ACCIDENT
« L'accident est un attribut qui n'est ni nécessaire ni constant » (Métaphysique, delta, 8). L'accident s'oppose à l'essence : les propriétés "essentielles" d'un être ne peuvent pas ne pas lui appartenir, entrent dans sa définition.
AME (psuchê)
« L'âme est l'essence ou la forme d'un corps ayant la vie en puissance » (De l'Âme : II, 1, 41 2a). Aristote affirme la solidarité de l'âme et du corps, analogue à celle de la forme et de la matière, et la priorité de l'âme, principe animateur et unificateur du corps. Il s'oppose ainsi au dualisme de Platon (l'âme est dans le corps comme en une prison provisoire) et au matérialisme de Démocrite (l'âme est une résultante du corps).
AMITIÉ (philia)
Au sens large, l'amitié désigne l'attachement ou l'affection pour les autres, qu'ils soient des parents, des citoyens, d-;s camarades de travail, ou de combat. Tendresse familiale, entente civique (homonoia), camaraderie, sont des manifestations d'une certaine forme de philia, extensible aux animaux, et « à tous les êtres vivants » (VIII, 1, 30).
Au sens strict, l'amitié est la vie en commun sous-tendue par une bienveillance active et réciproque, et le sentiment d'une similitude (amitié plaisante), d'une complémentarité (amitié utilitaire), d'une véritable identité
amitié vertueuse}.
ANIMAL
Entre les hommes et les autres espèces animales, il y a pour Aristote une continuité dans l'échelle de la nature, et, pourtant, aussi, une coupure. Continuité : tous les vivants forment une série hiérarchisée des êtres naturels, telle qu'on passe petit à petit d'une espèce à une autre, sans toujours « apercevoir la frontière qui les sépare » (
Histoire des animaux, 1, 538b).
APORIE (aporia)
Voie sans issue. L'aporie est l'embarras où se trouve le dialecticien quand, exposant les opinions les plus communément admises, il rencontre des opinions contradictoires. Etymologicament, l'aporie est l'encombrement (a privatif) du passage (parcs).
BONHEUR (eudaimonia)
Le premier objet de l'éthique est de définir le souverain bien de notre activité. Le bonheur est ce but qui est recherché pour luimême et non comme moyen en vue d'autre chose. Car si nous visons la richesse, le pouvoir, la connaissance, c'est que nous en espérons du bonheur. Et si nous désirons être malheureux (masochisme, désir de rédemption, beauté de la souffrance, etc.), c'est que nous espérons trouver dans ce malheur un bonheur « Tous les hommes recherchent d'être heureux »... « jusqu'à ceux qui vont se pendre » (Pascal, Pensées, 425).
Mais chacun a ses moyens d'atteindre cette fin : le relativisme individualiste des sophistes (à chacun sa vérité) enseigne alors : à chacun son bonheur. Pour dépasser les sophistes, sans retomber dans l'idée d'un bien universel cher à Platon, Aristote place le bonheur dans une activité humaine accomplie, c'està-dire une activité où un homme aurait pleinement, rempli sa fonction essentielle d'homme : « La fonction de l'homme consiste dans un certain genre de vie, c'est-à-dire dans une activité de l'âme et dans des actions accompagnées de raison. » (Éthique à Nicomaque, I, 6.)
CATÉGORIES (kalegoria)
Les catégories sont les genres les plus généraux, les différentes classes de prédicats applicables à tout objet. Aristote en distingue dix : substance (ousia), quantité (posotès), qualité (poiotès), relation (pros ti), le lieu (topos), le temps (chronos), la position (keisthai), la possession, ce qu'on a (avoir : echein) la passion (pathos), l'action (praxis, poièsis).
CITOYEN (politès)
« On n'est pas citoyen par le seul fait d'habiter un certain territoire. » « Un citoyen, au sens absolu, ne se définit par aucun critère plus adéquat que la participation aux fonctions judiciaires et aux fonctions publiques en général » (ibid, III, 1, 127a).
CONSTITUTION (politeia)
Organisation du pouvoir à l'intérieur de la cité, en particulier du pouvoir suprême. « Une constitution est, en effet, dans les États, un ordre des magistratures fixant leur mode de distribution, et déterminant quel est le pouvoir suprême » (La Politique, IV, 1289a).
CONSTITUTIONS CORRECTES (politeaï orthai)
« La démocratie est la moins mauvaise de toutes les constitutions corrompues (elle s'écarte de façon minime du gouvernement républicain.) » (VIII, 10).
Dons La Politique, dont il reprend ici les classifications, Aristote distingue trois formes de constitutions correctes ou convenables et trois corruptions de ces formes convenables, ou déviations par rapport à elles.
La monarchie (gouvernement d'un seul) risque de dégénérer en tyrannie (despotisme d'un seul) ; l'aristocratie (gouvernement des meilleurs) risque de dégénérer en oligarchie (despotisme des riches) ; la timocratie, forme de démocratie tempérée où le droit de vote est réservé à ceux qui possèdent un certain cens (revenu), risque de dégénérer en démocratie extrême (despotisme des masses, des clans, des démagogues qui animent ces clans et ces masses).
La distinction entre les formes convenables et les formes aberrantes tient à ce que les dirigeants dans les premières font prédominer l'intérêt général sur leur intérêt particulier.
DIEU

Dieu, parfait et immuable, est le principe de tout mouvement dans l'univers. Tous les êtres désirent arriver à sa perfection (Dieu est le « suprêmement désirable »), mais sans pouvoir espérer réaliser ce désir : un écart, ou séparation, demeure entre Dieu et les autres êtres.
EUDÉMONISME
Doctrine éthique qui enseigne que le souverain bien est le bonheur. On oppose souvent l'eudémonisme antique, qui se retrouve chez tous les philosophes grecs, à la morale de Kant qui distingue la recherche du bonheur et le devoir qui nous enjoint seulement de nous rendre dignes d'être heureux.
JUSTICE (dikaiorzinè)
« L'amitié et la 'Justice, comme on l'a dit au début, semblent se rapporter aux mêmes objets et avoir des caractères communs. » (VIII, 9).
La justice trouve son exercice dans la répartition des biens entre les citoyens ou les particuliers ; elle a pour fin d'instituer l'égalité entre les individus de mérite égal (justice distributive), de réparer l'inégalité qui résulte de la violation des contrats ou de la violence (justice restitutive), de proportionner les rétributions aux services (justice commutative). La justice ne réclame pas l'égalité arithmétique (les mêmes parts pour tous), mais l'égalité géométrique ou proportionnelle (à chacun suivant ses mérites).
NATURE(phusis)

« La Nature est cause de mouvement et de repos pour l'être dans lequel elle est. » (Physique, II, 192.)
Principe de ce qui change dans l'univers, elle est concurrencée en quelque sorte par l'Art (techné) : « L'Art est principe en une autre chose, la Nature est principe dans la chose même et les finalités conscientes de celui-là sont différentes des finalités inconscientes de celle-ci. »
PLAISIR (hedonè)
Speusippe, neveu de Platon, et son successeur à la tête de l'Académie , menait le combat anti-hédoniste, refusait d'identifier le plaisir au bien : le plaisir est indéterminé, le bien se caractérise par sa juste mesure ; le plaisir est inachevé, est un mouvement, un devenir très éloigné du bonheur achevé du sage ; le plaisir n'est que la réplétion (remplir) d'un vide, la réparation d'un défaut : conditionné par une douleur antécédente, il laisse derrière lui regret et tristesse.
Platon, plus subtil, avait, dans Le Philèbe , tenté de distinguer plusieurs sortes de plaisirs. II valorisait les plaisirs de l'étude ainsi que ceux des sens esthétiques comme la vue et l'ouïe, qui sont pas mélangés de souffrance, ne dépendent d'aucune base corporelle, par opposition aux plaisirs mélangés, consistant en l'assouvissement d'un besoin physique, comme (c'est l'e

xemple invoqué et mis dans la bouche de Socrate (se gratter quand on a la gale ».
En fait, entre Protarque qui identifiait, en défenseur de l'hédonisme, le bien au plaisir- et la position prêtée à Socrate qui critique le plaisir et lui opposait la joie de la connaissance vraie, seule pure, " Platon défendait une troisième voie : celle d'une vie essentiellement intellectuelle,mais laissant une place aux plaisirs, et distinguait ceux qui sont purement corporels des autres.
Aristote repense le problème en associant le plaisir et l'activité(energeia), car le plaisir n'est pas comme le mouvement ( kinesis) un processus toujours inachevé en voie de réalisation, mais « l'achèvement ou le couronnement d'une activité qui a atteint sa fin ».Sans être la fin visée elle-même mais en quelque sorte l'indice qu'elle a été atteinte telle une perfection de surcroît, ce qu'est la force de l'âge à la beauté". Chaque activité a ainsi son plaisir propre.
PROPRE (top idion)
Entre ce qui est essentiel et ce qui est accidentel, Aristote place le « propre » (to idion).
PUISSANCE (clunamis)
Le mouvement et le changement sont passages de la puissance à l'acte, c'est-à-dire réalisations de ce qui était seulement a l'état de virtualité.
SUBSTANCE (ousia)
La substance est considérée d'abord comme le sujet qui reçoit des attributs contraires, mais qui lui-même n'a pas de contraire. Prise en ce sens, l'ousia est l'être singulier, existant in concreto, dans son unicité individuelle. Conséquence : il n'y a pas de science de l'essence, puisque toute science (episteme) porte sur l'universel.
Ousia désigne aussi la forme ou essence universelle qui rend ce sujet identique aux individus du même genre et de la même espèce. Aristote distingue ainsi la substance première d'un être singulier (prote ousia) - ce qui en fait un être singulier et individuel -, et sa substance seconde (deutera ousia).
Si l'ami aime l'ami pour luimême, l'amitié ne porte ni sur l'individualité de cet être (comme l'amitié de Montaigne pour La Boétie), ni sur sa qualité universelle d'homme, mais sur le composé qu'il est des deux : sur l'individu en ce qu'il manifeste une humanité accomplie, sur l'humanité accomplie en ce qu'elle s'incarne en cet individu singulier et son activité vertueuse (choisie selon un juste milieu). La vertu n'est pas un être à part, mais une disposition stable (exis) de son être.
VERTU
(arété)
La vertu d'un être est ce qui le rend apte à accomplir sa fonction propre. C'est ainsi que la vertu de l'oeil est la vision, la vertu du médicament est la guérison, les vertus éthiques sont les aptitudes acquises grâce auxquelles les hommes peuvent au mieux remplir leur fonction d'hommes.
VOLONTÉ
« L'acte volontaire semblerait être celui dont le principe réside dans l'agent lui-même. » (
Éthique à Nicomaque, III, 3.)
L'excellence ou vertu n'est possible que par un choix volontaire, délibéré, réfléchi (proairesis).
(ce vocabulaire est un abrégé du glossaire établi par François Stirn pour Hatier , dans l'ouvrage :
Ethique à Nicomaque)
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