Mercredi 13 décembre 2006
On ne peut observer l'histoire, car l'histoire n'est pas donnée. L'histoire est toujours construite; elle est une reconstruction: 
"Ce que l'on veut connaître n'est plus. Notre curiosité vise ce qui a été en tant qu'il n'est plus. L'objet de l'histoire est une réalité qui a cessé d'être.
Cette réalité est humaine. Les gestes des combattants étaient significatifs et la bataille n'est pas un fait matériel, elle est un ensemble non entièrement incohérent, composé par les conduites des acteurs, - conduites suffisamment coordonnées par la discipline des armées et les intentions des chefs pour que leur unité soit intelligible. La bataille estelle réelle en tant qu'unité? La réalité appartient-elle exclusivement aux éléments ou les ensembles sont-ils également réels?
Qu'il nous suffise de quelques remarques, volontairement simples et incontestables, sur ce thème métaphysiquement équivoque. Dès lors qu'il s'agit d'une réalité humaine, il n'est pas plus aisé de saisir l'atome que le tout. Si seul l'atome est réel, quel est le geste, l'acte, l'événement qui passera pour le plus petit fragment de réalité historique? Dira-t-on que la connaissance historique porte sur le devenir des sociétés, que les sociétés sont composées d'individus et qu'enfin, seuls ces derniers sont réels? Effectivement la conscience est le privilège des individus et les collectivités ne sont ni des êtres vivants ni des êtres pensants. Mais les individus, en tant qu'êtres humains et sociaux, sont ce qu'ils sont parce qu'ils ont été formés dans un groupe, qu'ils y ont puisé l'acquis technique et culturel transmis par les siècles. Aucune conscience, en tant qu'humaine, n'est close sur elle-même. Seules les consciences pensent, mais aucune conscience ne pense seule, enfermée dans la solitude. Les batailles ne sont pas réelles au même sens et selon la même modalité que les individus physiques. Les cultures ne sont pas réelles au même sens que les consciences individuelles, mais les conduites des individus ne sont pas intelligibles isolément, pas plus que les consciences séparées du milieu historico-social. La connaissance historique n'a pas pour objet une collection, arbitrairement composée, des faits seuls réels, mais des ensembles articulés, intelligibles".
Raymond Aron,
Dimensions de la conscience historique,
Éd. Plon, 1964, pp. 100-101.
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Mercredi 13 décembre 2006
Le mot "histoire" a deux sens , et les deux "histoires" peuvent paraître autonomes; elles ne le sont pas. Car sans histoire au sens de représentation (des faits) , l'histoire (au sens du réel) serait bien peu de choses: "On a souvent fait remarquer que le terme d'« histoire » est utilisé dans un double sens. Il signifie d'une part la
res gestae (1, les faits, les événements, les actes du passé. Mais d'autre part il signifie quelque chose de fort différent; il signifie notre récollection, notre connaissance de ces événements. D'un simple point de vue logique, cela semble impliquer une curieuse et fort choquante équivocité que nous ne trouvons dans nulle autre branche de la connaissance. C'est comme si un scientifique n'était pas capable de faire une distinction entre l'objet et la forme de sa connaissance, comme s'il confondait « physique » et « nature ». Mais peut-être pouvons-nous rendre compte de cette incongruité qui au premier abord semble être fort sujette à objection. La connexion entre le contenu et la forme de la connaissance est bien plus proche dans l'histoire qu'elle ne l'est dans n'importe quelle branche de la science de la nature. Dans notre expérience commune nous sommes tous entourés d'objets physiques. La science doit décrire et expliquer ces objets, mais nous ne les perdrions pas de vue si nous ne possédions pas l'aide de la science; il semble que nous puissions les percevoir et que nous puissions les voir, les toucher immédiatement. Mais nous ne pouvons saisir notre vie passée, la vie de l'humanité, de cette façon. Sans le labeur constant et infatigable de l'histoire, cette vie demeurerait un livre clos. Ce que nous appelons notre conscience historique moderne dut être construite pas à pas par le travail de grands historiens. L'histoire inverse pour ainsi dire le processus créateur qui caractérise notre civilisation humaine. La civilisation humaine crée nécessairement de nouvelles formes, de nouveaux symboles, de nouvelles formes matérielles en lesquelles la vie de l'homme trouve son expression externe. L'historien poursuit toutes ces expressions jusqu'en leur origine. Il essaie de reconstruire la vie réelle qui est à la base de toutes ces formes singulières. [...] Sans une herméneutique '2 historique, sans l'art de l'interprétation contenu dans l'histoire, la vie humaine serait une chose très pauvre. Elle serait réduite à un moment singulier du temps, elle n'aurait pas de passé et pour cela pas de futur; car la pensée du futur et la pensée du passé dépendent l'une de l'autre"
Ernst Cassirer, «Séminaire sur la philosophie de l'histoire» (1942), dans
L'idée de l'histoire, trac. E Capeillères, Éd. du Cerf, 1988, pp. 84-85.
1. Les actions(chose consituée de gestes)
2. Travail d'interprétation, de recherche du sens.
(image peinture de f. Lejeune)
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Mercredi 13 décembre 2006
On me demande de créer un forum afin que chacun puisse s'exprimer et que vous puissiez dialoguer entre vous..
Je ne crois pas que ce soit possible (il faudrait que je crée un site) . Pour le moment , intervenez sur le dernier message, quel que soit son sujet (je mettrai chaque jour un billet titré (forum" !) et je valide chaque jour vos messages.
En ce qui concerne mon livre "Cours particulier de philosophie" bien sûr j'en parlerai volontiers avec vous... si vous le lisez.
C'est un peu pour cela que ce blog a été conçu- entre autres!
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Mercredi 13 décembre 2006
C'est dans
le Monde ce soir. Désormais, dans de nombreux collèges et lycées on peut consulter ses notes et tout , sur Internet. (Je me demande si tous les élèves apprécient le fait que leurs parents apprennent tout ce qu'ils font à l'école en temps réel.)
Pour le reste, cahier de textes et documents à la portée de tous, c'est vraiment très bien! Les bons exposés et bonnes copies en ligne par exemple.
(avis aux nouveaux venus: j'ai mis en ligne, depuis 5 ans, les TPE de cinéma/ philo de nos élèves d eBuffon sur www.cienchronique.com où vous les trouverez.
Voir aussi ce que fait Baptiste Jacomino (voir lien : Strani, le blog bleu)
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Mercredi 13 décembre 2006
Lire le papier quelque peu désabusé de Alain Duhamel: la
Chevènementisation de Ségolène Royal dans Libe (il pourrait dire aussi "la royalisation de Chevènement").
Il disent : ils sont en phase sur tout - ah bon (pourtant je n'ai jamais entendu Ségolène Royal prendre des positions spécialement républicaines sur l'école..(à propos: il faut poser la question aux socialistes maintenant de la survie des classes littéraires et des langues rares).
Et puis sur l'Europe, il n'y avait pas un vague différend?
Sinon : je trouve génant que l'on distribue des circonscriptions (donc des postes de députés) comme on donnerait des tablettes de chocolat à un enfant pour qu'il arrête de bouder. Si j'étais électeur des Bouches du Rhône ou de la Creuse , je n'apprécierai pas de savoir qu'on a fait cadeau de ma circonscription à George Sarre ou à Sami Nair.
Voilà pour la mauvaise humeur du jour.
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