plus en mesure de se défendre quand il est attaqué, mais qu'au contraire il compte aussi à juste titre parmi ses aptitudes pulsionnelles une très forte part de penchant à l'agression. En conséquence de quoi, le prochain n'est pas seulement pour lui un aide et un objet sexuel possibles, mais aussi une tentation, celle de satisfaire sur lui son agression, d'exploiter sans dédommagement sa force de travail, de l'utiliser sexuellement sans son consentement, de s'approprier ce qu'il possède, de l'humilier, de lui causer des douleurs, de le martyriser et de le tuer. Homo homini lupus' (1  ; qui donc, d'après toutes les expériences de la vie et de l'histoire, a le courage de contester cette maxime? Cette cruelle agression attend en règle générale une provocation ou se met au service d'une autre visée dont le but pourrait être atteint aussi par des moyens plus doux. Dans des circonstances qui lui sont favorables, lorsque sont absentes les contre-forces animiques qui d'ordinaire l'inhibent, elle se manifeste d'ailleurs spontanément, dévoilant dans l'homme la bête sauvage, à qui est étrangère l'idée de ménager sa propre espèce. Quiconque se remémore les atrocités de la migration des peuples, des invasions des Huns, de ceux qu'on appelait Mongols sous Gengis Khan et Tamerlan, de la conquête de Jérusalem par les pieux croisés, et même encore les horreurs de la dernière Guerre Mondiale (2 , ne pourra que s'incliner humblement devant la confirmation de cette conception par les faits".
Sigmund Freud, Le Malaise dans la culture (1930),

trad. P Cotet, R. Lainé et J. Stute-Cadiot, Éd. PUF,

coll. Quadrige, 3` éd. corrigée, 1998, pp. 53-54.
1. « Lhomme est un loup pour l'homme. » Formule de Plaute (Asinaria), reprise notamment par Hobbes.
2. Il s'agit ici de la Première Guerre mondiale.
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Dimanche 26 novembre 2006


L'état de nature n'est pas à proprement parler une "guerre" ... mais cela y ressemble  quand même beaucoup! Pour Hobbes, seule la constitution d'un Etat  peut permet tre de surmonter cette situation de violence virtuelle ou réelle permamente:








"Si deux hommes désirent la même chose alors qu'il n'est pas possible qu'ils en jouissent tous les deux, ils deviennent ennemis: et dans leur poursuite de cette fin (qui est, principalement, leur propre conservation, mais parfois seulement leur agrément), chacun s'efforce de détruire ou de dominer l'autre. Et de là vient que, là où l'agresseur n'a rien de plus à craindre que la puissance individuelle d'un autre homme, on peut s'attendre avec vraisemblance, si quelqu'un plante, sème, bâtit, ou occupe un emplacement commode, à ce que d'autres arrivent tout équipés, ayant uni leurs forces, pour le déposséder et lui enlever non seulement le fruit de son travail, mais aussi la vie ou la liberté. Et l'agresseur à son tour court le même risque à l'égard d'un nouvel agresseur.
Du fait de cette défiance de l'un à l'égard de l'autre, il n'existe pour nul homme aucun moyen de se garantir qui soit aussi raisonnable que le fait de prendre les devants, autrement dit, de se rendre maître, par la violence ou par la ruse, de la personne de tous les hommes pour lesquels cela est possible, jusqu'à ce qu'il n'aperçoive plus d'autre puissance assez forte pour le mettre en danger. Il n'y a rien là de plus que n'en exige la conservation de soi-même, et en général on estime cela permis. [...]
Il apparaît clairement par là qu'aussi longtemps que les hommes vivent sans un pouvoir commun qui les tienne tous en respect, ils sont dans cette condition qui se nomme guerre, et cette guerre est guerre de chacun contre chacun".
Thomas Hobbes, Léviathan (1651), trad. F. Tricaud, Éd. Sirey, 1971, pp. 122-124.
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Dimanche 26 novembre 2006
Lévi-Strauss évoque ici les réactions d'hostilité qui accompagnent le plus souvent la découverte de l'autre - ici de l'autre culture:


"L'attitude la plus ancienne, et qui repose sans doute sur des fondements psychologiques solides puisqu'elle tend à réapparaître chez chacun de nous quand nous sommes placés dans une situation inattendue, consiste à répudier purement et simplement les formes culturelles : morales, religieuses, sociales, esthétiques, qui sont les plus éloignées de celles auxquelles nous nous identifions. « Habitudes de sauvages », « cela n'est pas de chez nous », « on ne devrait pas permettre cela », etc.., autant de réactions grossières qui traduisent ce même frisson, cette même répulsion en présence de manières de vivre, de croire ou de penser qui nous sont étrangères. Ainsi l'Antiquité confondait-elle tout ce qui ne participait pas de la culture grecque (puis gréco-romaine) sous le même nom de barbare; la civilisation occidentale a ensuite utilisé le terme de sauvage dans le même sens. Or, derrière ces épithètes se dissimule un même jugement: il est probable que le mot barbare se réfère étymologiquement à la confusion et à l'inarticulation du chant des oiseaux, opposées à la valeur signifiante du langage humain; et sauvage, qui veut dire «de la forêt », évoque aussi un genre de vie animal par opposition à la culture humaine. [...]
Cette attitude de pensée, au nom de laquelle on rejette les «sauvages» (ou tous ceux qu'on choisit de considérer comme tels) hors de l'humanité, est justement l'attitude la plus marquante et la plus instinctive de ces sauvages mêmes. [...]
L'humanité cesse aux frontières de la tribu, du groupe linguistique, parfois même du village; à tel point qu'un grand nombre de populations dites primitives se désignent elles-mêmes d'un nom qui signifie les «hommes » (ou parfois - dirons-nous avec plus de discrétion? - les « bons », les « excellents » , les « complets »), impliquant ainsi que les autres tribus, groupes ou villages ne participent pas des vertus ou même de la nature humaine, mais qu'ils sont tout au plus composés de «mauvais», de « méchants », de « singes de terre » ou « d'oeufs de pou ». On va souvent jusqu'à priver l'étranger de ce dernier degré de réalité en en faisant un « fantôme » ou une « apparition». Ainsi se réalisent de curieuses situations où deux interlocuteurs se donnent cruellement la réplique. Dans les Grandes Antilles, quelques années après la découverte de l'Amérique, pendant que les Espagnols envoyaient des commissions d'enquête pour rechercher si les indigènes avaient ou non une âme, ces derniers s'employaient à immerger des Blancs prisonniers, afin de vérifier, par une surveillance prolongée, si leur cadavre était ou non sujet à la putréfaction. [...]
En refusant l'humanité à ceux qui apparaissent comme les plus « sauvages » ou « barbares » de ses représentants, on ne fait que leur emprunter une de leurs attitudes typiques. Le barbare, c'est d'abord l'homme qui croit à la barbarie".
Claude Lévi-Strauss,  Race et histoire, Éd. Denoël-Gonthier, coll. Médiations, 1968, pp. 19-22.


(image du Nouveau Monde de Terrence Malick)
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Dimanche 26 novembre 2006
 La solitude mine  jusqu'au  simple sentiment d'exister. Seul au monde,  je ne sais plus qui je suis:


"A Speranza, il n'y a qu'un point de vue, le mien, dépouillé de toute virtualité. Et ce dépouillement ne s'est pas fait en un jour. Au début, par un automatisme inconscient, je projetais des observateurs possibles - des paramètres - au sommet des collines, derrière tel rocher ou dans les branches de tel arbre. L'île se trouvait ainsi quadrillée par un réseau d'interpolations et d'extrapolations qui la différenciait et la douait d'intelligibilité. Ainsi fait tout homme normal dans une situation normale. Je n'ai pris conscience de cette fonction - comme de bien d'autres - qu'à mesure qu'elle se dégradait en moi. Aujourd'hui, c'est chose faite. Ma vision de l'île est réduite à elle-même. Ce que je n'en vois pas est un inconnu absolu... Partout où je ne suis pas actuellement règne une nuit insondable. Je constate d'ailleurs en écrivant ces lignes que l'expérience qu'elles tentent de restituer non seulement est sans précédent, mais contrarie dans leur essence même les mots que j'emploie. Le langage relève en effet d'une façon fondamentale de cet univers peuplé où les autres sont comme autant de phares créant autour d'eux un îlot lumineux à l'intérieur duquel tout est - sinon connu - du moins connaissable. Les phares ont disparu de mon champ. Nourrie par ma fantaisie, leur lumière est encore longtemps parvenue jusqu'à moi. Maintenant, c'en est fait, les ténèbres m'environnent.
Et ma solitude n'attaque pas que l'intelligibilité des choses. Elle mine jusqu'au fondement même de leur existence. De plus en plus, je suis assailli de doutes sur la véracité du témoignage de mes sens. Je sais maintenant que la terre sur laquelle mes deux pieds appuient aurait besoin pour ne pas vaciller que d'autres que moi la foulent. Contre l'illusion d'optique, le mirage, l'hallucination, le rêve éveillé, le fantasme, le délire, le trouble de l'audition... le rempart le plus sûr, c'est notre frère, notre voisin, notre ami ou notre ennemi, mais quelqu'un, grands dieux, quelqu'un!"
Michel Tournier, Vendredi ou les Limbes du Pacifique (1969), Éd. Gallimard, coll. Folio, 1972, pp. 53-55.
. Speranza, qui signifie « espérance », est le nom que Robinson a donné à son île.


 L'image est tirée de Castaway, le fil de R. Zeneckis
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Dimanche 26 novembre 2006

 Un visiteur me demande une bibliographie sur la culture ; la voici:

 

 

Bibliographie  Culture

 

Philosophie Classique :

Platon Cratyle,  in Œuvres complètes,  Editions Garnier, 1960

Protagoras,   G.F. 1967

Sophiste,   G.F 1969

Montaigne Les Cannibales In Essais, Bib. De la Pléiade.

Rousseau Discours sur l’origine de l’inégalité, G.F. et Essai sur l’origine des langues GF

Kant, Idée universelle d’un point de vue cosmopolitique,  Bordas

Qu’est-ce que les Lumières ? Classiques Hatier

G. Vico  La science nouvelle Gallimard 2001

J.G. Herder Histoire et culture Flammarion 2000

Conjectures sur les débuts de l’histoire de l’humanité,  in Opuscules sur l’histoire, G.F.

 Hannah Arendt,   Condition de l’homme moderne, Presses-Pocket  1961

La crise de la culture,  Gallimard, 1972

Ernst Cassirer, La philosophie des Lumières,  Fayard, 1966

Ernst Cassirer, Rousseau Kant Goethe. Deux Essais,  Belin 1991

 

Anthropologie :

Marcel Mauss Œuvres,  Editions de Minuit, 1970

Claude Lévi-Strauss :

Race et histoire, Paris Unesco 1952

Tristes tropiques,   Librairie Plon 1955

 L’anthropologie structurale deux,   Librairie  Plon 1973

Mythologiques, 4, L’homme nu, Librairie Plon 1971

Le regard éloigné  Librairie Plon 1983

Leroi-Gourhan, Le geste et la parole, Edition Albin Michel, 1998

Margaret Mead,  Mœurs et sexualité en Océanie   Coll.  Terres humaines. Editions  Plon  ou Pocket 2005

Durkheim Les formes élémentaires de la vie religieuse  Coll. Quadrige P.U.F. 2003

 

 

Textes contemporains :

George Bataille  L’érotisme,  Coll. 10 -18 , 1957

Norbert Elias La civilisation des mœurs,   Calmann-Levy 1973

Lucien Malson  Les enfants sauvages, 10-18  ED .U.G.E , 2002

Tzvetan Todorov  Nous et les autres. La réflexion française sur la diversité humaine,   Editions du Seuil 1989

Pierre-André Taguieff La force du préjugé Essai sur le racisme et ses doubles,  Tel Gallimard, 1987

Alain Finkielkraut La défaite de la pensée, Folio-Essais, 1987, et L’Humanité perdue, Seuil, 1996

Jean-Michel Besnier L’humanisme déchiré,  Editions Descartes et compagnie, 1993

Pierre Hassner Vers un universalisme pluriel,  (Article)  in Esprit, L’universel au risque du culturalisme Décembre 1992

Michaël Walzer Les deux universalismes,  (Article)   Esprit Ibid

Revue Esprit : Le choc des cultures à l’heure de la mondialisation,  Avril 1996

 Isaiah Berlin Le bois tordu de l’humanité : romantisme, nationalisme ; totalitarisme. Editions  Albin Michel, 1992

Georges Steiner Les   Antigones, Editions Gallimard, 1984

Remi Brague Europe, la voie romaine  Criterion 1992

Charles Taylor Multiculturalisme Différence et démocratie Champs-Flammarion 1997

Samuel Huntington, Le choc des civilisations,  Odile Jacob 1997

 

 

 

 

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Dimanche 26 novembre 2006
                                                        

Je mets en ligne maintenant  une série de textes sur Autrui (après  la culture, le langage, la conscience, l'inconscient, le désir) ..

(Tom Hanks dans Castaway de Robert Zemeckis)
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Dimanche 26 novembre 2006
                                                                


                     Il sera là mercredi . Le film (Les infiltrés) est génial. Précipitez-vous!  (après avoir fait votre travail, bien sûr)
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Dimanche 26 novembre 2006
                                                                                   


Resnais récidive. Il observe  ses personnages comme des rats enfermés dans des labyrinthes  matérialisés par des  maisons de ...rats. Il avait déjà fait cela dans Mon oncle d'Amérique, avec Henri Laborit. Ici on retrouve le même dispositif lorque Laura Morante  et   Lambert Wilson   visitent des appartements., filmés par le plafond.
 Je ne conteste pas les qualités innombrables du film . Les acteurs son géniaux,  la mise en scène inventive, c'est très drôle parfois (les cassettes "Nos meilleures chansons") , le scenario  (cynique ) de JM Ribes est ingénieux... Mais enfin quand même... quelle vision du monde! Triste comédie, et quelle condescendance de la part de ces réalisateurs et comédiens qui nous divertissent sur le dos de ces pauvres bougres incapables de  se payer un appart décent ...
Quelque chose me gêne la dedans .. pas vous?
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Dimanche 26 novembre 2006
                                          

                                          Quelques exemples ci-dessous





Nietzsche par  Edvard Munch
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Dimanche 26 novembre 2006
Ou comment et pourquoi idéologie et compassion ne font pas bon ménage.  Les enfants qui se battent pour une poignée de riz ont été payés pour jouer cette scène . Lire Enquête sur le Cauchemar de Darwin de François Garçon
Se méfier  des docus démonstratifs (cf aussi  Michael Moore)
Lire  "Darwin un documenteur?" dans Libe
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