Vendredi 28 décembre 2007
A l'occasion de la polémique suscitée par le projet d'aligner les régimes spéciaux de retraite sur ceux de la fonction publique, le mot d' « équité » a été souvent prononcé .
C'est au nom de cette notion, jamais explicitée, que le gouvernement a remis en cause la préservation de ces fameux droits « spéciaux ». Les travailleurs concernés (SNCF, RATP etc..)
pouvaient cependant faire valoir leurs droits en vertu de cette même « équité ». Le malentendu procède d'une interprétation douteuse non seulement de la notion
d' « équité », mais aussi, et peut-être d'abord, de celle de « justice ». Reprenons: la justice est un équilibre complexe, un dosage savant d'égalité ( « la loi es tla
même pour tous » et d'inégalité ( « A des gens différents, dit Aristote, il est juste et mérité qu'il revienne quelque chose de différent ») . C'est au nom de l'égalité que le
gouvernement a décidé de proposer l'instauration d'une loi rétablissant un même régime pour tous ( 40 ans d'annuités pour obtenir une retraite à taux plein) tandis qu'au nom de l'équité, il
semble légitime de prendre en considération les spécificités de chaque profession afin de proportionner les compensations (comme le droit à une retraite anticipée) aux contraintes propres à
chaque métier. Certains pays, comme la Suède, parviennent à concilier ces exigences contradictoires par un dispositif d'une grande souplesse.
On retiendra, en attendant les prochaines polémiques, que la justice, c'est toujours, et d'abord l'égalité (la même règle simple vaut pour tous) mais c'est aussi la prise en compte de
l'inégalité. L'équité est le principe en vertu duquel des situations différentes et des personnes singulières appellent des traitements adéquats. La concertation, la négociation et le compromis
sont les seules voies appropriées pour venir à bout de ce que la loi, dans sa rigueur, ne peut en aucun cas effectuer ni trancher.
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Vendredi 28 décembre 2007
« A prendre le terme dans toute la rigueur de l'acception, il n'a jamais existé de véritable Démocratie, et il n'en existera jamais » L'une des raisons invoquées par Rousseau, dans le
chapitre du Contrat social (III, 4, De la démocratie) dont cette formule est tirée est la suivante: « on ne peut imaginer que le peuple reste incessamment assemblé pour vaquer aux
affaires publiques ». Il est effectivement manifeste que les citoyens, absorbés pour la plupart par un certain nombre de tâches, doivent désigner des délégués auquels ils confient le soin de
se consacrer aux affaires politiques. Rousseau le constate sans le déplorer, car : « il est contre-nature que le grand nombre gouverne et que le petit soit gouverné » (ibid). Or la
situation que nous connaissons aujourd'hui semble contredire ce diagnostic au moins sur un point : nous pouvons donner quotidiennement notre avis sur tous les sujets sans suspendre pour autant
nos activités. Grâce aux sondages d'opinions (par exemple: le 21 novembre 2007, 69 % des français souhaitent que le gouvernement ne cède pas aux grévistes d'après un sondage Opinion way) le
gouvernement est en phase en permanence avec le peuple. Nos représentants peuvent prendre leurs décisionbs après avoir consulté heure par heure leur électorat. Faut-il s'en féliciter?
Revenons à Rousseau: « l'abus des lois par le gouvernement est une mal moindre que la corruption du législateur », écrit-il. L'opinion publique (le « législateur », c'est-
à-dire le peuple selon Rousseau) est gouvernée par des émotions épidermiques, contagieuses, par des passions, voire par des pulsions , que les « élites » peuvent manipuler
(« corrompre ») à loisir. A l'opposé de ce régime de l'immédiateté, le règne de la justice implique le temps long de la réflexion, de la délibération et de la concertation. Pour
concevoir les lois, il faut de la patience, de la compétence, un certain esprit de géométrie mais aussi de l'esprit de finesse. Pour toutes ces raisons, le peuple, conclut Rousseau, ne peut pas
se gouverner lui-même. Conclusion du philosophe : « un peuple qui se gouvernerait toujours bien n'aurait pas besoin d'être gouverné » (ibid)
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Vendredi 28 décembre 2007
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« Vous dites que les bêtes sont des machines aussi bien que des montres. Vous mettez une machine de chien et une machine de chienne l'une auprès de l'autre, il en pourra resulter une
troisième peitie machine ; au lieu que deux montres seront l'une à côté de l'autre toute leur vie , sans jamais faire une troisième montre. Or nous trouvons par notre Philosophie, Madame B. et
moi, que toutes les choses qui étant deux, ont la vertu de se faire trois, sont d'une noblesse bien élevée au dessus de la machine » B. de Fontenelle, Lettres Galantes (1783)
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