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Jeudi 30 novembre 2006
(SAMUEL 12, 13)   
L'épisode suivant de l'Ancien Testament est une bonne illustration de ce que Sartre nomme la mauvaise foi.  Le roi David a convoité Bethsabé, femme D'Urie, il l'a posédée puis il a envoyé Urie au front pour se débarasser de lui. Voici la réaction de l'Eternel



"L'Eternel envoya Nathan vers David. Et Nathan vint à lui, et lui dit:


Il y avait dans une ville deux hommes, l'un riche et l'autre pauvre. Le riche avait des brebis et des b?ufs en très  grand nombre. Le pauvre n'avait rien du tout qu'une petite brebis, qu'il avait achetée; il la nourrissait, et elle grandissait chez lui avec ses enfants; elle mangeait de son pain, buvait dans sa coupe, dormait sur son sein, et il la  regardait comme sa fille. Un voyageur arriva chez l'homme riche. Et le riche n'a pas voulu toucher à ses brebis ou à ses boeufs, pour préparer un repas au voyageur qui était venu chez lui; il a pris la brebis du pauvre, et l'a apprêtée pour l'homme qui était venu chez lui.
 La colère de David s'enflamma violemment contre cet homme, et il dit à Nathan: L'Eternel est vivant! l'homme  qui a fait cela mérite la mort. Et il rendra quatre brebis, pour avoir commis cette action et pour avoir été sans pitié.
 Et Nathan dit à David: Tu es cet homme-là! Ainsi parle l'Éternel, le Dieu d'Israël: Je t'ai oint pour roi sur Israël, et je t'ai délivré de la main de  Saül; je t'ai mis en possession de la maison de ton maître, j'ai placé dans ton sein les femmes de ton maître, et je t'ai donné la maison d'Israël et de Juda. Et si cela eût été peu, j'y aurais encore  ajouté. Pourquoi donc as-tu méprisé la parole de l'Éternel, en faisant ce qui est mal à ses yeux? Tu as frappé de l'épée Urie, le Héthien; tu as pris sa femme pour en faire ta femme, et lui tu l'as tué  par l'épée des fils d'Ammon. Maintenant, l'épée ne s'éloignera jamais de ta maison, parce que tu m'as méprisé, et parce que tu as pris la femme d'Unie,  le Héthien, pour en faire ta femme. Ainsi parle l'Éternel: Voici, je vais faire sortir de ta maison le malheur contre toi, et je vais prendre sous tes yeux tes propres femmes pour les donner à un autre, qui couchera avec elles à la vue de ce soleil .
 Car tu as agi en secret; et moi, je ferai cela en présence de tout Israël et à la face du soleil.
 David dit à Nathan: J'ai péché contre l'Éternel! Et Nathan dit à David: L'Eternel pardonne ton péché, tu ne mourras  point. Mais, parce que tu as fait blasphémer les ennemis de l'Éternel, en commettant cette action, le fils qui t'est né mourra.
 Et Nathan s'en alla dans sa maison ..."

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Jeudi 30 novembre 2006
Le cas de la femme coquette, qui se laisse courtiser mais sans  vouloir en assumer les conséquences , illustre parfaitement ce que Sartre nomme la "conduite de mauvaise foi".  Cette femme veut et ne veut pas - en même temps -  encourager l'homme à aller plus loin:

« Que doit être l'homme en son être, s'il doit pouvoir être de mauvaise foi ? »
? Voici, par exemple, une femme qui s'est rendue à un premier rendez-vous. Elle sait fort bien les intentions que l'homme qui lui parle nourrit à son égard. Elle sait aussi qu'il lui faudra prendre tôt ou tard une décision. Mais elle n'en veut pas sentir l'urgence : elle s'attache seulement à ce qu'offre de respectueux et de discret l'attitude de son partenaire. Elle ne saisit pas cette conduite comme une tentative pour réaliser ce qu'on nomme « les premières approches », c'est-à-dire qu'elle ne veut pas voir les possibilités de développement temporel que présente cette conduite : elle borne ce comportement à ce qu'il est dans le présent, elle ne veut pas lire dans les phrases qu'on lui adresse autre chose que leur sens explicite, si on lui dit : « Je vous admire tant », elle désarme cette phrase de son arrière-fond sexuel, elle attache aux discours et à la conduite de son interlocuteur des significations immédiates qu'elle envisage comme des qualités objectives. L'homme qui lui parle lui semble sincère et respectueux comme la table est ronde ou carrée, comme la tenture murale est bleue ou grise. Et les qualités ainsi attachées à la personne qu'elle écoute se sont ainsi figées dans une permanence chosiste qui n'est autre que la projection dans l'écoulement temporel de leur strict présent. C'est qu'elle n'est pas au fait de ce qu'elle souhaite : elle est profondément sensible au désir qu'elle inspire, mais le désir cru et nu l'humilierait et lui ferait horreur. Pourtant, elle ne trouverait aucun charme à un respect qui serait uniquement du respect. Il faut, pour la satisfaire, un sentiment qui s'adresse tout entier à sa personne, c'est-à-dire à sa liberté plénière, et qui soit une reconnaissance de sa liberté. Mais il faut en même temps que ce sentiment soit tout entier désir, c'est-àdire qu'il s'adresse à son corps en tant qu'objet. Cette fois donc, elle refuse de saisir le désir pour ce qu'il est, elle ne lui donne même pas de nom, elle ne le reconnaît que dans la mesure où il se transcende vers l'admiration, l'estime, le respect et où il s'absorbe tout entier dans les formes plus élevées qu'il produit, au point de n'y figurer plus que comme une sorte de chaleur et de densité. Mais voici qu'on lui prend la main. Cet acte de son interlocuteur risque de changer la situation en appelant une décision immédiate : abandonner cette main, c'est consentir de soi-même au flirt, c'est s'engager. La retirer, c'est rompre cette harmonie trouble et instable qui fait le charme de l'heure. Il s'agit de reculer le plus loin possible l'instant de la décision. On sait ce qui se produit alors : la jeune femme abandonne sa main, mais ne s'aperçoit pas qu'elle l'abandonne. Elle ne s'en aperçoit pas parce qu'il se trouve par hasard qu'elle est, à ce moment, tout esprit. Elle entraîne son interlocuteur jusqu'aux régions les plus élevées de la spéculation sentimentale, elle parle de la vie, de sa vie, elle se montre sous son aspect essentiel : une personne, une conscience. Et pendant ce temps, le divorce du corps et de l'âme est accompli ; la main repose inerte entre les mains chaudes de son partenaire : ni consentante ni résistante - une chose.
Nous dirons que cette femme est de mauvaise foi. Mais nous voyons aussitôt qu'elle use de différents procédés pour se maintenir dans cette mauvaise foi. Elle a désarmé les conduites de son partenaire en les réduisant à n'être que ce qu'elles sont, c'est-à-dire à exister sur le mode de l'en-soi. Mais elle se permet de jouir de son désir, dans la mesure où elle le saisira comme n'étant pas ce qu'il est, c'est-à-dire où elle en reconnaîtra la transcendance. Enfin, tout en sentant profondément la présence de son propre corps - au point d'être troublée peut-être - elle se réalise comme n'étant pas son propre corps et elle le contemple de son haut comme un objet passif auquel des événements peuvent arriver, mais qui ne saurait ni les provoquer ni les éviter, parce que tous ses possibles sont hors de lui. Quelle unité trouvons-nous dans ces différents aspects de la mauvaise foi ? C'est un certain art de former des concepts contradictoires, c'est-à-dire qui unissent en eux une idée et la négation de cette idée".

(Image du film "La discrète de Ch. Vincent)
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Jeudi 30 novembre 2006
Je vous signale le Pour comprendre Nietzsche du sociologue G. Simmel, paru en octobre en proche chez Gallimard (13,50 Euros)
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Jeudi 30 novembre 2006
Je vous recommande l'excellent dossier du dernier  philo mag. C'est vraiment très clair, très bien fait!
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Jeudi 30 novembre 2006
 
Pour Spinoza, si nous parvenons à former une idée claire et distincte  de nos passions, nous pouvons   les surmonter, voire les annihiler (comme l'avait déjà suggéré Descartes)


PROPOSITION   III

Un sentiment, qui est une passion, cesse d'être une passion dès lors que nous en formons une idée claire et distincte.


DÉMONSTRATION
Un sentiment qui est une passion, est une idée confuse (selon la définition générale des sentiments). Si donc nous formons de ce sentiment une idée claire et distincte, cette idée ne se distinguera du sentiment lui-même, - en tant qu'il est rapporté à l'esprit seul, - que par une raison (selon la proposition 21, partie II, avec son scolie), et par conséquent (selon la proposition 3, partie III) le sentiment cessera d'être une passion.
COROLLAIRE
Un sentiment est donc d'autant plus en notre pouvoir, et l'esprit est par lui d'autant moins passif, qu'il nous est mieux connu.
Puisqu'il n'y a rien d'où ne suive quelque effet (selon la proposition 36, partie I), et que tout ce qui suit d'une idée.
C. Q. F. D.
Ethique, Livre III, proposition 3
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