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Mardi 12 décembre 2006
"Le cinéma est un assassin qui tue la vie pour mieux la rendre à elle-même" Jean Eustache

Rétrospective Jean Eustache au Centre Pompidou du 14 décembre au 15 janvier puis à MK2 Beaubourg à partir du 17 janvier, puis à Lyon, Grenoble, Nice...C est dans le Monde ce soir.
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Mardi 12 décembre 2006
                                            Nier l'histoire n'est pas la réviser:

"L'écriture n'est pas le seul mode de l'histoire. Pourquoi Shoah (1 est-il une grande oeuvre d'histoire, et non, par exemple, un recueil de contes? Il ne s'agit ni d'une reconstitution romanesque comme Holocauste (2, ni d'un film documentaire - un seul document de l'époque y est lu, concernant les camions de Chelmno (3 -, mais d'un film où des hommes d'aujourd'hui parlent de ce qui fut hier.
Dans ce champ éclaté du discours historique, comment se situe l'entreprise «révisionniste» ? Sa perfidie est précisément d'apparaître pour ce qu'elle n'est pas, un effort pour écrire et penser l'histoire. Il ne s'agit pas de construire un récit vrai. Il ne s'agit pas non plus de réviser les acquis prétendus de la science historique. Rien de plus naturel que la «révision » de l'histoire, rien de plus banal. Le temps lui-même modifie le regard non seulement de l'historien mais du simple laïc. La Bataille du rail est un film,
qui se présentait en 1946 comme un discours vrai sur la résistance des cheminots. Qui la revoit en 1987 y voit la description d'un monde idéal où tous, de l'ingénieur au lampiste, sont unis pour duper l'ennemi. L'histoire de la déportation a comporté elle aussi ses scories'. La mythomanie a joué son rôle ainsi que la propagande, parfois aussi une certaine concurrence entre non-Juifs et juifs, jadis analysée par O. WormserMigot, les premiers revendiquant l'égalité dans la souffrance avec les seconds.
Mais nier l'histoire n'est pas la réviser. [...]
La méthode des «révisionnistes» contemporains, des négateurs', a été souvent analysée. Comme l'écrivent Nadine Fresco et Jacques Baynac:
Curieux historiens en vérité que ces gens qui au lieu de s'attacher à "connaître le déroulement exact des événements" s'intitulent juges des "pièces à conviction" d'un procès qui n'a lieu que parce qu'ils nient l'existence de l'objet du litige, à l'heure du verdict, seront donc nécessairement amenés à déclarer fausses toutes les preuves contraires à l'a priori dont ils ne démordent pas. ~
Il n'est peut-être pas inutile de revenir sur ces méthodes et de montrer comment Faurisson 2', cet expert en littérature, travaille à déréaliser le discours. [...] Les cosmologies se préoccupaient jadis de «sauver les phénomènes», de rendre compte, par exemple, du mouvement apparent du soleil. Les « révisionnistes » eux, si volontiers « matérialistes », des matérialistes à sabots, s'occupent de sauver les non-phénomènes. N'importe quelle interprétation est bonne pourvu qu'elle nie. Ils sont dans le royaume du discours vide".
Pierre Vidal-Naquet', Les Assassins de la mémoire, Éd.. La Découverte, 1987, pp. 149-153.


1) Film-document de CL Lanzmann, 1985.
2. Série télévisée sur le même sujet.
3. Village polonais où eurentlieu les premiers gazages des Juifs.
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Mardi 12 décembre 2006
Je commence une série sur  l'histoire.
 Compte tenu de l'actualité , je mets en ligne en premier un texte de Vidal-Naquet sur le révisionnisme
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Mardi 12 décembre 2006
Statoguine : " Dans l'Apocalypse, l'Ange jure que le temps n'existera plus".
Kirilov : [...] Lorsque l'homme tout entier aura atteint le bonheur, il n'y aura plus de temps, parce qu'il sera devenu inutile. Une idée très juste ".
Statoguine : " Mais où est-ce qu'on le cachera " ?
Kirilov : " On ne le cachera nulle part. Le temps n'est pas un objet, mais une idée. Il s'éteindra dans l'esprit ".

Comme les protagonistes de ce dialogue des Possédés de Dostoievski (1872), nous admettons volontiers que le bonheur exclut le temps. Les mythes les plus variés en témoignent. Et si, dans l'un d'entre eux, le temps y est représenté comme un monstre anthropophage et infanticide, ce n'est pas en vertu d'on ne sait quel délire, mais bien parce que nous avons le sentiment que le temps tend par nature à nous déposséder de nous-mêmes. C'est ce qu'indique également son étymologie :  le mot " temps " dérive de la racine indo-européenne tem qui signifie " couper ". Cette racine est présente également dans le latin templum, espace délimité par les augures, et tempus, fraction de durée, dans le mot tempo, etc. Tous ces termes ont en commun de désigner une certaine forme de  délimitation, de coupure, de fragmentation. Le temps lui-même se définit à la fois comme dispersion d'éléments distincts (les instants, les heures, les jours etc..) et comme unité continue embrassant ces éléments. Le temps qui passe, en effet, réunit paradoxalement dans son flux des fragments qui nous semblent disjoints. Le mythe de Cronos illustre cette incompréhensible dualité du temps : Cronos, à qui Ouranos a prédit que son fils le détrônerait, dévore ses cinq fils à la naissance mais sa femme, Rhéa, met le sixième fils en sécurité. Il s'agit de Zeus qui, devenu adulte, fait avaler à son père un breuvage magique, l'obligeant à régurgiter ses cinq premiers enfants. Furieux et obstiné, Cronos veut les exterminer à nouveau. Pour devenir le roi incontesté des Dieux, Zeus devra neutraliser ce père au caractère peu commun. Puissance de séparation et d'exclusion, le temps, tel que ce mythe le personnifie, peut toutefois restituer ce qu'il a avalé sans l'anéantir. Si l'on s'en tient à la mythologie, il serait donc possible de réduire partiellement la puissance destructrice du temps.. Il serait même plus juste de dire, avec les philosophes qui se sont penchés sur cette question, qu'en toute rigueur, le temps n'est pas ; ou bien, plus judicieusement encore, que le temps est et n'est pas ce qu'il est. Il est puisqu'il produit des effets réels, mais il n'est pas à la manière d'une chose concrète, palpable. Le temps se présente donc d'emblée comme une énigme ontologique : il ne serait pas à proprement parler une " réalité " mais plutôt une structure constituant la condition de possibilité de toute présence sensible, de toute réalité. Aristote souligne à juste titre qu'il n'a qu ' " une existence imparfaite et obscure ". De fait, le temps lui-même ne se " présente " pas, il est inaccessible et impalpable, et il n'est guère facile de se le figurer ou de le conceptualiser. S'il n'est pas une chose, il n'est pas une idée non plus, car une idée est susceptible d'être énoncée et définie... Est-il une forme, une structure,  c'est-à-dire un  " ordre "  ?. Un ordre n'est pas  à proprement parler une " réalité ", ni même  une  " dimension " du réel. Un ordre est une relation intelligible articulant des éléments réels ou imaginés : c'est donc quelque chose d'abstrait que l'on ne peut guère " affronter " (attaquer frontalement). On ne combat pas un ordre, mais on peut éventuellement le détourner, le contourner, ou le subvertir.

(suite : chapitre 10 de Cours particulier de philosophie)
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Mardi 12 décembre 2006
Autre formulation:
En quel sens l'art nous affrancht-il de l'ordre du temps?
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Mardi 12 décembre 2006
C'est le sujet qui est tombé au bac l'an passé en L  à Paris
 Réponses  standard dans les copies: bien sûr on peut faire de la chirurgie esthétique (cf Nip n Tuck et Relooking extrême) . Toutefois (anti thèse) on meurt de toute façon. Troisième partie: faire de la chirurgie esthétique ne sert à rien .Cela n'a donc pas de sens de vouloir échapper au temps..

Ce qui n'était pas vraiment ce que l'on attendait.
J'ai quelques autres idées à vous soumettre
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Mardi 12 décembre 2006
 Lire ce matin dans Libé sur les illusions de l de transparence  d'un couple libre (dans Libé, Anatomie d'un couple)
Je me demande: ce type de couple est-il un modèle convaincant encore aujourd'hui? Qu'en pense la nouvelle génération?
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Mardi 12 décembre 2006
J'habite là, Boulevard de la peur (Bd Saint Marcel Libé ce matin) . J'ai failli être tuée plusieurs fois: je ne regarde jamais du bon côté!Je vis dangereusement!

(si je suis tuée, à mon enterrement, dites à  l'adresse de Delanoë que je lui pardonne)
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